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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 00:02

 

Parce que Charlie Hebdo aurait dû sortir normalement aujourd'hui, comme tous les mercredis,

parce que j'ai été tellement bouleversée par ces événements d'une absurdité effrayante,

parce mon âme pacifiste a été meurtrie,

parce que j'ai envie de crier encore "Plus jamais ça".

 

A Charb :

A Tignous :

 

A Wolinski :

 

A Honoré :

 

A Cabu :

 

et à tous les anonymes impliqués de trop près ou de très loin....

 

d'autres hommages :

Alias Noukette- Dessins pour se taire

Les Chroniques de l’invisible- La vie de Mahomet

Doucettement- Dessins des auteurs

Fan de Bd- Maurice et Patapon

Lecturissime- Fraternités

Les lectures de Caro- Dessinateurs de presse

Les mots de Mélo- Pandas dans la brume

Petites madeleines- Pandas dans la brume

Promenades et méditations- L’intégrale Beaufs

Une case en plus- L’intégrale beauf

Vdujardin- Les impubliables

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 21:04

 

 

           Ecrite en 1933, cette pièce ne vaut pas La Guerre de Troie n’aura pas lieu écrite deux ans plus tard, disons-le clairement.

            En rase campagne, les rumeurs vont bon train : le maire, le droguiste, l’inspecteur, le contrôleur sont en pleine discussion pour savoir si la remplaçante de l’institutrice, Isabelle, fait correctement son travail. En effet, elle ose emmener les fillettes dans la nature pour leur apprendre le nom des plantes ! Mais les hommes soupçonneux ont d’autres griefs contre la jeune femme : c’est le monde à l’envers dans le village, les enfants battus quittent leur foyer, les épouses quittent leur mari ivrogne, ce n’est plus le plus riche qui gagne à la loterie mensuelle, bref, rien ne va plus et Isabelle est sans doute responsable. Responsable aussi de l’arrivée fréquente et nocturne d’un spectre. En effet, un beau jeune homme vient s’entretenir avec la jeune femme tous les soirs, il semblerait même qu’Isabelle soit tombée amoureuse de lui.

          De prime abord fort surprenante par sa dimension absurde, cette pièce en trois actes se laisse cependant doucettement apprivoiser. Certains passages sont délicieusement lyriques (cette vision de la mort complètement onirique ferait presque envie !), d’autres très drôles, d’une subtilité et d’une dérision rares de nos jours. Les thèmes de l'amour, de la mort mais aussi du conformisme sont traités avec originalité. Première lecture théâtrale de 2015 : réussie !

 

ISABELLE. Cher monsieur le Contrôleur, je me suis  obstinée toute ma jeunesse, pour obéir à mes maîtres, à  refuser toutes autres invites que celles de ce monde. Tout  ce qu'on nous a appris, à mes camarades et à moi, c'est  une civilisation d'égoïstes, une politesse de termites. Petites  filles, jeunes filles, nous devions baisser les yeux devant les oiseaux trop colorés, les nuages trop modelés, les hommes  trop hommes, et devant tout ce qui est dans la nature  un appel ou un signe. Nous sommes sorties du couvent  en ne connaissant à fond qu'une part bien étroite de l'univers,  la doublure intérieure de nos paupières. C'est très beau,  évidemment, avec les cercles d'or, les étoiles, les losanges  pourpres ou bleus, mais c'est restreint, même en forçant sa  meilleure amie à appuyer de son doigt sur vos yeux.

LE CONTRÔLEUR. Mais vous avez été reçue la première  au brevet, mademoiselle Isabelle. On vous a appris le  savoir humain?

---------

 LE SPECTRE. – Vous m'attendiez?

ISABELLE. Ne vous excusez pas. Moi aussi, si j'étais  spectre, je m'attarderais dans ce crépuscule et ces vallons  où je n'ai pu jusqu'ici mener qu'un corps opaque. Buissons,  ruisseaux, tout me retiendrait de ce qui ne m'arrêterait plus.  Je ne serais pas encore là si je pouvais, comme vous, envelopper  de mon ombre tout ce que je ne peux que toucher ou que  voir, et me donner pour squelette, selon mon humeur, à travers  moi, un oiseau immobile sur sa branche, ou un enfant, ou de  biais un églantier avec ses fleurs. Contenir, c'est la seule façon  au monde d'approcher. Mais ce que je vous reproche, c'est de  revenir ce soir encore seul, toujours seul. Aucun des vôtres n'a  pu encore être atteint par vous, se joindre à vous?

 

 

Et je participe au challenge d’Eimelle !

 

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 15:13

 

Encore une BD gastronomique !

           Ici, c’est le dessinateur qui a accompagné le célèbre et médiatique cuisinier sur les routes de France à la rencontre de ses producteurs préférés : un spécialiste du Beaujolais, un pêcheur à Chausey, un coutelier à Thiers ou encore une truffière (le mot existe ?) à Gramenon. C’est bien sûr un hommage à la bonne bouffe, aux bons produits du terroir, aux rencontres intéressantes et délicieuses. J’ai ainsi compris pourquoi le Côte-Rôtie était si cher (avec ses impressionnants sols en pente), j’ai appris à fabriquer un couteau (je fais à peine un raccourci !), j’ai découvert qu’Yves Camdeborde était à l’origine de la « Bistronomie » (une très bonne cuisine ouverte à tous… bon, 60 euros le menu un midi de semaine, quand même…) et j’ai suivi la fabrication du  beurre de baratte.

              Moi qui suis pourtant une sacrée amatrice de bonne chair et de bons vins, je me suis un peu ennuyée par moments. Yves Camdeborde veut rendre hommage à ses producteurs et ça a un côté un peu trop personnel. Elitiste peut-être aussi, à en juger les quelques (trop rares !) recettes proposées (sans truffes, ni homard, ni foie gras, vous n’irez pas bien loin.) Ça manque de piment, de chaleur. Et puis encore s’entendre dire qu’il ne faut pas se laisser bouffer par l’industrie, et acheter local et bio, et ne pas consommer des fraises en hiver, bof.

            Restent les très beaux dessins de Ferrandez et là, on se régale vraiment, les paysages sont succulents, des aquarelles douces qui occupent une double planche. C’est ce qu’il fait de mieux, Ferrandez, les paysages, je m’en étais déjà rendu compte lors de la lecture de L’Étranger. Ses Carnets d’Orient doivent valoir le détour, pour cette même raison.

« 15/20 »

 

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 06:56

 

                  Changement d’année, changement d’habitudes… Le challenge de Sophie est suffisamment court et « éphémère » comme son nom l’indique pour que j’y participe. Il s’agit de lister cinq vœux en matière de lecture pour la nouvelle année.

 

  • Le théâtre, cette fois, je n’y couperai pas. Je vais commencer par le théâtre du début et milieu XXème siècle (Giraudoux, Cocteau, etc.). Rendez-vous très bientôt !
  • Lire tout Mankell (le principe des vœux est qu’on n’y arrivera pas forcément… non ?), en étant raisonnable : terminer la série Wallander.
  • Découvrir ou relire quelques classiques, surtout anglais : Brontë, Swift, Woolf, Austen et surtout Dickens.
  • Lire les meilleures BD. Je vais sans doute diminuer ma ration mensuelle (désolée Yaneck !) alors autant tomber sur la crème de la crème tout de suite… nan ?
  • Dépoussiérer l’énorme pavé de Russel Banks  (Continents à la dérive) qui siège depuis bien deux ans dans ma PAL. J’avoue qu’il me fait peur !

 

 

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 14:43

 

         Ce livre est le roman de la rentrée littéraire qui m’avait le plus tentée. Les hasards de lecture ont fait que ce n’est que maintenant que je l’ai enfin pris en main et découvert.

         Le livre s’ouvre sur une lettre. Une lettre qu’a reçue l’écrivain-narrateur d’une lectrice passionnée par son dernier roman. Il s’agit de Bénédicte Ombredanne, professeur de français, mariée, deux enfants, trente-six ans. C’est la remarquable profondeur, l’intelligence, la qualité d’écriture qui ont fait que le romancier s’est intéressé à cette lectrice lorraine et lui a proposé de la rencontrer.

            Dès lors, Bénédicte Ombredanne se livre, elle raconte sa vie principalement axée sur son mari qui la rabaisse, la broie, la mutile moralement. Un soir, après avoir écouté une émission de radio, Jean-François, le mari de Bénédicte, se reconnaît dans le personnage du mari harceleur. Pour lui, c’est un choc. Pour elle qui croyait que son comportement vis-à-vis d’elle était « normal », c’est un choc aussi, il avoue implicitement qu’il lui a fait du mal toutes ces années et qu’elle n’est en rien responsable. Cette révélation va lui permettre de réaliser, l’unique fois dans sa vie d’épouse, un acte de rébellion. Dans un élan de liberté, elle s’inscrit sur un site de rencontres sur internet. C’est le coup de cœur avec Christian qu’elle va rencontrer quelques jours plus tard et avec qui elle va vivre une brève liaison.

          Dans une habile construction narrative et par le biais de trois narrateurs différents, on découvre petit à petit les différentes strates de la personnalité et de la vie de Bénédicte. C’est à travers le récit de sa sœur jumelle, dans la dernière partie du livre, cette sœur que le romancier aurait rencontrée, qu’on apprend que la vie de Bénédicte, surtout après sa visite à Christian,  n’est plus qu’une longue descente aux enfers.

          Le roman est bluffant, tant par son écriture, que par sa structure ou que par son contenu. Bénédicte est une femme maltraitée qui choisit de rester auprès de son bourreau par idéalisme. C’est paradoxal mais la contradiction est peut-être le maître mot de ce magnifique et fascinant livre. Bénédicte vit une histoire d’amour aussi courte qu’intense dans une sorte d’aura comparable à celle d’un conte de fée (j’ai adoré ce passage, vraiment), elle a des occasions de changer de vie mais elle s’y refuse. Ce n’est pas par amour pour ses deux enfants qui, formatés par leur père, finissent par ne plus éprouver d’affection pour leur mère.

          Certains passages sont brillants, étincelants, sublimes. Le style de Reinhardt puissant, lyrique et romantique permet une introspection assez rare en littérature. On a envie de se perdre en forêt avec ce roman !  J’ai adoré ce mélange subtil de bovarysme et de l’univers onirique d’Hermann Hesse. J’ai moins aimé le récit de la sœur jumelle de Bénédicte, plus terre-à-terre et trop larmoyant. Le personnage de l’héroïne est un vrai mystère mais celui du mari, encore plus obscur. Dénué d’humanité - ne parlons même pas d’amour - ce monstre est capable de pire envers celle qu’il a choisi d’épouser, en sourdine, indirectement, sournoisement.

          Parce qu’il est extrêmement dense, riche et envoûtant, ce roman mérite qu’on s’y intéresse. Je ne vais pas l’oublier de si tôt. Et c’est un homme qui l’a écrit !

 

 

« moi aussi j’attends des livres que j’entreprends d’écrire qu’ils me secourent, qu’ils m’embarquent dans leur chaloupe, qu’ils me conduisent ers le rivage d’un ailleurs idéal. »

« Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il ets envisageable de s’engloutir, de se dissimuler : l’amour et les forêts, la nuit, l’automne, exactement comme vous. »

La journée avec Christian : « Cette journée est miraculeuse, elle ne reviendra pas, c’est certainement la dernière journée heureuse de toute ma vie. Je suis en train de flamber intégralement : en même temps que cette journée irréelle se déroule, je me consume de bonheur tout entière, mais vraiment tout entière, de l’intérieur, vous comprenez ? Je suis en train de brûler de joie, de l’intérieur, intégralement. Quand je partirai d’ici, il ne restera plus rien de ma personne qu’un petit tas de cendres. »

Christian lui a envoyé une lettre : « À cette journée aux beautés indicibles tu as adjoint une lettre  absolument sublime, la plus émouvante qu’on m’ait jamais écrite, pareille à un fermoir serti de pierres précieuses : avec ces phrases tu as bouclé la boucle, cette  journée du 9 mars est un cercle enchanté, nous resterons tous deux à l’intérieur,  intacts, inaltérables, idéalisés par le fait même qu’on ne se sera vus qu’une seule  fois, un peu comme deux personnages d’un tableau de Fragonard accroché au mur  d’un musée, lui avait-elle écrit : éternellement dans la vitesse de leur désir, dans la  beauté de leur élan vers le bonheur. Repensons à cette journée comme on regarderait un tableau au musée : elle n’est pas près de nous lasser, cette journée,  c’est moi qui te le dis, car nous nous y verrons pour toujours miraculeux et ingénus, beaux et timides, instantanés, inespérés, exactement comme dans un grand  chef-d’œuvre immortel, ce qu’a été notre après-midi… Je ne veux pas rouvrir ce cercle : nous ne ferions que détruire ce qui se trouve à l’intérieur, nous ne ferions que  nous détériorer aux yeux l’un de l’autre, et je perdrais ce que j’ai de plus précieux  aujourd’hui, au lendemain de cette journée : l’estime que j’ai sentie dans tes yeux à  l’égard de ma personne. »

« Elle s’était sentie autorisée à attendre beaucoup de l’existence, car elle avait toujours suivi son chemin avec foi et ferveur, guidée par l’idée simple que si l’on vit les choses sincèrement, avec droiture, sans dévier, concentrée, au plus près de ses intimes convictions, sans se parjurer ni se mentir ni faire des concessions, la réalité n’est pas en mesure de vous décevoir : même, elle ne peut qu’exercer vos volontés les plus secrètes et vos rêves les plus fous. »

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 18:10

             Non seulement le Grand Scénariste Lupano est bien incapable de faire quelque chose de juste moyen mais en plus, il sait toujours s’accompagner des meilleurs.

           Vincent n’a que 30 ans et pourtant, il a déjà en partie raté sa vie. Après une enfance médiocre, des passages à vide, des années dédiées à l’alcool et à la drogue, d’autres aux petits boulots minables, il rencontre enfin le bonheur et l’amour au Sénégal, avec une belle jeune Noire appelée Rana. Mais Vincent fout tout en l’air : Rana tombe enceinte, notre blondinet français panique et retourne à Paris. Ce n’est que quelques mois plus tard qu’il se rend compte de son erreur et n’a qu’une envie : trouver assez d’argent pour retourner en Afrique et vivre avec Rana.

           Pour se faire assez de blé, Vincent a une idée qu’il trouve géniale. Avec un pote, Gaby, qui ne fait que se battre, jurer et se saouler, il décide de braquer un fourgon. Mais attention, chaque détail a été étudié et surtout, les pseudo malfaiteurs n’auront pas recours à la violence. Ils prendront le fils de Bernard, le convoyeur de fonds, Ludo, en otage. Ils utiliseront des armes factices et, cerise sur le gâteau, ils donneront même 30% de l’argent volé aux trois convoyeurs de fond. La veille du jour J, un fâcheux événement vient contrarier les plans de nos criminels en herbe. Ils surprennent le convoyeur de fond et sa femme dans un bar homo. Atterris là un peu par hasard, Bernard et son épouse y trouvent Ludo, leur fils, en train d’embrasser le barman. Cette révélation sera un électrochoc pour les parents mais aussi pour Ludo qui va tenter de mettre fin à ses jours.

            Dans une trame qui est tout sauf linéaire, on découvre petit à petit la vie et les motivations d’un gars paumé et gentil. Outre la belle leçon d’humanité, on comprend aussi que le con ne s’est pas fait tout seul, que c’est parce qu’il a vécu des trucs très moches dans une société souvent pourrie jusqu’à l’os ou parce qu’il a des parents cons qu’il l’est aussi… et qu’en nous tous sommeille peut-être un con. Sur ces jolies paroles poétiques, je vous invite vivement à lire Lupano, à même tout lire de lui, tellement ce scénariste a du talent ! 

BD copieuse et mouvementée.

 

« Réussir sa vie dans le monde qui est le nôtre est un projet qui me semble aussi raisonnable que d’essayer de s’accrocher au pinceau quand quelqu’un t’enlève l’échelle… et j’ai même la sensation qu’aujourd’hui, on s’enlève nous-mêmes l’échelle sur laquelle on tient… »

 

« 19/20 »

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 10:06

 

 

                  Kayo est une femme japonaise qu’on suit pendant quelques années. D’abord étudiante, elle se retrouve vite mariée à Ryu. Comme de nombreuses femmes mariées, elle ne travaille pas, passe ses journées seule à la maison avec un bébé puis un deuxième. Et elle s’ennuie, regardant avec envie les autres mères plus élégantes qu’elle, « juchées sur d’invraisemblables talons hauts, elles arpentaient l’avenue, leurs nourrissons dans des McLaren dernier modèle, leurs lunettes de soleil haute couture délicatement perchées sur le bout de leur petit nez. » Son premier achat pour sortir de la morosité est un sac Vuitton. Mais ce sont ses retrouvailles avec son amie d’enfance, Tomoko, qui vont changer la vie de notre héroïne. Très belle et toujours extrêmement bien habillée, Tomoko emmène Kayo dans les plus belles boutiques de marque. Kayo y prend goût au point de cacher l’argent que sa mère lui donne à son mari et d’ouvrir un compte à elle. Elle découvrira surtout l’univers secret et fascinant des ventes privées.

                     C’est l’engrenage. Kayo achète des vêtements, des chaussures, des sacs à des prix exorbitants et bientôt, elle se retrouve endettée. Un usurier lui permet momentanément de sortir la tête de l’eau et elle promet de ne plus rien acheter mais la tentation est trop forte, un dîner mondain avec des mères de famille aura raison d’elle, elle va s’acheter le plus beau kimono de la ville : « Le rouge de l’obi donnait au bleu du kimono l’éclat étincelant d’une eau profonde. La soie bleu foncé mettait en valeur la forme de ma poitrine, tout en la faisant paraître moins forte et plus élégante. » Combien payer ses achats ? Il y a un moyen très simple et qui rapporte beaucoup : Kayo va se donner à des hommes riches qui apprécient sa grosse poitrine. C’est son mari qui va tenter de la sortir de là, l’isolant quelques mois à la campagne, dans un temple bouddhiste. Certes, Kayo va se mettre à réfléchir, à se centrer sur elle-même loin des préoccupations vestimentaires et superficielles, à observer et apprécier la nature qui l’entoure mais ce revirement ne sera pas définitif…

                Ce roman a, quand en commence la lecture, des apparences bien légères, à l’image des desiderata de l’héroïne. Pourtant l’auteur conduit habilement son récit, nous emmenant dans ce Japon oscillant entre tradition et modernité et ouvrant une intéressante réflexion sur le shopping compulsif mais encore plus largement sur l’addiction et le pouvoir de l’argent. Tantôt, on s’identifie au personnage principal, tantôt on  la prend en pitié en la critiquant vertement (mon dieu, elle n’a aucun autre centre d’intérêt que les fringues !!!). La fin est une belle réussite et j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman fascinant et tellement surprenant ! Surprenant aussi de savoir que l'auteur est une Indienne qui a passé plusieurs années à Tokyo.

Chers messieurs, n’imaginez surtout pas que dans toutes les femmes sommeille une Kayo !

 

« Les vêtements représentent le seul vrai pouvoir que nous autres femmes détenons en ce monde. »

Les sensations éprouvées lors d’une vente privée : « Elle commence comme un léger chatouillement dans les orteils, comme de petites bulles envahissant chaque cellule du corps. Mais ce n’est que le début. Une fois le joyeux pétillement retombé, une concentration silencieuse s’empare de l’esprit, tandis que commence la chasse. »

« Les enfants sont pour une femme des parcelles de son cœur placées dans des corps différents et rendues à la liberté. »

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 04:08

 

          2015 est à notre porte, elle vient d’entrer, qu’elle soit jolie et gaie, intéressante et ludique, souriante et envoûtante !

 

Voilà mon traditionnel petit bilan. Ce que je retiendrai de 2014 :

 

 

 

 

 

 

 

Malgré leur quasi absence, je tiens à évoquer l'unique pièce de théâtre dont j'ai parlé ici, Rapport intime de Cauwelaert et l'unique recueil de nouvelles pourtant fort fort sympathique : La fée Amphète de Modat.

 

         En 2015, j’aimerais revenir au théâtre, c’était déjà ma résolution fin 2013 mais cette fois, c’est promis, vous êtes tous témoins, je vais m’y remettre ! Une envie de retrouver des classiques aussi… et de vider ma PAL qui déborde ! Ce qui m’enthousiasme toujours, c’est que j’ai encore tant d’auteurs à découvrir !!!

 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, à toutes et à tous, une excellente année 2015 !!!!!

 

Je vous laisse avec Cape Town vue du ciel !                          (source : www.tuxboard.com)

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 09:41

 

          Je tenais absolument à clore 2014 avec une lecture de Chalandon, auteur dont j’ai tout lu durant ces deux dernières années. C’est donc mon dernier roman.

           Georges, un jeune étudiant anarchiste,  a fait une promesse à Samuel lorsque celui-ci est sur le point de mourir : celle de mettre en scène l’Antigone d’Anouilh ; mais pas n’importe où, à Beyrouth, pas n’importe quand, en 1982, pas avec n’importe qui, les acteurs appartiennent à différentes nationalités et sont de religions différentes, ennemies pour la plupart. Alors que Georges délaisse sa femme et sa petite fille Louise, alors qu’il parvient douloureusement à rassembler sa troupe (le mot est le même pour les soldats et pour les comédiens !) et que cette pièce improbable s’apprête à être jouer, l’Histoire rattrape ses bonnes intentions, bombardements et massacres vont mettre un point final à ce désir de pièce et bouleverser définitivement Georges. Et c’est un homme anéanti qui rentre en France, qui ne comprend pas sa petite fille et ses caprices, qui n’oubliera plus jamais ce qu’il a vu au Liban.

          Œuvre magistrale et majestueuse, Le quatrième mur est un livre qui marque, un livre qui fait mal, un livre qui allie la beauté à la pire laideur de ce monde. J’ai adoré cette lueur d’espoir, ce doux répit qui consiste à unir des ennemis par le truchement d’une pièce de théâtre, je crois que tout lecteur aurait aimé que cette parenthèse enchantée se concrétise, et puis la réalité vient frapper, heurter, écraser ce balbutiement artistique. C’est la tragédie, et dans la tragédie, l’issue n’est pas heureuse. Le roman mime la pièce pour devenir tragédie à son tour. Malgré cet éloge, ce roman n’est pas mon préféré de l’auteur (Le petit Bonzi passera toujours devant… et c’est un livre sans guerre). La guerre, les massacres, la boucherie… j’ai pensé au Yellow Birds de Kevin Powers que je n’avais pas aimé. Suis-je trop pacifique ?

          Sorj Chalandon est un écrivain et journaliste qui a connu la guerre, ça se sent dans tous ses romans, il ne peut s’en détacher et je crains qu’il ne ressemble très fortement à son personnage principal. Lutte et résistance sont également les mots-clefs de son œuvre. Ne pas se taire, ne pas user de compromis mais se battre, à n’importe quel prix. Ce sentiment d’urgence ainsi que les références omniprésentes à une des plus belles pièces de théâtre ont sans aucun doute plu aux jeunes et aux moins jeunes puisque le roman a obtenu le Prix Goncourt des lycéens en 2013.

 

« Le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public. »

La rencontre de celle qui devait être Antigone et de celui qui devait être Créon : « Imane a souri. Puis elle a inspiré, tendue, poings le long du corps. Elle a baissé la tête cherchant tout au fond d’elle un autre regard que le sien. Charbel a compris ce que faisait la jeune femme. Il l’a imitée. J’ai cessé de respirer. La fille a relevé la tête. Le garçon a ouvert d’autres yeux. L’instant fut magnifique. Deux acteurs se mesuraient. Ni chrétien, ni sunnite, ni Libanais, ni Palestinienne. Deux personnages de théâtre. Antigone et Créon. Elle le narguait. Il la défiait. Elle irait jusqu’à mourir. Il irait jusqu’à la tuer. Ils sont restés immobiles une minute, corps penché en avant, tendus l’un vers l’autre, se prenant par les yeux sans un mot

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 16:53

 

 

               Faut-il encore présenter cette BD qui sommeillait dans ma PAL, l’air de rien, depuis des mois et des mois ?

               C’est dans un tribunal que démarre l’histoire. Un jugement doit être rendu, on ne sait pas exactement de qui et pour quoi mais on a besoin de connaître l’extraordinaire histoire de Paul et de Louise.

               Paul et Louise sont jeunes et amoureux. Tout se passe très vite entre eux, très bien aussi. Jusqu’au jour où Paul est appelé à défendre son pays. En 1918, devenir caporal n’est pas une mince affaire. Lorsque Paul voit la tête d’un copain arrachée par un obus, c’est trop. Il se coupe un doigt, feint une surinfection pour éviter les tranchées et retrouver sa jeune épouse mais ça ne suffit pas. Il décide alors de déserter. Après un long temps d’ennui et de solitude de reclus dans une chambre minable, Paul, aidé de Louise, se travestit en femme pour pouvoir sortir impunément. Il prend non seulement goût à cette liberté retrouvée mais aussi aux manières, aux vêtements, aux allures, aux conversations des femmes. Bref, être une femme, être cette Suzanne qu’il s’est inventé, lui plaît au point d’en jouer. Il séduit les hommes, se fait des copines. Louise suit tant bien que mal la cadence effrénée et alcoolique de son compagnon. Quand, dix ans plus tard, les déserteurs sont amnistiés, c’est la fête. Paul se coupe les cheveux, veut se trouver un travail à l’usine, se bat comme un homme. Oui, mais on n’oublie pas si vite dix ans de sa vie. Paul est en manque de la femme qu’il a été et une nuit, Louise le surprend à se peindre les ongles en rouge. La fin de l’histoire est violente et passionnelle… et si c’est Louise qui est dans le box des accusés, c’est parce qu’elle a tué par amour, et pour lui, et pour l’enfant qu’elle portait de lui.

             Inspirée d’une histoire vraie, l’intrigue passionnante m’a fait penser à Au revoir là-haut de Lemaitre. Ici aussi, il est question de transformation physique liée aux traumatismes de la guerre. J’ai préféré le passage où Paul, petit à petit, apprend à changer de sexe, à se fondre dans la foule féminine, ce qui a modifié ses droits et devoirs.  Il n’est plus vraiment un homme, il n’est pas tout à fait une femme, et ce mélange des genres ouvre une belle réflexion sur l’identité et le paraître. Emportée par la musique des Années folles, j’ai été complètement happée par cette fabuleuse histoire romanesque. Le dessin laisse une grande place à l’imagination : peu de couleurs, aucun cadre, des traits souvent imprécis. J’ai été bluffée par le talent de Chloé Cruchaudet et je fais de cet album un grand coup de cœur ! Bravo l’artiste !

20/20

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