
En 1959, dans la campagne creusoise, lorsque Christine Rivage perd sa maman adorée morte en couches, elle se met à courir : dans les rues de son village, à travers champs, par les bois et les monts alentour. Si elle apprécie son copain Marcel, elle sait qu’elle ne veut pas l’épouser comme le souhaiterait son père. Plus tard, elle doit s’occuper de la ferme familiale mais parvient toujours à se dégager du temps pour aller courir. Lorsqu’elle aperçoit à la télévision, en avril 1970, les images du deuxième marathon de France, elle rêve d’aller rejoindre les coureurs, de partager avec eux tension, fatigue, plaisir et de faire partie du groupe. Elle va tout faire pour participer au marathon de 1971 mais un courrier lui revient, sa demande d’inscription est rejetée : « une femme n’est pas physiquement capable de courir 42.195 km (...) Le marathon de France est un événement d’hommes. Les règles de l’Union internationale des athlètes amateurs n’autorisent pas les femmes à courir une distance de plus de 1.5 km. » Qu’à cela ne tienne, Christine va s’immiscer dans le groupe de coureurs déguisée en homme. Elle se fait rapidement repérée, les forces de l’ordre tentent de l’extraire de la course mais d’autres coureurs la soutiennent et la protègent. Elle franchira la ligne d’arrivée au bout de 3h41, devenant ainsi un modèle.
Par le prisme de la fiction, les autrices s'emparent d'une thématique où le sexisme était encore prégnant il n’y a pas si longtemps : celle des femmes dans le sport. Christine Rivage représente Bobbi Gibb, une jeune femme de 23 ans qui pensait pouvoir courir le marathon de Boston en 1966 ou encore Kathrine Switzer qui a dû lutter pour parcourir les 42.195 km de la même course en 1967. Ce n’est qu’en 1984 que les femmes ont eu l’autorisation de courir au Jeux Olympiques de Los Angeles. Ce roman graphique démontre très bien les difficultés, si nombreuses, qu’une femme a pu éprouver pour sortir du carcan où on l’enfermait. Tu te marieras, tu ne feras point d’études, tu n’ouvriras pas ta bouche et tu resteras à la maison. La liberté que procure la course à pied pour la protagoniste est une évidence, un souffle de vie, de bonheur et de victoire. Moi qui cours aussi (toujours pas de marathon), j’ai beaucoup apprécié cet album et je pense qu’il n’est pas nécessaire de courir pour l’aimer. Que de femmes ont dû se battre pour se distinguer ou tout simplement revendiquer le droit d’être à l’égal de l’homme. Certaines planches de cette BD reflètent brillamment l’évasion et la liberté de la course à pied et les dessins m’ont beaucoup plu.
Un album reçu par le biais de la Kube dessinée.
« Je suis capable de courir 42 kilomètres d’affilée ! Nom de Dieu, je l’ai déjà fait ! Est-ce qu’ils croient vraiment ce qu’ils disent ? Est-ce que c’est ce que tout le monde croit ? Que les femmes ne sont pas capables !?! Mais comment veux-tu prouver que tu peux faire quelque chose si tu n’es pas autorisé à le faire ? Si tu n’as même pas le droit d’essayer ? »












