
La nouvelle présidente du musée du Louvre, Daphné, impertinente et audacieuse, propose qu’on restaure La Joconde. Aurélien, le directeur du département des Peintures ne voit pas cette idée d’un bon œil mais, docile, il s’attèle à la tâche. Il faut peser le pour et le contre en concertation avec des professionnels puis faire un appel d’offres, quel serait le restaurateur le plus à même pour cette délicate opération ? Le choix d’Aurélien se porte sur Gaetano, un Italien fantasque et épicurien qu’il va chercher en Toscane et qui saura appliquer à la lettre le cahier des charges qui exige un « allégement modéré » des vernis pour redonner au célèbre tableau toutes ses finesses et sa grandeur d’origine. En parallèle, un homme de ménage du nom d’Homéro a gravi les échelons dans son entreprise et accède désormais à la Salle des Etats où il a pour mission, entre autres, d’épousseter la vitre en verre blindé. Son attrait pour Monna Lisa (oui, deux « n » pour Monna) va prendre des tournures inattendues.
Ce roman réunit de nombreuses qualités : intéressant, instructif, prenant, touchant, parfois drôle et sarcastique. L’intimité avec le tableau de Léonard de Vinci que nous offre l’auteur s’accompagne d’une immersion totale dans le microcosme qu’est le Louvre. Si l’on restaure La Joconde, la baisse du nombre de visiteurs sera immédiate : que propose-t-on en compensation ? Une exposition sur sa restauration ? D’autres œuvres phares ? Un film qui suivrait de près les étapes de cette restauration ? Autant de réponses à trouver pour atteindre un équilibre entre art et marketing, entre chiffre d’affaires et préservation de la beauté de l’œuvre. J’ai apprécié le personnage d’Aurélien, un peu naïf et maladroit, parfois agaçant ; j’ai également adoré l’histoire et le parcours d’Homéro, un homme de l’ombre si sensible. Un roman qui interroge la définition de l’art (le restaurateur est-il un artiste au même titre que le peintre lui-même ?), les dangers de la superficialité de notre époque, la nécessité d’attirer tous les publics, l’authenticité d’une œuvre et la définition même de la beauté. Il mélange les genres avec intelligence et gratte un peu là où ça fait mal. Je ne suis pas loin du coup de cœur malgré certaines petites longueurs. Le style élégant et dynamique fait de ce (premier !) roman une belle réussite.
« Réfléchissez-y : grâce à l’allègement de ses vernis, la peinture retrouvera son éclat originel. Redonner ses vraies couleurs à La Joconde, c’est créer un événement mondial et vous assurer la venue de millions de gens empressés d’admirer sa photogénie nouvelle. »
« C'est ainsi que s'empilaient sur La Joconde de multiples couches de vernis, de formulations variées, gomme-laque, résine, qui la plongeaient dans une brume obscure et dénaturaient ses couleurs. Sigrid présenta ensuite un bilan des analyses réalisées au laboratoire. Différentes techniques d'imagerie permettaient, sans toucher à la matière, d'éplucher la peinture comme un oignon, de l'effeuiller pour rendre compte de toutes les strates de sa composition. Si elles fournissaient de précieuses informations sur la conception du tableau et son histoire, cela n'apportait rien de nouveau sur son aspect ; les vernis avaient jauni, la question était de savoir s'il fallait, oui ou non, les enlever. »






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