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30 octobre 2026 5 30 /10 /octobre /2026 02:02

Une histoire de la Comédie-Française Tome 1 : C'est la faute à Molière ! -  Michaël Le Galli, Virginie Augustin - Rue de Sèvres - Grand format -  Librairie Albin Michel Paris

-    Une histoire de la Comédie-Française   -

Tout commence avec Molière qui, pourtant, n’a pas connu la Comédie-Française. Sa troupe qui a joué plus de 2400 représentations de près d’une centaine de pièces, est consacrée, par Louis XIV en 1680, « Comédiens ordinaires du roy ». Ce même roi leur accorde l’exclusivité du répertoire français, ce qui vaut à la troupe le surnom de « Comédie-Française ». Mais la concurrence est rude (notamment avec l’Hôtel de Bourgogne) et les conflits nombreux. Au XVIIIe siècle, Voltaire est le dramaturge le plus joué, c’est lui qui propose de créer une école d’art dramatique (qui ne verra le jour que vingt ans plus tard) et des tournées (elles attendront le siècle suivant). En 1777, c’est Beaumarchais qui fonde la future SACD qui verse des droits d’auteur aux dramaturges. En 1789, à la faveur de la Révolution, les comédiens deviennent enfin des citoyens à part entière. L’année suivante, les perruques sont abandonnées et on ose dénuder ses bras. La Comédie-Française ne bougera plus du Palais-Royal à partir de 1799, date à laquelle le rideau bleu de la scène cèdera la place au rouge flamboyant. La première représentation (Le Cid) connaît un énorme succès et le célèbre fauteuil de Molière du Malade imaginaire trône toujours dans la Salle des Bustes.

J’ai évidemment beaucoup aimé cet album riche et instructif. Je ne savais pas que la Comédie-Française avait déménagé et changé de noms tant de fois. J’ai aussi appris que c’est parce que les comédiens avaient tendance à sécher l’assemblée générale que Louis XIV leur a remis un jeton de présence avec le symbole de la ruche et de l’abeille et la fameuse devise « Simul et Singulis » (ensemble et individuellement). Au XVIIIe siècle, le public n’hésitait pas à intervenir lors d’une représentation, criant « plus haut » par exemple, et le comédien de répondre, créant interruptions, altercations, voire bagarres. Les dessins dynamiques, colorés et très gracieux de Virginie Augustin m’ont beaucoup plu et l’humour omniprésent du scénario rend cet album accessible au plus grand nombre.

Merci à ma chère Marijo pour cette jolie découverte !

« Le théâtre n’est-il pas un divertissement utile ? »

Une histoire de la Comédie-Française T.1 : C'est la faute à Molière ! –  Michaël Le Galli, Virginie Augustin – la chronique BD

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26 octobre 2026 1 26 /10 /octobre /2026 18:04

La Maison de la Sorcière

XIXe siècle. Walter Gilman est étudiant en mathématiques, spécialisé dans le lien entre la magie, le folklore et les maths. Il a élu domicile dans une vieille maison réputée pour avoir hébergé la sorcière Keziah échappée de la prison de Salem en 1692. Des phénomènes étranges apparaissent rapidement : Gilman a du mal à se concentrer, il a développé une ouïe très fine qui a transformé sa vie en cacophonie et il fait des rêves où la sorcière, accompagnée d’une sorte de rat malfaisant (« un petit animal velu aux terribles dents »), vient lui rendre visite. Il pense également être somnambule, des objets sont déplacés durant la nuit, les voisins entendent des bruits, des traces sont laissées. Bientôt fiévreux, Gilman se verra dans l’impossibilité de poursuivre ses études.

Comme ça cause pas mal de maths, je ne pense pas avoir tout saisi, il est question de plusieurs dimensions, de traverser l’espace et le temps... ces considérations scientifiques s’entourent de tous les clichés du genre fantastique : la maison hantée, les rêves très réalistes, l’enlèvement d’un enfant, l’exacerbation des sens, la pièce aux angles insolites. L’épouvante s’installe, ça ne rigole pas du tout et si on pourrait prendre Gilman pour fou, son entourage en rajoute une couche : oui, il faut se méfier de la nuit de Walpurgis, la veille du 1er mai, c’est le sabbat des sorcières... En bref, c’est glauque, oppressant et même si c’est servi par une langue raffinée (avec un style un brin pompeux d’ailleurs), ça n’a pas fait écho en moi. J’ai découvert cette nouvelle en version audio, sur Deezer où les titres lus de Lovecraft sont très nombreux (des dizaines !)

Je participe au challenge de Moka, « Les Classiques c’est fantastique » dont le thème d’octobre « Sorcières, monstres ou fantômes » sied à merveille à Halloween approchant. Je crois que je ne suis adepte ni de cette fête ni du fantastique quand il est outrancier.

Je n'ai cessé de penser au tableau "Le Cauchemar" de Füssli :

Le Cauchemar (Füssli, Détroit) — Wikipédia

Et je participe enfin à nouveau au Challenge de Sylire :

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23 octobre 2026 5 23 /10 /octobre /2026 13:52

                                         La dernière des Wilberforce - Julia Kerninon - Éditions de l'Iconoclaste -  Grand format - Place des Libraires

                Waldo, un jeune homme, est invité par sa mère à une grande fête organisée sur la presqu’île. L’invitation le surprend et le contrarie un peu. Il s’est passé tant de choses des années auparavant sur cette presqu’île... Eva, femme autoritaire et autonome, a élevé seule ses trois filles, Annabel, Olivia et Naomie, tout en gérant un petit hôtel. C’est ainsi qu’elle a rencontré la famille de Waldo : son père Max (concepteur de mots croisés), son frère Adam, sa mère Diane (écrivaine) avec qui elle a d’emblée noué une amitié forte et solide. Les Schnabel sont venus tous les étés pendant deux mois dans cet hôtel. Les enfants s’étaient parfaitement bien entendus à tel point qu’on les surnommait les « quatre jumeaux cosmiques » (Naomie étant bien plus jeune). Mais un événement tragique va briser ce bel équilibre : deux morts inexplicables à deux jours d’intervalle, et « la dernière des Wilberforce », Naomie, va venir jouer son rôle et déclencher le dénouement.

Ce roman solaire où il est question d’appartenance à une famille, d’amitiés d’enfance, de responsabilité aussi, prend des allures de polar où il s’agit d’enquêter sur ces deux morts mystérieuses. L’autrice est suffisamment habile pour passer le bâton du narrateur d’un personnage à l’autre, ce qui nous permet de les découvrir petit à petit – la discrète Olivia, l’exubérante et frivole Annabel, notamment – mais aussi de nous faire doucement manipuler. J’ai aimé lire ce roman, m’y plonger avec délectation comme dans la fraîcheur d’un océan une fin d’après-midi d’été. La fin est grandiose et place sur un piédestal la solidarité féminine. Je pense que ce roman ressemble à beaucoup d’autres par les thématiques traitées mais il se distingue par sa force lumineuse et la plume sensorielle de l’autrice. Et il se lit avec une telle fluidité que c’est très agréable ! Je ne suis pas loin du coup de cœur.

J’ai découvert l’autrice avec Liv Maria que j’ai beaucoup aimé aussi !

« Le sable de la presqu'île était presque liquide en comparaison, soyeux, scintillant. Annabel avait tenu quelque chose entre ses doigts pour le leur montrer - un tout petit carré minéral, comme un miroir de miniature aux bords irréguliers. C'est du mica, elle avait dit. C'est ça qui fait que ça brille. Waldo avait levé la tête, regardé la plage qui s'étendait dorée à perte de vue. »

L’amitié entre Diane et Eva, les deux mères de famille : « Quand elles s’asseyaient face à face ou côte à côte, même sans se parler, elles avaient l'impression de se boire mutuellement à la paille, de se laver à grande eau, d’enfin comprendre quelqu'un. Toutes les deux, elles aimaient lire. Toutes les deux, les hommes les déconcertaient. Toutes les deux, elles avaient fui leur famille, ventre à terre, pour fonder à leur tour une famille, sans aucun indice sur la marche à suivre pour que les choses se passent bien, cette fois. Elles avaient beaucoup d'intérêts communs, silencieux, implicites. D’une certaine façon, elles s'étaient comprises dès les premières minutes ensemble. »

« La vie avait continué, évidemment, comme elle le fait tout le temps. »

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20 octobre 2026 2 20 /10 /octobre /2026 15:12

Vies volées

- Buenos Aires Place de Mai -

               Buenos Aires, 1998. Santiago et Mario sont à la fois amis, confidents et colocataires. Mario demande à son copain de l’accompagner dans une démarche un peu particulière. Les Abuelas de Plaza de Mayo , les Grand-mères de la Place de Mai, défilent chaque semaine dans le centre de la capitale argentine pour réclamer leurs petits-enfants. En effet, sous la dictature de 1976 à 1983, près de trente mille opposants ont disparu, assassinés pour la plupart. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes à qui on a volé le bébé pour le donner à des familles de militaires. Mario est persuadé que ses parents ne sont pas ses vrais parents. Il va faire un test d’ADN pour être fixé, Santiago va se prêter, sur le ton de la rigolade, au même jeu. Contre toute attente, c’est lui seul qui va découvrir que ses parents l’ont adopté. C’est le choc.

                Par le truchement de la fiction, les auteurs reviennent sur un événement historique argentin douloureux. Les progrès de la science ont permis de corriger les erreurs du passé. L’histoire de Santiago mais aussi de son amoureuse, Victoria, transcrit avec justesse la douleur de ce long cheminement vers la vérité et l’impossibilité d’avancer dans la vie sans connaître ses origines. J’ai bien aimé ce duo d’amis que tout oppose : Santiago le blond insouciant, Mario le brun intellectuel (amoureux de la littérature de Bioy Casares, que je n’ai jamais lu – le connaissez-vous ?). Les enquêtes et investigations se sont souvent poursuivies pendant des années, parfois en vain : sur les 500 enfants volés, 139 ont été retrouvés par les Grand-mères de la Place de Mai en 2025. La BD date de 2018 et je l’ai notée dès sa sortie. Les dessins sont élégants et m’ont plu davantage que l’intrigue qui fait des bonds dans le temps et ne permet pas toujours au lecteur de s’attacher aux personnages. Une lecture qui reste agréable et intéressante, rien que pour rendre hommage à ces fabuleuses Grand-mères argentines...

J’ai découvert Matz avec la BD Surfaces et les dessins de Mayalen Goust avec Au nom de Catherine et D’or et d’oreillers.

Vies volées - PlaneteBD | PlaneteBD

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 07:41

Le pigeon - Patrick Süskind - Livre – Livrenpoche

Ce très court roman (89 pages) était sur ma liste d’envies de lectures depuis quelques années déjà.

Jonathan Noël a une vie on ne peut plus monotone et solitaire : vigile dans une banque depuis des décennies, il vit seul à Paris dans une chambre de bonne et suit chaque jour, chaque semaine, chaque année une routine qui paraît immuable et lui convient très bien. Jusqu’à un certain matin où il trouve, devant sa porte, un pigeon vivant qui l’observe. Terrorisé, il referme la porte, s’affole mais il est contraint d’aller se rendre au travail, un retard ou une absence est pour lui inadmissible. Il prend son courage à demain et affronte l’insolent volatile, esquive les « taches vert émeraude à l’éclat humide » et les plumes éparses et descend de son sixième étage. Cette rencontre fortuite n’est que le début d’une journée faite de mésaventures et d’imprévus qui se transforment vite en angoisses pour Jonathan...

Quelle pépite que ce court roman ! Porté par une écriture vive et alerte, le récit - souvent très drôle – permet au personnage d’évoluer : toute sa vie psychorigide et obsessionnel, Jonathan perd ses moyens devant ce pigeon qui va être le déclencheur d’une journée catastrophe mais il gagne, le lendemain, une insouciance et une légèreté qu’on ne lui soupçonnait pas. L’humour naît du décalage entre le caractère dérisoire de ce pauvre pigeon arrivé sur le palier de Jonathan et les réactions complètement démesurées du bonhomme (il se jure de ne plus jamais retourner dans sa chambre de bonne et prend une chambre d’hôtel). Cet anti-héros misanthrope et asocial, qui fait écho à certains personnages marginaux d'Italo Calvino, offre une belle occasion de questionner le sens de l'existence et d'en sonder la vanité. On rit de Jonathan, on le plaint aussi, on s’apitoie sur son sort et, parfois, on peut même s’identifier à lui !

« Pour un peu, il avait déjà enjambé le seuil, son pied était déjà en l'air, le gauche, sa jambe était déjà lancée en avant... quand il le vit. Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées sur le carrelage sang de bœuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb : le pigeon. Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan de son œil gauche. Cet œil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert ; mais en même temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue ; et, en même temps encore, il ne semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. »

Jonathan a toujours été un vigile imperturbable et d’une extraordinaire stabilité : « Mais aujourd’hui, tout était différent. Aujourd’hui, rien à faire, Jonathan n’arrivait pas à retrouver son calme de sphinx. Au bout de quelques minutes seulement, il sentit tout le poids de son corps peser douloureusement sur la plante de ses pieds, il reporta ce fardeau d’un pied sur l’autre et, en changeant ainsi plusieurs fois, se mit à perdre un peu l’équilibre et dut exécuter des petits pas de côté pour que son centre de gravité ne s’écartât point du strict fil à plomb sur lequel il l’avait jusqu’à présent toujours impeccablement maintenu. Et puis, tout d’un coup, il sentit des démangeaisons sur le haut de ses cuisses, sur les flancs de sa poitrine et derrière son cou. Au bout d’un moment, le front lui démangea comme s’il était devenu sec et rugueux, comme parfois en hiver, et pourtant il faisait à présent très chaud, et même anormalement chaud pour neuf heures un quart, son front était déjà humide comme il n’aurait dû l’être en fait que vers onze heures trente… »

Du même auteur (il n'a pas écrit tant que ça) : La Contrebasse, Un Combat et autres récits, et évidemment l'inoubliable Parfum que j'aimerais relire un jour !

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13 octobre 2026 2 13 /10 /octobre /2026 19:53

Vie et mort d'une mite - Rowe Irvin - Éditions Paulsen - Grand format -  Place des Libraires

Maya et son ado de fille vivent seules depuis des années dans une cabane isolée en pleine forêt. Elles passent leur temps à chasser, à relever des pièges, à danser (parfois nues), à cultiver des pommes de terre, à jouer. La fille change de nom au fil de ses trouvailles ou rencontres naturelles : Silex, Boue, Pépin, Pierre, Croc, Os... Elle les collectionne dans son « Musée ». La mère la prévient régulièrement des dangers qu’elle peut rencontrer, notamment du « Pourri », cet ennemi inconnu dont il faut se méfier. La fille trouve un jour un gant rouge puis aperçoit une longue chevelure rousse à travers les arbres. Il s’agit de Wyn, un jeune homme, que Maya lui demande d’éviter mais la cohabitation s’avère nécessaire et la fille va apprendre à partager la complicité avec une tierce personne, elle va découvrir qu’il y a une vie au-delà de la barrière interdite qui n’est peut-être pas aussi « pourrie » que ce raconte sa mère depuis toutes ces années.

Malgré la beauté de l’incipit, j’ai eu un peu de mal à entrer dans cette histoire qui résonnait comme « déjà lue », j’ai pensé à Jean Hegland ou à Gabriel Tallent en découvrant ce duo mère-fille qui vit en autonomie, coupé du monde extérieur. Et puis passées les trente premières pages, je me suis pris à apprécier follement cette histoire, à aimer partager l’intimité de ces deux femmes, à découvrir petit à petit les mensonges élaborés par Maya pour protéger sa fille. Cette vie très concrète rythmée par des préoccupations pratiques et terre-à-terre de ces deux femmes - racontée au présent - s’accompagne de bribes du passé de Maya qui nous permettent de comprendre pourquoi elle en est arrivée à vivre isolée, seule avec sa fille. Et la venue de Wyn apporte un éclairage nouveau. Il n’y a ni clichés ni manichéisme mais une subtilité dans le traitement des personnages.  Pour un premier roman, j’ai été impressionnée par la poésie intelligemment mêlée à l’âpreté de cette vie au contact avec la nature mais aussi par la structure brillamment maîtrisée. J’ai été happée et charmée, allez, c’est un COUP DE CŒUR !

Le fameux incipit : « Alléchée par l’odeur d’une plaie, l’ombre brun-rouge bondit, le ventre lesté par le poids du petit frémissant, les mamelles déjà douloureusement gonflées. Tapie derrière les arbres, une patte en suspens perlée de rosée, la renarde pointa son museau vers ce qui gisait là. Le corps se détachait du sol comme une pierre. Il gisait dans ses propres souillures et coulures, aussi mou que les lièvres dont le renard brise les soubresauts d'un coup de croc. Quand les hommes étaient arrivés, il faisait noir. Leurs bruits venus d'ailleurs avaient poussé la renarde haletante vers le ciel boueux de la tanière où elle mettrait bas. Recroquevillée sous terre, elle avait perçu les cris, les grognements, les claquements sourds de la chair heurtant la chair. Elle avait entendu le calme revenir, les hommes s'en aller d'un pas pressé, en silence. Et le corps laissé là, dont le son avait été étranglé. »

« Mon regard est alors attiré par un scintillement au pied d’un pin, un éclat déchiré. Là, entre les racines, une autre sorte de rouge. Et je m’aperçois qu’il s’agit de cheveux. Ils sont longs, beaucoup plus longs que les miens, mais pas autant que ceux de Myma. Ce roux. Stupéfiant, saisissant. Ma main s’approche des cheveux brillants, mais s’immobilise quand la voix de Myma vient érafler l’intérieur de mon crâne.  Ne touche pas des choses que tu ne comprends pas, Ma Fille.»

Maya raconte à sa fille que Wyn est un ennemi :

« Myma, dis-je dans un chuchotement.

Ma Fille-Silex ?

Et si... Et si ce n’était pas un Pourri ?

Je la sens se raidir à côté de moi.

Comment ça ? demande-t-elle.

Et si c’était autre chose ?

Autre chose ?

Et si... Et s’il était comme nous ? »

 

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10 octobre 2026 6 10 /10 /octobre /2026 07:08

Une femme dans la course Une femme dans la course — Éditions Le Lombard

En 1959, dans la campagne creusoise, lorsque Christine Rivage perd sa maman adorée morte en couches, elle se met à courir : dans les rues de son village, à travers champs, par les bois et les monts alentour. Si elle apprécie son copain Marcel, elle sait qu’elle ne veut pas l’épouser comme le souhaiterait son père. Plus tard, elle doit s’occuper de la ferme familiale mais parvient toujours à se dégager du temps pour aller courir. Lorsqu’elle aperçoit à la télévision, en avril 1970, les images du deuxième marathon de France, elle rêve d’aller rejoindre les coureurs, de partager avec eux tension, fatigue, plaisir et de faire partie du groupe. Elle va tout faire pour participer au marathon de 1971 mais un courrier lui revient, sa demande d’inscription est rejetée : « une femme n’est pas physiquement capable de courir 42.195 km (...) Le marathon de France est un événement d’hommes. Les règles de l’Union internationale des athlètes amateurs n’autorisent pas les femmes à courir une distance de plus de 1.5 km. » Qu’à cela ne tienne, Christine va s’immiscer dans le groupe de coureurs déguisée en homme. Elle se fait rapidement repérée, les forces de l’ordre tentent de l’extraire de la course mais d’autres coureurs la soutiennent et la protègent. Elle franchira la ligne d’arrivée au bout de 3h41, devenant ainsi un modèle.

Par le prisme de la fiction, les autrices s'emparent d'une thématique où le sexisme était encore prégnant il n’y a pas si longtemps : celle des femmes dans le sport. Christine Rivage représente Bobbi Gibb, une jeune femme de 23 ans qui pensait pouvoir courir le marathon de Boston en 1966 ou encore Kathrine Switzer qui a dû lutter pour parcourir les 42.195 km de la même course en 1967. Ce n’est qu’en 1984 que les femmes ont eu l’autorisation de courir au Jeux Olympiques de Los Angeles. Ce roman graphique démontre très bien les difficultés, si nombreuses, qu’une femme a pu éprouver pour sortir du carcan où on l’enfermait. Tu te marieras, tu ne feras point d’études, tu n’ouvriras pas ta bouche et tu resteras à la maison. La liberté que procure la course à pied pour la protagoniste est une évidence, un souffle de vie, de bonheur et de victoire. Moi qui cours aussi (toujours pas de marathon), j’ai beaucoup apprécié cet album et je pense qu’il n’est pas nécessaire de courir pour l’aimer. Que de femmes ont dû se battre pour se distinguer ou tout simplement revendiquer le droit d’être à l’égal de l’homme. Certaines planches de cette BD reflètent brillamment l’évasion et la liberté de la course à pied et les dessins m’ont beaucoup plu.

Un album reçu par le biais de la Kube dessinée.

« Je suis capable de courir 42 kilomètres d’affilée ! Nom de Dieu, je l’ai déjà fait ! Est-ce qu’ils croient vraiment ce qu’ils disent ? Est-ce que c’est ce que tout le monde croit ? Que les femmes ne sont pas capables !?! Mais comment veux-tu prouver que tu peux faire quelque chose si tu n’es pas autorisé à le faire ? Si tu n’as même pas le droit d’essayer ? »

Une femme dans la course de Marie Duvoisin Gwénola Morizur

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6 octobre 2026 2 06 /10 /octobre /2026 14:38

On ne mange pas les cannibales - Stéphanie Artarit - Belfond - Grand format  - Librairie des femmes Paris

Bambi est une jeune fille d’une beauté incroyable qui n’a pas eu de chance dans la vie, entre son grand frère Martin, violent et violeur, son père qui a mystérieusement disparu et sa mère impotente et alitée depuis des années. Dans la masure qui leur sert de maison, Bambi s’occupe seule de ses deux petits frères jumeaux handicapés mentaux. Pour elle, une seule échappatoire existe : le zoo pas loin de chez elle, où elle entre régulièrement par effraction ; les animaux la fascinent ! Tombant un jour nez-à-nez avec le directeur du zoo, Noël Rivière, elle parvient à se faire embaucher en tant qu’apprentie puis salariée. L’enfer devient paradis car le beau directeur qui lui plaît tant tombe amoureux d’elle. Mais Martin, incarcéré en prison pour quelques années, est la pire des ordures et compte bien récupérer, coûte que coûte, sa sœur...

                Un roman noir violent où il est question de vengeance, une vengeance tenace qui court sur des années.... J’ai aimé le contexte du zoo et les fréquents parallèles entre l’humain et l’animal (même s’ils ne sont pas révolutionnaires). Ce qui m’a le plus dérangée, c’est le manque de crédibilité de certains revirements de situation associé à des portraits des personnages incomplets. L’autrice noircit le trait jusqu'à user la mine quant à la famille Rapaz qui vit dans une crasse sans nom avec ce mâle dominant, Martin, qui commet les pires abominations sur les siens. Comme tout bon roman noir, c’est extrêmement glauque et sordide mais j’aurais aimé un peu plus de vraisemblance pour pouvoir y adhérer. Je dois reconnaître que la fin – spectaculaire - est plutôt réussie remettant hommes et animaux à leur place et le titre ne prend sens qu’à la toute dernière phrase. Ça reste une lecture facile et qui m’a permis, en période d’intense activité, de m’évader. (oui, c’est ce qu’on appelle un avis « partagé » !)

La vétérinaire fait visiter le zoo à Bambi, lui expliquant que les reptiles étaient nourris de petits animaux vivants : « Les reptiles ne mangent pas de carcasses. C’est comme ça. On a essayé mais ça ne marche pas vraiment. Même les salamandres ne mangent que ce qui bouge. Tu verras. N'oublie jamais que tous les animaux que tu vois ici sont des bêtes sauvages. Qu'elles soient nées en captivité ou dans la nature ne change rien à l’affaire. Elles sont d’autant plus dangereuses qu’ici elles se savent en sécurité. Leurs sens ne sont pas sollicités par leur instinct de survie. Elles ne sont ni des proies, ni des prédateurs. Et comme elles ne sont pas en contact direct avec les autres espèces, leurs seules interactions sont avec le public et les soigneurs. Par conséquent, elles n’ont pas peur de nous. »

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3 octobre 2026 6 03 /10 /octobre /2026 09:59

La Ligne - Aharon Appelfeld - Éditions de l'Olivier - Grand format - Place  des Libraires

Erwin, le narrateur, un Juif qui a perdu ses parents durant la Deuxième Guerre mondiale, parcourt, depuis quarante ans, le même réseau ferroviaire allant de Naples au Grand Nord. Il est à la recherche de Nachtigall, le S.S. qui a sommairement exécuté ses parents. Il descend toujours dans les mêmes hôtels (quand il ne peut dormir dans le train), retrouve les mêmes personnes qui sont devenues pour certaines des amis, pour d’autres des maîtresses ou encore des rivaux. Car il profite de ce voyage pour collecter des objets ayant appartenu à des Juifs : ustensiles, livres anciens, manuscrits – la concurrence est dure mais Erwin est doué. Amateur de cognac et de musique classique, il aime fréquenter les wagons-restaurants, se laisse trop souvent submerger par la « bile noire » et souffre d’ulcère. Mais, après toutes ces années, il se rapproche enfin de Nachtigall, et la mission qu'il s'est fixée - l'éliminer - est sur le point d'aboutir.

C’est la première fois que je lis cet auteur israélien qui a connu le ghetto et la déportation dans un camp à la frontière ukrainienne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Je pense aussi que c’est la première fois que je lis un « roman ferroviaire » !  Je suis parfois restée sur le quai à cause du caractère répétitif : le narrateur s’arrête dans une ville, évoque un personnage rencontré chaque année, remonte dans le train, s’arrête, se souvient des années précédentes, repart, et ainsi de suite. Par-delà la quête de cet homme solitaire, cette vie de nomade avec trajet fixe interpelle : l’absence de domicile fixe est compensée par un besoin de repère dans le mouvement. Le titre, superbement trouvé, est évidemment polysémique : la ligne de chemin de fer, la ligne qui serait un tracé, l’itinéraire du personnage, la ligne de vie, la ligne de mire... Un roman intense et complexe qui évoque également l’après-guerre avec justesse, l’antisémitisme auquel doivent encore se confronter les survivants de l’Holocauste et le désir de vengeance qu’on sent émoussé au bout de quelques années. Erwin est le double évident de l'auteur et l'élégance sobre de l'écriture renforce ce miroir intime. Malgré un avis contrasté, j'aimerais lire un autre titre de cet auteur : un conseil?

« Les trains m'ont rendu libre. Que serais-je dans ce monde sans eux ? Un insecte domestique, un golem sous la forme d'un gratte pied, ou, dans le meilleur des cas, le propriétaire d'un commerce de village. Une sorte d'humain rampant, se levant le matin, travaillant huit ou neuf heures dans la journée, fermant son magasin le soir avec ce qui lui reste de forces, et nous trouvant rien d'autre lorsqu’il arrive chez lui qu'une femme râleuse, un fils docile et un peu attardé, et une montagne de factures. Je hais ces terriers les que l'on nomme des maisons. Moi, dès que je monte dans un train, je suis porté par les ailes du vent. »

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29 septembre 2026 2 29 /09 /septembre /2026 17:34

Or, encens et poussière - broché - Valerio Varesi, Florence Rigollet -  Achat Livre ou ebook | fnac

Parme, avec un épais brouillard nocturne qui crée un carambolage monstre : une bétaillère se renverse, déversant vaches et taureaux. Le commissaire Soneri se rend sur les lieux et au milieu de ce chaos, il découvre le corps brûlé d’une jeune femme. C’est celui de Nina, une immigrante roumaine. Cette très belle femme a eu de nombreux amants, elle leur a retourné le cerveau, leur promettant exactement ce qu’ils voulaient avant de disparaître dans la nature. Soneri enquête et découvre que Nina souhaitait simplement s’installer et vivre en couple. Qui donc aurait voulu la tuer ? Soneri n’a pas toujours les idées claires parce que sa compagne, Angela, lui a avoué qu’elle voyait quelqu’un d’autre et qu’elle ne s’était pas encore tout à fait décidée à le quitter ou à rester avec lui...

C’est ma première découverte de cet auteur italien et il m’a fait belle impression ! Un rythme suspendu, un commissaire débonnaire et un brin maladroit qui jongle entre ses déboires conjugaux et ses investigations, une ville vibrante qui s'impose comme un personnage à part entière... Ce roman séduit surtout par l'élégance de sa plume, la poésie de ses descriptions et la remarquable justesse psychologique de ses protagonistes. Et puis l’Italie est bien là, dans toutes les pages, dans les odeurs, dans les assiettes, dans les verres ! J'ai adoré ce vieux marquis déchu qui va de resto en resto pour manger (avec élégance!) les restes délaissés par les clients, il en profite pour philosopher avec Soneri. Le style de l’auteur et son commissaire (récurrent apparemment) m’ont fait penser à l’excellent Henning Mankell et à son Wallander, les deux excellent à installer une ambiance. Un très bon polar, donc.

L’incipit : « Parme était sous un brouillard ouaté. On ne distinguait même plus la géométrie des tours de Paolotti, ni celles des campaniles de San Giovanni et du duomo. Une soirée d’autres temps, d’avant que les saisons ne se ressemblent toutes. Lorsque la ville s’enveloppe d’une coquille de vapeur et retrouve soudainement toute son intimité. Que son excitation, ses grondements, sa frénésie s’apaisent. Elle susurrait comme les vieilles à l’église. »

« Nous vivons dans une inconscience permanente, c’est à la fois ce qui nous sauve et ce qui nous condamne. L’inconscience permet aux portes de l’émotion de rester ouvertes, mais elle nous rend aussi volatiles qu’une vapeur d’alcool. »

Soneri craint de croiser l’amant de sa femme : « Il passa par le bar à vins et ne vit pas celui qu’il redoutait de rencontrer. Il commanda à Bruno un cornet de grana et de tranches de coppa, puis se mot à flâner en chemin vers chez lui. Il trouvait Parme magnifique les nuits d’hiver, en dépit des outrages qui la défiguraient au plus profond de son âme. Elle résistait encore sous son visage jaune paille, impassible devant le torrent de vulgarité qui la traversait, et Soneri continuait à garder en son cœur sa ville de jadis en s’efforçant de la retrouver au détour de ses portes cochères, de ses façades ou des aperçus biscornus des toits de l’Oltretorrente. »

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