
Parme, avec un épais brouillard nocturne qui crée un carambolage monstre : une bétaillère se renverse, déversant vaches et taureaux. Le commissaire Soneri se rend sur les lieux et au milieu de ce chaos, il découvre le corps brûlé d’une jeune femme. C’est celui de Nina, une immigrante roumaine. Cette très belle femme a eu de nombreux amants, elle leur a retourné le cerveau, leur promettant exactement ce qu’ils voulaient avant de disparaître dans la nature. Soneri enquête et découvre que Nina souhaitait simplement s’installer et vivre en couple. Qui donc aurait voulu la tuer ? Soneri n’a pas toujours les idées claires parce que sa compagne, Angela, lui a avoué qu’elle voyait quelqu’un d’autre et qu’elle ne s’était pas encore tout à fait décidée à le quitter ou à rester avec lui...
C’est ma première découverte de cet auteur italien et il m’a fait belle impression ! Un rythme suspendu, un commissaire débonnaire et un brin maladroit qui jongle entre ses déboires conjugaux et ses investigations, une ville vibrante qui s'impose comme un personnage à part entière... Ce roman séduit surtout par l'élégance de sa plume, la poésie de ses descriptions et la remarquable justesse psychologique de ses protagonistes. Et puis l’Italie est bien là, dans toutes les pages, dans les odeurs, dans les assiettes, dans les verres ! J'ai adoré ce vieux marquis déchu qui va de resto en resto pour manger (avec élégance!) les restes délaissés par les clients, il en profite pour philosopher avec Soneri. Le style de l’auteur et son commissaire (récurrent apparemment) m’ont fait penser à l’excellent Henning Mankell et à son Wallander, les deux excellent à installer une ambiance. Un très bon polar, donc.
L’incipit : « Parme était sous un brouillard ouaté. On ne distinguait même plus la géométrie des tours de Paolotti, ni celles des campaniles de San Giovanni et du duomo. Une soirée d’autres temps, d’avant que les saisons ne se ressemblent toutes. Lorsque la ville s’enveloppe d’une coquille de vapeur et retrouve soudainement toute son intimité. Que son excitation, ses grondements, sa frénésie s’apaisent. Elle susurrait comme les vieilles à l’église. »
« Nous vivons dans une inconscience permanente, c’est à la fois ce qui nous sauve et ce qui nous condamne. L’inconscience permet aux portes de l’émotion de rester ouvertes, mais elle nous rend aussi volatiles qu’une vapeur d’alcool. »
Soneri craint de croiser l’amant de sa femme : « Il passa par le bar à vins et ne vit pas celui qu’il redoutait de rencontrer. Il commanda à Bruno un cornet de grana et de tranches de coppa, puis se mot à flâner en chemin vers chez lui. Il trouvait Parme magnifique les nuits d’hiver, en dépit des outrages qui la défiguraient au plus profond de son âme. Elle résistait encore sous son visage jaune paille, impassible devant le torrent de vulgarité qui la traversait, et Soneri continuait à garder en son cœur sa ville de jadis en s’efforçant de la retrouver au détour de ses portes cochères, de ses façades ou des aperçus biscornus des toits de l’Oltretorrente. »












