Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
1 septembre 2026 2 01 /09 /septembre /2026 10:15

L'autre moitié du soleil

Au début des années 60, au Nigéria. Olanna et Kainene sont sœurs jumelles et pourtant tout les oppose : Olanna, professeure, est très belle, idéaliste et engagée, Kainene, plus froide, gère les affaires familiales avec brio. Leurs parents sont de riches parvenus corrompus qui ne pensent qu’à l’argent et aux apparences. Olanna trouve l’amour dans les bras d’Odenigbo, un intellectuel qui a engagé Ugwu comme homme à tout faire, Kainene s’éprend de Richard, un Blanc fasciné par les « pots cordés », ces bronzes anciens découverts au Nigéria, il sait parler ibo et s’est intégré intelligemment à la société nigérienne après des débuts difficiles. Mais les tensions entre les Ibos et les autres ethnies du pays ne cessent de prendre de l’ampleur et se transforment en haine, une haine causée « par la politique officieuse du « diviser pour régner » du pouvoir colonial britannique. » En mai 1967 est proclamée la République indépendante du Biafra mais cette région est riche en pétrole, il est hors de question de la laisser entre les mains des Ibo. Massacres et famines vont avoir raison de tout un peuple.

Quel roman ! Un témoignage bouleversant sur la guerre du Biafra où un fol espoir a lentement et sournoisement cédé sa place à un avenir morne et un constat désolant : des angoisses au quotidien, un appauvrissement lent et inéluctable, une famine ravageuse, un million de morts. Ce roman puise sa force dans la profondeur des histoires individuelles : on s’attache à la plupart des personnages, Olanna, Odenigbo, Ugwu, ... tous sont jetés, catapultés dans cette histoire sans issue. Certains passages sont effrayants, d’autres poignants. Je garde en tête l’image d’Olanna qui entraîne sa petite fille à courir le plus vite possible au bunker ; ou celle d’Ugwu, un personnage attachant, amené à commettre des atrocités ; ou encore cette faim tenace à fait manger n’importe quoi. J’ai beaucoup appris sur un conflit dont j’avais peu entendu parler, j’ai fait un parallèle avec la guerre qui a opposé les Hutus et les Tutsis : il est toujours question d’argent et les Blancs ont là aussi leur part de responsabilité.

Le roman compte 658 pages, je participe au challenge des Pavés de l'été de La petite liste.

Merci Marijo pour cette découverte !

« L’instruction est une priorité ! Comment pourrons-nous résister à l'exploitation si nous ne disposons pas d’outils pour comprendre l'exploitation. »

« Je suis nigérian parce que l'homme blanc a créé le Nigeria et m'a donné cette identité. Je suis noir parce que l'homme blanc a construit la notion de noir pour la rendre la plus différente possible de soin blanc à lui. Mais j'étais ibo avant l'arrivée de l'homme blanc. »

Quand il y avait encore de l’espoir : « Olanna les observa et se rendit compte, une vague de chaleur au cœur, qu’ils ressentaient tous ce qu’elle ressentait, ce qu’Odenigbo ressentait, cette même impression d’avoir du métal liquide qui voulait dans leurs veines à la place du sang, de pouvoir marcher pieds nus sur les braises ardentes. »

Ugwu écrit ce qu’il vit : « Ils avaient fait rôtir le lézard et l'avaient partagé, en chassant les autres enfants. Plus tard, le garçon avait offert à Ugwu un bout minuscule de sa part filandreuse. Ugwu l'avait remercié et avait secoué la tête en réalisant que jamais il ne pourrait traduire cet enfant sur le papier, jamais il ne pourrait décrire assez fidèlement la peur qui voilait les yeux des mères au camp de réfugiés quand les bombardiers surgissaient du ciel et attaquaient. Il ne pourrait jamais décrire ce qu'il y avait de terriblement lugubre à bombarder des gens qui ont faim. Mais il essayait, et plus il écrivait, moins il rêvait. »

Partager cet article
Repost0
29 août 2026 6 29 /08 /août /2026 21:17

C'était ça ou mourir par Orélien

Août 2023. Jonas Dorléon est professeur d’histoire-géographie à Haïti. Un jour, un gang armé tire au hasard dans son quartier de Carrefour-Feuilles, à Port-au-Prince. Jonas sait qu’il peut mourir et qu’il doit fuir. « Professeur sans classe, poète sans lecteurs, voyageur sans carte », il abandonne tout sauf le recueil de poèmes de René Depestre et rejoint d’abord la République dominicaine. Maçon des routes, cireur de chaussures ou plongeur dans un resort, il cumulera les petits boulots avant de reprendre la route. Le Brésil, le Pérou, l’Equateur, ... il sort vivant de la jungle du Darien, réchappe à une fièvre au Costa Rica, patiente dans les interminables files d’attente à Tapachula, au Mexique. A la frontière étasunienne, il se heurte à l’appli CBP One qui ne planifie que rarement les rendez-vous pour les demandeurs d’asile. Il a à faire à la cruauté des Américains, leur bêtise et leur méchanceté. Après avoir emprunté le chemin Roxham, cette route qui relie les Etats-Unis au Canada, il est enfin arrivé. Pas tout à fait, il lui faut encore attendre le droit d’y rester et subir une audience où il aura à expliquer les raisons de son exil.  

La grande réussite de ce roman, c’est que le lecteur suit le personnage, se colle à son maigre corps, n’est pas loin d’enfiler ses chaussures trouées et de porter son sac Carrefour. L’auteur parvient à transmettre ses émotions et à restituer ses ressentis sans jamais tomber dans le misérabilisme et l’apitoiement. Les rencontres sont nombreuses, les pertes aussi, et presque toujours demeure cette solidarité entre migrants. L’horreur à Haïti, la haine des Etats-Unis et la clémence du Canada sont si bien narrés ! Si certains pensent encore qu’un migrant prend le chemin de l’exil pour son plaisir ou par caprice, lisez ce roman ! Contrairement à Gaël Faye sur le bandeau de couverture, j’ai préféré fractionner ma lecture tant chaque chapitre était dense et parfois éprouvant. J’ai beaucoup aimé cette lecture imagée, à l’écriture belle : l’écrivain use (et abuse aussi parfois, il faut bien le reconnaître) des métaphores, personnifications, zeugmes ou encore comparaisons. Le résultat, c’est un texte touchant, profondément humaniste qui narre le combat du migrant. Je suis plutôt avare dans la distribution des récompenses depuis quelque temps mais ce roman, je crois, vaut bien un « coup de cœur ».

Première lecture de la rentrée littéraire 2026.

« Je n'étais pas encore un migrant. J'étais une attente, une apnée, un homme suspendu entre deux mondes, comme un morceau de linge oublié sur la corde du temps. Pas encore parti, déjà plus chez moi. J'étais là, paralysé, sur cette terre étrangère qui ne voulait pas tout à fait de moi, mais qui me permettait encore de dormir sans sursauts. La République dominicaine, pour moi, c'était un vestibule. Pas encore un exil. Pas non plus un refuge. Plutôt un sas. Une antichambre d'Haïti, un purgatoire où il est encore permis d'espérer un retour - même si le retour, comme la foi, est parfois un mirage qui s'étire. »

Discriminer les Haïtiens par rapport aux Dominicains n’est pas nouveau : « C’était en 1937. Trujillo, le dictateur dominicain au costume repassé, moustache propre avait décidé qu'il y avait trop d'Haïti, hein, dans ce pays. Il pourrait purifier la frontière, disait-il. Les soldats ont reçu le mot de passe : perejil. Le persil. On tendait une branche verte au suspect et on lui disait : « Comment ça s’appelle ? » Celui qui roulait le r comme un Espagnol vivait. Celui qui disait « persil » à la manière haïtienne mourait, tombait raide mort dans les eaux de la rivière du Massacre. »

« on ne part pas quand on veut : on part quand on ne peut plus rester. »

Au Brésil, certains migrants jonglent ou font des acrobaties pour gagner quelques sous : « Moi, je n'avais pas d'équilibre, pas de bouteilles, pas de corde. Mais j'avais une bouche, une langue et des histoires. Alors j'ai commencé à parler. A raconter. À inventer. À mentir avec style. J’étais un griot en exil. Je faisais rire les Brésiliens avec des histoires d'Haïti apprêtées à la sauce comique. J'inventais des proverbes. Je jouais les idiots. Je faisais des voix. J’imitais les douaniers. Je caricaturais Jesús le passeur et personnifiais même le cafard du McDo. Et les gens riaient. Les vieux. Les enfants. Les vendeuses de bonbons. Les livreurs à vélo. Ils riaient parce que j'étais drôle. »

Les douaniers trumpistes ne veulent pas de l’intelligence d’un professeur : « Comme si penser constituait un crime. Comme si l'éducation était suspecte dans un corps noir. Même si le commentaire ne s'adresse pas à moi, ça m'a blessé. Pas à cause de l'insulte proprement dite - j'y étais habitué, mais parce que ceux qui humiliaient étaient habités par une ignorance triomphante, crasse, assumée. »

« Tu es migrant, ce n'est pas la faim qui t'écrase en premier. Le corps s'habitue à presque tout. Ce qui te brise vraiment, c'est l'inutilité. Cette sensation lente et corrosive de ne plus servir à rien, de n'avoir aucun poids, aucun effet sur le monde, d’exister sans laisser la moindre empreinte. De tomber en sachant d'avance que personne ne pensera à te ramasser. »

Partager cet article
Repost0
26 août 2026 3 26 /08 /août /2026 09:57

La Correspondante

Ce roman a d’emblée fait parler de lui à sa sortie, j’avais envie de le découvrir à mon tour, d'autant plus que j'adore les romans épistolaires.

Sybil Van Antwerp est une septuagénaire divorcée qui vit seule dans le Maryland après avoir exercé – avec passion – le métier de greffière. Elle aime depuis toujours correspondre non seulement avec sa famille (son fils, et sa fille qui vit en Angleterre, son frère en France) et ses amis (sa plus fidèle, Rosalie, qui la connaît si bien) mais aussi avec un peu tout le monde. La moindre communication écrite peut être prétexte à démarrer une véritable correspondance, dense et régulière. Mais Sybil souffre de problèmes de vue et se trouve confrontée à ses démons du passé. La lettre est parfois l’occasion de revivre des souvenirs, d’admettre certains torts et de mettre les points sur les i. Sybil plaît encore aux hommes et elle se retrouve avec deux prétendants, l’un qui vit au Texas et aimerait l’épouser, l’autre qui est un voisin aussi discret qu’attentionné.

                J’ai commencé cette lecture en me demandant ce qui pouvait tant plaire. Les premières lettres sont plutôt banales et évoquent de petits faits ordinaires : un petit accident de voiture, une réunion au club jardinage, mais Sybil aime aussi écrire aux écrivains qu’elle admire. Petit à petit, on apprend à connaître cette dame franche et généreuse qui dévoile ses pensées les plus intimes dans des lettres qu’elle n’envoie à personne (on en saura plus à la fin du livre). J’ai apprécié certaines relations originales comme celle avec un adolescent, fils d’ami, que Sybil parvient à sortir de la dépression et qu’elle héberge quelques mois. J’ai aimé que le monde de Sybil ne soit pas manichéen, elle a commis des erreurs, elle s’est montrée maladroite parfois, elle a su assumer ses choix. Enfin j’ai adoré cette ambiance british, cosy en apparence et plus pêchue en réalité ; l'écriture est élégante et on passe de sujets futiles à d'autres plus graves. Et puis quelle ode à la correspondance, à ce rituel généreux qui veut qu’on offre du temps à l’autre ! Quand je repense à tous mes correspondants de jeunesse, que de beaux moments passés à écrire et à lire le courrier, j’en suis nostalgique. Je ressors finalement repue et très satisfaite de cette lecture qui, en vacances, a été si agréable.

La vie comparée aux quatre saisons : « Nous naissons et traversons l'enfance au printemps. Nous vivons ces glorieuses années, passionnantes et pleines d’allant, que sont la vingtaine, la trentaine et la quarantaine, en été. Nous nous retirons à nous-mêmes à l'automne, saison fraîche mais pas encore froide, intense et aromatique. Et quand on vient l'hiver, c'est la vieillesse (soudaine) et la mort. »

Sybil est invitée à faire un discours à la cérémonie d’adieu de son ex-mari : « Ce genre d’occasion me fait toujours regretter de ne pas mesurer quelques centimètres de plus – ce que je peux détester ma taille – et je ne demande pas un miracle ! Je ne parle pas d’un mètre quatre-vingts comme toi, j’aurais simplement préféré un mètre soixante ou soixante-dix. Un mètre cinquante-cinq, c’est humiliant quand on parle en public (ce que je déteste en soi), et personne ne se promène en escarpins passé soixante-dix ans, même si j’adorais en porter. »

« Imaginez, les lettres qu'on a envoyées dans le vaste monde, celles qu'on a reçues en retour, sont les pièces d'un magnifique puzzle ou, métaphore encore meilleure quoique datée, les maillons d'une longue chaîne, et même si ces maillons ne sont jamais rassemblés, ce qui est probable, même s'ils restent pour l'éternité dispersée autour de la terre comme les graines fragiles d'un pissenlit en train de le faner, n'y a-t-il pas là quelque chose de merveilleux, dans l'idée que l'histoire d'une vie puisse être préservée, d'une certaine façon, que la lettre que je suis en train d'écrire puisse un jour représenter quelque chose, même d'infime, aux yeux de quelqu'un ? »

Partager cet article
Repost0
22 août 2026 6 22 /08 /août /2026 08:46

Strange pictures

Uketsu et l’écrivain le plus vendu au Japon, il entretient un certain mystère sur son identité en apparaissant toujours vêtu de noir et portant un masque blanc. Sachant que ce roman est un polar, il ne m’en a pas fallu davantage pour être alléchée.

Deux étudiants, Sasaki et Kurihara, se mettent à enquêter sur le blog d’un certain Ren qui parle, notamment, de sa femme Yuki qui est tombée enceinte. Il raconte, au fil des mois, cette grossesse et les émotions du couple mais aussi l’inquiétude de savoir que le bébé se présente par le siège. Il publie également quelques photos de dessins réalisés par sa femme. Finalement, Yuki accouche mais décède à cause des complications liées à la position du bébé. Ren se tait de longs mois durant avant d’expliquer qu’il a compris les énigmes cachées dans les dessins de sa femme qui tenait à révéler un secret le plus discrètement possible parce qu’elle se savait en danger. Les deux amis comprennent qu’une tierce personne a vécu avec le couple et qu’un meurtre a été commis. Des meurtres, il y en aura d’autres et l’assassin a le don de brouiller les pistes.

Très intriguée dès les premières lignes par l’insertion des dessins et de l’analyse qu’on en fait, j’ai été de plus en plus alpaguée au fil des pages par une intrigue complexe et ô combien originale. On a l’impression d’avoir à faire à quelques nouvelles distinctes mais tout finit par s’imbriquer astucieusement même si c’est assez complexe (j’aurais dû prendre des notes !) L’écriture simple mais efficace nous emporte dans le quotidien des Japonais, leurs habitudes alimentaires, leurs alphabets (hiragana et kanji), l’école, les loisirs... J’ai beaucoup aimé cette lecture atypique et mystérieuse tout le long et parfois glaçante et glauque, surtout quand le lecteur comprend enfin toute l’histoire. Je ne suis pas sûre de retenir toutes les subtilités et les rebondissements de l’intrigue mais j’ai été ravie d’apprécier un roman nippon (j’ai souvent fait de mauvaises rencontres !) très original. Deux autres romans de l’auteur connaissent le même succès : Strange Houses et Strange Buildings.

Quand Sasaki analyse les dessins de Yuki : « Sasaki arrache les feuilles où sont imprimés les dessins, les superpose dans l’ordre 1-bébé, 2-vieille femme, 3-adulte (femme), et regarde le résultat à la lumière des néons. Les trois dessins se mélangent, sans rien donner à voir de cohérent. Alors il change les images, les angles, les positions... Il essaie toutes sortes de combinaisons, mais finit par renoncer, découragé. Les possibilités lui paraissent infinies. »

 

Partager cet article
Repost0
19 août 2026 3 19 /08 /août /2026 20:20

Ivo a mis les voiles - Éditions Sarbacane

Ivo est mort. Mécanicien de métier, il a passé sa vie à bourlinguer dans son pays qu’est le Brésil, ne tenant pas en place. Pedro, un jeune Carioca, a envie et besoin de comprendre le parcours d’Ivo. Muni de son certificat de décès et d’une carte postale de Porto Seguro, il entame un road trip aux allures d’enquête qui va l’emmener au nord de Belém en longeant la côté atlantique. Des kilomètres et des kilomètres parcourus, de nombreuses rencontres, de belles découvertes, quelques réponses à ses questions et, à travers sa quête de l’autre, une introspection et une quête identitaire.

J’ai eu du mal à entrer dans l’œuvre, les planches alternent entre le passé et la vie d’Ivo et le présent avec Pedro, la différence entre les deux n’est pas nette. Il me semble que complexifier l’intrigue en début d’album n’était pas la meilleure idée. Mis à part ce constat et quelques longueurs (155 planches), cette BD dégage un charme indéniable. On accompagne les personnages à boire des cachaças les pieds dans le sable, à se baigner dans les rivières qui bordent les routes, on ne sait pas où on va dormir le soir-même mais les rencontres sont belles, empreintes de simplicité et de bienveillance à cette époque de la fin des années 80. Cette nonchalance et cette insouciance qui s'accompagne d'une ode à la jeunesse apportent une dimension solaire à ce voyage autant spatial que spirituel, rehaussée par les couleurs chaudes des dessins. J’ai admiré avec délectation la plupart des planches, et encore plus les pleines pages, les plages dorées et le ciel d’un bleu si pur et si fidèle. Un album que je refeuillèterai de temps en temps.

C’est encore une BD reçue via la Box « Kube dessinée ». Pour l’instant, même s’il n’y a pas de véritable coup de cœur, j’ai apprécié ce que j’ai lu.

« La vie pour toi, c’est un début, un milieu et une fin. Pas vrai, Ivo ? Le reste, tu te dis, n’est que naïveté et fanatisme. Curés et médecins ne sont que les charlatans des âmes et des corps. »

Ivo a mis les voiles, bd chez Sarbacane de Pinheiro

Partager cet article
Repost0
16 août 2026 7 16 /08 /août /2026 17:28

Dans la jungle

Suzanne, la soixantaine, a rendez-vous chez le notaire, six mois après la mort de sa fille Aurélie, de ses deux petits-enfants, tous les trois tués par son gendre Arnaud qui a conclu son acte de barbarie par un suicide. Comment en arriver là ? Arnaud et Aurélie se sont aimés passionnément, ils se sont mariés, ont construit une vie apparemment charmante et confortablement bourgeoise. Mais Arnaud a besoin d’avoir une emprise totale sur sa femme et, plus tard sur ses enfants, de tout contrôler à chaque instant. Il reproche à sa femme de prendre un verre de vin, l’accuse de draguer des mecs quand elle sort avec des copines, la flique sur son portable, espionne ses mails, installe des caméras partout dans la maison, l’accuse d’être une menteuse, n’accepte des conseils de personne. Sa mesquinerie, sa fatuité et ses jalousies sont compensées par des moments de grande tendresse et d’empathie, et Aurélie s’interroge sur la chance qu’elle a eue de le rencontrer et d’être aimée de lui. Sa mère l’accompagnera dans sa décision de quitter son mari.

La lecture de ce thriller psychologique est sans aucun doute prenante, on tourne les pages pour connaître l’évolution de cette relation malsaine, on s’identifie à Aurélie, on déteste rapidement Arnaud. La tension monte avec l’amoncellement de détails qui font d’Arnaud un monstre – en toute discrétion. J’ai beaucoup aimé suivre le quotidien de ce couple, de cette famille, l’écriture visuelle et réaliste ne nous cache rien de leurs habitudes, de leurs repas, de leur intimité. Si le récit n’obéit pas aux règles de la tragédie classique puis qu’il se déroule sur quatorze longues années, la fatalité est inéluctable et le dénouement annoncé d’emblée, le lecteur le sait dès les premières pages. La lecture est facile et fluide, l'intrigue sans réelle surprise ;j’aurais pu vraiment aimer ce roman si je n’avais eu cette trop forte impression de déjà lu, notamment tout récemment avec La deuxième femme de Louise Mey ou dans d’autres polars de moins bonne facture (il faut se méfier des apparences, le syndrome de la cage dorée, etc.) Les thèmes de l’emprise conjugale et du féminicide inspirent décidément nombre d’auteurs.

J’ai appris que « chipoter » en belge avait un autre sens qu’en français puis qu’il signifie « farfouiller, triturer ».

J’avais (davantage) aimé le premier roman de l’autrice, La Vraie Vie.

"Elle se sentait désunie, elle aurait incapable de déterminer depuis quand, quelques mois, quelques années, une partie de son esprit vivait en dehors d'elle-même, peinant chaque jour davantage à se concentrer sur des tâches simples. Au travail ça allait encore, mais à la maison elle pouvait errer des heures sans but, commençant une chose puis une autre, ne finissant jamais rien, évoluant dans un brouillard de vacuité, comme si chaque geste, chaque pensée se dissolvait avant de prendre forme. Arnaud était imprévisible. Il pouvait la couvrir d'attentions et d'éloges à un moment avant d'entrer dans ce qui ressemblait à une profonde colère silencieuse l'instant d'après."

 

Partager cet article
Repost0
12 août 2026 3 12 /08 /août /2026 10:54

Page des Libraires

Début juillet, du haut de ses douze ans, Billie décide de fuguer. Pourquoi ? Parce que son père, Léo, avec qui elle vit seule depuis toujours, ne s’occupe pas d’elle : il travaille dans une conserverie, passe ses soirées à boire des bières avec des collègues et semble, la plupart du temps, ignorer la présence de sa fille qui gère une bonne partie de l’intendance de la maison. A l’instar de Côme Laverse du Rondeau, Billie se réfugie dans une canopée, elle s’installe sur une des plateformes d’un acrobranche abandonné. Cela fait des mois qu’elle prépare cette escapade, elle a tout prévu. Léo, qui met un moment à réaliser que sa fille a disparu, va se mettre à sa recherche et cette quête sera l’occasion de revenir sur un passé douloureux : la mère de Billie, Mathilde, est morte en lui donnant la vie mais il l’a toujours caché à sa fille. Un grand-père repentant va rejoindre le duo et les secrets familiaux seront révélés, rendant les vérités un peu plus supportables.

J’avais besoin de légèreté après des lectures éprouvantes, mission accomplie avec ce roman qui s’apparente à une lecture jeunesse et qui, pourtant, comporte quelques passages difficiles avec, notamment, une mère maltraitante. J’ai aimé les personnages avec cette ado rebelle et intelligente loin des clichés de sa génération et ce père paumé non dénué de cœur. L’ensemble a quand même manqué de profondeur, je n’ai pas été réellement touchée par ce récit et il me semble que l’autrice a parfois versé dans la facilité et dans le larmoyant notamment avec une lettre de la mère défunte adressée à Billie. Une petite déception car j’avais adoré Twist et Les corps inutiles de la même autrice. L’histoire, qui reste jolie et positive en démontrant qu’il vaut mieux ne pas taire les secrets familiaux, pourra sans aucun doute plaire à un public adolescent et constituer une première approche du magnifique Baron perché.

« La journée avait été longue. Il fallait se rendre à l’évidence, Billie n’était ni un tarsier des Philippines ni Côme Laverse du Rondeau : vivre dans les arbres n’était pas aussi naturel qu’elle l’aurait souhaité. Comme le héros d conte philosophique, elle avait lu une bonne partie de l’après-midi mais, au bout d’un moment, ses yeux la brûlaient et, à l’ombre de la cabane, elle s’était abandonnée à une sieste comateuse. Il avait fait une chaleur à crever, tellement que des gouttes de sueur tombaient sur les pages, même si elle ne portait rien d’autre qu’un maillot de bain. Malgré le pschitt anti-moustiques qu’elle se félicitait d’avoir emporté, elle était pleine de piqûres. »

« Il fallait de jolies choses pour contredire les moches, c’était la seule manière de survivre ».

Partager cet article
Repost0
9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 09:29

La vie est un long stress tranquille - Quand on sait le gérer

Tout est dans le titre volontairement oxymorique : il est possible et bienvenu de considérer le stress comme un aidant, une opportunité, voire un atout pour mieux rebondir. Cette BD documentaire propose d’abord de comprendre ce qu’est le stress d’un point de vue scientifique, les causes et sources de stress ne sont pas les mêmes pour toutes tous (parler en public, être en retard, subir une absence de reconnaissance, etc.) et il existe trois formes de réponses à cette menace : le combat, la fuite et la sidération. Lorsque les pics de stress s’enchaînent, ils créent un climat d’anxiété. L’anxiété est principalement tournée vers les menaces potentielles dans l’avenir. Avoir conscience de son stress, l’accepter et ne pas le voir comme un ennemi serait déjà un début de solution. Ensuite, plusieurs réponses sont proposées par le documentaire :

  • Les colonnes de Beck : il s’agit, sans un tableau, de disséquer son stress, d’évaluer son intensité et son évolution. Mettre par écrit ses ressentis et ses pensées permettrait de réévaluer (positivement) l’intensité de ce stress.
  • La méditation en pleine conscience, qu’on peut pratiquer n’importe où n’importe quand puisqu’il s’agit de se concentrer sur sa respiration mais aussi sur une musique et des sons ou encore sur un goût et une texture lorsqu’on mange.
  • La cohérence cardiaque, très codifiée (ça s’appelle 3-6-5) : 3 fois par jour, 6 inspirations et expirations de 5 secondes.
  • Le soutien social consiste simplement à se confier à des personnages proches et bienveillantes.
  • L’autocompassion consiste à se montrer bienveillant avec soi-même, accepter d’être vulnérable et s’écouter.

Avec un sujet aussi vaste, il fallait de la matière pour rendre l’ouvrage intéressant. Et c’est le cas, la BD propose de vraies solutions, que certains connaissent déjà mais qui les applique au quotidien ? Pour ma part, j’aime bien la cohérence cardiaque qui a fait ses preuves (à court terme et à long terme), j’ai aussi pris l’habitude d’analyser les sources de stress pour essayer de les comprendre (mais pas par écrit), je méditais un peu à une époque et j’aimerais retrouver cette habitude. Dans le domaine de l’autocompassion, il y a encore du boulot 😊 ! La BD se clôt avec quelques définitions (stress chronique, stress aigu et burn-out), insiste sur l’autocompassion et aborde la thérapie cognitive et comportementale (TCC) qui a fait ses preuves. De vraies solutions, faciles à pratiquer au quotidien et scientifiquement prouvées, pour peu que le stressé veuille aller mieux ! Une BD documentaire divertissante et instructive conçue par deux psychologues.

La vie est un long stress tranquille, quand on sait le gérer - Sceneario

Partager cet article
Repost0
5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 17:52

Paresse pour tous - Hadrien Klent - Le Tripode - Poche - Place des Libraires

Emilien Long est un économiste de renom, il a obtenu le Prix Nobel d’économie et son Droit à la paresse au XXIe siècle a connu un vif succès. C’est sur un coup de tête et presque à l’étourdie qu’il déclare être candidat aux élections présidentielles d’avril 2022. Passées les premières moqueries, il prend la chose au sérieux, forme une équipe : une sociologue, une éditrice, un très jeune Youtubeur, un poète et diplomate, une informaticienne. Le programme de Long a pour ligne directrice une semaine de travail de 15h pour tous, 3h/jour, pas plus. Ainsi, tout le monde pourra travailler, chacun pourra davantage se consacrer à ses loisirs, au sport, à ses proches, au bénévolat. Lutter contre cette « étrange folie de l’amour du travail [qui] torture la triste humanité. » Du temps est dégagé pour aller au travail à vélo ou à pied ; vivre plus sereinement pour éloigner la dépression et les cancers. Le salaire n’excèdera, pour personne, 6000 euros, au-dessus, c’est « inutile ».

C’est un livre surprenant, joyeux, optimiste et un peu allumé qui permet aux lecteurs de réfléchir sur le temps consacré dans une semaine, dans une vie, au travail. Se revendiquant utopiste, ce roman fait rêver : on enlève de nos vies le stress du boulot et les contraintes horaires. Evidemment, ce n’est sans doute pas réalisable et certaines données ont été esquivées comme le rapport à l’international mais j’ai aimé quelques-unes des idées du candidat Long comme celle de faire une pause nationale de 15h à 16h : chaque jour, tout le monde s’arrête de travailler à cette heure-là pour, au choix, se promener, lire, appeler ses proches, faire la sieste, etc. Un manifeste pour le « temps de vivre » à ne pas prendre à la légère malgré une écriture hachée, peu littéraire, parfois peu fluide qui m’a dérangée. Je lui ai aussi trouvé des longueurs mais le propos est intéressant, d’autant plus que l’auteur convoque les pionniers de cet élan d’oisiveté : Sénèque, Paul Lafargue, Rimbaud, les Surréalistes, Guy Debord.  Une lecture qui m’a sortie de mes habitudes !

« On n'a qu'une vie : celle que vous êtes en train de vivre, là, aujourd'hui, maintenant. Ce n'est pas un brouillon, ce n'est pas une esquisse. C'est votre vie : vous ne pouvez pas perdre votre temps pour la gagner. Il est temps de la vivre. »

« Si on regardait ça de loin, si on débarquait d’une autre planète et qu’on voyait une population enchaînée à des journées de travail étouffantes payées une misère, pendant que, je prends un exemple, d’autres individus ont quelques apparts qu’ils louent et encaissent des loyers dans bouger le petit doigt, on se demanderait quand même d’une part pourquoi le système est comme ça, si injuste, si déséquilibré. Et puis aussi, on se demanderait par quel miracle tout ça tient. »

« Il y a tant de choses à faire quand on a du temps disponible. Vous comprenez ? Je ne dis pas que nous sommes tous artistes - mais nous sommes tous des êtres sensibles, pouvant faire quelque chose de notre sensibilité. Et pour qu'elle s'exprime, il faut la libérer des contraintes, des horaires du bureau, des privations aussi : l faut une société juste et dégagée. Il faut une société où l’oisiveté rend tout le monde actif. Mais actif dans le bon sens du terme. En actes. Pas actifs comme une catégorie économétrique. »

Partager cet article
Repost0
1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 14:06

Le Siècle, Tome 1 : La Chute des Géants - Livre de Ken Follett

Voilà un roman qui dormait dans ma PAL depuis quelques années ... pourquoi ? c’est très simple, il compte 1048 pages ! Il n’y a qu’en été que je peux me permettre ce genre de grosses gourmandises.

En 1911, à treize ans, Billy Williams fait son entrée pour la première fois dans la mine d’Aberowen, au pays de Galles. Sa sœur Ethel, quant à elle, sert de femme de chambre pour la riche famille Fitzherbert. Audacieuse et ambitieuse, elle gravit les échelons jusqu’à devenir intendante, séduisant le comte Fitz au point de tomber enceinte et d'être renvoyée. Walter von Ulrich, un Allemand ami de la famille, voit son mariage clandestin avec Maud, la sœur de Fitz, menacé par la guerre, où Anglais et Allemands n'avaient guère intérêt à s'unir aussi étroitement... Par ailleurs, les deux frères Pechkov grandissent dans la misère de Saint-Pétersbourg. Grigori, l'aîné, joue le rôle de père pour Lev, son frère opportuniste et instable. Devenu héros de la Révolution, Grigori se transforme en leader respecté des Soviets lors des événements de 1917. Ces destins croisés s'entremêlent, s'aiment, s'allient, se haïssent ou se combattent. 

Cette fresque monumentale écrite en 2010, premier volet du Siècle, une série de trois longs romans historiques, nous emmène de 1911 à 1924 en portant une attention toute particulière sur la Première guerre mondiale, comparant respectivement la vision des Gallois, des Anglais, des Américains et des Russes. (Etrangement), c’est la Révolution russe de 1917 qui m’a passionnée, l’auteur marie parfaitement la fiction avec ce jeune Grigori qui prend la tête des révolutionnaires, et la réalité historique qui met en scène le personnage singulier qu’est Lénine. Le roman se lit facilement et avec plaisir sans qu’il y ait véritablement d’acmé digne de ce nom. Si j’ai pris globalement du plaisir à cette lecture, 1048 pages, c’est trop pour moi, surtout quand le style manque de saveur et de peps, l’auteur cédant parfois trop facilement aux clichés. Certains passages narrant les combats et les stratégies militaires m’ont également paru longuets. Il n’en demeure pas moins que l’absurdité de la guerre est prouvée à chaque page, l’auteur explique bien que la responsabilité du déclenchement de la guerre en 1914 est partagée (même si l’Allemagne a assumé seule les conséquences, ce qui a provoqué la 2e guerre) et il met également en avant le statut et la condition de la femme lorsqu’il évoque les suffragettes (Maud en fait partie), le droit de vote obtenu au Royaume-Uni en 1918 (mais seulement pour les femmes de plus de 30 ans, faut pas déconner) ou les différentes figures féminines du roman indépendantes et courageuses, véritablement actrices du changement. Cette lecture permet de revoir ou d’approfondir certains pans de cette période historique de manière plutôt agréable. Et j’ai allégé ma PAL d’un gros pavé !

De Grigori : « Cela le rendait fou de rage. Cette guerre était aussi stupide, aussi vaine que toutes les initiatives du tsar Nicolas II. Un meurtre était perpétré en Bosnie et, un mois plus tard, la Russie était en guerre contre l’Allemagne ! Des milliers de paysans et de prolétaires des deux camps allaient se faire tuer, pour rien. Aux yeux de Grigori et de tous ceux qu’il connaissait, cela prouvait que la noblesse russe était trop bornée pour gouverner. »

Un de mes moments préférés de la Première guerre, la trêve de Noël 1914 : « Que diable se passait-il ? [Fitz] trouva une échelle et monta sur le parapet. Il traversa l’étendue de terre retournée. Les hommes se montraient des photographies de leur famille ou de leur fiancée, s’offraient des cigarettes et cherchaient à communiquer à l’aide de phrases simples comme : « Moi Robert, et toi ? » Il repéra deux sergents en grande conversation, un Allemand et un Britannique. Il tapa sur l’épaule de ce dernier. « Vous là ! Bon sang, qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? » L’homme lui répondit d’une voix où perçait l’accent monocorde et guttural des docks de Cardiff : « Je ne sais pas comment s’est arrivé mon commandant, pas exactement. Quelques Boches sont sortis de leur tranchée les mains en l’air et ont crié : « Joyeux Noël ! », et puis un de nos gars en a fait autant, et puis, ils se sont rejoints et, avant qu’on ait eu le temps de dire ouf, tout le monde les a imités. »

Moi qui les aime tant : « Qu’est-ce que c’est qu’un cocktail ? demanda-t-elle. Un alcool fort déguisé pour paraître plus respectable. Je vous assure que c’est très à la mode. »

Et je participe au Challenge des Épais de l'été de chez Dasola (il faut lire au minimum 750 pages) et aux Pavés de l'été de La petite liste.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées!
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages