
Dans le quartier de la Bastille, la narratrice et dessinatrice retrouve dans la vitrine d’une boutique le disque de « L’Enfant et les sortilèges » de Ravel qu’elle écoutait si souvent enfant. Il se trouve que l’Opéra de Paris reprend « L’Enfant et les sortilèges » et c’est aussi l’occasion pour Dorothée de Monfreid de créer cette bande dessinée. Elle remonte à la création de cet opéra lorsque Colette, ayant écrit le livret, cherchait un compositeur qu’elle trouva en la personne de Ravel. Ravel, en mauvais état après la Première guerre, broie du noir depuis la mort de sa mère adorée mais finit par créer la musique en 1924. En 2023, Dorothée assiste aux préparatifs tant artistiques que techniques de la reprise de l’opéra, se laissera guider dans les coulisses, les loges mais aussi les dessous du plateau et donnera la parole aux musiciens et aux chanteurs.
Comme l’indique le sous-titre, la BD nous emmène dans les coulisses de l’opéra, nous donne à voir la genèse du spectacle. L’autrice décortique tous les détails, accompagne les artistes en répétition, évoque tous les intervenants et va même jusqu’à livrer un organigramme et des coupes du Palais Garnier et de l’Opéra Bastille. J’ai beaucoup appris moi qui suis une parfaite ignorante en musiques d’opéra (j’aime le lieu plus que le chant lyrique). Sur les étiquettes des costumes, par exemple, il y a les noms de tous les interprètes qui les ont portés. J’ai aussi appris le mot « tissuthèque ». Et saviez-vous que 2.80 euros des impôts de chaque foyer imposable allaient au budget de l’Opéra ? La mise en abyme (Dorothée réfléchit sur la manière de raconter l’histoire, elle nous renseigne sur ses recherches historiques et les blancs à combler) m’a aussi beaucoup plu. J’ai aimé le graphisme, simple et malicieux, l’autrice n’utilise que quelques touches de couleurs et sait retranscrire l’effervescence de la préparation d’un spectacle, notamment avec cette « harmonieuse cacophonie » (lorsque les musiciens s’accordent tous ensemble). Les courbes et les volutes m’ont fait penser au trait de crayon de Joan Sfar. C’est une BD qui m’a vraiment agréablement divertie, j’ai été ravie de mettre un petit pied dans cet univers magique.
Ravel : « J’ai le vertige à mesurer ce qui me reste à faire pour terminer l’Enfant et les sortilèges en un mois et demi ! Je n’espère qu’en un miracle : par exemple que le don de bâcler me soit accordé. »












