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15 mai 2026 5 15 /05 /mai /2026 18:02

L'Allègement des vernis - Paul Saint Bris - Le Livre de Poche - Poche -  Place des Libraires

La nouvelle présidente du musée du Louvre, Daphné, impertinente et audacieuse, propose qu’on restaure La Joconde. Aurélien, le directeur du département des Peintures ne voit pas cette idée d’un bon œil mais, docile, il s’attèle à la tâche. Il faut peser le pour et le contre en concertation avec des professionnels puis faire un appel d’offres, quel serait le restaurateur le plus à même pour cette délicate opération ? Le choix d’Aurélien se porte sur Gaetano, un Italien fantasque et épicurien qu’il va chercher en Toscane et qui saura appliquer à la lettre le cahier des charges qui exige un « allégement modéré » des vernis pour redonner au célèbre tableau toutes ses finesses et sa grandeur d’origine. En parallèle, un homme de ménage du nom d’Homéro a gravi les échelons dans son entreprise et accède désormais à la Salle des Etats où il a pour mission, entre autres, d’épousseter la vitre en verre blindé. Son attrait pour Monna Lisa (oui, deux « n » pour Monna) va prendre des tournures inattendues.

Ce roman réunit de nombreuses qualités : intéressant, instructif, prenant, touchant, parfois drôle et sarcastique. L’intimité avec le tableau de Léonard de Vinci que nous offre l’auteur s’accompagne d’une immersion totale dans le microcosme qu’est le Louvre. Si l’on restaure La Joconde, la baisse du nombre de visiteurs sera immédiate : que propose-t-on en compensation ? Une exposition sur sa restauration ? D’autres œuvres phares ? Un film qui suivrait de près les étapes de cette restauration ? Autant de réponses à trouver pour atteindre un équilibre entre art et marketing, entre chiffre d’affaires et préservation de la beauté de l’œuvre. J’ai apprécié le personnage d’Aurélien, un peu naïf et maladroit, parfois agaçant ; j’ai également adoré l’histoire et le parcours d’Homéro, un homme de l’ombre si sensible. Un roman qui interroge la définition de l’art (le restaurateur est-il un artiste au même titre que le peintre lui-même ?), les dangers de la superficialité de notre époque, la nécessité d’attirer tous les publics, l’authenticité d’une œuvre et la définition même de la beauté. Il mélange les genres avec intelligence et gratte un peu là où ça fait mal. Je ne suis pas loin du coup de cœur malgré certaines petites longueurs. Le style élégant et dynamique fait de ce (premier !) roman une belle réussite.

« Réfléchissez-y : grâce à l’allègement de ses vernis, la peinture retrouvera son éclat originel. Redonner ses vraies couleurs à La Joconde, c’est créer un événement mondial et vous assurer la venue de millions de gens empressés d’admirer sa photogénie nouvelle. »

« C'est ainsi que s'empilaient sur La Joconde de multiples couches de vernis, de formulations variées, gomme-laque, résine, qui la plongeaient dans une brume obscure et dénaturaient ses couleurs. Sigrid présenta ensuite un bilan des analyses réalisées au laboratoire. Différentes techniques d'imagerie permettaient, sans toucher à la matière, d'éplucher la peinture comme un oignon, de l'effeuiller pour rendre compte de toutes les strates de sa composition. Si elles fournissaient de précieuses informations sur la conception du tableau et son histoire, cela n'apportait rien de nouveau sur son aspect ; les vernis avaient jauni, la question était de savoir s'il fallait, oui ou non, les enlever. »

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 17:59

Livre : L'amourante écrit par Pierre Alexandrine - Glénat

Zayn, jeune homme qui vient de se faire éconduire brutalement, frappe chez Louise pour obtenir des explications. Elle finit par lui confier son lourd secret : elle est immortelle mais pour conserver sa jeunesse, elle doit se faire aimer. Née au XVe siècle, elle ne découvre ce don incomparable qu’après avoir constaté qu’aucune maladie ni aucune blessure ne peut l’atteindre. Complètement livrée à elle-même, elle est rejointe par Eleanor qui, elle aussi, est dotée du même pouvoir. Eleanor sera son mentor, celle qui lui apprendra comment séduire un homme (ou une femme) en cinq étapes : désir, mystère, obstacle, espoir et souffrance. Il est également important de ne pas tomber amoureuse car cela ferait vieillir Louise. La cruauté et l’apparente insensibilité d’Eleanor va faire fuir notre héroïne qui, à son tour, va multiplier les conquêtes, tomber amoureuse et vivre mille aventures.

Cette copieuse BD de 232 pages est une véritable fresque romanesque qui traverse les siècles et les pays en unissant étroitement deux thèmes universels : l’amour et la mort. D’abord d'un farouche pessimisme (une belle femme peut séduire n’importe quel homme ; tout n'est qu'éternel recommencement), elle finit par nuancer ses propos et gagner en humanité. Ce pouvoir est-il plutôt un don ou une damnation ? À la fois distrayant et léger, mais aussi plus profond qu’il n’y paraît au premier abord, ce roman graphique se lit avec plaisir et suscite des réflexions pertinentes sur la vieillesse, la quête d’identité et cette fameuse immortalité. Le voyage spatio-temporel permet de rencontrer des personnages hauts en couleur de toutes les classes sociales. Même si je n’ai pas trouvé les dessins particulièrement originaux, ils restituent avec justesse les villes et les contrées parcourues. L’ensemble n’est pas dénué d’une petite touche de féminisme et d’un agréable humour, et puis ce néologisme d’« amourante » n’est-il pas une charmante trouvaille ? Une très belle découverte !

« Une chose importante à retenir, c’est qu’à chaque variété d’homme correspond une approche bien précise. Avec les jeunes, il suffit d’être entreprenante. Les types mûrs, il faut les flatter. Les riches, ne pas avoir l’air impressionnée par leur argent. Avec les débauchés, il faut surjouer l’innocence. Avec les chastes, la dépravation. »

L'amourante de Pierre Alexandrine

 

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 15:16

Vamos! - Olivia Ruiz - JC Lattès - Grand format - Place des Libraires

Lola, 45 ans, propose d’emmener son fils Ennio, 10 ans, vivre une année sabbatique dans un road-trip dont les destinations seront mûrement choisies par eux deux. Le père du garçon, Nathan, ne s’y oppose pas mais ne les accompagnera pas. Lola a besoin de se ressaisir après quelques coups durs tant personnels que professionnels et elle se surprend elle-même de faire preuve d’autant d’audace. La première étape emmène le couple mère-fils à Orlando, c’est évidemment Ennio qui a choisi le lieu pour ses parcs d’attraction. A Essaouira, il surfera tous les jours tandis que sa mère fera la connaissance du sage Mohammed. Puis viendra La Havane, lieu nostalgique pour Lola qui y a connu son premier grand amour. C’est Ennio qui incite sa mère à rejoindre Marseillette pour les fêtes de fin d’année et le pari est réussi : elle parvient à se réconcilier avec son père. C’est encore le fils qui a choisi la destination du Caire pour assouvir sa passion de la mythologie égyptienne.

Alors que j’avais adoré La Commode aux tiroirs de couleur et aimé Ecoute la pluie tomber, j’ai été un peu déstabilisée par la première partie de cette lecture qui a tout du feel good (un bon feel good) mais qui n’a rien d’aussi profond et authentique que le premier roman de cette autrice. Ce road-trip certes agréable voire instructif par moments, a quelque chose d’artificiel et de peu crédible. La mère et le fils ne rencontrent que des gens extraordinaires et bienveillants, ils voyagent avec une facilité déconcertante (d’un point de vue pratique... et financier !), le gamin n’est pas loin d’agacer avec son excès de confiance en lui, le père resté à Paris est peu évoqué. On n’a aucune information sur les périodes de transition entre les différentes étapes, très peu sur les quelques retours au foyer.  Et puis arrive la fin avec d’abord le chapitre consacré à Madrid d’une énergie folle puis l’épilogue bouleversant et très beau qui explique tant de choses restées floues jusque-là. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce roman dévoré très rapidement ; ça distrait, c'est léger et parsemé de références musicales tout en rappelant quelques vérités toujours bonnes à entendre. L’écriture comme l’intrigue gagne en poésie, en délicatesse et en tendresse au fil des pages. J’ai retrouvé l’autrice que j’aimais dans les dernières pages.

« Tels deux pirates prêts à dépouiller le monde de ses trésors et à en débusquer les mille butins, nous prenons le large quelques mois plus tard. »

Le carnaval à Madrid : « Un char qui arrive derrière nous entonne les premières notes d'une chanson de Rosalia que nous connaissons par cœur, Ennio et moi. Alors j'invite mon grand timide à danser et m’étonne. Il s'abandonne. Qu'est-ce qu'il groove en plus, la canaille ! Je suis tellement fière de lui. Tellement fier de réussir à garder pour moi quelques-unes de mes névroses. L’inhibition. La peur du regard de l'autre. Le sentiment d'illégitimité. La sensation de n'être jamais vraiment soi, ni jamais là où l’on doit être... Je regarde mon fils se libérer, et dessiner ce qui restera un de mes plus jolis souvenirs de cette escale. »

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6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 11:41

DIACRITIK Jean-Baptiste Del Amo : « Le quasi-monopole d'une littérature du  réel m'exaspère » (La Nuit ravagée)

Mehdi, Alex, Tom, Max, Lena, ... : une bande de potes dans les années 90 entre joies, petits drames, grandes tragédies et cette adolescence qui les pousse à les sortir de leurs limites. Il y a celui qui se fait harceler constamment et qui ne dit rien, celui qui se laisse séduire par une fille si populaire qu’il ne comprend rien à sa chance, celui qui a vu sa mère mourir d’un cancer fulgurant, celui qui déteste son beau-père, celle qui vient d’arriver dans le quartier et a su rapidement s’intégrer à la bande. Ils se retrouvent souvent aux serres municipales abandonnées à fumer des joints sur de vieux canapés élimés. Tout bascule le jour où un lycéen du quartier est retrouvé mort, la thèse du suicide est avancée mais la sœur n’y croit pas. Depuis que Simon s’est mis à s’intéresser à la maison abandonnée de l’impasse des Ormes, il a changé, il est devenu comme obsédé par la bicoque délabrée. C’est justement cette maison qui est déjà apparue dans les rêves de chacun. Et c’est dans cette maison que les cinq pénètrent une nuit ; chacun va y retourner parce qu’elle accomplit les désirs les plus enfouis et reflète aussi les peurs les plus sombres de chaque adolescent. L’horreur va prendre possession du quartier tout entier.

Je n’ai absolument pas l’habitude de lire des romans horrifiques ni de regarder des films d’horreur même si, évidemment, comme tout le monde, j’ai quelques références. L’auteur a clairement affiché son souhait de rendre hommage à ce genre particulier, et il cite de nombreux précurseurs. J’ai beaucoup aimé cette lecture, essentiellement la première partie qui met en scène un quartier dans les années 90 et une adolescence qui découvre la vie avec toutes ses contradictions, ses mauvaises surprises, ses frustrations et ses désillusions. L’auteur installe rapidement un suspense parfois étouffant qui ne lâche plus le lecteur. Je craignais avoir trop peur mais mis à part les premières incursions dans le fantastique et certaines descriptions vraiment terrifiantes et rebutantes, la toute dernière partie m’a tenue à l’écart parce qu’elle allait un peu trop loin (scolopendre géante, morts-vivants, ...). Je suis ravie d’avoir bousculé mes habitudes de lecture pour un roman aussi maîtrisé, porté par une construction intelligente et une écriture juste.

Merci à Tiphanie, ex-blogueuse et amie, pour ce prêt !

        J’avais beaucoup aimé Le Fils de l’homme du même auteur mais les deux romans sont très différents.

« Il n'aimait pas la maison de l'impasse des Ormes. Aucun de ses amis ne l'aimait. Ils l'avaient toujours connue, étaient passés devant à vélo des milliers de fois mais, sans qu'ils aient eu besoin de se concerter, ils s'en étaient tenus curieusement à distance. Elle s'était de tout temps trouvée là, au centre de leur territoire et pourtant à la périphérie de leurs jeux, de leurs explorations, frappée du sceau de l'interdit. »

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3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 10:31

Maus - L'intégrale (Art Spiegelman).

Des années que je repoussais cette lecture...

A New York, à la fin des années 70, le narrateur et dessinateur Artie entreprend d’interroger son père, Vladek, sur la période allant des années 30 à 50.

Vladek et Anja se marient en 1937, le jeune homme profite de l’immense fortune de sa belle-famille pour ouvrir une fabrique de tissu. En 1937 naît Richieu, son premier fils. Anja et Vladek se rendent en cure en Tchécoslovaquie, Anja souffrant d’une dépression post-partum, c’est là-bas qu’ils voient pour la première fois une croix gammée. En août 1939, Vladek est appelé au Front puis, prisonnier de guerre, il survit et reste dans son quartier de Sosnowiec, en Pologne, grâce à l’argent du beau-père mais aussi à quelques ruses et connaissances utiles. Début 42, les premiers Juifs sont pendus sur la place publique, pour l’exemple. Les grands-parents sont envoyés dans une soi-disant maison de repos qui ne sera autre qu’Auschwitz. Quelques mois plus tard, Anja et Vladek confient leur petit garçon à un ami pour qu’il soit « en sécurité » ; ils ne le reverront jamais. Au camp d’extermination, Anja et Vladek sont séparés, Anja est à Birkenau tandis que Vladek s’en sort à Auschwitz en tant que « privilégié » (rajoutez autant de guillemets que vous voudrez) parce qu’il parle anglais et polonais puis parce qu’il sait être aussi bien zingueur que cordonnier. Il parvient même à avoir des nouvelles de sa femme, très affaiblie, avec qui il parvient à communiquer. Lorsque les Alliés gagnent du terrain, les prisonniers subissent la marche de la mort et Vladek, arrivé à Dachau, connaît le pire du pire, notamment en contractant le typhus, incapable de parler et de se nourrir (et d’horribles images viendront le hanter - comme celle où il devait marcher sur les cadavres pour aller aux toilettes). A la fin de la guerre, Vladek doit encore se cacher, louvoyer, ruser et subir une rechute de typhus. Il retrouvera Anja avec qui il vivra quelque temps en Suède (où naîtra Art) avant de rejoindre les Etats-Unis.

Ce roman graphique obtient en 1992 le prix Pulitzer, il a été publié en trente langues. Il a permis de délier les langues à une époque où raconter l’Holocauste était encore tabou. Les Juifs sont des souris, les Allemands des chats, les Polonais des cochons, ... les métaphores animales posent la question de la déshumanisation, et le dessinateur ouvre le roman sur la citation d’Hitler : « Les Juifs sont indubitablement une race, mais ils ne sont pas humains. » J’ai été surprise pour différentes raisons : l’avant-Auschwitz occupe à peu près les deux tiers de la BD. Ensuite, le parler de Vladek peut interroger : il met les verbes à la fin (« Anja, si heureuse elle était »), ce qui est censé reproduire les difficultés de l’homme à s’exprimer en anglais. Mais la traduction française rend assez laborieuse cette lecture. Ce qui est intéressant, c’est l’état d’esprit de ce rescapé qui, avec ses manies, son avarice, son égocentrisme et son hypocondrie, a tendance à agacer son fils. Les séquelles se glissent dans chaque instant du quotidien (« Je peux rien laisser... depuis Hitler, même une miette, j’aime pas jeter »). Si Vladek a su se montrer malin et débrouillard à maintes reprises, quand on découvre cet effroyable parcours, on comprend aussi qu’il est un vrai miraculé, bénéficiant surtout d’une grande chance. Même si, évidemment, cette atroce expérience a eu un impact sur toute sa vie et même sur celle de son fils. Au-delà de l’Holocauste, c’est aussi une relation père-fils qui est remarquable retranscrite. Les dessins en noir et blanc rendent l’oppression ambiante. Je suis contente d’avoir enfin lu cette BD-culte, ce genre permet de suggérer beaucoup plus qu’un roman, il marque aussi les esprits durablement par ses images. Je sais en tous cas que l’histoire de Vladek me poursuivra longtemps. A lire.

En 1942 : « Vous avez entendu ce qu’on dit sur Auschwitz. Des choses horribles, incroyables. Ça ne peut pas être vrai. »

A Auschwitz, un autre prisonnier se plaint : il a fait tomber sa cuiller, le temps de se baisser, on lui avait volée. Son pantalon ne tient pas (on ne leur donnait jamais leur taille et ils maigrissaient tant...), sa chaussure non plus : « Mon Dieu, je vous en prie... aidez-moi à trouver une ficelle et un soulier à ma taille ! Mais ici, Dieu, il venait pas. Tout seuls, on était tous.»

« Si tu mangeais comme ils te donnaient, c’était juste assez pour mourir plus lentement. »

Maus, comics chez Flammarion de Spiegelman

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30 avril 2026 4 30 /04 /avril /2026 14:26

Hugues est musicien et professeur de solfège. Après un de ses cours, il rencontre la mère de Lucas, un de ses jeunes élèves, et reconnaît en elle une ancienne maîtresse. Elle dément formellement mais lui se souvient bien de cette rencontre – presque dix ans plus tôt - lors d’une soirée arrosée, et de la nuit passée avec elle. Adèle Moreau, la mère de Lucas, entretient avec son mari une relation étrange faite de mensonges et d’amour passionnel : après chaque dispute conjugale, elle sort tromper son époux. Lorsque Hugues se rend compte qu’il est le père de Lucas, il est perdu, d’autant plus qu’il a aussi un père atteint d’Alzheimer à gérer.

Les premières pages narrent la découverte du cadavre de Mme Moreau et le roman s’échigne à démontrer comment on a bien pu en arriver là. C’est un thriller psychologique qui fonctionne bien, je l’ai lu en 24h (ce qui n’est pas forcément un gage de qualité). L’intrigue est haletante mais les personnages, sous prétexte d’être complexes, ne sont pas tellement crédibles. L’écriture est plate comme une planche à pain, sans relief ni surprise, un style qui permet aisément de sauter quelques lignes et de cavaler jusqu’à la dernière page. Le roman a rempli sa mission de me changer les idées pendant un moment douloureux et d’alléger ma PAL. Néanmoins, je ne poursuivrai pas avec cette autrice (belge).

Hugues va voir un avocat qui lui explique qu’il n’a plus aucun droit sur cet enfant biologique découvert huit ans après sa conception : « Alors oui, dans votre cas, c'est injuste. L'éthique aurait voulu que cette femme vous demande votre avis, si tant est qu'elle ait eu conscience que cet enfant était le vôtre. Disons que vous êtes une victime collatérale des progrès sociaux de notre civilisation. »

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27 avril 2026 1 27 /04 /avril /2026 18:01

La peste écarlate : Jack London - Livres de poche | Cultura

Un vieillard « chargé d’ans » marche péniblement avec son petit-fils Edwin dans un paysage apocalyptique. Un grizzly surgit face à eux, mais le petit Edwin n’a pas besoin de tirer avec son arc : l’ours s’en va de lui-même. Les deux autres petits-enfants de l’aïeul rejoignent alors le duo, et le vieil homme entreprend de leur raconter le monde d’avant, celui d’avant 2073. Il évoque notamment l’année 2012, lorsque la « Mort écarlate » prit la Terre entière par surprise, décimant presque toute la population. Professeur de littérature, Smith réussit à s’échapper de la ville de San Francisco avec quatre cents autres survivants, bravant les flammes, les pillages et cette épidémie qui tue brutalement. Mais leur nombre diminue rapidement : il n’en reste bientôt plus que onze, puis trois. Finalement, c’est seul qu’il se résout à errer à travers le pays. Il retrouvera, trois ans plus tard, quelques rares rescapés.

Ce court roman d’anticipation publié en 1912 m’a positivement étonnée pour ses résonnances actuelles et sa modernité. A mi-chemin entre La Route de McCarthy et La Peste de Camus, ce texte aussi effrayant qu’édifiant souligne la dimension cyclique de l’histoire humaine. Les quatre cents humains qui peuplent la Terre finiront par se multiplier, et, lorsqu’ils auront trouvé un certain confort, ils chercheront à se cultiver et à inventer des moyens de ... s’entretuer. Certains passages emplis d’humanité sont touchants, Smith est le seul désormais à avoir connu la Peste, il a consigné tous ses savoirs dans un endroit sûr, espérant que les sauvages qui peuplent le monde chercheront à en savoir plus sur ce passé prolifique. Il revient aussi sur les survivants d’alors, lorsque le Chauffeur a fini par soudoyer et réduire en esclavage la fille d’un baron de la finance, que les rôles s’inversèrent dans un monde dénué de repères. J’ai beaucoup aimé ce récit !

« L'homme a, sur cette planète, domestiqué les animaux utiles, détruit ceux qui étaient nuisibles. Il a défriché la terre et l'a dépouillée de sa végétation sauvage. Puis un jour, il disparaît et le flot de la vie primitive est revenu sur lui-même, balayant l'œuvre humaine. Les mauvaises herbes et la forêt ont derechef envahi les champs, les bêtes de proie sont revenues sur les troupeaux, et maintenant, il y a des loups sur la plage de Cliff-House ! »

Avec ce titre, je participe au challenge de Moka, les classiques c’est fantastique avec pour thème, ce mois-ci, la « battle Jack London vs Ernest Hemingway ». Pour moi, c’est clair : c’est Jack London qui l’emporte, j’ai aimé toutes mes lectures et tout particulièrement Martin Eden.

(cette édition Librio, destinée à des 5e, est accompagnée d'un dossier pédagogique inintéressant et inutile au possible !)

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23 avril 2026 4 23 /04 /avril /2026 15:04

Surchauffe - Nathan Devers - Albin Michel - Grand format - Librairie Albin  Michel Paris

Jade Elmire-Fasquin travaille pour Arcadie, un grand groupe d’hôtels de luxe. Alors qu’elle est missionnée pour ouvrir un nouveau palace dans l’archipel d’Andaman, dans l’océan indien, c’est une île en particulier qui attire son attention ; celle du peuple des Sentinelles, une tribu isolée du reste du monde qui a toujours vécu en autarcie. Les Sentinelles semblent s’être donné le mot pour attaquer voire tuer tout intrus, du militaire au pêcheur en passant par un missionnaire chrétien. Jade, frustrée dans sa vie professionnelle et amoureuse (elle est mariée avec Thomas qui est devenu un vrai requin depuis qu’il est animateur télé), se découvre une vraie passion pour ce peuple. En les étudiant davantage, elle constate que les habitants de cette île ne sont peut-être pas aussi agressifs que l’histoire le laissait penser et qu’ils obéissent avant tout à un instinct de survie. Jade prend la grave décision d’aller seule découvrir l’île et son peuple, une nuit. Les conséquences s’avéreront catastrophiques.

Ce roman amène le lecteur à découvrir ce peuple fascinant qui existe toujours mais il démontre aussi à quel point l’ethnocide fait des ravages : sous prétexte de construire un hôtel de luxe, les plus riches de la planète s’apprêtent à sacrifier tout un peuple et Jade, pas plus futée et non moins égocentrique que tous ses chefs et collègues, accomplit une belle connerie à elle toute seule. Le sujet de ce livre n’est donc pas dénué d’intérêt mais j’ai trouvé son traitement d’un cynisme répugnant. Tous les personnages sont détestables, l’humour aurait pu rehausser ce portrait d’une société malade mais c’est plutôt un ton pédant qui est adopté d’un bout à l’autre. Entre les pervers, les girouettes, les hommes sans caractère et celui qui possède la maison la plus chère du monde, je ne me suis pas du tout retrouvée. Le livre est plutôt bien écrit si on exclut certaines phrases comme « je les éternisais rien qu’en les contemplant », je n’ai finalement aimé qu’un court passage où l’auteur se moque de Jordan Bardella. Aucune lueur d’espoir dans un univers où les hommes sont tous plus mauvais les uns que les autres : triste constat. Un roman bavard, suffisant et aussi insupportable que son auteur. Il n’y a même pas de remerciements à la fin du roman... pour moi, ça veut dire beaucoup.

« Rien, dans le monde, ne sera jamais suffisamment mondial, assez tentaculaire, assez cyclopéen, par rapport à son instinct premier : mondialiser tout ce qu'il touche. Transformer toutes les villes qu'il englobe en une même plateforme disneylandisée. Fondre toutes les langues dans son volapük managérial. Gommer toutes les différences sous sa dalle de béton. Mais les toutes nos solitudes à son réseau démesuré - et ce pour mieux s'élargir. Car le monde a un but : se métastaser partout. Transformer chaque chose qu'il touche en une parcelle de la maison humaine. Repousser continuellement les bornes de son empire sans fin. »

« Car le fait est là et Thomas avait raison : la Sentinelle résiste au monde parce qu’elle n’a jamais voulu transiger avec lui. Confinée dans sa solitude, elle s’est barricadée à l’intérieur du temps. Son histoire forme elle-même une île entre celle des empires et des Etats-nations. Une enclave qui refuse d’appartenir à l’Espace-Un d’une planète lissée par son uniformisation. »

Le billet de Sandrine.

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20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 17:58

Yon Tome 1 - Camille Broutin - Dargaud - Grand format - Paris Librairies

Troisième BD reçue via la Box « Kube dessinée ». Un manga, cette fois-ci, d’une jeune Américaine qui a grandi et s’est formée en France.

Un internat de filles perdue au milieu de nulle part. Les élèves sont là soit parce qu’elles ont fait de grosses bêtises soit parce que leurs parents sont des monstres. Margot est une fille mélancolique et morne qui aime s’isoler. Elle se retrouve d’ailleurs seule dans une partie désaffectée de l’internat lorsque l’alarme retentit. Cette alarme signifie que le « phénomène » menace : de grosses billes blanches (ou de petites balles de ping-pong) tombent du ciel et risquent de contaminer végétaux, bâtiments et humains en les exterminant. Face à l’effet de masse des filles égoïstes et stupides, Margot sait comment réagir – avec prudence et bon sens -  et réalise surtout que les dessins de la fille du directeur, cette fille simplette qui ne parle pas, a le pouvoir de tenir les « créatures » blanches à distance.

Moi qui ne suis pas une grande adepte du genre fantastique, je me suis laissé entraîner dans cet univers étrange et assez fascinant de filles livrées à elles-mêmes face à une menace qu’elles ne connaissent pas suffisamment. L’intrigue est bien menée, en plus de tourner autour de ces créatures diaboliques, elle s’intéresse aussi aux rapports juvéniles, aux relations de dominant/dominé, aux complicités, aux rivalités, à cette hiérarchie qui s’impose vite dans un microcosme nouvellement créé. Le fait que des dessins simplistes et enfantins détiennent un pouvoir ajoute un brin de poésie. J'ai aimé le graphisme même si la couleur m'a manqué. La série compte quatre tomes, j’aimerais me procurer la suite ; je ne sais pas si j’ai loupé l’info mais j’aurais aimé savoir en amont qu’il s’agissait d’une tétralogie.

Le billet de Fanja

Yon tome 1

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17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 18:20

Hors champ - Marie-Hélène Lafon - Éditions Buchet/Chastel - Grand format -  Librairie des femmes Paris

Claire et Gilles sont sœur et frère et vivent ensemble dans une ferme familiale du Cantal. Claire est la bonne élève modèle, pensionnaire dans un collège, elle adore lire, apprendre et rêve de Paris. Gilles se demande quels péchés il va pouvoir raconter au curé pendant la confesse. Plus tard, il préparera le brevet agricole en alternance pour seconder son père (qu’il n’aime pas) et deviendra pompier volontaire, tandis que sa sœur ira à la capitale pour devenir professeure et écrivaine. Elle reviendra régulièrement à la ferme, s’activant à aider aux tâches ménagères. Gilles, lui, y restera, entre sa mère si peu tendre et un père qu’il déteste de plus en plus. La crise agricole fait rage, les fermiers ne peuvent plus faire leur propre fromage et finiront par vendre leur lait à une grande coopérative.

Je n’avais plus lu cette autrice depuis 2015 avec Joseph et Gordana. Il me semblait que son style lapidaire ne me convenait pas. Pas totalement butée, j’ai voulu retenter l’expérience mais j’admets que je ne suis pas plus enchantée dix ans plus tard. Certes, Marie-Hélène Lafon parvient en peu de mots à retracer ces deux vies avec justesse et réalisme, elle aime faire voyager les sons et les odeurs dans ce récit ancré dans un univers rural âpre, l’écriture est élégante quoique sobre mais je suis restée frustrée par cette économie de mots et de sentiments, heurtée par toutes ces ellipses qui emmène le lecteur de la petite enfance des personnes à leur (presque) vieillesse en à peine 170 pages. Et, surtout, demeure, une grande mélancolie, une tristesse résignée quant au sort des paysans, quant au destin tout tracé de ces deux enfants, l’un voué à rester malheureux aux côtés de ses parents, l’autre résolue à s’envoler vers un ailleurs qui, semble-t-il, ne la rend pas tellement plus heureuse. Ni espoir ni lumière dans cet univers clos et silencieux.

« La mère aussi avait honte parce que les voisins voyaient ce que la ferme était devenue, une petite ferme où l'on vivotait plus ou moins en tendant le dos entre deux catastrophes, une interdiction de mise en vente du lait ou une panne de la machine à traire. Il n'avait pas cet orgueil mais, sans se concerter avec les parents, il n'avait lui non plus jamais rien dit à sa sœur de cet épisode du lait jeté ; elle ne savait pas, ne saurait pas, ne devait pas savoir, même si, à peu près une fois par an, les rares fois où ils sont seuls, elle lui répète en le regardant aux yeux, si un jour tu veux arrêter tout ça, tu peux compter sur moi. »

Une vache est morte : « L’odeur est entrée dans la maison ; elle flotte dans le couloir, sinue sous la table, lèche les murs roses et grumeleux de la salle de bains et triomphe en bouffées grasses quand Claire ouvre le frigo pour y ranger les yaourts à la vanille commandés par la mère et la limonade du père. »

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