
Erwin, le narrateur, un Juif qui a perdu ses parents durant la Deuxième Guerre mondiale, parcourt, depuis quarante ans, le même réseau ferroviaire allant de Naples au Grand Nord. Il est à la recherche de Nachtigall, le S.S. qui a sommairement exécuté ses parents. Il descend toujours dans les mêmes hôtels (quand il ne peut dormir dans le train), retrouve les mêmes personnes qui sont devenues pour certaines des amis, pour d’autres des maîtresses ou encore des rivaux. Car il profite de ce voyage pour collecter des objets ayant appartenu à des Juifs : ustensiles, livres anciens, manuscrits – la concurrence est dure mais Erwin est doué. Amateur de cognac et de musique classique, il aime fréquenter les wagons-restaurants, se laisse trop souvent submerger par la « bile noire » et souffre d’ulcère. Mais, après toutes ces années, il se rapproche enfin de Nachtigall, et la mission qu'il s'est fixée - l'éliminer - est sur le point d'aboutir.
C’est la première fois que je lis cet auteur israélien qui a connu le ghetto et la déportation dans un camp à la frontière ukrainienne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Je pense aussi que c’est la première fois que je lis un « roman ferroviaire » ! Je suis parfois restée sur le quai à cause du caractère répétitif : le narrateur s’arrête dans une ville, évoque un personnage rencontré chaque année, remonte dans le train, s’arrête, se souvient des années précédentes, repart, et ainsi de suite. Par-delà la quête de cet homme solitaire, cette vie de nomade avec trajet fixe interpelle : l’absence de domicile fixe est compensée par un besoin de repère dans le mouvement. Le titre, superbement trouvé, est évidemment polysémique : la ligne de chemin de fer, la ligne qui serait un tracé, l’itinéraire du personnage, la ligne de vie, la ligne de mire... Un roman intense et complexe qui évoque également l’après-guerre avec justesse, l’antisémitisme auquel doivent encore se confronter les survivants de l’Holocauste et le désir de vengeance qu’on sent émoussé au bout de quelques années. Erwin est le double évident de l'auteur et l'élégance sobre de l'écriture renforce ce miroir intime. Malgré un avis contrasté, j'aimerais lire un autre titre de cet auteur : un conseil?
« Les trains m'ont rendu libre. Que serais-je dans ce monde sans eux ? Un insecte domestique, un golem sous la forme d'un gratte pied, ou, dans le meilleur des cas, le propriétaire d'un commerce de village. Une sorte d'humain rampant, se levant le matin, travaillant huit ou neuf heures dans la journée, fermant son magasin le soir avec ce qui lui reste de forces, et nous trouvant rien d'autre lorsqu’il arrive chez lui qu'une femme râleuse, un fils docile et un peu attardé, et une montagne de factures. Je hais ces terriers les que l'on nomme des maisons. Moi, dès que je monte dans un train, je suis porté par les ailes du vent. »












