
Au début des années 60, au Nigéria. Olanna et Kainene sont sœurs jumelles et pourtant tout les oppose : Olanna, professeure, est très belle, idéaliste et engagée, Kainene, plus froide, gère les affaires familiales avec brio. Leurs parents sont de riches parvenus corrompus qui ne pensent qu’à l’argent et aux apparences. Olanna trouve l’amour dans les bras d’Odenigbo, un intellectuel qui a engagé Ugwu comme homme à tout faire, Kainene s’éprend de Richard, un Blanc fasciné par les « pots cordés », ces bronzes anciens découverts au Nigéria, il sait parler ibo et s’est intégré intelligemment à la société nigérienne après des débuts difficiles. Mais les tensions entre les Ibos et les autres ethnies du pays ne cessent de prendre de l’ampleur et se transforment en haine, une haine causée « par la politique officieuse du « diviser pour régner » du pouvoir colonial britannique. » En mai 1967 est proclamée la République indépendante du Biafra mais cette région est riche en pétrole, il est hors de question de la laisser entre les mains des Ibo. Massacres et famines vont avoir raison de tout un peuple.
Quel roman ! Un témoignage bouleversant sur la guerre du Biafra où un fol espoir a lentement et sournoisement cédé sa place à un avenir morne et un constat désolant : des angoisses au quotidien, un appauvrissement lent et inéluctable, une famine ravageuse, un million de morts. Ce roman puise sa force dans la profondeur des histoires individuelles : on s’attache à la plupart des personnages, Olanna, Odenigbo, Ugwu, ... tous sont jetés, catapultés dans cette histoire sans issue. Certains passages sont effrayants, d’autres poignants. Je garde en tête l’image d’Olanna qui entraîne sa petite fille à courir le plus vite possible au bunker ; ou celle d’Ugwu, un personnage attachant, amené à commettre des atrocités ; ou encore cette faim tenace à fait manger n’importe quoi. J’ai beaucoup appris sur un conflit dont j’avais peu entendu parler, j’ai fait un parallèle avec la guerre qui a opposé les Hutus et les Tutsis : il est toujours question d’argent et les Blancs ont là aussi leur part de responsabilité.
Le roman compte 658 pages, je participe au challenge des Pavés de l'été de La petite liste.
Merci Marijo pour cette découverte !
« L’instruction est une priorité ! Comment pourrons-nous résister à l'exploitation si nous ne disposons pas d’outils pour comprendre l'exploitation. »
« Je suis nigérian parce que l'homme blanc a créé le Nigeria et m'a donné cette identité. Je suis noir parce que l'homme blanc a construit la notion de noir pour la rendre la plus différente possible de soin blanc à lui. Mais j'étais ibo avant l'arrivée de l'homme blanc. »
Quand il y avait encore de l’espoir : « Olanna les observa et se rendit compte, une vague de chaleur au cœur, qu’ils ressentaient tous ce qu’elle ressentait, ce qu’Odenigbo ressentait, cette même impression d’avoir du métal liquide qui voulait dans leurs veines à la place du sang, de pouvoir marcher pieds nus sur les braises ardentes. »
Ugwu écrit ce qu’il vit : « Ils avaient fait rôtir le lézard et l'avaient partagé, en chassant les autres enfants. Plus tard, le garçon avait offert à Ugwu un bout minuscule de sa part filandreuse. Ugwu l'avait remercié et avait secoué la tête en réalisant que jamais il ne pourrait traduire cet enfant sur le papier, jamais il ne pourrait décrire assez fidèlement la peur qui voilait les yeux des mères au camp de réfugiés quand les bombardiers surgissaient du ciel et attaquaient. Il ne pourrait jamais décrire ce qu'il y avait de terriblement lugubre à bombarder des gens qui ont faim. Mais il essayait, et plus il écrivait, moins il rêvait. »










