
1994, à La Louvière, en Belgique. A la fin de l’été, Lalie, une enfant de dix ans qui s’ennuie, fait la rencontre de « Monsieur Mark », un vieux monsieur solitaire jardinier et poète. Elle se prend d’affection pour lui et aime passer du temps dans sa maison le mercredi ou le samedi. Ses parents n’ont pas grand-chose à redire. Sa copine Sophie, elle, trouve étrange de fréquenter des adultes. Mais c’est à cette époque qu’a lieu la première disparition d’enfant : Julie et Mélissa, deux amies, ont disparu près de Liège. Sophie se met en tête de jouer au détective pour tenter de les retrouver. Deux autres jeunes filles disparaissent, puis une autre encore, et, au fil des mois, un climat de peur et de méfiance s’installe petit à petit en Belgique. On ne voit plus d’enfants dans la rue et les parents de Lalie ne voudront plus qu’elle se rende chez Mark. Ce dernier devient la cible des petits caïds du quartier parce qu’il est homosexuel mais également le coupable tout trouvé des disparitions d’enfants.
Au-delà du contexte tragique de l’affaire Dutroux, marquée par la disparition d'enfants et un climat de suspicion généralisée, je retiendrai surtout la relation lumineuse qui se noue entre cette fillette et cet homme âgé. Elle ne connaît pas grand-chose à la vie, il lui montre différentes espèces d’oiseaux, il lui apprend le flamand et quelques mots de latin, il lui prouve qu’on peut mâchonner une ortie sans se piquer, il lui fait découvrir les nombreux trésors de son jardin et l’aide même à réaliser un exposé sur les castors pour l’école. En retour, Lalie n’a rien à donner et pourtant sa présence réconforte le vieil homme et elle lui manquera quand elle ne reviendra plus. J’ai beaucoup aimé les liens que ces deux-là ont tissé sans sous-entendus ni arrière-pensées mais qu’ils n’ont pu poursuivre à cause des autres. Ce court roman termine en vers et cette poésie ne fait que confirmer la fraîcheur et la grâce de l’ensemble du texte. Le style de l’autrice est simple et sans fioritures mais efficace et saisissant. Je recommande.
Lalie désire s’apprêter pour aller voir monsieur Mark, elle se coiffe et met en collier : « En temps normal, tu ne portes pas de décorations, tu es d'avis qu'elles gênent les mouvements normaux de la vie : courir, rouler, dégager, tomber à genoux, pédaler, ramper, sauter dans le vide. Mais tu as remarqué que les adultes sont plus compréhensifs quand tu es prête, quand tu as l'air d'une fille réussie et non d'un garçon manqué. Et tu souhaites que monsieur Mark te comprenne. »
« Parfois tu aimerais être un arbre. Tirer ta subsistance de l'air qui entoure, de l'eau à tes pieds, du substrat où tu pousses. Réduire ta vitesse, ta respiration, tes pensées jusqu'à atteindre cette illusion d'immobilité, de calme, d'éternité... Illusion, te dis-tu, car les arbres aussi sont capables de gestes forts et soudains, comme la glandée des chênes. Illusion enfin, car les arbres aussi sont capables de joie et de colère, de parler et se taire... »











