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8 juillet 2026 3 08 /07 /juillet /2026 17:20

Podcasts Fictions : les meilleures fictions radiophoniques par Radio France

 

Mohamed Bouazizi a encore une fois été arrêté parce qu’il vendait des légumes dans la rue, illégalement. Les autorités lui prennent ses marchandises, il n’a plus rien. Il supplie qu’on les lui rende, en vain. Il décide de s’immoler dans la rue. Son nom devient le symbole du silence et de la soumission des opprimés dans une dictature trop longtemps subie. Et la révolte gronde. Et la colère est partagée au-delà des frontières. Cette mort est le point de départ de manifestations diverses, d’une vraie révolution, du « printemps arabe » qui embrase sept pays : la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie, la Libye, le Maroc, Bahreïn, le Yémen. Ce n’est le pain ou les réformes qui sont réclamés mais une « liberté aimée revendiquée défendue », on crie que le dictateur du pays « dégage ! » avec ferveur et détermination. Et surtout, ce sont les hommes et les femmes qui se mélangent, les enfants et les vieillards, toutes les générations sont réunies pour se battre.

J’ai adoré ce podcast qui a adapté la pièce de théâtre de Laurent Gaudé. L’atmosphère de ce soulèvement inédit est parfaitement rendue grâce aux différents témoignages, aux slogans scandés dans la rue, aux cris des manifestants, aux musiques diffusées (rap et musique traditionnelle). Une place est laissée à la voix du dictateur qui tente d’abord de s’imposer puis qui cède, victime, pour la première fois, de la peur. J’ignorais l’épisode de la « batailles des chameaux », pendant lequel des prisonniers libérés sur ordre du gouvernement, ont été incités à mater les manifestants. Mais la foule a été plus forte et les cavaliers ont rapidement été arrêtés et désarçonnés. Les mots savamment choisis de Laurent Gaudé magnifient ce printemps arabe, la poésie insuffle à cet élan de rébellion une joie supplémentaire, un espoir auquel ce peuple ne se permettait plus de rêver. Le tout est magnifique, bouleversant et très intense.

« Nous ne sommes pas une foule, nous sommes un peuple. Hommes et femmes ni plus ni moins. Un peuple entier. »

Alors qu’une fille pense que sa mère va lui interdire d’aller manifester, sa mère lui répond : « je vais y aller comme si j’allais à un mariage. Ce qu’ils doivent voir, ce qui doit leur brûler les yeux, c’est notre dignité. »

La voix des femmes : « Nous voulons nous habiller comme bon nous semble. Nous aimons notre pays mais pas la patrie. Nous aimons nos familles mais pas le père de famille. Nous aimons notre travail mais pas la soumission. Nous aimons rire. Nous sommes nombreuses, si nombreuses qu’une si grande place ne suffit pas nous contenir. »

≈   Coup de cœur   ≈  

 

 

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19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 10:13

La Maison, 7 impasse Baudelaire" de Camille Kohler 5/5 : Celle qui raconte  l'histoire - La Série fiction | Podcast on Spotify

En 2010, Laurent et Sylvie visitent une maison au 7 impasse Baudelaire. Il y a des travaux à faire car la déco date des années 70 mais le couple succombe pour son potentiel. Des mois et des années passent et Claire se désole de ne pas tomber enceinte. Ce sont André et Denise qui ont acheté le terrain et fait construire cette maison au 7 impasse Baudelaire. Ils ont réalisé un rêve en 1956, se projetant sur un terrain nu, songeant à la belle vaisselle et au réfrigérateur qu’ils achèteraient. Tout est rose et idyllique mais les grossesses et les enfants se succèdent à un rythme frénétique jusqu’à ce qu’André doive déclarer une sixième naissance... et un décès le même jour. Denise broie du noir depuis la mort de son dernier et sait surtout qu’elle ne voudra plus d’enfants. En 1967, Serge et Eliane emménagent dans la même maison, André a été muté en Bretagne délaissant un endroit où de bons souvenirs ont laissé la place aux mauvais. Eliane, dépitée par son statut de mère au foyer, finira par venir en aide à une femme médecin qui permettra aux mères d’avorter dans des conditions acceptables pour l’époque. La maison va alors revêtir un nouveau rôle.

J’ai adoré écouter ce podcast France Culture (on le trouve sur d'autres plateformes aussi) ! Il démarre avec légèreté et frivolité et gagne en profondeur au fil de ces histoires de femmes qui nous sont contées à travers les décennies. Le statut de la femme, la condition de mère, le rapport mère-enfant et l’avortement sont les principaux sujets qui rendent cette écoute passionnante. Un regard nuancé sur les avortements clandestins et même sur la loi de Simone Veil, via le MLAC, le Mouvement pour la Libération de l’avortement et de la contraception, luttant contre l’hégémonie du savoir médical. Des réflexions intéressantes également sur les choix d’une mère : vouloir un autre enfant ou non, s’éloigner de ses enfants pour mieux s’épanouir... Les comédiens-lecteurs sont nombreux et excellents, les bruitages et la musique font de ce podcast une petite oeuvre complète. Une très belle découverte.  5 épisodes d’une demi-heure chacun. A écouter absolument !

---    Coup de coeur    ---

Eliane, enceinte du deuxième enfant : « Tout démarrait et pourtant j’avais l’impression que ma vie était figée... j’avais l’impression que tout allait s’écrire sans moi ou que j’allais restée à la marge comme un personnage secondaire, qu’on oublie. Ou un fantôme qu’on ne voit pas. »

« Une fois mère, on voudrait toutes pouvoir s'éloigner du tumulte de la famille, ne serait-ce que quelques instants. Il faut une chambre à soi pour écrire des histoires. Il faut une chambre à soi pour rêver. Il faut une chambre à soi pour exister. Cette maison que je fuyais, je me suis soudain sentie étroitement liée à elle, à partir du moment où on a commencé à y accueillir les femmes. Je l’avais considérée comme un simple abri, une coquille étouffante m’assignant à résidence et voilà que je l’investissais d’un nouveau rôle, celui de nous offrir un véritable espace de parole et de liberté, en toute intimité. »

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1 juillet 2025 2 01 /07 /juillet /2025 10:53

Le Capitaine Fracasse" de Théophile Gautier : un podcast à écouter en ligne  | France Culture

Texte découvert en Podcast Radio France.

Sous le règne de Louis XIII, le baron de Sigognac vit seul dans son château lugubre et misérable avec son domestique Pierre et il s’ennuie ! Alors qu’il offre le gîte et le couvert à une troupe de comédiens ambulants, il se prend de sympathie pour eux et tombe amoureux d’Isabelle, une jolie actrice qui succombe aux charmes du baron. Sigognac part sur les routes avec eux avant de remplacer un des comédiens. Son nom de scène sera le capitaine Fracasse. Mais la vie d’artiste n’est pas toujours facile entre les petites misères du quotidien, les lieux de représentation à trouver, le manque d’argent, et, pour Sigognac, la jalousie d’un certain Duc Vallombreuse. Ce dernier est tombé amoureux lui aussi d’Isabelle, il provoque Sigognac en duel et ira jusqu’à enlever la belle actrice.

Je le confesse, je ne connaissais rien mais alors absolument rien à cette histoire. Cette version audio est une adaptation écourtée du roman (elle n’en compte pas moins 10 x 30 minutes environ) et rendue vivante par la musique originale de Pierre Max Dubois, les bruitages très réalistes (j’ai - entre autres - sursauté à l’aboiement d’un chien) et les lectures vivantes et justes des comédiens. Le décor est rapidement planté, on s’assoit à côté des « histrions » dans leur chariot de fortune sur les routes de France, on les écoute déclamer leur texte de la commedia dell’ arte, on tremble avec eux face au vilain Vallombreuse (qu’on va découvrir tout autrement dans un retournement final). Très omanesque et sentimental, le roman peut faire penser à un titre de Dumas, de cape et d’épée il offre également de beaux moments de duels et de bravoure. Bref, avec un peu d’humour pour couronner le tout, c’est un roman agréable à découvrir, complet et distrayant. A écouter sur une plage en faisant des sudokus, par exemple :)

Bel été à toutes tous !

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15 mai 2025 4 15 /05 /mai /2025 09:30

La Mer - Jules Michelet   

Texte découvert en Podcast Radio France.

De mer, il s’agit plutôt d’océan puisque le narrateur démarre son observation et sa description à Granville et se poursuit au Mont Saint-Michel. La mer est vue comme un endroit fermé et impénétrable, celle qui sera toujours là quand tous les hommes seront partis. Sont passés en revue : les villages côtiers, les falaises, les marins, la hauteur des vagues et le manque de clairvoyance des hommes qui les sous-estiment (la « pauvreté du monde visible »), mais, surtout, Jules Michelet ne se tourne que vers la nature omnipotente et souveraine : vie sous-marine, volcans, écume, vibrions, algues, crabes, poulpes, méduses, ... Personnifiée, la mer apparaît comme une créature époustouflante, à la fois sublime et effrayante, toujours fascinante et majestueuse. Michelet parvient, avec une grande lucidité, à voir le passé de la mer, le présent et son avenir tellement infini.

Quelle surprise que ce texte ! J’ai dû vérifier par deux fois la date de publication, 1861, tant les mots me paraissaient parfois modernes, poétiques et vivants. Un souffle épique et une certaine grandiloquence muent nous autres humains en de minuscules petites choses insignifiantes. L’écriture taillée, lustrée, ciselée est à la fois magnifique et ensorcelante. J’ai, en partie seulement, écouté ce texte en courant et je me suis sentie dans une autre galaxie. Le texte est parfaitement lu par Clément Bresson (de la Comédie-Française) et l’accompagnement musical (Christophe Hocké, Lucas Valero et Pablo Valero) m’a fait penser à Feu ! Chatterton tant il ne faisait qu’un avec ce texte poétique et tout de même un peu allumé, il faut le reconnaître. Bref, un véritable voyage sensoriel et très particulier.

Fanja ne pourra pas me reprocher d’être à côté de la plaque 😊 en participant à son challenge Book Trip en mer, édition 2025.

 

« Quelle est son étendue réelle ? Plus grande que celle de la terre, voilà ce qu’on sait le mieux. Sur la surface du globe, l’eau est la généralité, la terre l’exception. »

« Ces eaux nourrissantes sont denses de toutes sortes d’atomes gras, appropriés à la molle nature du poisson, qui paresseusement ouvre la bouche et aspire, nourri comme un embryon au sein de la mère commune. Sait-il qu’il avale ? À peine. La nourriture microscopique est comme un lait qui vient à lui. La grande fatalité du monde, la faim, n’est que pour la terre ; ici, elle est prévenue, ignorée. Aucun effort de mouvement, nulle recherche de nourriture. La vie doit flotter comme un rêve. »

« Telle est la mer, elle est, ce semble, la grande femelle du globe dont l’infatigable désir, la conception permanente, l’enfantement, ne finit jamais. »

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28 février 2025 5 28 /02 /février /2025 10:35

Deux flics au vestiaire suivi de Deux flics en voiture et de Deux flics à  la plage | Actes Sud

Découvertes en podcast Radio France, voici trois courtes pièces de théâtre d’un dramaturge contemporain.

Deux flics en voiture : Le flic qui conduit arrête la voiture sur un chemin forestier. Les deux flics bossent ensemble depuis six mois mais tous les séparent : Dominique sait toujours tout sur tout, il a des idées très arrêtées sur la civilisation, les animaux, la nature, mais aussi la révolte des gladiateurs ; même la mythologie grecque y passe. L’autre, Daniel, ne supporte plus ses longs discours verbeux et ne souhaite qu’une chose : quitter cette forêt et boire une bière.

Deux flics au vestiaire : Dominique n’a pas vu le match de la veille, il a raté un sacré truc, mais c’est parce qu’il s’est engueulé avec Magalie, une grosse engueulade. Il avoue même à son copain Gilles qu’il avait des envies de buter sa femme qu’il soupçonne de le tromper avec un Noir. Le lendemain matin, toujours au vestiaire, les deux reviennent sur la bavure de la veille. Dominique a pété un plomb en tabassant un Noir ... comme par hasard. Au fil des jours, l’attitude de Dominique se fait plus violente, plus vengeresse, Gilles tente de le calmer.

Deux flics à la plage : C’est le jeune et le vieux flic, chargés de surveiller la plage, les dunes notamment, où des trafics de drogue ont régulièrement cours. Le vieux raconte sa grande histoire d’amour, sa femme qui l’a plaqué (elle l’a trompé « avec des tas de mecs »), et son discours est entrecoupé de vers qu’il récite sur un ton patibulaire avec de petits airs suicidaires. Le jeune l’interroge, se montre plutôt perplexe, on le sent appartenir à une autre génération mais ses réflexions sont empreintes de bon sens.

 

Evidemment, les titres font déjà sourire. Dans cette nouvelle déclinaison des Martine, le flic n’a pas le beau rôle : plutôt stupide, il est tantôt violent et raciste, tantôt beau parleur et vaniteux. Souvent trompé, on sent qu’il ne sait que faire des relations humaines et se laisse dépasser par les réalités de la vie. Dans chaque duo, le décalage entre les deux hommes est assez amusant. Et l’humour cinglant prend toute sa place quand on comprend, par exemple, que, dans Deux flics au vestiaire, Dominique ne contrôle que les Noirs. Pour les trois piécettes, l’attente et la passivité accentuent la dimension de l’absurde. Pour assez bien connaître Le Ravissement d’Adèle du même auteur, je trouve qu’il faut vraiment creuser ses textes (d'apparence légère et simpliste) pour y trouver l’humour et l’intelligence qui ne sautent pas aux yeux à la première lecture. Ici, on finit par comprendre que le statut de flic n’est qu’un prétexte et qu’on trouvera de quoi s’identifier à ces êtres perdus dans une société qui les avale sans concession aucune. J’ai beaucoup aimé écouter ces trois pièces (d’environ une demi-heure chacune) brillamment interprétées par six acteurs différents. Musique et bruitages, comme souvent pour les podcasts Radio France, permettent de se fondre agréablement dans l’œuvre.

 

- C’est toujours étrange de parler dans une forêt, tu ne trouves pas ?

- Si, surtout quand c’est toi qui parles.

 

- C'est quoi être flic pour toi ?

- La loi et l'ordre.

- C'est tout ?

- Ben, c'est déjà pas mal. Tu dis quoi, toi ?

- Protéger les gens. Les citoyens.

-  Oui, c'est ça. On est d'accord. J'ai l'impression de faire ça toute la journée.

- Ça veut pas dire rajouter la merde à la merde.

- Tu me fais rire. Allez, on va boire une bière.

 

- Trouve-toi une fille et marie-toi avec elle.

- Je veux pas me retrouver à soixante balais à réciter des poèmes sur une plage en pensant qu’me flanquer à l’eau résoudrait mes problèmes.

 

Deux Flics" de Rémi de Vos : un podcast à écouter en ligne | France Culture

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26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 09:57

L'Amérique - Franz Kafka - Librairie Mollat Bordeaux  

Découvert en podcast Radio France, ce roman est le premier de l’auteur écrit entre 1911 et 1914 et laissé inachevé.

Karl Rossmann est un jeune ado allemand qui débarque bien malgré lui à New York, exilé de force par ses parents parce qu’il a mis une bonne enceinte. Par un hasard inouï, alors qu’il essayait de prendre la défense d’un soutier, il rencontre son oncle (oui, un oncle d’Amérique), le sénateur Jakob, qui le prendra son sous aile, oh un court instant seulement... Invité chez un homme d’affaires et contraint d’accepter, Karl se verra rapidement renié par son oncle. Livré à lui-même il rencontre deux malfrats de clochards qui lui mangent ses maigres économies. Chance incroyable (oui, encore une fois), il se fait embaucher en tant que liftier, métier où il va cumuler les heures et remplacer des collègues à tour de bras avant de se faire jeter dehors à cause d’un des voyous qui aura refait surface. Ensuite ? il retourne auprès des deux gugusses et d’une cantatrice obèse qui recherche des esclaves pour s’occuper d’elle jour et nuit.

J’ai considéré ce roman comme un roman picaresque (et je pense qu’il a été mis en voix/en scène pour qu’on l’appréhende ainsi) : anti-héros par excellence, Karl aurait plutôt été violé par la bonne qu’il a engrossé, trop naïf, il va se faire avoir par absolument tous les gens qu’il rencontre. Son honnêteté devient un défaut et sa candeur une source de rigolade. Il tente d’apprendre l’anglais, on lui répète sans cesse qu’il faut ôter l’article, puis dans d’autres situations qu’il faut mettre l’article. Dans ce roman d’apprentissage boiteux, l’auteur apporte aussi une vision critique de la société (une remarque très d’actualité sur le fait qu’aux Etats-Unis, peu importe qu’on ait fait des études et qu’on soit intelligent, on peut y arriver quand même ...) et érafle ce fameux « rêve américain ». J’ai beaucoup aimé cette histoire, d’autant plus que cet anti-héros est accompagné d’une voix, une sorte de double plus courageux que lui qui le bouscule, en général, en vain ou le juge : « Raté, Rossmann. » On ne sait pas s’il faut rire ou pleurer en lisant les mésaventures de Karl. Les épisodes s’enchaînent, le burlesque laisse la place à l’inquiétude, L’Amérique se clôt avec cet étrange théâtre d’Oklahoma qui embauche tout le monde, absolument tout le monde, et avec ce Karl Rossmann qui choisit le pseudonyme de « Negro » et qui se retrouve, une fois de plus, balloté au gré des rencontres (mauvaises) et des aléas (souvent peu heureux) de la vie. Il résulte de tout cela un malaise et une impression pour le lecteur (comme pour le personnage) d’être manipulé par une force supérieure qui se fout de lui. Intéressant.

Le métier de liftier : « toi, tu lèves ton chapeau, tu souris, même aux connards, surtout aux connards et ensuite tu appuies sur le bouton. »

« ne t’en fais pas, on peut contourner les règles, c’est l’Amérique. »

Et je participe ainsi au challenge Les Classiques c’est fantastique dont le thème du mois d’août « Je ne suis pas un héros (ni une héroïne) » colle parfaitement à ce Karl Rossmann (oui, ça collait aussi au thème du mois précédent !)

J'ai continué sur ma lancée en écoutant Le Procès, toujours sur Radio France, et j'ai adoré presque tout autant (je ne le chroniquerai pas) : un homme est arrêté par deux gaillards. Il ne sait pas pourquoi et jamais on ne lui en donnera les motifs, ce qui n'empêche pas une longue descente vers les enfers... 

Enfin, j'ai également écouté l'excellent podcast inspiré de son livre, J'irai chercher Kafka de Léa Veinstein qui suit les traces des manuscrits de Kafka après sa mort.

L'Amérique" de Franz Kafka : un podcast à écouter en ligne | France Culture

L’Amérique de Franz Kafka
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24 juin 2024 1 24 /06 /juin /2024 11:13

Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson - Editions  Flammarion

C’est un podcast de Radio France qui m’a fait découvrir ce court récit non fictionnel, et qui me permet de participer au challenge Les classiques c’est fantastique chez Moka et Fanny. Ce mois-ci : « Tout plaquer, solitude, introspection & isolement ».

En septembre 1978, l’auteur que nous connaissons bien décide de faire un voyage seul, depuis Monastier, en Auvergne jusque dans les Cévennes. Après une courte réflexion, il choisit un âne pour porter ses bagages et son sac de couchage (il ne veut s’encombrer d’une tente). Modestine et l’homme ne s’entendent pas forcément bien d’emblée, la bête avance trop doucement et il lui faudra des coups de baguette pour accélérer (plus tard, Stevenson découvre l’efficacité de l’aiguillon...) En une bonne douzaine de jours, Stevenson trace son chemin, alternant nuits à la belle étoile et pauses dans les auberges, descriptions de ce qui l’entoure et digressions historiques.

Si l’écoute de cette histoire a été plutôt amusante et agréable, le récit narre surtout les péripéties d’avec Modestine (il ne dit l’apprécier que lorsqu’il doit la revendre, peu avant son arrivée), les tracas propres aux voyage (la chaleur, la nourriture, l’orientation) et les rencontres avec les campagnards (souvent bourrus mais d’aide précieuse), il m’a manqué des réflexions personnelles sur les ressentis de l’écrivain. D’introspection, il n’y en avait pas vraiment et les quelque 260 kms parcourus ont davantage été une ode à la nature qu’un cheminement personnel (l’ère de la méditation et du recentrement sur soi n’avait pas encore débuté). Pourtant, j’ai lu par ailleurs que Stevenson avait décidé d’accomplir ce périple essentiellement à cause d’une rupture amoureuse. En dépit de cette carence, la contemplation des paysages et la candeur touchante de Stevenson (il n’avait alors que 28 ans) offrent une sorte de bercement poétique et hypnotique (j’ai écouté le récit en courant, ça ne m’a pas fait avancer plus vite !) A découvrir, d’autant plus que l’itinéraire nommé plus tard le « chemin de Stevenson » est devenue un chemin de randonnée réputé.

« Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le nid douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. Hélas ! Tandis que nous avançons dans l’existence et sommes plus préoccupés de nos petits égoïsmes, même un jour de congé est une chose qui requiert de la peine. »

« Les étoiles étaient claires et colorées comme des joyaux, mais sans annoncer la gelée. Une légère vapeur argentée tenait lieu de voie lactée. Grâce à la blancheur du bas, je pus repérer Modestine qui tournait en rond au bout de sa corde.  Je l’entendais mâcher assidûment le gazon mais il n’y avait pas un autre son, à part l’indescriptible et doux murmure du ruisseau sur les pierres. »

« Personne ne connaît les étoiles s’il n’a pas dormi, selon l’heureuse expression française, « à la belle étoile ». Il peut bien savoir tous leurs noms et distances et et leurs grandeurs et demeurer pourtant dans l’ignorance de ce qui seul importe à l’humanité, leur bénéfique et sereine influence sur les âmes. Les étoiles sont la plus grande source de poésie. »

 

Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson
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2 mai 2024 4 02 /05 /mai /2024 15:01

Les oiseaux - Tarjei Vesaas - ACTES SUD - Poche - Paris Librairies

Mattis et Hege, frère et sœur, vivent ensemble dans une maison isolée au bord d’un lac. Elle, Hege, travaille pour deux et tolère avec patience et amour la présence et les maladresses de son frère. Lui, Mattis, est un simplet qui s’émerveille des dons de la nature. Il essaie bien parfois d’accomplir de petits boulots mais son esprit s’embrouille, il finit par faire n’importe quoi et part de son propre chef. Un jour, la parade nuptiale d’une bécasse perturbe Mattis, il y voit un présage important. Quelques jours plus tard, Hege l’envoie sur le lac : peut-être pourrait-il faire passeur ? Mattis prend très à cœur son nouveau rôle et c’est avec une grande fierté qu’il emmène son premier et unique passager, Jörgen, sur l’autre rive. L’homme, un peu bourru, cherche un toit pour la nuit. Mattis lui propose de l’héberger pour se faire pardonner : la barque, ne pouvant supporter le poids de deux hommes, ne cessait de prendre l’eau. Jörgen ne quittera plus le grenier de la maison de Mattis et Hege, la grande sœur tombant amoureuse de l’homme.

Entre amour et haine, ce court roman est empreint d’une poésie remarquable, toujours associée à la nature et à la candeur de Mattis. Il comprend bien que sa sœur est enfin heureuse mais il s’aperçoit aussi qu’elle s’éloigne de lui. Il voit bien que c’est Jörgen qui rend sa sœur heureuse mais il ne peut s’empêcher de s’en méfier et, de réfléchir, peut-être même, pour la première fois de sa vie de se montrer intelligent. L’œuvre est suffisamment juste, pudique et touchante pour ne pas donner de réponse, chaque personnage de ce trio navigue entre le Bien et le Mal, sans qu’on puisse, en tant que lecteur, se placer dans l’un ou l’autre camp. Il est certain que Mattis est un être bouleversant, qui émeut par son désarroi et sa fragilité. Son lien avec la nature domine tout le reste et en fait une ode à la simplicité. C’est encore une fois un podcast de Radio France (ici - d'1h57) qui m’a fait découvrir cette œuvre et, pour la première fois, cet auteur norvégien que j’aimerais continuer à lire (version papier cette fois-ci). L’avez-vous déjà lu ?

« Tout en méditant, Mattis observait les versants ouest, par-delà les lacs, un beau crépuscule d’été partout dans le ciel et sur la terre. « C’est calme de ce côté du vent. » C’est alors que survint le grand événement. Quelque chose filtrait entre la cime des arbres, quelque chose que Mattis imaginait pouvoir discerner tant le ciel était clair, non pas le vent mais quelque chose qui passait au travers, quelque chose qui fusait juste au-dessus de la maison et aussi droit à travers Mattis. « Une bécasse ? Une bécasse... voilà ce qui a battu des ailes par ici. Il y a une parade amoureuse au-dessus de mon toit. » C’était bien le premier printemps que Mattis voyait ça, aussi loin que remontaient ses souvenirs, ce n’était jamais arrivé. »

« En revanche il appréciait de moins en moins sa sœur, elle n’était plus aussi douce qu’avant. Chaque jour, il avait le sentiment qu’elle était un peu plus sur son dos comme s’il faisait et disait tout de travers. Elle cherche à se faire belle, à se faire belle pour le bûcheron. Je vois bien comment elle le regarde, comme elle le lorgne du coin de l’œil. Jörgen, ça ne lui faisait aucun effet apparemment, ce qui rassurait Mattis. Il travaillait en forêt et s’affairait à la maison, constamment dans son coin. »

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13 avril 2024 6 13 /04 /avril /2024 14:02

Fureurs : un podcast à écouter en ligne | France Culture

     -     Saison 1     -

France Culture est décidément devenu mon vivier favori en matière de podcasts.

A quelques jours de la Fête du Progrès, Thomas a été embauché pour un nouveau job : il sera gardien d’une forêt, dans une cabane isolée. Un type un peu bourru, Jacques, l’emmène à cette cabane et lui explique sa mission : ne laisser personne ni entrer ni sortir de la forêt. Thomas reçoit même un revolver pour se défendre, au cas où. Une fois seul, Thomas se rend compte de l’insolite de sa situation puisqu’il n’a absolument rien à faire. Une radio avec une seule fréquence lui est fournie : Lucie, une autre gardienne d’une cabane située quelques kilomètres plus loin communique avec lui. Elle est là depuis plusieurs mois mais le prédécesseur de Thomas a disparu au bout de quelques jours dans d’étranges circonstances. Tantôt enjouée, tantôt complètement flippante, Lucie deviendra la seule « amie » de Thomas. La nuit tombée, de mystérieuses lumières intriguent Thomas et le convainquent définitivement que son boulot est plus dangereux qu’il ne le pensait. Au village, une journaliste, Marie, enquête... et Ahmed, un homme exclu des autres habitants, lui raconte avoir vu une créature étrange et des phénomènes complètement irrationnels.

Récit fantastique qui tend vers la SF, ce podcast est particulièrement réussi grâce à la voix des acteurs mais aussi aux bruitages et à la musique qui tendent à créer une atmosphère inquiétante dès les premières minutes d’écoute. Il se trouve que je l’ai écouté en courant, seule, dans une forêt... frissons garantis (une méthode toute nouvelle pour courir plus vite !) L’intrigue, originale, tient la route et l’auditeur est très vite plongé dans cet univers dystopique effrayant où la nature n’a rien de rassurant, où un dirigeant diabolique mène son monde à la baguette. L'auteur se serait inspiré d'un conte écrit par Olga Tokarczuk. Il paraît qu’il y aura une suite, je m’en réjouis déjà !

5 épisodes de 25 à 27 minutes chacun.

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7 avril 2024 7 07 /04 /avril /2024 16:20

Un ennemi du peuple | Actes Sud

Et encore un podcast !

Dans une ville de Norvège, une station thermale contribue à attirer des clients et ainsi, à enrichir la ville. Mais le Dr Stockmann découvre que les eaux sont empoisonnées, polluées par la tannerie voisine. Son diagnostic est d’abord accueilli par des vivats, le rédacteur du journal local veut publier ses découvertes, les bourgeois sont prêts à soutenir le médecin... jusqu’à ce qu’intervienne le frère du Dr Stockmann, juge et directeur de la station thermale qui refuse que cette découverte soit publiée dans les journaux. Non seulement la réputation de la ville en prendrait un coup, la station devrait fermer ses portes deux ans, mais les coûts nécessaires à un rétablissement d’une situation acceptable seraient faramineux pour l’ensemble des habitants. De fil en aiguille, de considération financière en hypocrisie, ceux qui étaient du côté du médecin humaniste font marche arrière jusqu’à le conspuer et à le mettre à la porte.  

Radio France fait décidément de bons choix en matière de théâtre. Après avoir adoré La maladie blanche, j’ai encore eu l’honneur (en courant toujours !) de découvrir une pièce brillamment adaptée pour une version audio et qui, encore une fois, est d’une actualité confondante. Alors que la santé publique semble d’abord être primordiale, elle s’éclipse devant l’argent et ses nombreux pouvoirs. Au moment où le Dr Stockmann se fait exclure de la majorité des concitoyens, il prononce un discours qui va le faire haïr un peu plus encore : la majorité aurait souvent tort, « La majorité compacte est assez dépourvue de conscience pour vouloir fonder la prospérité publique sur la base pestilentielle de la fraude et du mensonge. »  Cette vérité difficile à entendre va condamner le médecin et sa famille à s’exiler. Certains personnages secondaires sont bien campés également, notamment la fille du médecin, Petra, féministe et moderne avant l’heure, mais aussi ceux qui retournent leur veste, souvent comparés à des animaux, qui m’ont fait penser à la Cour du Roi Soleil. Une pièce à lire ou à écouter (5 fois 28 minutes).

 

« La minorité a toujours raison. »

« L’homme le plus fort du monde est celui qui est le plus seul. »

 

D’autres pièces d’Ibsen : Maison de poupée ; Les Revenants.

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