Mohamed Bouazizi a encore une fois été arrêté parce qu’il vendait des légumes dans la rue, illégalement. Les autorités lui prennent ses marchandises, il n’a plus rien. Il supplie qu’on les lui rende, en vain. Il décide de s’immoler dans la rue. Son nom devient le symbole du silence et de la soumission des opprimés dans une dictature trop longtemps subie. Et la révolte gronde. Et la colère est partagée au-delà des frontières. Cette mort est le point de départ de manifestations diverses, d’une vraie révolution, du « printemps arabe » qui embrase sept pays : la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie, la Libye, le Maroc, Bahreïn, le Yémen. Ce n’est le pain ou les réformes qui sont réclamés mais une « liberté aimée revendiquée défendue », on crie que le dictateur du pays « dégage ! » avec ferveur et détermination. Et surtout, ce sont les hommes et les femmes qui se mélangent, les enfants et les vieillards, toutes les générations sont réunies pour se battre.
J’ai adoré ce podcast qui a adapté la pièce de théâtre de Laurent Gaudé. L’atmosphère de ce soulèvement inédit est parfaitement rendue grâce aux différents témoignages, aux slogans scandés dans la rue, aux cris des manifestants, aux musiques diffusées (rap et musique traditionnelle). Une place est laissée à la voix du dictateur qui tente d’abord de s’imposer puis qui cède, victime, pour la première fois, de la peur. J’ignorais l’épisode de la « batailles des chameaux », pendant lequel des prisonniers libérés sur ordre du gouvernement, ont été incités à mater les manifestants. Mais la foule a été plus forte et les cavaliers ont rapidement été arrêtés et désarçonnés. Les mots savamment choisis de Laurent Gaudé magnifient ce printemps arabe, la poésie insuffle à cet élan de rébellion une joie supplémentaire, un espoir auquel ce peuple ne se permettait plus de rêver. Le tout est magnifique, bouleversant et très intense.
« Nous ne sommes pas une foule, nous sommes un peuple. Hommes et femmes ni plus ni moins. Un peuple entier. »
Alors qu’une fille pense que sa mère va lui interdire d’aller manifester, sa mère lui répond : « je vais y aller comme si j’allais à un mariage. Ce qu’ils doivent voir, ce qui doit leur brûler les yeux, c’est notre dignité. »
La voix des femmes : « Nous voulons nous habiller comme bon nous semble. Nous aimons notre pays mais pas la patrie. Nous aimons nos familles mais pas le père de famille. Nous aimons notre travail mais pas la soumission. Nous aimons rire. Nous sommes nombreuses, si nombreuses qu’une si grande place ne suffit pas nous contenir. »
≈ Coup de cœur ≈





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