J’ai découvert la petite maison d’édition Esquif (spécialisée dans les nouvelles et novellas) dans une libraire angevine l’été dernier et ces deux lectures - de qualité - m’ont plu !
Mona d’Aurélie Champagne 
La narratrice travaille au Youpi Park depuis trois ans, et, avec sa collègue préférée, Flora, elle fait des granités. Dans ce vaste espace de jeux, les enfants jouent, courent et crient (surtout) dans les « Labyrinthe, tyroliennes, trampolines, toboggans, piscine à balle et parcours Ninja. » Elle aurait pu faire autre chose de sa vie, cultivée comme elle est, lui dit souvent Flora parce que le protocole du chef « M.O.N.A. : Ménage. Ordre. Nettoyage. Amabilité. » ne fait pas rêver. La narratrice a connu une tragédie qui l’a tourneboulée mais peut-être qu’une piscine à balles et une vieille Punto peuvent devenir l’occasion de changer de vie ?
Une nouvelle courte de 43 pages qui fait son job : percutante, drôle et attendrissante, elle se distingue par un verbe coloré, vivant et actuel. J’ai beaucoup aimé.
« Au youpi, Flora a désigné un père de famille planté devant la piscine à balles. La dernière fois déjà, on avait passé un moment à l’observer. Il y a ce jeu des ressemblances qu’on a, elle et moi, et qui fait passer la journée. « Matt Damon remix Édouard Balladur. » « Obama, petit et moche, « Obamoche » dit Flora, et elle se marre. »
Rumba Mariachi de Fabrice Caro 
Le narrateur s’apprête à se pendre, lassé de la vie, mais il est interrompu par un coup de fil : une femme était intéressée par le presse-agrumes qu’il vendait sur le Bon coin et se proposait de venir le récupérer une heure plus tard. Il accepte mais ne retrouve pas le presse-agrumes en question et pense proposer un radio-réveil en contrepartie. Quand déboule l’acheteuse accompagnée d’un mari furieux persuadé que sa femme se rend chez son amant, tout part en vrille.
C’est du Fabrice Caro tout craché, c’est drôle, irrévérencieux et ça frise l’absurde. 37 pages de contractions zygomatiques.
« La femme était dans le coin et proposait de passer d'ici une heure. J’ai dit ok. J'ai raccroché et je suis resté quelques minutes debout sur le tabouret. Le coup de téléphone m'avait coupé dans mon élan, je n'étais plus du tout dans une dynamique de pendaison. Là, maintenant, j'étais obsédée par l'idée de remettre la main sur ce presse-agrumes. Je me pendrais ensuite, ne partons pas en traînant derrière soi des inaccomplis, j’en charriais suffisamment comme ça. »

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