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26 septembre 2026 6 26 /09 /septembre /2026 21:35

Fantaisie lyrique - Dorothée de Monfreid - Charivari - Grand format -  Martin-Delbert Agen

Dans le quartier de la Bastille, la narratrice et dessinatrice retrouve dans la vitrine d’une boutique le disque de « L’Enfant et les sortilèges » de Ravel qu’elle écoutait si souvent enfant. Il se trouve que l’Opéra de Paris reprend « L’Enfant et les sortilèges » et c’est aussi l’occasion pour Dorothée de Monfreid de créer cette bande dessinée. Elle remonte à la création de cet opéra lorsque Colette, ayant écrit le livret, cherchait un compositeur qu’elle trouva en la personne de Ravel. Ravel, en mauvais état après la Première guerre, broie du noir depuis la mort de sa mère adorée mais finit par créer la musique en 1924. En 2023, Dorothée assiste aux préparatifs tant artistiques que techniques de la reprise de l’opéra, se laissera guider dans les coulisses, les loges mais aussi les dessous du plateau et donnera la parole aux musiciens et aux chanteurs.

Comme l’indique le sous-titre, la BD nous emmène dans les coulisses de l’opéra, nous donne à voir la genèse du spectacle. L’autrice décortique tous les détails, accompagne les artistes en répétition, évoque tous les intervenants et va même jusqu’à livrer un organigramme et des coupes du Palais Garnier et de l’Opéra Bastille.  J’ai beaucoup appris moi qui suis une parfaite ignorante en musiques d’opéra (j’aime le lieu plus que le chant lyrique). Sur les étiquettes des costumes, par exemple, il y a les noms de tous les interprètes qui les ont portés. J’ai aussi appris le mot « tissuthèque ». Et saviez-vous que 2.80 euros des impôts de chaque foyer imposable allaient au budget de l’Opéra ? La mise en abyme (Dorothée réfléchit sur la manière de raconter l’histoire, elle nous renseigne sur ses recherches historiques et les blancs à combler) m’a aussi beaucoup plu. J’ai aimé le graphisme, simple et malicieux, l’autrice n’utilise que quelques touches de couleurs et sait retranscrire l’effervescence de la préparation d’un spectacle, notamment avec cette « harmonieuse cacophonie » (lorsque les musiciens s’accordent tous ensemble). Les courbes et les volutes m’ont fait penser au trait de crayon de Joan Sfar. C’est une BD qui m’a vraiment agréablement divertie, j’ai été ravie de mettre un petit pied dans cet univers magique.

Ravel : « J’ai le vertige à mesurer ce qui me reste à faire pour terminer l’Enfant et les sortilèges en un mois et demi ! Je n’espère qu’en un miracle : par exemple que le don de bâcler me soit accordé. »

Fantaisie lyrique Dans les coulisses de l'Opéra de Paris - cartonné -  Dorothée de Monfreid, Dorothée de Monfreid - Achat Livre ou ebook | fnac

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17 septembre 2026 4 17 /09 /septembre /2026 14:41

         De cape et de mots / Flore Vesco & Kerascoët ; adaptation du roman "De cape  et de mots", Flore Vesco et Kerascoët ; dessins et couleurs, Kerascoët |  Salle Ovale - BnF

       J’ai choisi cette BD parce que j’avais lu et adoré D’or et d’oreillers, les deux albums sont des adaptations de romans de Flore Vesco.

       Serine est une jeune fille espiègle née dans une famille noble et désargentée. A la mort de son père, sa mère veut la marier au plus vite mais celle qui s’appelle « la comtesse Séraphine Marie-Geneviève Alexandrina de Notre-Dame Chancies du Jousselinier Senestre les Castiche de l’Auberivière sié l’Ostel de la Colline » ambitionne de devenir demoiselle d’honneur de la reine.  Après quelques malentendus et quelques coups de chance, elle entre effectivement au service de la reine parce que son compliment a plu « Vous êtes encore plus ravissant ... que, qu’une esperlune ». La reine est charmée par ce mot qu’elle ne connaît pas (il n’existe pas, c’est un peu normal). Mais Serine va se faire des ennemis, sera même jetée dans les douves avant de réapparaître déguisée en fou du roi. Ce nouveau fou plaît beaucoup au roi, un brin plus intelligent que la reine, ce qui va contrarier le machiavélique secrétaire.

       J’ai beaucoup aimé le ton alerte et malicieux de l’album mettant cette jeune fille dégourdie et rebelle, toujours souriante, sur un joli piédestal. Les nombreuses péripéties accélèrent le rythme et cette héroïne apporte une légèreté et une fraîcheur rehaussées par sa ruse et son intelligence. Comme pour D’or et d’oreillers, quelques jolis jeux de mots et délicieux calembours rythment le récit. Les dessins de Kerascoët, tout en finesse et en grâce, achèvent de compléter avec bonheur cette belle intrigue très pêchue. Un album à mettre entre toutes les mains.

A la reine : « Majesté, vous êtes en tout point semblable aux statues de déesses qui ornent les jardins du palais. » Au roi (qui rit sous cape) : « Comme elles, elle est dure et jaunie par le temps ».

De cape et de mots, Sélection Prix BD Fnac France Inter 2023

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4 septembre 2026 5 04 /09 /septembre /2026 18:12

Bordeaux/Shanghai

Wei est le fils d’un riche homme d’affaires de Shangaï. Trop gâté, il dilapide l’argent de papa sans avoir de réel objectif dans la vie. Après un énième mensonge et une dette faramineuse à rembourser, le père envoie son fils en France pour superviser une grande propriété viticole bordelaise qu’il a achetée il y a peu. C’est évidemment plutôt un prétexte pour éloigner son fils des mauvaises fréquentations. Wei découvre la bise française, une langue qu’il ne comprend pas du tout et l’art du vin qu’il mettra quelque temps à réellement apprécier. Lola, l’œnologue du domaine lui servira un peu malgré elle de professeur. Mais le cru bourgeois est menacé car les précédents propriétaires travaillaient moins bien que Lola. En apprenant le vin, Wei va apprendre la vie, gagnant pas à pas en humilité et en amour.

La Kube dessinée m’a encore une fois ravie en m’offrant un voyage viticole qui a accompagné une belle histoire d’amour à travers ce récit d’apprentissage. C’est frais et joli, très prévisible mais ça se lit avec plaisir et, pour qui aime le vin, quelques explications et réflexions œnologiques parachèveront le tout. Comme les personnages parlent chinois, français ou anglais, les auteurs ont attribué une couleur à chaque langue, ce qui est plutôt astucieux. J’ai aimé la douceur des dessins qui mettent en valeur la campagne et les vignes bordelaises. Au-delà de l’histoire mignonnette, une réalité : 200 châteaux bordelais ont été acquis par des Chinois de 2008 à 2018 mais ils n’ont pas tous tenu le coup et quelques dizaines ont été laissés à l’abandon ou vendus à un prix bas (ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les investisseurs français). Pour conclure, une belle BD qu’on peut déguster avec un Malbec et qui m’a valu un beau moment de lecture.

J'avais découvert le travail du scénariste Mark Eacersall avec le très bon Tananarive. 

Bordeaux/Shanghai de Amélie Causse Mark Eacersall

 

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19 août 2026 3 19 /08 /août /2026 20:20

Ivo a mis les voiles - Éditions Sarbacane

Ivo est mort. Mécanicien de métier, il a passé sa vie à bourlinguer dans son pays qu’est le Brésil, ne tenant pas en place. Pedro, un jeune Carioca, a envie et besoin de comprendre le parcours d’Ivo. Muni de son certificat de décès et d’une carte postale de Porto Seguro, il entame un road trip aux allures d’enquête qui va l’emmener au nord de Belém en longeant la côté atlantique. Des kilomètres et des kilomètres parcourus, de nombreuses rencontres, de belles découvertes, quelques réponses à ses questions et, à travers sa quête de l’autre, une introspection et une quête identitaire.

J’ai eu du mal à entrer dans l’œuvre, les planches alternent entre le passé et la vie d’Ivo et le présent avec Pedro, la différence entre les deux n’est pas nette. Il me semble que complexifier l’intrigue en début d’album n’était pas la meilleure idée. Mis à part ce constat et quelques longueurs (155 planches), cette BD dégage un charme indéniable. On accompagne les personnages à boire des cachaças les pieds dans le sable, à se baigner dans les rivières qui bordent les routes, on ne sait pas où on va dormir le soir-même mais les rencontres sont belles, empreintes de simplicité et de bienveillance à cette époque de la fin des années 80. Cette nonchalance et cette insouciance qui s'accompagne d'une ode à la jeunesse apportent une dimension solaire à ce voyage autant spatial que spirituel, rehaussée par les couleurs chaudes des dessins. J’ai admiré avec délectation la plupart des planches, et encore plus les pleines pages, les plages dorées et le ciel d’un bleu si pur et si fidèle. Un album que je refeuillèterai de temps en temps.

C’est encore une BD reçue via la Box « Kube dessinée ». Pour l’instant, même s’il n’y a pas de véritable coup de cœur, j’ai apprécié ce que j’ai lu.

« La vie pour toi, c’est un début, un milieu et une fin. Pas vrai, Ivo ? Le reste, tu te dis, n’est que naïveté et fanatisme. Curés et médecins ne sont que les charlatans des âmes et des corps. »

Ivo a mis les voiles, bd chez Sarbacane de Pinheiro

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 09:29

La vie est un long stress tranquille - Quand on sait le gérer

Tout est dans le titre volontairement oxymorique : il est possible et bienvenu de considérer le stress comme un aidant, une opportunité, voire un atout pour mieux rebondir. Cette BD documentaire propose d’abord de comprendre ce qu’est le stress d’un point de vue scientifique, les causes et sources de stress ne sont pas les mêmes pour toutes tous (parler en public, être en retard, subir une absence de reconnaissance, etc.) et il existe trois formes de réponses à cette menace : le combat, la fuite et la sidération. Lorsque les pics de stress s’enchaînent, ils créent un climat d’anxiété. L’anxiété est principalement tournée vers les menaces potentielles dans l’avenir. Avoir conscience de son stress, l’accepter et ne pas le voir comme un ennemi serait déjà un début de solution. Ensuite, plusieurs réponses sont proposées par le documentaire :

  • Les colonnes de Beck : il s’agit, sans un tableau, de disséquer son stress, d’évaluer son intensité et son évolution. Mettre par écrit ses ressentis et ses pensées permettrait de réévaluer (positivement) l’intensité de ce stress.
  • La méditation en pleine conscience, qu’on peut pratiquer n’importe où n’importe quand puisqu’il s’agit de se concentrer sur sa respiration mais aussi sur une musique et des sons ou encore sur un goût et une texture lorsqu’on mange.
  • La cohérence cardiaque, très codifiée (ça s’appelle 3-6-5) : 3 fois par jour, 6 inspirations et expirations de 5 secondes.
  • Le soutien social consiste simplement à se confier à des personnages proches et bienveillantes.
  • L’autocompassion consiste à se montrer bienveillant avec soi-même, accepter d’être vulnérable et s’écouter.

Avec un sujet aussi vaste, il fallait de la matière pour rendre l’ouvrage intéressant. Et c’est le cas, la BD propose de vraies solutions, que certains connaissent déjà mais qui les applique au quotidien ? Pour ma part, j’aime bien la cohérence cardiaque qui a fait ses preuves (à court terme et à long terme), j’ai aussi pris l’habitude d’analyser les sources de stress pour essayer de les comprendre (mais pas par écrit), je méditais un peu à une époque et j’aimerais retrouver cette habitude. Dans le domaine de l’autocompassion, il y a encore du boulot 😊 ! La BD se clôt avec quelques définitions (stress chronique, stress aigu et burn-out), insiste sur l’autocompassion et aborde la thérapie cognitive et comportementale (TCC) qui a fait ses preuves. De vraies solutions, faciles à pratiquer au quotidien et scientifiquement prouvées, pour peu que le stressé veuille aller mieux ! Une BD documentaire divertissante et instructive conçue par deux psychologues.

La vie est un long stress tranquille, quand on sait le gérer - Sceneario

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29 juillet 2026 3 29 /07 /juillet /2026 21:11

D'Or et d'Oreillers - Flore Vesco, Mayalen Goust - Rue de Sèvres - Grand  format - Librairie Point Lire Le Moule

Sadima est bonne à tout faire dans la famille Watkins, elle obéit aux caprices de la mère et des trois insupportables sœurs. Lord Handerson, un riche héritier, invite les quatre femmes dans son immense palais, Sadima suit docilement. Le beau et jeune comte a imaginé une série de tests pour choisir sa future épouse mais les sœurs Watkins échouent l’une après l’autre. Il ne reste que Sadima que le comte tient à mettre à l’épreuve. Elle parviendra sans problème à dormir sur un beau lit à baldaquin surélevé de plusieurs matelas. Les tests se succèdent et, si Sadima les réussit, elle se sent de plus en plus oppressée entre ces murs qu’elle sent vivants. Courageuse et indépendante, elle ne se laissera soumettre ni par ce beau comte ni pas une belle-mère résolument étrange. Une énigme à résoudre ne l’effraiera pas plus que les différentes quêtes à accomplir.

Cette délicieuse BD est une adaptation du roman du même nom de Flore Vesco, qui est aussi une réécriture de différents contes : « La Belle et la Bête », « Cendrillon », « Barbe bleue », « La Princesse au petit pois », ... apparaissent clairement dans une version moderne, décalée et féministe. Les dessins sont un pur plaisir pour les yeux, l’autrice sait varier les genres et les inspirations : le fantastique laisse la place au gothique, il s’accompagne de surnaturel et d’onirique. J’y ai même vu de l’Art Nouveau et reconnu du Mucha sur une des planches. En couleurs, en effets, en surprises, c’est à la fois grandiose et raffiné. J’ai beaucoup aimé aussi les expressions autour de l’anatomie où « laisser traîner une oreille » ou « retrouver sa langue » sont à prendre au sens premier. Une excellente BD inventive, fantasque et divertissante que je ne peux que vous conseiller ... s’extasier à chaque page mérite un coup de cœur !

J’avais découverte l’autrice Mayalen Goust avec Au nom de Catherine ; une dessinatrice à suivre.

D'or et d'oreillers – Mayalen Goust – des livres, des livres !

D'or et d'oreillers de Mayalen Goust Flore Vesco

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17 juillet 2026 5 17 /07 /juillet /2026 15:55

Le prix à payer

-Pourquoi le couple hétéro appauvrit les femmes et nuit à l’amour-

La BD s'est inspirée du livre du même titre de Lucile Quillet.

Avec ce sous-titre provocateur, l’autrice commence par énumérer un certain nombre de clichés de la relation amoureuse par le truchement du conte : papillons dans le ventre, séduction, demande en mariage, vie de couple, bisous et arc-en-ciel. Rapidement, elle nous explique que l’argent est au cœur de toute relation. L’homme doit-il payer la note du premier restaurant ? La femme peut-elle gagner plus que son conjoint ? Au-delà de ces considérations, on nous prouve que le couple hétéronormé serait une « grosse arnaque pour les femmes » puisqu’il lui imposerait de nombreuses charges : esthétique, sexuelle, contraceptive, domestique, mentale, psychologique qui l’épuiseraient et l’appauvriraient. Alors qu’une seule et unique charge repose sur les épaules de l’homme : la charge financière ; le « bon père » assure une protection matérielle et financière à sa famille mais les missions de la « bonne mère » sont bien plus larges et moins terre-à-terre (disponibilité, soin, écoute, présence, empathie, sacrifices). Si séparation il y a, la femme en sort encore une fois perdante.

Divisée en trois parties (« Avant le couple », « Pendant le couple », « Après le couple »), cette bonne grosse BD dépasse les évidences et éveille les consciences sur ce qu’on ne voit pas toujours. J’ai aimé qu’elle se documente (les références sont en fin d’album), qu’elle fasse un petit rappel historique et qu’elle mette le doigt sur ce qui fait mal. Par exemple, le risque de tomber dans la pauvreté pour une femme après un divorce est de + 34% si elle a deux enfants, de + 79% si elle en a trois. Pour le père qui n’a pas la garde après la rupture, le gain de niveau de vie avec deux enfants sera de +5.5% et de + 12% avec trois enfants. Environ 40% des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté (huit fois sur dix, ce sont des femmes). Pour résumer, la vie d’une femme reste toujours plus complexe que celle d’un homme. J’ai évidemment beaucoup souri à la lecture de cette BD dont les dessins rejoignent le propos – en humour et en clarté, notamment à la page qui imagine que si les mères faisaient grève, les hommes se ruineraient en uber eats, taxis, femme de ménage et frais de garde. Je regrette que tout tourne autour de l’argent (on peut tout de même imaginer que certaines femmes s’épanouissent dans l’éducation de leurs enfants sans chercher à faire carrière). Dommage également que les deux autrices n’évoquent pas les petites (et rares, oui !) avancées positives, ces couples qui parviennent à s’extraire de ce patriarcat si nocif pour tous. J’ai passé un très beau moment de lecture et je vais de ce pas prêter la BD autour de moi, femmes et hommes.

Marianne rassure Cupidon à la fin de l’ouvrage (il n’en peut plus de ce « bullshit job ») : « Mais enfin Cupi, ressaisis-toi ! On ne dit pas que l’amour est une arnaque... ni qu’aimer un homme nous appauvrit. C’est vivre dans un couple obéissant aux normes sociales qui nuit aux femmes et à l’amour ! Ce qu’on demande, c’est de se libérer des normes genrées pour s’aimer encore mieux, en étant encore plus soi-même, sans perdre son indépendance... » (par exemple : les hommes expriment leurs émotions, les femmes ne cherchent plus à transformer leur corps, la préoccupation comme le coût de la contraception seraient partagés dans le couple, on aurait des cours d’autonomie à l’école pour que tout le monde apprenne à gérer un budget mais aussi à repasser, cuisiner, faire le ménage, ...) [petite enquête perso : tous les élèves, tous les profs et tous les parents seraient « pour » ces cours réellement utiles !]

J’ai failli oublier : c’est encore une BD reçue via la Box « Kube dessinée ».

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5 juillet 2026 7 05 /07 /juillet /2026 14:27

Boutonné en jalousie Boutonné en jalousie — Éditions Le Lombard

Au lycée, Khalil a enfin réussi à avouer son homosexualité. Au club théâtre, il essuie encore souvent des remarques déplacées voire des insultes de la part de certains, notamment d’Isaël qui est justement le garçon qui lui a tapé dans l’œil. Mais il comprend qu’Isaël, derrière ses airs de macho populaire, a lui aussi le béguin pour Khalil. Ses a priori et la crainte d’être rejeté par ses amis et sa famille, rejettent Khalil qui souffre davantage. Sacha, un ami bisexuel d’origine canadienne, va épauler Khalil ; c’est à lui qu’on doit l’expression « boutonné en jalousie » qui signifie boutonné de travers.

Même si j’ai trouvé la BD graphiquement un peu fouillis (certains dessins rendent facile la confusion entre les personnages) et le récit parfois manichéen et peu crédible (la famille d’Isaël devient trop rapidement tolérante et ouverte), j’ai apprécié cette BD qui raconte avec justesse les étapes de la révélation d’une identité sexuelle. Lorsque l’attirance physique s’accompagne d’un rejet dû à une éducation psychorigide, c’est la violence qui parle le plus souvent.  L’album aborde des questions qui taraudent nécessairement les adolescents et il peut, je pense, leur apporter des réponses. La dimension didactique et le happy end ont un peu contrariée la vieille que je suis 😉 mais je conseille cette lecture à un public jeune. Mention spéciale pour le duo de couleurs vert-rose et toutes ses nuances qui parcourt les planches, une jolie réussite. Jul Maroh s'est inspiré-e d'un poème de Mireille Havet, "Arlequin", une poétesse qui a vécu au début du XXe siècle, symbole du Paris lesbien des Années folles, tombée dans l'oubli et réhabilitée il y a une trentaine d'années seulement.

J’avais préféré Le bleu est une couleur chaude de la même autrice/auteur (qui revendique sa non-binarité).

Boutonné en jalousie - Comixtrip

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22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 10:34

Je reviens dans six mois

Juin 1949. Raymond Maufrais, 23 ans, quitte ses parents à la gare de Toulon pour rejoindre le Havre où il prend un bateau vers la Guyane. Après presque un mois de voyage en mer, il n’a qu’une idée : rejoindre les fameuses (et légendaires) montagnes Tumuc-Humac, situées entre le sud de la Guyane et le nord du Brésil. Arrivé à Cayenne, Raymond attend deux mois jusqu’à ce qu’un piroguier daigne l’emmener vers le sud. Un chien qu’il appelle Body le suivra dans son expédition. Au Village Sophie, Raymond quitte son piroguier et le géologue qui l’accompagnait pour s’enfoncer dans la jungle avec deux porteurs pas très fiables. Arrivé à Maripasoula en novembre, c’est à ce moment-là que démarre pour Raymond, son aventure en solitaire. La saison des pluies et ses conditions de préparation trop sommaires n’aident pas Raymond à avancer suffisamment vite mais il croise la route de trois Bushinengué qui vont le prendre d’affection et l’instruire sur la vie dans la jungle. Même si ces nouveaux compagnons s’opposent à ce projet fou, Raymond poursuit sa quête et s’enfonce seul dans la jungle vers le sud. Très vite, atteint de dysenterie, il souffre de la faim, délire et mange tout ce qu’il trouve... contraint finalement de tuer et de manger son chien.

Raymond Maufrais a réellement existé, il a scrupuleusement noté son parcours et ses réflexions au jour le jour. Ses carnets ont été retrouvés mais lui a disparu, probablement mort noyé en janvier 1950. Le père de Raymond a passé douze années à essayer de retrouver son fils, en vain. Ce qui surprend dans cette belle adaptation, c’est l’obstination sans faille de Raymond qui, contre l’avis de tous, persévère dans son projet qui frise l’inconscience et la folie. Son journal de bord témoigne des difficultés de vie dans la jungle, l’humidité omniprésente qui va jusqu’à endommager son appareil photo, une existence à part pour les habitants du village le plus reculé (voir citation ci-dessous) et de vrais défauts de préparation de la part de Raymond qui se confrontent rapidement aux grands dangers de la jungle guyanaise. C’est pourtant cette détermination complètement dingue qui rend aussi le personnage attachant. J’ai beaucoup aimé ce roman graphique de 183 pages qui s’accompagne d’un supplément documenté avec explications, photographies et glossaire. Un bel hommage et une lecture intéressante et édifiante avec des dessins qui mettent en valeur la nature de manière éclatante, certains avec des couleurs plus chaudes qui renvoient au passé de Raymond et notamment à son implication dans la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale. A lire !

Les Aventures en Guyane, le journal de bord de Raymond a été régulièrement réédité, avec des traductions en onze langues, et constitue un témoignage littéraire et ethnographique important.

« Gringo, c’est le nouveau monde, sans lois, dans billets de banque, sans recensement, d’une structure sociale simpliste : le curé passe deux fois par an, le gendarme, une fois tous les deux ans, pas de maire, pas d’autorité, ni d’hôpital, on se sent seul, isolé et, en fait, ici, que la maladie vous frappe et vous êtes un homme mort. Tout se vend au gramme d’or. »

La construction d'une pirogue par un Bushinengué : « Quelques heures, une journée peut-être ... le temps d’abattre le bon arbre, de l’équarrir, puis de l’évider. C’est un travail lent, mais c’est notre travail. (...) Une fois le bois creusé, on le place sur un feu de palme, on le tourne et retourne comme un rôti sur la broche. Le bois s’entrouvre doucement, les bords s’écartent. »

 

Je reviens dans six mois

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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 18:03

Karl - Éditions Sarbacane

Charles Brooks, un richissime homme d’affaires est décédé dans un accident de voiture. C’était Karl, son humanoïde qui conduisait. Magda Brooks, qui n’était pas très proche de son père, fait la connaissance de Karl, ce robot qui était à la fois le majordome et l’homme à tout faire de M. Brooks. Magda n’aime pas les robots. Pourtant, elle se rend compte que Karl a quelque chose de particulier : il sait sortir seul de son état de veille, il exprime des regrets par rapport à l’accident et, surtout, il dit avoir rencontré une biche lorsqu’il était au volant et qu’il avait été « ébloui par sa beauté ». Contre toute attente, Magda reste plus longtemps au domaine familial et se prend d’affection pour l’humanoïde avec qui elle entretient des conversations intéressantes et riches. Mais Karl, s’il est considéré comme doté d’un libre arbitre et responsable de ses actes, doit être jugé. Il risque la prison

J’ai adoré cette histoire à la fois simple, belle et touchante. On comprend vite que de ce robot surgirait une potentielle émotion, la possibilité d’une conscience. Alors que cette histoire de machine pourrait rebuter le lecteur, le robot se montre suffisamment humain, délicat et même en harmonie avec la nature pour séduire. J’ai apprécié suivre les personnages des décennies plus tard : Magda est devenue une vieille pomme charmante, Karl n’a évidemment pas changé d’un boulon. Quelle belle histoire d’amour platonique, quelle amitié d’une pureté admirable ! Les traits élégants de Bonin (que ce soit les visages ou les paysages) abondent dans le même sens, tout y est raffinement. L'onirique final clôt à merveille cet album réussi où le fragile et le subtil se rencontrent. Un vrai COUP DE CŒUR et désormais mon titre préféré de l'auteur.

« La vie est un risque à courir. »

« peut-être la conscience est-elle déjà présente au cœur de la matière... »

« Lire un livre mot après mot en prenant le temps de tourner les pages et de s’imprégner de l’histoire est une expérience très différente de celle d’un téléchargement, qui permet seulement de le « connaître ».

Du même auteur : Comme par hasard, Les dames de Kimoto, Chambre obscure et Stella que j'avais moins aimé.

Karl » : encore une touchante fable philosophique signée Cyril Bonin ! |  BDZoom.com

 

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