
Le célèbre journaliste et animateur radio de France Inter déroule les vingt dernières années de sa vie au regard de sa maladie, la bipolarité. Dans un premier temps, il a été traité pour une dépression, ces erreurs médicamenteuses n’ont fait qu’accélérer le processus, à savoir cette alternance de virages maniaques et euphoriques (où, trop excité, il est capable de ne plus trop dormir, de trop manger, de trop dépenser, ...) et d’épisodes dépressifs. Il a fréquenté bon nombre de psys complètement inutiles, incompréhensibles voire fous. Il a enfin commencé à être pris en charge correctement par un grand chef du service de psychiatrie d’un grand hôpital parisien, dans un parfait anonymat, il ne voulait pas que son nom soit révélé. Pour la première fois et alors qu’il était tant bien que mal à la tête de Libération, on lui a prescrit des régulateurs de l’humeur qui ont réussi à plus ou moins le stabiliser. Ses visites chez les médecins et psys se font encore très régulières, parfois plusieurs fois par semaine. Il explique qu’il a retrouvé une vie amoureuse et un certain équilibre.
J’ai lu ce livre parce que je l’avais sous le coude, je ne serais jamais allée spontanément le chercher. Il se trouve que je connais un peu cette maladie et j’avoue ne pas avoir appris grand-chose. J’ai été étonnée de lire à quel point l’errance médicale a été longue pour cet homme pourtant au plus près de l’expertise et des meilleurs soins (puisque Parisien et aisé). Il rend un bel hommage à sa célèbre collègue, Léa Salamé, qui aurait été la première à l’inciter à écrire. On ne peut que saluer ces révélations qui ont suivi un long silence honteux et coupable. Certains passages sont touchants et empreints d’humilité, Nicolas Demorand a conscience d’être un privilégié, ne serait-ce que financièrement parlant. Si ce livre peut donner espoir à d’autres malades et faire connaître au grand public ce qu’on appelait autrefois la « maniaco-dépression », tant mieux.
« Le plus incompréhensible de la bipolarité. Après huit années d’hôpital psychiatrique, en dépit d'une connaissance intime de la maladie, quelque chose d'illogique résiste : je prends des médicaments pour aller bien, mais je dois me méfier des moments où je vais bien car ils peuvent signifier que je vais mal, que je vais aller mal. Pour quelle autre maladie doit-on se méfier de l'efficacité d'un traitement, appeler son médecin pour lui dire que la grippe est soignée et que c'est donc suspect ? Je vis si peu de moments de joie, de bonheur, débarrassés du poids de l'angoisse et de toute la palette des couleurs sombres, qu’il m'est aujourd'hui encore inconcevable qu'une éclaircie soit peut-être la première étape d'une phase dépressive. Je suis nul pour lire les symptômes du bonheur problématique, ma boussole pointe au Sud. »











