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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 09:39

Résultat de recherche d'images pour "philippe rey Méditer -  Le bonheur d’être présent de Fabrice Midal, Corbeyran et Emmanuel Despujol"

       Fabrice Midal, philosophe et enseignant de la méditation, nous raconte le parcours qui l’a mené vers la méditation. Enfant mal aimé dans une famille traumatisée par la Shoah où le tabou et l’interdiction gouvernaient l’existence, Fabrice découvre un petit groupe de méditation qui lui plaît immédiatement. Lui qui ne s’est jamais senti à sa place, découvre qu’il a le droit d’exister. Des maîtres le guideront sur la bonne voie qui n’est pas forcément celle du bouddhisme, qui ne rejette pas la sexualité ; une pratique de la méditation ouverte au monde, curieuse, alerte, non dénuée d’humour.

       J’ai vraiment beaucoup aimé cet album. J’ai participé une seule fois à un groupe de méditation et ça m’a vraiment emballée. Pour l’instant, je ne me prends pas le temps de méditer quotidiennement mais la notion de pleine conscience est quelque chose que je pratique depuis quelque temps. Peu importe l’endroit : prendre quelques minutes et avoir conscience de son corps, de tous ses membres, interpeller ses cinq sens, qu’entends-je ? que vois-je réellement ? qu’est-ce que je sens ? Essayer d’accepter les émotions du moment, qu’elles soient bonnes ou mauvaises et c’est justement en les analysant de près que les émotions négatives perdent de leur force. Pour en revenir au livre, j’ai eu un peu de mal avec les dessins, très réalistes, figuratifs ; mais le récit de Fabrice Midal m’a embarquée parce qu’il s’oppose aux discours formatés, protocolaires et prout-prout, ai-je envie de rajouter, de certains maîtres tibétains qui sévissent à la manière de gourous au son de « La bonté est le chemin », etc. La sincérité, l’humilité et l’authenticité de Fabrice Midal m’ont plu.

Un livre - une pratique qui peuvent se montrer utiles actuellement… 

« On prend tendrement sa douleur dans ses bras et on fait la paix avec soi, avec la vie. Nous surmontons ainsi l’animosité que nous éprouvons envers nous-même. Car le drame majeur de tout un chacun, c’est la difficulté d’être ami avec soi. On s’en veut. On s’ne veut d’être trop ceci et pas assez cela. Entrer en affection avec soi, c’est aimer ce qu’il y a de blessé en nous, aimer nos fragilités, nos bizarreries, c’est aimer ce qu’on a refusé de reconnaître. »

« j’ai compris que la méditation , c’était le développement de l’attention et de la présence… mais pas seulement… l’autre aspect est une sorte de confiance en quelque chose d’insaisissable, quelque chose d’extrêmement précieux qui est en chacun de nous. Comme la source de ne notre propre humanité… »

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 14:56

Résultat de recherche d'images pour "gaelle nohant la femme révélée grasset"

       Après avoir beaucoup aimé La Part des flammes, j’attendais l’occasion de lire un autre titre de cette autrice.

       Eliza a fui Chicago en catastrophe. Elle arrive à Paris en 1950, sans un sou, avec pour seul soutien son appareil photo qui ne la quitte plus. Pourquoi a-t-elle quitté son fils qu’elle adore pour changer de vie ? Pourquoi est-elle allée jusqu’à changer de nom, s’appelant désormais Violet Lee, pour se cacher ? Démarrant à zéro une nouvelle vie, Violet ne peut s’empêcher de repenser à sa première existence faite de faste et d’aisance, portée par l’amour de son fils unique. A Paris, elle est obligée de se trouver un travail et c’est sur l’amitié d’une prostituée qu’elle peut compter. Elle retournera à Chicago des années plus tard, au moment des émeutes qui secouent la ville, peu après l’assassinat de Martin Luther King.

       Difficile d’en dire beaucoup plus sans dévoiler l’intrigue principale de ce roman qui se dévoile petit à petit, très délicatement. J’ai encore une fois beaucoup apprécié l’écriture de Gaëlle Nohant, sa fluidité mais aussi son élégance. Le contexte historique est aussi important que les personnages et ce va-et-vient entre Chicago et Paris m’a bien plu. Dans la dernière partie du roman, la petite histoire fictive des personnages cède sa place à la grande Histoire, on a l’impression que l’autrice s’est laissée elle-même emportée par la fougue des événements de 68 mais elle en parle si bien qu’on croit y être. Entre mouvements hippies, émeutes raciales, guerre du Vietnam mais aussi émancipation de la femme et réflexions sur la liberté, le roman instruit autant qu’il amuse ; empli d’humanité, il ne tombe pas dans les pièges du manichéisme ni de l’idéalisme. A lire !

L’amour n’est pas en reste dans ce beau roman : « Je respire mieux quand tu es là. »

En 68, à Chicago, Violet se fait reporter : « Je m’étais hissée sur un rocher, puis sur un banc, cherchant le bon cadrage, pressée, le cœur battant, j’avais étudié la lumière et le contre-jour, choisi le téléobjectif, pressentant que je tenais LA photo, celle qui raconterait ce que ces gamins étaient en train de vivre. Elle me consolait de toutes celles que j’avais manquée par précipitation, ou que je n’avais pas eu le courage d’aller chercher. »

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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 17:07

Résultat de recherche d'images pour "Une "rivière verte et silencieuse" d’Hubert Mingarelli c"

       On choisit parfois une lecture pour de très piètres raisons… mon choix s’est dirigé vers cet écrivain parce qu’il est mort quelques jours auparavant, le 26 janvier, et que je ne le connaissais absolument pas.

       Le narrateur s’appelle Primo, c’est un petit garçon qui vit seul avec son père. Pour s’occuper, il s’est fait un tunnel parmi les très hautes herbes qui jouxtent la maison. Il s’amuse à s’y perdre, à s’y retrouver, à scruter son ombre, à évaluer les distances et même l’heure de la journée en fonction de la place du soleil. Son père espère gagner de l’argent en faisant grandir des rosiers dans des pots que Primo aide à déplacer en fonction du soleil. Primo ne semble pas dérangé par sa vie misérable même s’il rêve de s’acheter certaines choses au magasin d’à côté, peut-être même un morceau d’une rivière où son père allait jadis pêcher…

       D’une naïveté désarmante, ce petit roman puise sa force dans sa simplicité. J’ai été charmée dès les premières phrases, j’ai adoré ce petit garçon docile et candide, je suis encore émue devant ce condensé d’essentiel, cette sobriété si juste, l’amour des mots. C’est vraiment agréable à lire et on est presque frustrés que ce soit si court (120 pages), j’y reviendrai à cette jolie écriture.

« Une seule fois j’y allai marcher le soir. Il faisait nuit lorsque je fis demi-tour au bout. Le vent s’était levé et les fils de soie m’accompagnèrent jusqu’à la sortie. Je n’avais pas peur. Je regardais le ciel étoilé en écartant légèrement les bras, et les herbes me servaient de guide pour marcher droit. Pas de bruit dans la nuit, sauf les fils de soie et mes pas sur l’herbe morte. Le ciel étoilé était silencieux. Et soudain une étoile filante. Non, ce n’est pas vrai. J’ai dit ça parce que j’aurais aimé en voir une, ce soir-là. »

 

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 11:06

Résultat de recherche d'images pour "Penss et les plis du monde de Jérémie Moreau"

        Quelque part entre monts, vallées et rivières, à la Préhistoire. Penss est un rêveur contemplatif, amoureux de la nature, il préfère admirer se mystères plutôt qu’aller pêcher et chasser avec son clan. Il désespère sa mère qui tente de la ramener à la raison, en vain. Fils et mère se retrouvent seuls et désœuvrés et la vieille, dénutrie, finit par mourir après avoir demandé à Penss de manger son cadavre pour survivre. Penss, dès le retour du printemps, poursuit son obsession : gouverner le monde qui l’entoure, lui arracher ses plus grands secrets, être plus fort, indépendant et nourri correctement en toutes saisons. Pour faire simple, il se met à faire un jardin. Un autre clan le rejoint et cela crée, inévitablement, des frictions, des tensions, des incompréhensions. Pourtant, certains semblent comprendre l’intérêt des idées de Penss. Mais le garçon reste présomptueux et un peu trop sûr de lui pour connaître un succès franc et complet.

        Je suis sûre que certains crieront au chef d’œuvre et je n’en ferai pas partie. Certes, les dessins sont de toute beauté et rendent justice à une nature riche et parfois encore intacte, foisonnante mais aussi cruelle. La disposition et la taille des cases font souvent preuve d’originalité. On ne peut qu’adhérer au message très actuel : clouons le bec à l’homme qui n’a qu’à s’adapter intelligemment à la nature sans se croire supérieur à elle. Pourtant, j’ai trouvé ça parfois lourd de clichés, répétitif et vraiment très long de manière générale. J’ai été touchée par 3,4 pages et sur 231, ça fait peu. Tant mieux si un certain lectorat y trouve son compte.

« Comme les arbres, on se déplie. On lance nos branches pour attraper la lumière… on crache nos racines en quête d’un peu d’eau. On s’étire… tant bien que mal en espérant être suffisamment résistant à la prochaine tempête. Et de même font les animaux et les plantes… Le monde comme une immense forêt de plis à la recherche de la vie ! »

Résultat de recherche d'images pour "Penss et les plis du monde de Jérémie Moreau"

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 08:22

 

Résultat de recherche d'images pour "La vie interdite de Didier van Cauwelaert"

       Confinement jour 6. Ce billet a été programmé il y a quelques semaines mais … comme ce titre résonne à nos oreilles actuellement! Prenez soin de vous et vivez !

         « Je suis mort à sept heures du matin. » : d’emblée le cadre est posé, Jacques, le narrateur – 34 ans -est mort mais il se voit, il observe la scène d’un regard extérieur sans avoir de corps, il se souvient de son passé, il passe d’un endroit de la ville d’Aix-les-Bains à un autre. Quincailler raté qui détestait son métier, marié à Fabienne qu’il n’aime plus mais qui, elle, adore la quincaillerie, Jacques dormait avec sa maîtresse au moment de sa mort. Vivotant et pas forcément fier de lui, il se rend compte que sa mort rend plutôt service à son entourage. Evidemment, sa sœur Brigitte fond en larmes mais son fils de huit ans va sans doute se mettre à idéaliser son père qui a tout raté de son vivant. Son père de cœur, Alphonse, lui parle encore tandis que sa veuve de femme, Fabienne, change étrangement de mode de vie. Jacques se plaît même à la découvrir autrement… ne l’aurait-il pas vraiment comprise de son vivant ? N’oublions pas Naïla, la maîtresse, la jolie vendeuse de voyages un peu menteuse et Odile, depuis toujours secrètement amoureuse de Jacques mais mariée à son meilleur copain.

        Je ne sais pas pourquoi ce roman dormait dans ma bibliothèque, comment il avait atterri là il y a fort longtemps mais, pour la petite histoire, il a été acheté en 2003 à 5.20 euros et il vaut maintenant deux euros de plus… Bonjour l’inflation. Parenthèse refermée.  Vous l’aurez compris, l’écrivain démarre son livre avec une accroche forte qu’on peut détester et qui sent le réchauffé et pourtant, ça fonctionne plutôt bien. On attend de voir la suite, la découverte de la mort, la réaction attendue ou non des proches, la fin de la mort - la fin de la fin en quelque sorte. Les personnages sont vraiment bien choisis, ils frôlent parfois la caricature mais on se croirait dans une comédie brillamment réussie où les êtres ont la faculté d’évoluer. Et, comme souvent chez Van Cauwelaert, l’humanité et la tendresse prennent le dessus et vous emballent tout ça dans un joli paquet cadeau. Une bonne pioche où se mêlent harmonieusement agréables moments de lecture et réflexions sur la mort et l’au-delà.

« Le Paradis n’est peut-être qu’un genre d’hospice, quand plus personne ne peut vous accueillir sur terre. »

« L’Enfer, c’est pour ceux qui n’ont jamais pris de risques. Qui se sont laissés vivre sans se remettre en question, sans rien faire, ou alors, comme mon père, en emmerdant les autres, en profitant d’eux. »

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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 13:34

Résultat de recherche d'images pour "Les jours de mon abandon d’Elena Ferrante"

       Olga, 38 ans, mère de deux enfants, reste à la maison depuis des années pour tenter d’écrire un livre, et son mari la quitte, brusquement et imprévisiblement, un après-midi d’avril. Commence alors la longue descente aux enfers. Mario, le mari, a quitté sa femme pour une jeune fille avec qui il entretenait une liaison depuis les 15 ans de Clara. Olga les imagine en train de faire l’amour, elle se néglige, délaisse ses enfants, son hygiène et son appartement turinois. Petit à petit, le père reprend les enfants le week-end mais ils reprochent à leur mère d’être choyés chez leur père, admiratifs de sa maîtresse. Et Olga plonge dans la dépression encore un peu plus. Désespérée, elle offre son corps au voisin musicien bien plus âgé qui ne comprend rien. L’acmé de cette crise qui dure des mois se situe un soir où le chien de la famille agonise dans une pièce pendant que le fils vomit et délire dans sa chambre, affaibli par un virus. Et Olga ne sait plus quoi faire, distraite par des pensées parasites, elle demande à sa fille de lui piquer la jambe, régulièrement, avec un coupe-papier. Elle a des hallucinations, se retrouve incapable d’ouvrir la porte d’entrée et de demander de l’aide.

       J’ai failli arrêter ma lecture, déstabilisée par le glauque, le sordide et le vulgaire de l’histoire de cette femme trompée, « rompue » (la référence vient de Simone de Beauvoir). Au début, j’ai même cru qu’il y avait une part d’ironique et de second degré avant de comprendre que je m’étais trompée. Ce qui m’a le plus dérangée, ce sont les répercussions sur les enfants, les obscénités et la folie dévastatrice de la narratrice. Alors pourquoi n’ai-je pas abandonné ? Sans doute que, derrière ce tableau apocalyptique, j’y ai trouvé une grande justesse dans la manière de dépeindre la détresse de la femme humiliée. On a envie de la secouer pour qu’elle lutte plutôt que de sombrer mais, heureusement, après cette nuit épouvantable, elle remonte doucement la pente. On est aussi amenés à s’interroger sur le coupable qui ne fait finalement que de maigres apparitions mais qui porte les responsabilités du chaos. Je reste très surprise de savoir que c’est la même Elena Ferrante qui a écrit L’Amie prodigieuse. Même si, en y réfléchissant bien, des points communs émergent : la mince frontière entre équilibre et folie, l’adultère, l’amour ou plutôt le désamour filial.  Je ne regrette pas cette lecture mais j’avoue l’avoir détestée par moments.

       Manou a sans doute plus apprécié que moi mais je me retrouve dans son billet et nous avons même une citation en commun.

« Tout était si fortuit. J’étais tombée amoureuse de Mario encore jeune fille, mais j'aurais pu tomber amoureuse de n'importe qui d'autre, d'un corps auquel nous finissons par attribuer je ne sais quelles significations. Un long lambeau de vie passée ensemble et on pense que c'est le seul et unique homme avec qui on aimera vivre sa vie, on lui attribue certaines vertus résolutoires, et c'est, au contraire, seulement un bois émettant des sons de fausseté, on ne sait qui il est véritablement, il ne le sait pas davantage lui-même. Nous sommes des occasions. Nous consumons et nous perdons notre vie parce que, en des temps reculés, tel ou tel a été gentil avec nous, il nous a élue parmi les femmes, tellement il avait envie de décharger son braquemart dans notre corps. Nous prenons son banal désir de foutre pour quelque gentillesse exclusivement adressée à notre personne. Nous aimons son envie de baiser avec nous, avec nous seulement. Oh oui, lui qui est si spécial et qui nous a reconnue "spéciale". Nous lui donnons un nom, à cette envie du braquemart, nous la personnalisons, nous l'appelons mon amour. Au diable tout cela, quelle foutue bévue, quelle flatterie dépourvue de fondement. »

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 17:35

Résultat de recherche d'images pour "Dans la tête de Sherlock Holmes de Cyril Lieron et Benoît Dahan"

D’après Sir Arthur Conan Doyle

-L’Affaire du Ticket Scandaleux-

(Je vois à ce confinement forcé d'une tristesse sans nom deux points positifs : la diminution du taux de pollution et le renouveau de l'attrait pour la lecture - ma bibliothèque municipale a été dévalisée. Parenthèse refermée.)

       Un homme en chemine de nuit, blessé, hagard et ne sachant d’où il vient, est retrouvé dans une rue de Londres. Il s’agit d’un médecin qu’on amène immédiatement auprès de Sherlock Holmes et du Dr Watson. L’homme ne se souvient de rien mais il a été invité à un mystérieux spectacle d’un magicien chinois. D’autres personnes ont reçu un ticket semblable, ou presque identique…

       Bien sûr qu’on ne peut que tomber sous le charme de l’inventivité des dessins, de la minutie apportée aux détails, des courbes de la pensée de notre détective si astucieusement mises en scène. Plans, cartes, vues en coupe, grandes cases, il n‘y a pas deux planches qui se ressemblent et l’œil se régale à chaque page pour cet objet-livre à part. J’ai aussi beaucoup aimé notre Holmes, un grand bonhomme énergique et mince, au nez fin et pointu, une sorte de prestidigitateur de l’esprit. Après quelques jours de réflexion, j'ai enfin trouvé à quel personnage il me faisait penser : au Gainsbourg dessiné par Joan Sfar ( et présent dans son film)! J’aurais deux bémols à formuler : je n’ai pas tout saisi mais c’est mon petit cerveau qui est responsable… et, surtout, j’ai été très frustrée de découvrir, à la fin, qu’il y avait un tome 2 que je n’avais pas sous le coude !

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 10:53

Résultat de recherche d'images pour "madeleine ferat zola"

       J’ai extirpé un des romans qui dort depuis longtemps dans ma PAL.

       Madeleine et Guillaume sont un jeune couple d’amoureux. Guillaume, traité de bâtard toute son enfance, abandonné par sa mère, élevé par la gouvernante, une vieille bigote, est d’un caractère doux mais faible. Madeleine, elle, a été obligée de se débrouiller seule et a vécu avec un homme, Jacques, sans être mariée, pendant un an. Les premiers temps de leur amour revêtent quelque chose de parfait et d’idyllique, ils se plaisent tant, se comprennent, se marient mais Madeleine, honteuse de son passé amoureux, en tait les détails que Guillaume préfère ignorer. Mais il se trouve que Jacques est le meilleur ami de Guillaume, un « frère » qui lui avait sauvé la mise lorsqu’adolescent, il se faisait conspuer par ses camarades. On apprend la mort de Jacques. Madeleine, catastrophée, tente de cacher le secret à son mari mais quelques événements fâcheux vont la contraindre à tout avouer.

       Combien de fois, pendant la lecture, me suis-je dit « Mais pourquoi lire autre chose que Zola ? » : style, personnage, écriture, variété des registres, inventivité, intrigue sont d’une incroyable justesse. Le texte, qui était d’abord une pièce de théâtre, a été conçu bien avant les Rougon-Macquart, en 1868 (Zola a 28 ans). Pourtant on pressent les lignes directrices de sa fresque en vingt volumes : l’hérédité, le déterminisme, l’influence du milieu - l’explication d’une psychologie qui peut se trouver dans l’enfance et l’éducation. J’ai souri plusieurs fois au cours de ma lecture : Madeleine et Guillaume ont un couple d’amis, les Rieu, dont la femme, bien plus jeune que son vieillard de mari, ramène à la maison ses amants sous le nez du vieil homme sourd qui a, pourtant, tout compris. La vieille bigote qui a élevé Guillaume est effrayante dans sa dévotion culpabilisante ; vierge méchante et fouineuse, elle voit le Diable partout. Enfin, cette idée que le premier amant d’une femme transmettrait des ressemblances à l’enfant de cette femme… on ne sait pas si on doit en rire ou en pleurer. En tous cas, cette lecture a fait sur moi grande impression, j’ai trouvé le roman passionnant, Zola brillant, satirique et gothique à la fois.

 

« Il n’y avait plus un seul nuage au ciel ; la nappe d’un bleu sombre s’animait du fourmillement vivant d’un peuple d’étoiles. »

Mme de Rieu et son nouvel amant, Tiburce, un peu moins naïf et sot que les précédents : « Elle adorait le drôle au point que son mari devait prendre mille précautions pour ne pas les surprendre à tout instant au cou l’un de l’autre. Elle promenait Tiburce ainsi qu’un jeune chien, l’appelant, le cajolant du regard et de la voix. »

La déclaration d’amour de Guillaume à Madeleine : « Si tu voulais, Madeleine, nous nous en irions ainsi par les chemins, voyageant au jour le jour, couchant où le hasard nous pousserait, et repartant le lendemain pour l’inconnu. Nous quitterions la France, nous gagnerions à petites journées les pays de soleil et d’air pur. Et, dans ce renouvellement continuel des horizons, nous nous sentirions plus seuls, plus unis. Personne ne nous connaîtrait, pas un être n’aurait le droit de nous adresser la parole. Nous ne dormirions jamais qu’une nuit dans les auberges trouvées au bord des routes ; nos amours ne pourraient s’y fixer, nous nous détacherions bientôt du monde entier pour ne plus nous attacher que l’un à l’autre. Je rêve l’exil, Madeleine, l’exil qu’il me serait permis de vivre sur ton sein ; je désirerais n’emporter que toi, me sentir battu par le vent, me faire un oreiller de ta poitrine, là où la tempête m’aurait jeté. Rien n’existerait pour moi que cette poitrine blanche dans laquelle j’écouterais battre ton cœur. Puis, quand nous serions perdus au milieu d’un peuple dont nous ignorerions la langue, nous n’entendrions plus que nos causeries, nous pourrions regarder les passants comme des bêtes muettes et sourdes ; alors nous serions vraiment isolés nous traverserions les foules sans nous soucier de ces troupeaux du pas indifférent dont nous traversions autrefois, pendant nos promenades, les bandes de moutons qui broutaient les chaumes. Et nous marcherions ainsi à jamais... Veux-tu, Madeleine ? »

Madeleine et Guillaume s’essaient à fréquenter les mondains : « La nullité, la niaiserie de ce monde les fatigua. Ils perdirent toute espérance de se guérir dans la compagnie de pareils pantins. »

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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 10:26

Résultat de recherche d'images pour "gang des reves pocket"

       Dans la campagne italienne, en 1908, Cetta se fait violer. Ça arrive à tant d’autres filles qu’elle ne s’en formalise pas plus que ça mais elle veut fuir aux Etats-Unis avec son bébé qu’elle baptise Christmas. A New York, c’est aussi en vendant son corps qu’elle réussit à survivre. Mais elle a la chance de rencontrer Sal, un maquereau bourru un peu plus conciliant que la moyenne et de sortir lentement de ce cloaque. Christmas, quant à lui, vit sa vie de gamin des rues. Espiègle, provocateur, audacieux et beau gosse, il crée une bande à lui tout seul, les Diamond Dogs et parvient à asseoir une certaine autorité dans le quartier grâce à son toupet. Un soir, il sauve Ruth qui vient de se faire violer par Bill, un fou dangereux obsédé par la violence. Les deux adolescents que tout sépare – Ruth est née dans une famille de riches – tombent amoureux mais un déménagement, un excès d’orgueil et un manque de chance les éloignent pendant quelques années. Christmas arrive à se débrouiller, toujours et encore, à tel point qu’il devient une star de la radio grâce à ses récits de gangsters. Mais il a toujours gardé Ruth au fond de son cœur. Elle, blessée moralement et physiquement, a trouvé refuge à Los Angeles où elle reprend goût à la vie en photographiant des gens qui ne sourient pas… Ces deux-là, c’est écrit, sont faits pour se retrouver, coûte que coûte.

       Mêlant récit d’initiation et chronique d’un New York des années 20, ce magnifique roman de 944 pages nous engloutit dans un univers bien particulier, dessiné à la perfection. Les personnages sont attachants parce qu’ils sont pour la plupart issus de la classe sociale la plus basse et qu’ils luttent pour s’en sortir et rester dignes. Si vous aimez les bonnes grosses histoires d’amour, vous serez servis également. J’avoue que la scène de retrouvailles entre Ruth et Christmas n’est pas ma préférée du livre mais je dois avoir perdu mon âme romantique quelque part en cours de route ces quinze dernières années. Rajoutons à cela un esprit positif pour une Amérique et un monde en plein essor : théâtre, radio, photographie, … à une époque où tout était possible même de s’asseoir à côté d’un Noir dans une salle de spectacle, rendez vous compte. Le roman insuffle délicatement cet élan optimiste et porteur. Et on tourne les pages sans s’en apercevoir, ça se mange tout seul et sans faim. Merci ma Mimi pour ce gentil prêt que j’ai gardé finalement très longtemps (et lu en si peu de temps !)

Cetta à son fils Christmas : « Tu sais ce que c’est, l’amour ? c’est réussir à voir ce que personne d’autre ne peut voir. Et laisser voir ce que tu ne voudrais faire voir à personne d’autre. »

« La Cadillac Type V-63 noire se gara le long du trottoir, faisant crisser ses pneus sur l’asphalte défoncé de Cherry Street. Christmas se retourna vers la portière qui s’ouvrait alors que la voiture n’était même pas encore arrêtée. Il vit un homme d’une trentaine d’années — blond, yeux clairs, oreilles décollées et nez aquilin écrasé par les coups de poing — sauter d’un bond du marchepied, le saisir par le col et lui asséner un coup de crosse de pistolet en plein front. Ensuite il sentit qu’on le poussait vers la voiture, et il se retrouva soudain à l’intérieur. Alors que le sang commençait à dégouliner dans ses yeux, il tomba face la première contre les jambes d’un type brun à face de cocker, large sourire, nez un peu épaté, bien habillé et avec un chapeau gris sur la tête. L’homme le saisit par les épaules et le releva, pendant que le blond remontait en voiture et que le chauffeur redémarrait en trombe. »

« Bonsoir, New York ! lança-t-il alors d’une voix chaude et gaie. Non, je ne suis pas devenu fou ! Hissez le torchon, c’est l’expression qu’on utilisait autrefois au théâtre pour dire « Levez le rideau. » Alors… hissons le torchon, mesdames et messieurs, parce que vous vous apprêtez à assister à un spectacle que vous n’avez encore jamais vu. Un voyage dans la ville des policiers et des voleurs, comme on appelait alors notre New York. »

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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 10:32

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        Théodore va seconder un éminent professeur en biologie spécialisé dans les arbres, dans une réserve suédoise. Il doit vivre avec cet homme particulier, amoureux des Doors et convaincu que les arbres, en plus de communiquer entre eux, sont capables de se défendre en envoyant une substance nocive à la faune et à la flore. Capables aussi, quand l’homme s’approche, de revêtir son ADN initial pour passer inaperçu. D’abord sceptique, Théodore fait d’étranges découvertes : des champignons inconnus, des animaux sauvages qui se rapprochent des habitations,… un rêve prémonitoire va le pousser à aller plus loin avant de constater qu’il est peut-être le seul survivant d’un monde contaminé.

       Ce que j’ai adoré par-dessus tout, c’est cette vision apocalyptique effrayante et angoissante associée à un optimisme incroyable. J’avais ressenti la même chose pour l’extraordinaire Aveuglement de Saramago. Une sorte d’évidence que l’humanité ne peut plus continuer comme elle le fait aujourd’hui mais le refus d’une destruction irrémédiable. Ici, ce sont les arbres qui gouvernent et ont raison. Il faut souhaiter qu’il y ait une part de vérité face à la bêtise humaine. Zep n’utilise qu’une seule couleur, plutôt pastel, par planche. Du bleu, du vert, du beige, du violet. Ma préférence va aux cases qui occupent toute une page voire une double-page. Je me suis laissé emporter avec plaisir dans ce thriller écolo que j’ai adoré ! En voilà un qui figurera dans mon bilan de fin d’année !

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