A l’aube de la Première Guerre mondiale, le tocsin appelle les hommes valides à partir pour la guerre. L’ambiance est festive et légère : on se reverra dans quinze jours ! Charles est particulièrement optimiste, sacrément arrogant, il est persuadé qu’il reverra très vite sa bien-aimée, Blanche. Anthime, son frère, est moins sûr de lui mais il s’adapte à la situation et même, bien plus tard – puisque la guerre ne durera pas quinze jours…- il laissera venir les événements sans trop se poser de questions. Charles, que sa belle-famille essaye de pistonner pour le préserver au mieux, se retrouve photographe dans un avion … qui se crashe. Que va devenir Blanche enceinte de Charles ? Que va devenir Anthime, démobilisé parce qu’un obus lui a arraché un bras ?
Ce récit simple et très court (124 pages), décrit avec sobriété ce qu’a été la Grande Guerre, sa cruauté, son ironie, des dommages collatéraux. Je pense même qu’il peut convenir à des élèves de 3ème. Comme toujours chez Echenoz et malgré ici la gravité des faits, le ton est léger et allègre, l’écriture imagée. Une certaine impartialité dans le ton, la distance que le romancier met entre le lecteur et ses personnages a même tendance à minimiser les drames pour insister sur la vie, sur ce besoin irrépressible de continuer à vivre, de faire avec, de sauver les vivants. A méditer. C’est le premier livre que j’ai réussi à lire depuis début du confinement avec plaisir et presque sérénité. Merci Monsieur Echenoz !
Quelques autres (très bons) titres : Envoyée spéciale, Des éclairs, Courir
Blanche : « Quittant la chambre, elle est passée devant le bureau qui n’aura joué aucun rôle ce matin : il en a l’habitude, ne servant jamais à rien sauf à contenir les lettres qu’Anthime et Charles envoient régulièrement à Blanche, chacun de son côté, et dont les iles serrées par des rubans aux couleurs opposées reposent dans des tiroirs distincts. »
« Ce moustique, à treize heures, apparaît dans l’air normalement bleu d’une fin d’été, sur le département de la Marne. Propulsons-nous vers cet insecte : à mesure qu’on l’approche, il grossit peu à peu jusqu’à se transformer en petit avion, biplan biplace de modèle Farman F 37 mené par deux hommes, un pilote et un observateur assis l’un derrière l’autre dans des fauteuils bruts, à peine protégés par deux pare-brise rudimentaires. »












