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17 octobre 2025 5 17 /10 /octobre /2025 05:23

Il était une fois l'Amérique Tome 1 : Le XIXe siècle - Catherine Mory, Jean-baptiste  Hostache - Les Arènes BD - Grand format - Librairie Sillage Ploemeur

Après ma lecture de L'incroyable histoire de la littérature française de la même autrice, je savais que je continuerai à la lire. Catherine Mory passe ici en revue dix grands noms de la littérature américaine du XIXe siècle.

James Fenimore Cooper, l’auteur du Dernier des mohicans, « invente » au XIXe siècle le roman américain dans une sorte de défi : composer « une meilleure histoire que ce torchon » (=le roman que lit son épouse). Nathaniel Hawthorne évolue, lui, en opposition à un ancêtre belliqueux qui a massacré forêts, indiens, quakers et sorcières. Epris de solitude, il connaît le succès avec La Lettre écarlate qui réhabilité les femmes « traitées de sorcières ». Pour Edgar Allan Poe, la mort rôde autour de lui dès sa naissance (il perd ses parents puis ses parents adoptifs, son frère, etc.) Ce fieffé menteur, ennemi de la digression, est l’auteur du premier récit policier, Meurtres de la rue Morgue avec le détective Dupin. Alcoolique, il a sombré dans la folie à la fin de sa vie. Henry David Thoreau est mon préféré : transcendantaliste et philosophe, c’est un amoureux de la nature qui n’a pas non plus vécu en ermite comme on pourrait le penser mais qui était un fervent anti-esclavagiste. Walt Whitman, plutôt prétentieux, s’est distingué par sa poésie tantôt sensorielle et sensuelle, parfois crue, tantôt patriotique et épique tout en se découvrant une véritable passion pour Lincoln à qui il dédie ce célèbre « Ô mon capitaine ». Herman Melville est issu d’une famille très riche mais, parce que son père fait faillite, il travaille sur un bateau à douze ans et à vingt-et-un ans, il embarque à bord d’un baleinier mais fuit à cause des conditions de vie et déserte avec un ami sur l’île des Marquises où il vivra, quelques semaines, avec une tribu de cannibales. Emily Dickinson intrigue de son vivant et bien des décennies plus tard. Agoraphobe, toujours vêtue de blanc, elle passera plus de quinze ans recluse dans sa chambre, passant son temps à écrire des poèmes ou des lettres. La mort et la nature ont côtoyé l’image d’un Dieu bienveillant dans la plupart de ses écrits. Mark Twain est mon deuxième préféré, les aventures de Tom Sawyer que tout le monde connaît, eh bien c’est sa vie d’enfant et d’ado. Il a bien évolué dans sa vie puisqu’il est passé d’esclavagiste à abolitionniste, en tous cas, il a toujours choisi l’humour dans sa carrière d’écrivain et d’orateur, ce qui ne l’a pas empêché de faire plusieurs métiers (pilote de bateau à vapeur, typographe, reporter, ...). Le nom “Mark Twain” vient d’un terme utilisé pour mesurer la profondeur de l’eau (“mark twain” = 2 brasses = profondeur sûre). Henry James est né très riche mais d’un père instable qui l’a ballotté sans cesse entre l’Europe et l’Amérique, ce qui lui a donné matière à comparer Ancien et Nouveau Monde dans ses écrits. Amoureux des auteurs français, il a su rivaliser de réalisme avec des écrivains comme Maupassant ou Zola, préférant la narration à la première personne. Jack London est lui aussi un véritable aventurier. Dès l’âge de dix ans, il multiplie les petits boulots, les vagabondages et même les séjours en prison, à dix-neuf ans, il se métamorphose en brillant étudiant et à vingt-et-un ans, il plaque tout pour participer à la ruée vers l’or. Ecrivant beaucoup, il sombre dans l’alcoolisme puis devient reporter à Londres avant de connaître une certaine renommée pour ses romans. Après de nombreux déboires et beaucoup de voyages, il meurt à quarante ans, ...une mort qui ressemble à un suicide.

Si j’ai adoré L’incroyable histoire de la littérature française parce que j’y retrouvais des auteurs adorés et bien connus, voire familiers pour moi, j’ai apprécié cette BD parce que j’y ai, au contraire, beaucoup appris. Si je devais émettre un petit bémol pour l’évacuer aussi vite, c’est que l’ouvrage regorge peut-être moins de ces petites anecdotes croustillantes que le premier opus que j’ai lu, comme si la distance géographique rendait les Américains moins proches, moins intimes, mais ce n’est peut-être qu’une impression. La démarche est toujours la même : présenter rapidement la naissance et la famille de l’écrivain, ses débuts en écriture, ses amis et rivaux, résumer une ou plusieurs de ses œuvres, évoquer sa mort et les influences que l’homme a pu susciter. Eh oui, « l’homme » parce que de femmes, il n’y en a qu’une ! J’ai eu très envie de combler mes lacunes, en commençant par découvrir Thoreau ou Henry James, très envie de poursuivre avec Poe et London. Les dessins m'ont davantage plu que ceux du livre sur la littérature française. Cette fois-ci, je n’ai pas lu le gros ouvrage d’une traite (c’est vraiment long et roboratif) mais j’ai pioché de temps en temps un écrivain comme une gourmandise dans une boîte de confiseries et c’était parfait ainsi !

Il était une fois l'Amérique T1 : Le XIXème siècle (0), bd chez Les arènes  de Mory, Hostache, Studio Makma

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13 octobre 2025 1 13 /10 /octobre /2025 06:27

Le Livre de Kells (Livre audio 2025), de Sorj Chalandon, Féodor Atkine |  Audiolib

C’est le grand retour des livres audio ! Après une abstinence trop longue, j’ai décidé de m’y remettre. Et je démarre avec celui qui a été un de mes auteurs préférés, celui qui m’a ensuite déçue, celui que j’ai retrouvé avec plaisir, celui dont j’ai tout lu ou presque. 9h52 de retrouvailles.

Sur le quai d’une gare à Lyon, le narrateur s’apprête à quitter sa ville, ses habitudes, sa mère et surtout « l’Autre » (son père). Avec un peu d’argent en poche et l’émancipation enfin accordée par son père, il décampe en Camargue goûtant à la liberté et rêvant d’Ibiza et de Katmandou. Mais les gendarmes et le manque d’argent le contraignent à revenir à Lyon. Peu de temps. Il s’enfuit à Paris où il se retrouve à la rue, contraint de mendier, de faire de l’auto-stop, de voler un peu. Il évite les drogués, il contourne les fachos qui lui font penser à l’Autre et malgré une certaine naïveté, il sait distinguer les bonnes des mauvaises fréquentations. Avec certains marginaux, il entrevoit une lueur d’espoir mais ce sont les « Maos », des militants de gauche, qui lui permettent de quitter la rue et de lui trouver enfin une chambre. Suivent un boulot et une découverte illimitée de la culture : le cinéma, le théâtre et surtout les livres. Quitter la rue équivaut pour le personnage à s’engager dans un mouvement de lutte contre les riches, les nantis et de défense des opprimés, des pauvres et des femmes agressées. La violence des Maos est remise en question à l’intérieur même du groupe des militants jusqu’à ce que ce groupe se dissolve. Certains se sentent trahis, d’autres fuient, d’autres encore s’associent pour fonder un journal qui a pour vocation de soutenir la lutte ouvrière et de parler des répressions policières, entre autres. C’est le journal Libération qui a pour mot d’ordre « Peuple, prends la parole et garde-la ».

J’ai retrouvé avec grand plaisir les qualités d’un grand écrivain, sa force et sa douceur. L’histoire narrée, ouvertement autobiographique, nous est livrée sans fard ni artifice, elle bouleverse du début à la fin. Cette vie dans la rue qu’on se contraint à ne pas voir dans les grandes villes, force l’admiration et le respect. Et même si elle est si peu exprimée, la dénonciation de parents démissionnaires résonne à chaque pas hésitant fait dans ces rues, seul. Le père est un salaud mais la mère est également complice, incapable d’amour, de tendresse et de compassion envers son fils unique. J’ai été extrêmement touchée par ce morceau de parcours menant jusqu’à l’homme qu’on connaît aujourd’hui, un journaliste et un écrivain de renom, surtout un homme empli d’humanité qui a su se servir d’une expérience désastreuse pour rebondir sur des bases plus saines. On ne peut qu’être admiratif de ce chemin parcouru et son histoire est réellement passionnante. La lecture du roman par Féodor Atkine m’a rapidement convaincue (sa voix me faisait penser à celle de Chalandon !) et il a parfaitement rempli sa mission. J’estampille cette lecture « coup de cœur » !

 

Les premiers jours loin des parents : « J’ai dormi sur le sable, des étoiles pour ciel de lit, et je me suis senti heureusement orphelin. Plus jamais les pas de l’Autre, le bruit de sa clé dans la serrure, son raclement de gorge, jamais non plus ton regard de mère inquiète, ta démarche de souris pressée de regagner son trou. Autour de moi cette nuit là seule l’obstination de la mer et les murmures du vent. »

« Je n'ai pas connu l'odeur de ma mère. Jamais senti la tiédeur de son cou. Je ne me suis jamais non plus réfugié dans ses bras. Je n'ai pas souvenir d’un parfum ou d'une eau de toilette, pas même de sa moiteur un soir d'été. Rien. Une peau de travail, une peau inquiète, simplement faite pour recouvrir les os. Une seule fois j’ai vu une goutte de sueur couler sur sa tempe qu’elle avait écrasé comme on cache une émotion. »

« Et si on s'était trompé ? Daniel avait bu, il était passé à ma chambre pour récupérer un carton de tracts et nous terminions une bouteille de rhum. Trompé sur quoi ? Il a eu un geste las. Mais trompé, Kells. Je lui ai servi un verre. Tromper surtout, tu comprends ? Je ne comprenez pas, non. Daniel buvait peu. Lorsqu'il trempait ses lèvres dans un verre d'alcool, il perd des pieds. Sa voix mâchonnait. Son regard avait du mal à ne pas fuir. Il avait trinqué avec Yann dans un pub irlandais. Il m'a dit qu'il avait encore soif. C'était mauvais signe et s'est penché en avant. Et si on avait tort surtout ? Il me regardait, il attendait mal. »

Le Petit Bonzi, trop méconnu. Profession du père. Le Jour d'avant. Le quatrième murEntre autres...

(suis-je la seule à ne pas apprécier les nouvelles couvertures de Grasset parce qu'elles se ressemblent toutes?)

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9 octobre 2025 4 09 /10 /octobre /2025 09:47

Un frère - David Thomas - Éditions de l'Olivier - Grand format - Les Beaux  Titres LEVALLOIS PERRET

« Un frère » n’est pas un frère parmi tant d’autres mais celui que le narrateur et auteur a perdu, Edouard, son grand frère atteint de schizophrénie. C’est peu après ses cinquante ans qu’il a découvert son corps inerte dans son appartement parisien. L’auteur revient sur cette maladie sournoise et insidieuse, sur les traitements pris par intermittence, sur les séjours dans différentes cliniques (certaines débilitantes, d’autres humaines), sur la souffrance d’Edouard mais aussi sur celle de ses parents et de ses deux frères, sur la consommation trop fréquente de cannabis, d’alcool, de cigarettes, sur une impossible histoire d’amour, sur les insomnies d’Edouard, sur son incapacité lors des dernières années à avoir une vie sociale et professionnelle. Pour son entourage, ce sont les colères au téléphone, les attentions au quotidien pour ranger un appartement dévasté, donner un argent dépensé à tort et à travers, une vigilance inquiète de tous les instants.

Il est difficile d’émettre un avis sur ce livre tant il touche à l’intime de l’auteur. Il explique de nombreuses fois qu’il lui a été très difficile de rédiger ces pages mais qu’il en avait besoin ; il use de la prétérition : écrire pour dire qu’on n’écrit plus... et le répéter. C’est certes un très bel hommage rendu à ce frère différent mais j’avais l’impression d’assister à une réunion de famille qui n’était pas la mienne, d’écouter aux portes et d’être une intruse. Il n’était pas inintéressant d’en apprendre un peu plus sur cette « maladie opaque » qu’est la schizophrénie même si ce n’était pas l’objectif annoncé de David Thomas. J’ai trouvé l’écriture assez froide au début, elle a gagné en profondeur et en sensibilité dans la seconde partie, lorsque l’auteur mêle l’idée qu’il se fait de son frère à celui d’un poème. Plus on avance, plus les souvenirs tendent vers le joyeux et même l’admiration. J’ai aussi apprécié la notion de folie qui est décortiquée pour admettre qu’il est complètement romanesque d’associer la folie à une forme de génie ou de sagesse, qu’elle est toujours liée à la souffrance. Pour clore ce billet maladroit et brouillon, je dirais que le bilan est mitigé et partagé, je crois que vous l’aurez compris ; certains passages m’ont émue mais pas au point de fondre en larmes et je remercie l’auteur de ne pas avoir versé dans le pathos excessif car j’ai horreur de ça. C’est donc plutôt positif 😊

 « Pendant les huit mois qui ont précédé le décès de mon frère, je ne l'ai vu qu'une seule fois, à peine deux minutes. Je ne pouvais plus. Edouard avait sombré dans un tel état d'agressivité et de paranoïa qu'il m’était impossible de l'approcher. Durant cette période, il s'était enfermé dans un ressentiment à l'égard de sa famille qui semblait se nourrir tout seul. Quoi que nous disions, quoi que nous répondions, il galopait dans un discours totalement hermétique au dialogue. Il nous menaçait de procès, nous invectivait au téléphone, nous envoyait des mails insultants, nous ordonnait de le rappeler dans la minute. »

« C’est la folie, disait-on, quand son poing brisait les bois des tables. Mais ce n’était pas la folie, c’était le combat. Et plus il voyait la défaite poindre, plus il résistait, et plus, debout, il baissait la garde, défiant la tyrannie en lui exposant son visage pour l’inviter à cogner de plus belle. »

Le roman a fait partie de la première liste des romans sélectionnés pour le Prix Goncourt (pas de la deuxième...)

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6 octobre 2025 1 06 /10 /octobre /2025 18:02

Je ne veux pas être maman - Irene Olmo - BANG - Grand format - Librairie  Albin Michel Paris

Dans une petite BD colorée et autobiographique, l’autrice espagnole nous raconte son parcours. Petite, elle a toujours joué « à la maman » avec ses sœurs et ses copines, câlinant une poupée, enfilant des coussins sous sa robe pour paraître enceinte, tentant de deviner combien d’enfants elle aura. Adolescente et confrontée à la grossesse d’une amie, elle s’est mise à réfléchir au droit à l’avortement et s’est retrouvée à le défendre devant sa classe. Jeune adulte, passionnée par ses études aux Beaux-Arts, il était hors de question qu’elle devienne mère. Et à l’âge de trente ans, lorsque tout son entourage multipliait les remarques et les questions intrusives : « c’est pour quand ? (...) le compte à rebours commence (...)je ne sais pas ce que tu attends », Irène décide une fois pour toutes qu’elle ne veut pas d’enfants. Elle l’exprime haut et fort, le revendique envers et contre tous... et surtout envers et contre toutes.

Si les choses évoluent doucement dans le bon sens, il est vrai qu’affirmer ne pas vouloir d’enfants fait encore partie de ces tabous qui provoquent des jugements assassins du type « c’est égoïste ». Merci la pression sociale. Au-delà du fait que chacun peut faire ce qu’il veut et que ne pas vouloir d’enfant est un choix tout aussi respectable que désirer en avoir, l’autrice relève bien le problème propre aux femmes : quoi qu’elles fassent, elles sont punies. « Professionnellement si nous décidions d’avoir des enfants. Ou socialement, si nous décidions de ne pas en avoir. » Et pourtant ce sont bien les femmes dans la BD (et dans la vraie vie) qui ne cessent de parler de leurs enfants : allaiter ou pas, que leur donner à manger, quelle école choisir, ... J’ai aussi ce souvenir oppressant d’être entourée de mamans omnipotentes, dotées de la science infuse, qui détenaient toujours la solution au moindre problème. Je pense aussi depuis bien longtemps (je suis prof et vois de tout...) que la décision de faire un enfant devrait être accompagnée d’une réflexion bien plus nourrie qu’un simple coup de tête ou une envie passagère. Et les parents devraient être davantage accompagnés à tous les moments de la vie pour affronter les problèmes du quotidien. Bref, cette petite BD très rafraîchissante m’a beaucoup plu, elle est simple et va droit au but. Aux couleurs acidulées, elle est à la fois moderne et universelle, décrivant un joli parcours de vie d’une autrice attachante. Je recommande cette lecture.

« Donner pour acquis que tout le monde aura des enfants, sans se demander si les gens veulent, ou non, et même s’ils peuvent, ou non... c’est trop supposer. »

« Ma décision n’appelle aucune explication ! Dire non devrait être une réponse suffisante sans nécessité de justification. Moi aussi je pourrais opiner sur et juger votre décision d’être parents et je ne le fais pas. Je respecte votre choix. »

« En Europe, les enfants sont notre dernière religion. Nous avons perdu la foi en Dieu, dans le progrès, et nous avons peur du futur ; les enfants sont notre seul espoir. Et nous devrions les aimer et les désirer. »

Je ne veux pas être maman, bd chez Bang Ediciones de Olmo

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2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 18:40

Impératrice des airs - Pete Fromm - Éditions Gallmeister

Fiona alias Flea, vingt ans, vit seul avec son père Rudy dans le Montana. Sa voisine et meilleure amie, Midge, son père Taz et sa belle-mère sont devenus sa seconde famille. Pourtant Flea ressent le besoin de retrouver sa mère qui a disparu peu après sa naissance et le peu d’informations délivrées par son père ne l’incite pas à abandonner son projet. Laissant tomber des études de comptabilité qui l’ennuyaient, elle suit Taz pour retaper des maisons, poser des plinthes, scier des planches, .... en attendant son passeport pour se rendre au Canada. Un incendie dont elle se croit responsable va précipiter le départ de Flea vers la région où vit sa mère.

Cent pages ... plus de cent pages que j’ai trouvées laborieuses. D’emblée, on a une héroïne prête à chercher sa mère mais elle est freinée par une question de transport puis par un passeport qu’elle n’a pas. Et ça dure trop longtemps. Et puis il y a ces dialogues plutôt creux qui ne servent pas à grand-chose et sonnent parfois faux. Et ces clins d’œil trop nombreux pour les lecteurs américains dont on ne pige pas grand-chose. Heureusement, au bout de cette bonne centaine de pages, le récit prend enfin du relief, Flea rencontre sa mère mais aussi une région hippie, le Valhalla, où les gens aiment se baigner nus et manger du tofu. Cette partie-là du roman m’a davantage captivée même si j’émets là aussi encore des bémols sur la relation mère-fille, pas tellement crédible, après vingt ans d’abandon maternel. Je suis évidemment déçue d’être déçue par ce roman d’apprentissage puisque j’apprécie généralement la plume de Pete Fromm... mais aucun titre jusqu’à présent n’est venu égaler en qualité son superbe Indian Creek. Allez, je finirai tout de même par une note positive pour ne pas me fâcher avec l’écrivain américain : la relation père-fille est un vrai délice de lecture, les deux complices peuvent s’appeler pendant des heures, elle peut compter sur lui sans être jugée ni remise en question, cette tendresse réciproque force le respect tant elle est pure, drôle même et émouvante (et je vous rassure, elle ne débouche pas sur un plot twist dégoûtant). Taz, le copain de la famille, a cette même image d’homme fiable et généreux, c’est devenu assez rare en littérature, et ce n’était pas désagréable. Je suis bien contente de n’avoir pas acheté ce roman mou du genou au début, un brin naïf tout le long, un poil déconcertant d’optimisme... (on n’a plus l’habitude).

« Je m’endors dans l’étang, la seule personne sur terre capable d’un tel exploit. La seule que je connaisse, en tout cas, après avoir mené une étude exhaustive basée sur cinq des huit milliards d’êtres humains entassés sur le globe. Mais je ne suis pas près de le renier, mon unique superpouvoir. Et si je n’étais vraiment qu’un tas d’os, ainsi que l’affirme mon père lorsqu’il est lancé, est-ce que je pourrais flotter comme un bouchon ? J’en doute. Et pourtant. A moins que, comme le prétend mon père, je ne sois pas vraiment endormie, mais plongée dans un état méditatif profond. »

De Pete Fromm : Indian Creek, Le lac de nulle part, La vie en chantier,

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29 septembre 2025 1 29 /09 /septembre /2025 16:50

Le Menteur - Pierre Corneille - Hatier - Poche - La Boîte à Livres TOURS

Dorante, un jeune homme accompagné de son valet Cliton, arrive tout juste de Poitiers à Paris. Désirant se faire bien voir, il se vante d’avoir participé à la guerre en Allemagne. C'est faux. S’ensuit un quiproquo qui va constituer le cœur de la pièce : deux jeunes femmes se présentent à lui et lorsqu’un cocher dit que la plus belle des deux se nomme Lucrèce, pour Dorante, ça ne fait pas de doute mais il y a confusion et il va appeler Lucrèce Clarice et inversement tout le long de la pièce. Il va aussi imaginer une collation somptueuse sur "cinq bateaux" qui rendit jaloux le Soleil lui-même. Il cumule les mensonges, les récits fictifs et les vantardises, provoquant ainsi des jalousies et des imbroglios dont il a dû mal à se dépêtrer. Son père, Géronte, veut notamment lui donner pour femme Clarice mais comme Dorante est amoureux (de la fausse) Lucrèce, il va s’inventer un mariage déjà conclu à Poitiers. Tout va se compliquer quand Géronte voudra écrire au père de sa nouvelle femme... (qui n’existe pas).

Si cette pièce en alexandrins n’est pas aussi drôle qu’une pièce de Molière, elle prête à sourire dès les premières scènes. Dorante atteint des sommets quand il commence à mentir à son fidèle valet plus ou moins complice de ses « menteries » jusqu’alors, souvent agacé, parfois effrayé de tant d’audace. Il lui raconte qu’il a tué en duel Alcippe mais cet adversaire entre en scène quelques secondes plus tard, tout à fait bien portant. Dorante, ce « menteur par coutume » s’englue dans ses mensonges qui finissent évidemment par lui retomber dessus. S’il se trouve parfois dans de mauvaises passes, il s’en sort tout de même et la fin est heureuse pour tout le monde (c’est une comédie, ne l’oublions pas). Les genres se mêlent : l’épique quand Dorante se la raconte, le parodique quand Corneille pastiche Le Cid ou encore le précieux lors des scènes de séduction. Le public du XVIIè siècle a adoré, notamment certaines références de l’époque (les travaux à Paris, le nom d’un journal, ...). Le dénouement m’a paru bien vite expédié pour un auteur peut-être un peu trop bienveillant avec son personnage principal. Vous l’aurez compris, je préfère nettement Molière qui se serait inspiré de cette pièce pour écrire ses chefs d’œuvre.

Avec ce titre, je participe au challenge de Moka, Les classiques, c’est fantastique qui met à l’honneur, en ce mois de rentrée, les œuvres au programme des étudiants et des lycéens. Ici, ce sont les bacheliers qui pourront plancher sur cette pièce, je leur souhaite bien du courage.

Dorante : « J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles ;

Et sitôt que j'en vois quelqu'un s'imaginer

Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m'étonner,

Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire,

Qui l'étonne lui-même, et le force à se taire.

Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors

De leur faire rentrer leurs nouvelles au corps... »

 

Dorante : « Oh ! L'utile secret que mentir à propos ! »

 

Cliton : « Vous avez tout le corps bien plein de vérités,

             Il n'en sort jamais une. »

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26 septembre 2025 5 26 /09 /septembre /2025 09:01

Stella (Grand format - Cartonné 2020), de Cyril Bonin | Éditions Glénat

Taylor Davis est un écrivain newyorkais qui s’apprête à terminer son dernier roman narrant l’histoire d’une jeune femme, Stella, qui, dans les années 50, vient de découvrir que son mari la trompait et commence à « douter de la réalité qui l’entoure ». Et pour cause... Une fois Taylor a-t-il tapé le mot « Fin » que Stella apparaît dans le monde réel des années 2020. Une fois passée la première surprise, l’écrivain fait découvrir les nouvelles technologies à son personnage ainsi que la ville moderne. Si Stella reste un être fictif qui n’a pas besoin de se nourrir ou qui n’a pas de nombril, elle se glisse dans le nouveau siècle avec la grâce et l’élégance d’une jeune femme des années 50. Mais elle n’a pas de papiers et risque de se faire arrêter. Une solution s’offre peut-être à elle : un scientifique lui propose de se joindre à ses recherches sur la noosphère, cette enveloppe qui entoure la Terre et qui contiendrait l’ensemble des pensées et des idées du monde. Stella accepte de participer à ce programme financé par le gouvernement.

J’ai toujours aimé le travail de Cyril Bonin, le soin qu’il apporte à ses dessins, la dimension onirique qu’il parvient à transmettre dans chacun de ses cases. J’ai retrouvé ce plaisir des yeux ici. Mais alors l’intrigue... !? Le personnage qui sort du roman n’est pas vraiment une nouveauté -et pourtant j’adore qu’on mêle fiction et réalité- mais tout est cousu de fil blanc ici, rien n’est vraiment crédible à mes yeux. Stella évolue dans notre monde moderne sans que ça ne pose problème quand surgit un gros bonhomme (le scientifique) qu’on devine immédiatement être le méchant de l’histoire (sans que Taylor se méfie de quoi que ce soit). Là-dessus se greffe une histoire d’amour sortie de nulle part. Cette idée de noosphère se rapproche de celle de l’IA actuelle (la BD a été publiée en 2020) avec des réflexions prémonitoires sur la disparition des artistes. J’ai trouvé ça bourré de clichés et j’ai eu l’impression de lire une histoire dédiée à de jeunes ados... ou, pire, écrite par un enfant. Je suis dure parce que ça reste divertissant mais vraiment, ça ne vole pas très haut.

Avant que Stella ne sorte de son roman, son créateur dialogue avec elle : « Je m’appelle Taylor Davis, je suis écrivain et il faut que tu saches que tu vis dans un roman... »

Dans la nouvelle résidence où vit Stella : « Vous savez, Stella, les idées que Taylor développe dans ses romans ne lui appartiennent pas en propre, elles sont issues de la noosphère. Ce ne sont que quelques bribes auxquelles il a pu accéder. » 

du même auteur : Chambre obscure, Les dames de Kimoto, Comme par hasard.

Stella de Cyril Bonin

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22 septembre 2025 1 22 /09 /septembre /2025 16:11

Iris tient un hôtel à Bad Heim, une ville allemande. Nous sommes en octobre, les températures restent élevées (jusqu’à plus de 40 degrés) et l’incendie continue de faire des ravages par-delà la rivière Bruch. L’air devient irrespirable, les masques sont de rigueur et les cendres volètent un peu partout. L’hôtel est vide depuis belle lurette dans une région désertée quand surviennent une jeune femme et sa fille de quatre ans. La mère, au comportement distant et étrange, demande une chambre. Iris va s’habituer à cette présence, s’occuper d’Ilya, l’enfant, un peu plus qu’il ne faudrait, sympathiser avec Dori. Mais le coup de fil d’un homme lui met la puce à l’oreille : il cherche sa femme et sa fille disparues il y a quelques jours. Iris, intuitivement, protège Dori qu’elle comprend maltraitée par ce mari autoritaire et pervers, et se tait. L’homme va rappeler, les femmes se rapprocher.

Pour un premier roman, cette autrice allemande a su faire monter la tension ! En peu de mots, dans un style efficace fait de phrases simples et concises, le décor est planté : que ce soit la nature en train de brûler, de ravager un morceau de planète faute d’une pluie qui se fait cruellement attendre, ou la sphère familiale avec cette mère en souffrance fuyant un mari violent, on attend. « Le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » au sens propre comme au sens figuré... Et pourtant, ces femmes vont s’épauler, accompagnées d’autres femmes, pour former, au plus fort de la tourmente, un groupe, un cocon, un îlot certes illusoire mais où l’espoir et la solidarité resteront possibles. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce roman marquant, réaliste tout en étant apocalyptique, qui apporte de belles réflexions sur la place de la mère, le militantisme, et ce satané dérèglement climatique. A la fois très juste et nuancé dans ses propos, le texte est en prise directe avec notre époque. Une belle réussite !

« Ainsi se passaient nos étés entre jaune et orange. Des masques, du vent, des cendres. Des yeux qui pleurent, des maux de gorge. Les parcs, piscine, aires de jeux, tous fermés. Des jours d'été entiers passés à la maison, derrière des fenêtres fermées. Des feuilles qui se consumaient lentement dans l'air et se posaient sur le gravier brûlant. Tout cela devant la lueur rougeoyante de la forêt de l'autre côté du Bruch. »

« Mais j'ai fini par devenir cette femme qui s'excuse pour tout, qui ment, qui baisse constamment la tête, qui dit oui à tout, qui s'excuse et s'excuse encore, à tout bout de champ, et qui a peur de ce qu'il va dire à propos de tout ce qu'elle a fait. Ça fait un moment que je me dis que je me comporte comme si j'avais l'âge d'Ilya, comme si nous avions le même père, sauf qu'il est tendre avec elle et dur avec moi. »

Un couple dysfonctionnel : « Nous faisons tous les deux ressortir le pire l’un de l’autre. »

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18 septembre 2025 4 18 /09 /septembre /2025 19:53

Palmer dans le rouge : Une enquête en bord de Médoc - René Pétillon, Manu  Larcenet - Dargaud - Grand format - La librairie de la bande dessinée et de  l'image Angouleme

René Pétillon est un auteur illustrateur décédé en 2018, célèbre -entre autres- pour ses dessins publiés dans Le Canard enchaîné. Mort en 2018, il a laissé un scénario pratiquement terminé d’une nouvelle aventure de son héros, Jack Palmer. Manu Larcenet a repris le flambeau et dessiné l’aventure du détective à sa manière.

Au domaine viticole de Grolo-Laglotte, rien ne va plus : la fille de la famille a mystérieusement disparu laissant les parents dans le désarroi. En effet, elle devait épouser John Moroso, un roi du vin californien et ce mariage devait être « comme un assemblage » sauvant le domaine situé « en bord de médoc » de la faillite. Mais la fille s’en est allée, laissant à John une lettre signifiant qu’elle ne voulait plus de ce mariage. Les propriétaires engagent le détective Jack Palmer qui tombe rapidement sur un trafic de faux vins ; les deux affaires seraient-elles liées ?

C’est une farce avec tous ses ingrédients : le comique de répétition (des accidents qui ont toujours lieu dans les vignes du concurrent, un téléphone qui a le chic de sonner au mauvais moment, un détective qui ne sait pas renoncer à un bon verre de rouge), les personnages caricaturaux, les revirements de situation peu crédibles, le franglish de John (et sa mèche blonde), les méchants pas très futés, le rire gras des types qui ont bien picolé, et j’en passe. Si l’intrigue n’est pas finaude, frisant parfois le grand n’importe quoi, j’ai aimé les personnages savoureux ; aussi bien les personnages principaux que les secondaires (une œnologue très drôle avec son jargon très imagé, Caracou, l’employé de chai pour qui la pause est sacrée, Ange, l’ami corse qui ne jure que par son Rossignolo). Et puis il y a le dessin de mon chouchou Larcenet, son trait épais, rond et précis, ses gros nez, ce burlesque qui sait si bien virevolter en compagnie du poétique. Il m’avait manqué. A la fois généreux et émouvant, il rend un bel hommage au grand René Pétillon. On termine la BD en trinquant avec le sourire.

  • Et si nous discutions ?
  • Ça va à l’encontre de mes principes, mais je suis ouvert à l’expérience.

Palmer boit et respire les vapeurs de vin toute la journée : « Mais peut-être que si Hercule Poirot avait mariné dans une cuve de Château-Lasoupière, les assassins de l’Orient-Express courraient encore. »

L’œnologue : « Commençons par ce Piqueté-de-Chaboul 2002 : Robe trouble, odeur de basse-cour, fond de garde-robe, de confessionnal, de cierge éteint... pour un Piqueté, c’est normal. »

 

Du même dessinateur : Thérapie de groupe, Le retour à la terre (une merveille !), Le sens de la vis, Le Combat ordinaire, La Route, ...

 

Palmer dans le rouge - Une enquête en bord de Médoc - Sceneario

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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 10:28

Je pleure encore la beaute du monde

J’avais découvert l’autrice avec son premier roman Migrations qui a été un coup de cœur.

La biologiste Inti Flynn est en Ecosse pour un programme de réinsertion des loups. La forêt va mal, le gibier trop nombreux empêche la croissance des arbres et des végétaux et l’introduction des loups devrait permettre d’équilibrer l’ensemble. Evidemment, l’accueil fait aux scientifiques et aux loups est hostile, les agriculteurs craignent pour leurs bêtes et pour eux-mêmes. Inti, dotée d’un don particulier - la synesthésie visuo-tactile qui lui permet de ressentir dans son corps tout ce qu’elle voit vivre ou subir par autrui - vit avec sa sœur jumelle muette, Aggie. Très vite attirée par Duncan, le policier en poste dans la région, elle est confrontée à l’antipathie des habitants de la région et surtout celle d’un certain Stuart qui, Inti le découvrira rapidement, bat sa femme.  Les loups restent pour la scientifique sa passion, voire son obsession, et elle est prête à tout pour les protéger.

J’ai trouvé une écrivaine que j’affectionne, c’est certain, pour son style à la fois doux et musclé, pour la femme qu’elle place au cœur de son livre, une femme forte et vulnérable, déterminée et un peu perdue (Inti ressemble beaucoup à Franny de Migrations) et pour ces réflexions écologiques qui traversent tout le roman. En effet, l’autrice pose des questions sans y répondre, soulève le débat du rapport à la nature, de la cohabitation entre humains et animaux sauvages, de l’impact destructeur de l’homme sur les écosystèmes. Elle évoque aussi d’autres thèmes comme la résilience, la sororité ou les violences conjugales. Par-dessus tout, j’adore cette façon de nous emporter complètement ailleurs, durablement, tout au long de ces belles pages. On peut qualifier le roman de « polar écoféministe », fi des étiquettes, je garderai longtemps avec moi ce souffle puissant, cette énergie époustouflante et cette envie d’y revenir. Je fais de cette lecture un coup de cœur même si j’ai trouvé la fin excessive, le plaisir de lecture est resté !

Renseignements pris, ce que raconte l’autrice a bien été réalisé dans le parc national de Yellowstone, des loups ont été réintroduits (il y en a 108 en 2022) et la végétation a repris de plus belle. Et il y avait bien des loups dans les Highlands écossais jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

« La synesthésie visuo-tactile. Mon cerveau recrée les expériences sensorielles des créatures vivantes, de tous les êtres humains et parfois même des animaux. Quand je vois, je ressens, et pendant quelques instants je suis les autres, eux et moi-même ne faisons qu'un et leur douleur ou leur plaisir est le mien. Ça ressemble à de la magie, c'est d'ailleurs ce que j'ai cru pendant longtemps alors qu'en réalité ce n'est pas si éloigné du fonctionnement des autres cerveau : quand on voit quelqu'un souffrir, notre réaction physiologique est une grimace, un tressaillement, un rictus. Nos circuits sont programmés pour l'empathie. Fut une époque où j'étais ravie d'éprouver les sensations des autres. Aujourd'hui, ce flux constant d'informations sensorielles m'épuise. Aujourd'hui, je donnerais n'importe quoi pour qu'on me déconnecte. »

« J'étudie les cartes cognitives dessinées par les loups sur leur territoire. Ils se transmettent ces cartes géographiques et temporelles de génération en génération et connaissent si intimement leur domaine que chacun de leurs déplacements est programmé. Les loups ne se baladent pas au hasard. Ils bougent dans un but précis et ils apprennent à leurs petits à reproduire le même schéma. Ils se partagent les images mentales. »

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