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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 15:26

Son excellence Eugène Rougon - Emile Zola - Le Livre De Poche - Poche -  Librairie Compagnie Paris

Je poursuis, très lentement, ma lecture – dans l’ordre – des Rougon-Macquart. Sixième tome.

Nous sommes à la Chambre des députés, c’est la foire un peu comme à l’Assemblée nationale de nos jours, on dort, on crie, on bavarde, et les commérages vont bon train. Le clou du « spectacle », c’est la démission d’Eugène Rougon. Lui est satisfait mais son entourage, ses « amis » de la politique se sentent perdants et lui font bien comprendre. Rougon n’a d’yeux que pour la belle Clorinde qui elle, en femme séduisante et très futée, construit son petit bonhomme de chemin en se servant d’un Rougon qui semble toujours épris d’elle. Parce qu’il est craint et sait gouverner d’une main de fer, Rougon se voit confier par l’empereur le ministère de la Justice où il finira par perdre sa « bande », ceux qui étaient de son côté (en apparence) jadis.

J’ai démarré la lecture de ce roman à reculons, étant donné la thématique (le monde politique) qui ne m’inspirait pas (du tout). Je dois bien avouer que mes craintes furent confirmées, la première partie du roman m’a ennuyée et la deuxième... m’a barbée. Certains passages ont déclenché un petit sursaut d’intérêt (cette scène initiale drôle et théâtralisée à souhait, l’attentat contre l’empereur – très vite expédié d’ailleurs, le personnage de Clorinde, les soirées chez Napoléon III, le cortège à l’occasion du baptême du prince, certaines anecdotes historiques). Si ça n’avait pas été Zola, j’aurais laissé tomber ma lecture, j’ai trouvé assez classique cette histoire d’ascension et de chute, cette femme qui, l’air de rien, remporte la partie sur l’homme (et tant mieux) et il m’a manqué un souffle pour me tenir en haleine. Sans acmé(s), sans véritable revirement de situation, l’histoire vivote souvent avec des personnages qui manquent de cohérence et de consistance (à commencer par Rougon) et qu’on ne comprend pas toujours. Les cancans entre politiciens, leurs trahisons, leurs manipulations et leurs petits complots d’opportunistes sonnent très juste (et toujours d’actualité) mais ils ne m’ont jamais vraiment surprise et ont fini par me lasser. Évidemment que je suis déçue de n’avoir pas aimé un Zola. C’est sûr que le prochain et huitième tome des Rougon-Macquart ne connaîtra pas ce sort-là puisqu’il s’agit de L’Assommoir, roman que j’ai déjà apprécié il y a une vingtaine d’années.

A peine ironique : « Rougon, à son tour, tonnait contre les livres. Il venait de paraître un roman, surtout, qui l’indignait : une œuvre de l'imagination la plus dépravée, affectant un souci de la vérité exacte, traînant le lecteur dans les débordements d'une femme hystérique. Ce mot, d’« hystérie » parut lui plaire, car il le répéta trois fois. Clorinde lui en ayant demandé le sens, il refusa de le donner, pris d'une grande pudeur. »

« En France, dès qu’il y a cinq messieurs dans un salon, il y a cinq gouvernements en présence. Ça n’empêche personne de servir le gouvernement reconnu. »

Une soirée chez l’empereur, à Compiègne : « Les hommes se penchaient, disaient un mot, puis se redressaient, dans le secret chatouillement de vanité de cette marche triomphale ; les dames, les épaules nues, trempées de clartés, avaient une douceur ravie, et, sur les tapis, les jupes traînantes, espaçant les couples, donnaient une majesté de plus au défilé, qu'elles accompagnaient de leur murmure d'étoffes riches. C'était une approche presque tendre, une arrivée gourmande dans un milieu de luxe, de lumière et de tiédeur, comme un bain sensuel où les odeurs musquées des toilettes se mêlaient à un léger fumet de gibier, relevé d'un filet de citron. »

La Faute de l'abbé Mouret, La Conquête de Plassans, Le Ventre de Paris, La Curée, La Fortune des Rougon.

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 15:08

Simone - Tome 02

« Tu entres par la porte mais tu sortiras par la cheminée ! »

Entamée dans le premier tome de cette trilogie, l’histoire de Simone continue. En 1972, Simone Lagrange vient témoigner à la télévision et surtout reconnaître Klaus Barbie qui nie toute implication dans l’arrestation et la mort des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Simone se souvient d’un être malfaisant et pervers qui l’a torturée à la prison Montluc pour savoir où se cachaient ses frères et sœurs. Elle se souvient du camp de Drancy et de sa déportation avec sa mère dans un wagon à bestiaux pour Auschwitz. Elle se souvient avoir été tondue et tatouée, s’être forgée une carapace, avoir travaillé dans les potagers, avoir volé des feuilles de chou pour les malades atteints du scorbut. Elle se souvient qu’on a battu sa mère et qu’elle ne l’a plus jamais revue. Elle se souvient de la salle de déshabillage avant l’extermination par le gaz, ses insolences et le SS qui l’envoie dehors, la nuit, nue.

                Les souvenirs alternent avec les moments du présent de Simone qui prouvent à quel point reprendre une vie « normale » paraît surréaliste. Des détails rendent les réminiscences encore plus vivaces : un morceau de BD d’Esther&Polly, le récit des petites jumelles qui ont été séparées de leurs parents, les filles qui se tiennent chaud, entassées sur une paillasse gluante et répugnante. Le trait enfantin du dessin n’atténue pas les atrocités commises pendant la Shoah et les dessins d’enfants qui expliquent certaines scènes de manière factuelle et simpliste sont encore plus touchants que les autres planches. Les auteurs ont su à la fois rendre compte avec émotion du passé de Simone mais aussi expliquer qui sont les protagonistes (Klaus Barbie ou encore Joseph Mengele) de manière pédagogue et fluide dans le récit. N’oublions pas que Simone Lagrange a réellement existé et c’est Mélisa Guedj, sa petite-fille, qui se fait sa porte-parole à travers les décennies pour se souvenir... et ne pas recommencer les mêmes erreurs. Une belle réussite, il me tarde de lire le 3e et dernier tome (qui paraîtra en septembre).

Simone tome 2

 

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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 07:52

L'Île aux trente cercueils (1919) | Les Livres, Mes Livres & Moi

Véronique d’Hergemont a tout perdu : éprise très jeune d’un certain comte Vorski qui a fini par l’enlever, elle a vu son propre père, en représailles, enlever son fils, François, alors bébé. Père et fils périssent dans un accident en mer. C’est parce qu’en 1917, quinze plus tard, elle a vu dans un film ses initiales gravées à plusieurs reprises sur des bornes ou sur des encadrements de portes, qu’elle décide d’aller sur cette fameuse île de Sarek, surnommée « l’île aux trente cercueils ». Une fois là-bas, les mystères s’enchaînent : des morts inexplicables, des disparitions de cadavres, des réapparitions de personnes présumées mortes... et cette malédiction druidique : les trentes écueils qui entourent l’île représentent trente morts et quatre femmes crucifiées à venir. Entre lucidité et crises de désespoir, Véronique va devoir avancer seule sur cette île diabolique.

                L’île est sans aucun doute LE personnage principal de ce roman : mystérieuse, dangereuse et rassurante à la fois, elle regorge de mille passages secrets, tunnels, grottes, cryptes et échelles qui apparaissent et disparaissent... Si je m’attendais à ce que le polar se mêle au fantastique, c’est plutôt le côté rocambolesquement spectaculaire qui m’a dérangée. Leblanc en fait des tonnes quand même ! Il y a des retournements de situation à foison, des révélations à la pelle, de nombreuses machinations, une obsession funèbre qui vire à l’excès, excès confirmé par des phénomènes météorologiques qui en rajoutent encore une couche. Vous l’aurez compris, rien de sobre ... et si vous êtes fan d’Arsène Lupin, il conviendra d’être patient, le héros ne se pointe qu’à la page 223 (sur 284). Mais il règle l’affaire (les affaires) en un rien de temps, avec son légendaire panache. En résumé, un roman qui mêle fantastique, mystère et intrigue policière mais qui, avec ses allures baroques, ne m’a pas tellement convaincue.

Avec cette seule lecture, je participe à mes deux challenges préférés : celui de Moka qui, pour Les classiques, c’est fantastique du mois de juillet nous invitait à choisir un récit insulaire et celui de Fanja pour Book Trip en mer.

L’île aux abords si dangereux : « C’étaient, en effet, des milliers et des milliers de menues vagues qui s'entrechoquaient, se brisaient entre elles, et livraient aux roches d'incessantes et d’implacables batailles. Le canot semblait naviguer sur le remous d'un torrent. A aucun endroit il n'était possible de discerner un lambeau de mer bleue ou verte parmi le bouillonnement de l'écume. Rien que de la mousse blanche, comme battue par l'inlassable tourbillon des forces qui s'acharnaient contre les dents pointues des écueils. »

   

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21 juillet 2025 1 21 /07 /juillet /2025 13:17

Madelaine avant l'aube - Sandrine Collette - Babelio

Je ne souhaitais plus lire Sandrine Collette, ou en tous cas faire une pause, pensant avoir fait le tour de la question mais je me suis laissée convaincre par tous les avis positifs entendus et lus. J’ai bien fait !

Les Montées, un hameau perdu au cœur d’une nature rude et ingrate, confronté à un climat âpre. Dans l’une des petites maisons en pierres jaunes vivent Rose, une vieille dame qui soigne avec les plantes, et Bran, le narrateur de la première partie du récit. Ils côtoient Ambre et Aelis, deux jumelles qui se sont mariées, la première avec un ivrogne, la deuxième avec Eugène avec qui elle a eu trois garçons. Un jour, une petite bête à peine plus grosse qu’un chat est retrouvée tapie dans la maison de Rose. C’est une petite fille sauvage que Rose va confier à Ambre. Madelaine va grandir avec les garçons ; robuste, vive, courageuse, c’est souvent elle qui va oser, qui va travailler plus que les autres, qui va se lever avant l’aube pour affronter le pire. Car le pire arrive, la famine, les grands froids, le dénuement le plus total puis la mort pour les plus malchanceux d’entre eux.

                Comme souvent -toujours ?- chez Collette, c’est très sombre, ténébreux et puissant. Une grande force se dégage de ces quelques habitants sur lesquels le sort s’acharne en continu. Mais dans ce contexte moyenâgeux (aucun indice ne permet de dater l’histoire), le lecteur se surprend à s’attacher aux personnages. En dehors d’un rythme lent et répétitif mimant les habitudes de travail de ces paysans et ces rituels de vie sont d’ailleurs fièrement défendus par une langue poétique et savoureuse où l’autrice donne le meilleur d’elle-même, des surprises dans la narration agrémentent la lecture, savamment glissées dans le roman. J’ai vraiment beaucoup aimé ce récit, impeccable dans son genre : quand on pense que Collette va sombrer dans la tentation du cliché, hop, elle se rattrape pour nous offrir quelque chose de plus nuancé et de plus juste. Elle raconte excellemment la pauvreté et le désir de survie. L’ensemble est vraiment très beau et mérite tout à fait ses nombreux prix (tout un tas de prix Goncourt : celui des lycéens, mais aussi celui de la Suisse, de l’Autriche, de l’Italie, des détenus... et j’en passe).

« Je l'ai dit, nous sommes restés plutôt petits. C'est ainsi que l'on survit dans les conditions extrêmes : les êtres les plus grands, qui ont des besoins en nourriture et en chaleur bien plus importants, sont les premiers à mourir. Les plus modestes, tels que nous - rachitiques, minuscules, fripés - les plus sobres dans la place qu'ils prennent à l'univers résistent. La nature quand elle crée des situations difficiles ne sauve ni les plus beaux ni les plus imposants ; elle préserve les plus forts, et les plus forts sont ceux qui ont le moins d'exigence. Madelaine et moi sommes de ceux-là. Nous souffrons du froid et pourtant moins que les autres, nous souffrons de la faim cependant elle ne nous empêche pas, nos corps sont coutumiers, sont des citadelles imprenables, nos têtes sont des têtes brûlées. Et même si tout le monde a oublié que Madelaine n'est pas la vraie fille d'Ambre, parce qu'elles ont cette beauté saisissante toutes les deux, je vois ce qui les distingue et qui les sépare. Ambre est absolument mais seulement belle. Chez Madelaine, il y a en plus une dureté insaisissable. Ambre est une pierre qui peut s'abîmer, s'effriter, se casser ; Madeleine, un diamant que rien n'en taille. »

D'autres Collette : Ces orages-là, Les larmes noires sur la terre (mon préféré), Et toujours les forêts, On était des loups, Animal, Un vent de cendres, Six fourmis blanches

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16 juillet 2025 3 16 /07 /juillet /2025 13:50

Habemus Bastard Tome 1 : L'être nécessaire - Jacky Schwartzmann, Sylvain  Vallée - Dargaud - Grand format - La Réserve à Bulles MARSEILLE

Tome 1 : L’être nécessaire

Tome 2 : Un cœur sous une soutane

Lucien est un homme de main qui doit se faire oublier s’il veut survivre. Il a trouvé une couverture pour le moins originale, celle de curé. Il va en effet officier à Notre-Dame de l’Assomption à Saint-Claude, commune du Jura et vivre dans un vieux presbytère gris et terne. Est-ce qu’il a la foi ? Il « s’en branle, en fait. » Est-ce qu’il va raconter n’importe quoi lors de son premier prêche ? Oui. Sa tolérance au péché, son ouverture d’esprit et son franc-parler vont choquer plus d’un paroissien mais vont plaire à d’autres. Grâce à ses combines et son influence, il va même réussir à rehausser le niveau de vie de certains opprimés. Mais (dans le second tome), il va finir par être repéré par ses ennemis de toujours et va devoir ruser s’il veut survivre.

J’adore Jacky Schwartzmann et si ses textes sont de qualité inégale, on a droit ici à son meilleur visage. Ames prudes et puritaines s’abstenir : c’est anticlérical, irrévérencieux et cru, et pourtant on s’attache très vite à ce faux prêtre. J’avais déjà découvert Sylvain Vallée avec la divertissante Tananarive, ici il signe des dessins à la hauteur de ce scénario bien ficelé et excelle autant dans les gros plans et les visages que dans les panoramas et les scènes d’action. Avec ce petit côté Tarantino, flingues planqués sous la soutane ou scotchés sous l’autel, cette BD se veut aussi une satire acerbe et drôle du monde sclérosé de l’église. Le tout servi dans un langage fleuri et dans un rythme effréné. On en redemande. J’ai adoré.

Réflexion du personnage principal : « Y a un truc qui me paraît évident quand même... c'est que sans la mort, les religions n'existeraient pas. Les mecs arrivent avec leur gueule enfarinée... et ils te vendent la vie éternelle. Bref, la religion, c'est un business autour de la mort. C'est un peu mon rayon, finalement... »

Habemus Bastard Tome 2 : Un coeur sous une soutane - Sylvain Vallée, Jacky  Schwartzmann - Dargaud - Grand format - La Réserve à Bulles Marseille

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11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 15:25

Les corps ravis - Justine Arnal - Lola B Deswarte

Après avoir lu un slogan qui se mit à l’obséder, « Deux amnésies errent en nous : l’origine et l’enfance. » (de Pascal Quignard), Marguerite n’avait plus qu’une idée en tête : devenir mère. Mais sans rapport sexuel, le test de grossesse n’indiqua aucun miracle. Une chimère à trois têtes, en revanche, vint lui rendre visite et lui apporter quelques conseils : « Tu n’es pas la première à vouloir faire un enfant toute seule. (...) La semence dont tu as besoin existe hors de l’homme. » Marguerite partit donc en Forêt Noire, accompagnée de la lune pour guide. Elle accepta de glisser entre ses jambes tout ce qu’elle trouvait mais ce n’est qu’avec un gros poisson que son vœu se réalisa. Et, après une grossesse qui l’emplit de bonheur, elle accoucha seule d’une petite Daisy. Mais le bébé était un être bien singulier qui dépérissait au fil des années.

Quel texte étrange et perturbant ! Derrière ses allures de conte, ce court roman de même pas cent pages s’imprègne si profondément de la nature qu’il flirte avec la zoophilie et l’anthropophagie. Deux mots qui peuvent effrayer et pourtant, c’est une grande sensualité qui se dégage de ce personnage féminin totalement enraciné dans les éléments naturels, rapidement rejoint par une autre fille, Daisy, qui n’a rien à voir avec sa mère. De la belle osmose du départ entre les deux êtres, il ne reste qu’une grande incompréhension et des divergences sur la façon d’aborder la vie. Faut-il voir dans ce récit surréaliste une métaphore de l’attachement mère-fille ? Une ode à la nature qui est tour à tour complice et ennemie ? L’écriture, sensorielle, charnelle et également très belle rend la lecture du roman fluide et limpide. Malgré le trouble que les mots peuvent susciter dans cet univers ô combien fantasmagorique, j’ai été happée par ma lecture. Le magnifique objet-livre est illustré par Lola B. Deswarte dont les dessins ont su se fondre dans l’onirisme et les extravagances du texte de l’autrice.


Merci à Justine pour cette singulière découverte.

Une fois Daisy plus grande, Marguerite a perdu la lune de vue, elle la cherche éperdument, offrant sa prière à une Madone dans un monastère inhabité : « Sainte de ces bois pleine de grâce puisque le Ciel a décidé de vous bénir vous entre toutes les femmes – sans trop se soucier de ce que cela ferait à moi et à toutes les autres, mais admettons que vous le méritiez plus que nous – dites-Lui bien, vous qui avez la chance de pouvoir requérir son attention, que le fruit de mes entrailles a besoin de protection. Et moi aussi. J’implore le Ciel de convoquer la lune à mes côtés. »

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7 juillet 2025 1 07 /07 /juillet /2025 09:30

AU LARGE | Les Librairies

          Tout juste après la Seconde guerre mondiale, à l’heure où la Grande-Bretagne souffre encore de privations, Robert, seize ans, décide de prendre la poudre d’escampette, comme Rimbaud, les poings dans ses poches crevées, sans trop savoir où aller à part rejoindre la mer et fuir son chemin tout tracé qui devrait le mener à un travail dans la mine. Détestant l’école, il découvre la nature, les petits travaux manuels d’une ferme à l’autre, les nuits à la belle étoile ou dans des granges au milieu d’animaux. Au détour d’un sentier, il tombe sur une maison isolée et rencontre Dulcie, femme au fort caractère et à la langue bien pendue qui, accompagnée de son berger allemand, invite Robert à dîner. Après le meilleur repas de sa vie, une conversation riche avec une femme excentrique mais généreuse, Robert propose son aide pour débroussailler et nettoyer le jardin. Il va rester plus longtemps que prévu et découvrir quelques secrets de Dulcie.

D’une infinie délicatesse, à la fois suranné et vivifiant, ce roman d’apprentissage se veut aussi ode à la liberté d’être ce qu’on veut sans se préoccuper des qu’en-dira-t-on et de la bienséance. Une rencontre qui change une vie, voilà ce qu’a eu la chance de connaître ce jeune homme grandi au contact de cette femme qui lui a appris à sortir d’un carcan moralisateur et d’une mentalité étriquée. Il découvre les bons vins et la littérature en même temps, les homards et la poésie qu’il apprivoise doucement. Et il va même pouvoir, à son tour, faire avancer cette femme qui semble déjà en savoir tellement sur la vie. C’est à la fois suave et empreint d’humour, doux et d’un flegme tout britannique. J’ai beaucoup aimé cette lecture où les poèmes se font une place dans le récit – elle m’a fait rêver - à situer quelque part entre Le Grand Meaulnes et un roman de Jane Austen.

Rien n'est dû au hasard : l'auteur est aussi poète et vit dans le Yorkshire. 

       Je dois ce titre à Antigone, merci ! Et comme elle, je fais de cette lecture un coup de coeur.

« Une journée ici, une journée plus loin, en me calant sur le soleil et en me reposant quand venait l’heure. Enfin j’avais brisé le joug du tic-tac oppressant de l’horloge de la salle de classe, celle dans les aiguilles me torturaient en avançant au ralenti, et il était même arrivé qu’elles restent bloquées, une minute devenait alors une éternité tandis qu’autour de moi mes camarades n’avaient pas l’air de comprendre que tout conspirait à nus enchaîner, à nous enfermer dans une prison perpétuelle. »

« Le sentier prenait fin sur le flanc de la maisonnette, stoppé dans son élan par une jungle de ronces. Devant, un jardin avec une petite terrasse aux pavés lézardés, de la pelouse et un potager bordé d'herbe, le tout contenu par une clôture en bois qui ne tenait plus droit et dont la peinture blanche, vieillissante, était cloquée, écaillée et décapée par les embruns. »

A vivre dans la nature : « j'étais devenu partie intégrante de mon environnement, absorbé au point de distinguer le bruissement des fourmis au sol, le crépitement des ailes de chaque mouche ou le bruit de mastication d'une guêpe qui grignotait un morceau de bois pourrissant en dehors de mon champ de vision. Inspirant à pleins poumons, j'ai senti l'herbe, l'ail, la prairie et le pollen porté par l'air, ainsi que l'odeur caractéristique de la marée. Un festin pour les sens. »

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4 juillet 2025 5 04 /07 /juillet /2025 09:31

Inspecteur Balto - Une Enquête Singulière

Manufrance, bichons et camgirls !

L’inspecteur Balto prend sa retraite... ou plutôt, c’est l’heure de la retraite qui a sonné pour lui mais il ne résigne pas à arrêter : il répond favorablement à deux femmes qui sont à la recherche de leur amie Sylvie qui a disparu depuis quinze jours. Sylvie est, comme elles, une Camgirl, une fille qui expose ses charmes via Internet. Secondé par quelques collaborateurs (une ado hackeuse, un as des serrures, notamment), Balto enquête. Il visite aussi les studios des Camgirls, il découvre que Sylvie payait les traites de la maison de ses parents devenus trop pauvres. Lorsqu’il pense mettre le droit dans l’engrenage (un client qu’elle aurait fait chanter avec un complice), il se rend compte que la vérité est ailleurs.

Je crois que j’avais besoin de polar et cette histoire bien ficelée aux personnages intéressants a comblé mes attentes. Si l’intrigue est simple et la fin trop vite expédiée, j’ai aimé les à-côtés : Balto qui se souvient de la rencontre avec sa voisine qui deviendra sa femme et qu’il a dû faire coffrer quelque temps plus tard, ses visites à la prison où sa femme ne s’intéresse qu’à leur chat qu’il lui amène, la collaboratrice Brenda qui, avec son camion-publicité doit rester quinze minutes à chaque rond-point, ou encore, la disparition mystérieuse des chiens dans le quartier. Le trait classique mais agréable à l'oeil m’a fait penser à une BD bien plus ancienne (elle n’a été publiée qu’en 2023), j’aurais bien misé sur le début d’une série (que j’aurais suivie) mais rien à l’horizon apparemment. En bref, une lecture distrayante qui a rempli sa mission mais qui n’est pas incontournable.

J’avais découvert le travail du scénariste Ducoudray avec le très bon Yézidie !

Inspecteur Balto » : un Maigret de la diagonale du vide… | BDZoom.com

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1 juillet 2025 2 01 /07 /juillet /2025 10:53

Le Capitaine Fracasse" de Théophile Gautier : un podcast à écouter en ligne  | France Culture

Texte découvert en Podcast Radio France.

Sous le règne de Louis XIII, le baron de Sigognac vit seul dans son château lugubre et misérable avec son domestique Pierre et il s’ennuie ! Alors qu’il offre le gîte et le couvert à une troupe de comédiens ambulants, il se prend de sympathie pour eux et tombe amoureux d’Isabelle, une jolie actrice qui succombe aux charmes du baron. Sigognac part sur les routes avec eux avant de remplacer un des comédiens. Son nom de scène sera le capitaine Fracasse. Mais la vie d’artiste n’est pas toujours facile entre les petites misères du quotidien, les lieux de représentation à trouver, le manque d’argent, et, pour Sigognac, la jalousie d’un certain Duc Vallombreuse. Ce dernier est tombé amoureux lui aussi d’Isabelle, il provoque Sigognac en duel et ira jusqu’à enlever la belle actrice.

Je le confesse, je ne connaissais rien mais alors absolument rien à cette histoire. Cette version audio est une adaptation écourtée du roman (elle n’en compte pas moins 10 x 30 minutes environ) et rendue vivante par la musique originale de Pierre Max Dubois, les bruitages très réalistes (j’ai - entre autres - sursauté à l’aboiement d’un chien) et les lectures vivantes et justes des comédiens. Le décor est rapidement planté, on s’assoit à côté des « histrions » dans leur chariot de fortune sur les routes de France, on les écoute déclamer leur texte de la commedia dell’ arte, on tremble avec eux face au vilain Vallombreuse (qu’on va découvrir tout autrement dans un retournement final). Très omanesque et sentimental, le roman peut faire penser à un titre de Dumas, de cape et d’épée il offre également de beaux moments de duels et de bravoure. Bref, avec un peu d’humour pour couronner le tout, c’est un roman agréable à découvrir, complet et distrayant. A écouter sur une plage en faisant des sudokus, par exemple :)

Bel été à toutes tous !

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27 juin 2025 5 27 /06 /juin /2025 17:02

Migrations (Poche 2024), de Charlotte McConaghy | Livre de Poche

 

Franny Stone est une jeune femme d’origine irlandaise qui tente coûte que coûte d’être acceptée sur un bateau de pêche pour suivre la migration de trois sternes arctiques qu’elle a réussi à baguer. Ces oiseaux stupéfiants sont en effet capables de voler de l’Arctique à l’Antarctique et de revenir la même année.  C’est Ennis Malone, capitaine du Saghani qu’elle a réussi à convaincre un peu malgré lui. Elle embarque donc dans cet univers hostile, principalement entourée d’hommes, et tente d’aider et de travailler comme les autres à la bonne avancée du bateau en échange de cette promesse de poissons : là où il y a des sternes, il y a des poissons. Mais cette odyssée ne se passera pas comme elle le souhaitait et la situation est telle qu’un arrêté finit par interdire la pêche professionnelle. Petit à petit, des pans du passé douloureux de Franny nous sont dévoilés mais aussi de cette rencontre extraordinaire avec Niall Lynch, un ornithologue qui deviendra son mari.

Qui dirait qu’un roman sur les sternes arctiques pourrait se révéler passionnant ? C’est le cas pour ce road-trip à travers les mers et les étendues glaciales du Canada, du Groenland puis de tout l’Atlantique. Il fait partie de ces livres qui bouleversent et stupéfient à la fois, nous sortent de cette zone rassurante de notre quotidien. Franny est une héroïne écolo qui, abîmée par la vie, avec sa personnalité franche et intrépide, brave les interdits, défie toutes les règles. On se retrouve avec elle, ballottés, malmenés, secoués par les tempêtes et les froids polaires. J’ai mis du temps à comprendre que j’avais à faire à une dystopie car l’autrice nous emmène dans un hypothétique avenir à pas de loup, sans dresser un tableau cataclysmique de la situation des océans ... dans la première partie du moins, pour le reste du livre, le constat est navrant et affligeant puisqu’il est question de la disparition de tous les animaux sauvages. Cette lecture a été une claque, à la fois d’une beauté inouïe et d’une violence à rude épreuve. Avec cette impression d’avoir le mal de mer tout le long, de lutter pendant des heures avec l’héroïne, le lecteur ne peut ressortir indemne de ces pages qui résonnent pourtant d’une triste justesse. A lire, sans aucun doute.

---    Coup de cœur    ---

 

Je participe ainsi au challenge de Fanja Book Trip en mer, édition 2025.

« Ma sterne est la première à partir. J’ai fini par la voir comme mienne, car elle a réussi à se faufiler en moi pour s'enfermer dans ma cage thoracique. Dans les lueurs d'un soleil d'or, elle ouvre grandes ses ailes et commence à léviter. Elle sonde l'air, sonde aussi peut-être son appétit ou son désir. Quoi qu'elle ressente, elle s’en satisfait et en un battement d'ailes, elle s'élève, comme flottant vers le ciel, de plus en plus haut, sans effort et sans entrave. »

Franny a toujours fui, s’en est toujours allée : « Toute ma vie n'aura été qu'une longue migration sans destination, autant dire une migration qui n'avait aucun sens. Je pars toujours sans raison, juste pour être constamment en mouvement, et cela me brise le cœur en mille, dix mille morceaux. Quel soulagement d'avoir enfin un but. Je me demande comment je me sentirai quad le moment viendra. Je me demande où on va quand on part, et si quelque chose vient avec nous. Mon idée, c’est plutôt qu’on ne va nulle part et qu’on ne devient rien. »

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