
Je poursuis, très lentement, ma lecture – dans l’ordre – des Rougon-Macquart. Sixième tome.
Nous sommes à la Chambre des députés, c’est la foire un peu comme à l’Assemblée nationale de nos jours, on dort, on crie, on bavarde, et les commérages vont bon train. Le clou du « spectacle », c’est la démission d’Eugène Rougon. Lui est satisfait mais son entourage, ses « amis » de la politique se sentent perdants et lui font bien comprendre. Rougon n’a d’yeux que pour la belle Clorinde qui elle, en femme séduisante et très futée, construit son petit bonhomme de chemin en se servant d’un Rougon qui semble toujours épris d’elle. Parce qu’il est craint et sait gouverner d’une main de fer, Rougon se voit confier par l’empereur le ministère de la Justice où il finira par perdre sa « bande », ceux qui étaient de son côté (en apparence) jadis.
J’ai démarré la lecture de ce roman à reculons, étant donné la thématique (le monde politique) qui ne m’inspirait pas (du tout). Je dois bien avouer que mes craintes furent confirmées, la première partie du roman m’a ennuyée et la deuxième... m’a barbée. Certains passages ont déclenché un petit sursaut d’intérêt (cette scène initiale drôle et théâtralisée à souhait, l’attentat contre l’empereur – très vite expédié d’ailleurs, le personnage de Clorinde, les soirées chez Napoléon III, le cortège à l’occasion du baptême du prince, certaines anecdotes historiques). Si ça n’avait pas été Zola, j’aurais laissé tomber ma lecture, j’ai trouvé assez classique cette histoire d’ascension et de chute, cette femme qui, l’air de rien, remporte la partie sur l’homme (et tant mieux) et il m’a manqué un souffle pour me tenir en haleine. Sans acmé(s), sans véritable revirement de situation, l’histoire vivote souvent avec des personnages qui manquent de cohérence et de consistance (à commencer par Rougon) et qu’on ne comprend pas toujours. Les cancans entre politiciens, leurs trahisons, leurs manipulations et leurs petits complots d’opportunistes sonnent très juste (et toujours d’actualité) mais ils ne m’ont jamais vraiment surprise et ont fini par me lasser. Évidemment que je suis déçue de n’avoir pas aimé un Zola. C’est sûr que le prochain et huitième tome des Rougon-Macquart ne connaîtra pas ce sort-là puisqu’il s’agit de L’Assommoir, roman que j’ai déjà apprécié il y a une vingtaine d’années.
A peine ironique : « Rougon, à son tour, tonnait contre les livres. Il venait de paraître un roman, surtout, qui l’indignait : une œuvre de l'imagination la plus dépravée, affectant un souci de la vérité exacte, traînant le lecteur dans les débordements d'une femme hystérique. Ce mot, d’« hystérie » parut lui plaire, car il le répéta trois fois. Clorinde lui en ayant demandé le sens, il refusa de le donner, pris d'une grande pudeur. »
« En France, dès qu’il y a cinq messieurs dans un salon, il y a cinq gouvernements en présence. Ça n’empêche personne de servir le gouvernement reconnu. »
Une soirée chez l’empereur, à Compiègne : « Les hommes se penchaient, disaient un mot, puis se redressaient, dans le secret chatouillement de vanité de cette marche triomphale ; les dames, les épaules nues, trempées de clartés, avaient une douceur ravie, et, sur les tapis, les jupes traînantes, espaçant les couples, donnaient une majesté de plus au défilé, qu'elles accompagnaient de leur murmure d'étoffes riches. C'était une approche presque tendre, une arrivée gourmande dans un milieu de luxe, de lumière et de tiédeur, comme un bain sensuel où les odeurs musquées des toilettes se mêlaient à un léger fumet de gibier, relevé d'un filet de citron. »
La Faute de l'abbé Mouret, La Conquête de Plassans, Le Ventre de Paris, La Curée, La Fortune des Rougon.











