Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 14:28

                Quand je voyage, j’aime que mes choix de lecture aillent dans la même direction. Destination Amsterdam, quoi de plus naturel que de choisir un roman policier écrit par une journaliste hollandaise.

                Karen et Michel, heureux parents dynamiques de deux enfants ont quitté la grande ville d’Amsterdam pour un petit village paisible non loin de là. Pour Karen, tranquillité va vite rimer avec ennui profond. Heureusement qu’elle fait la connaissance de quatre jeunes femmes de son âge, bourgeoises, sportives, fêtardes qui vont l’embrigader dans leur Club des dîneurs. Leurs maris s’entendent si bien, leurs enfants ont presque le même âge. Bref, entre shopping, dîners débridés et parties de tennis, c’est le bonheur… jusqu’à ce qu’on apprenne que l’un d’eux, Evert, a mis le feu à sa maison avant d’y périr. Heureusement, sa femme Babette et leurs deux enfants ont survécu au drame. Evert était dépressif, ses amis culpabilisent mais Hanneke a la réaction la plus ostentatoire, la plus impulsive. Elle disparaît le jour de l’enterrement avant d’être retrouvée défenestrée. Un suicide ? Il apparaît vite qu’Hanneke avait une liaison avec Evert. Mais Karen ne veut croire que sa meilleure amie avait des envies d’en finir… elle mène l’enquête dans son coin et se heurte au désir envahissant de Simon, le copain si séduisant qui lui plaît depuis deux ans…

                  On n’est pas loin de l’ambiance de Desperate Housewives, c’est grinçant à souhait, c’est en apparence tout sourire, clinquant et brillant mais derrière la belle couche de vernis moisissent les pires défauts du monde liés, bien sûr, à l’argent. La narratrice semble d’abord exempte de ces travers et, au bout d’un moment, elle doit bien admettre elle-même qu’elle s’est vautrée, elle aussi, dans les péchés de luxure, d’envie et de mensonge. Est-ce qu’un assassin rôde parmi le groupe d’amis ? Si oui, qui est-il donc ? On pourrait classer ce polar parmi les lectures de plage (c’est toujours un peu péjoratif) mais le style n’est pas mauvais, la plongée dans cette petite bourgeoisie hollandaise absolument délectable et je dois bien admettre qu’il ne m’a pas fallu deux jours pour lire ce très bon page turner. Par contre, à part des virées incessantes à vélo, je n’ai rien appris sur les mœurs néerlandaises !

« L’été qui suivit sembla durer éternellement. Les repas, les fêtes, les anniversaires et les barbecues sur la plage avec nos nouveaux amis s’enchaînaient. Depuis la fête chez Simon et Patricia, nous fêtions ensemble les anniversaires des enfants, nous passions à l’improviste prendre un café, nos maris jouaient au tennis le vendredi soir et nous terminions tous les soirées au Verdi, le café local sur la place : tout cela allait de soi. »

Partager cet article
Repost0
28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 20:26

Résultat de recherche d'images pour "Gérard - Cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin"

           Le projet de cette BD est né d’un voyage en Azerbaïdjan : Gérard Depardieu s’y rend pour tourner un documentaire intitulé Retour au Caucase en hommage à Alexandre Dumas et Mathieu Sapin accepte de l’accompagner sur la demande de Dargaud. Ce projet va générer une première rencontre suivie de beaucoup d’autres collaborations, d’autres voyages, d’autres discussions (généralement à sens unique !) qui aboutiront à cette BD.

             Gérard Depardieu est un personnage haut en couleurs, énorme, gros mangeur, très bavard, surprenant. Il peut aussi bien pousser une gueulante contre un serveur qu’il ne peut pas voir en peinture que se montrer très doux et attentionné envers un parfait inconnu. Jamais il ne refuse une photo ou un selfie, toujours sa porte est ouverte au sens propre comme au sens figuré, qu’il s’agisse de son grand appartement parisien que de son immense chambre d’hôtel à Moscou. Il a un vieux portable à touches qui sonne sans arrêt, c’est un homme impudique qui adore se promener torse nu. Son franc parler se manifeste souvent par une certaine vulgarité ou des coups de gueule qui peuvent s’estomper aussi vite qu’ils se sont déclenchés. Amateur d’art et de musique, il connaît toutes les célébrités et, surtout, il est connu dans le monde entier (ce serait la star française la plus célèbre). Quand il tourne, il déteste faire une prise plusieurs fois et ne quitte pas son oreillette dans laquelle on lui souffle son texte. Grande gueule, sans-gêne, si riche que l’argent n’a plus aucune valeur pour lui, il aime aussi le rustique, le simple, le terroir. A la fois agaçant et attachant, l’acteur affirme qu’il n’a pas l’intention de vivre au-delà de 74 ou 76 ans, vivre vieux ne l’intéresse pas, c’est pour cela qu’il ne fait pas de sport. Par contre, il a (presque) arrêté de boire de l’alcool. Les liens très forts avec la Russie de Poutine ainsi que sa velléité de s’exiler en Belgique (rien à voir avec l’argent, c’est parce que la France l’emmerde !) l’ont rendu parfois antipathique mais Depardieu s’en fout complètement.

              La BD est réussie parce que le point de vue de l’auteur, Mathieu Sapin, nous donne l’impression d’être à côté de cet homme rugissant et bruyant (que d’onomatopées lui sont consacrées !). Intimidé, impressionné, minuscule par rapport au gros bonhomme, le dessinateur démystifie tout de même le monstre sacré du cinéma français. C’est la grenouille qui suit le bœuf, se fait parfois rabrouer, piquer son carnet de croquis, il doit subir les sautes d’humeur et les caprices de l’ogre… qu’il ne peut s’empêcher d’admirer. Le résultat, c’est une BD aussi énorme que le personnage, peut-être aussi complexe que lui, drôle, fantasque et imprévisible. Une belle lecture divertissante !

 

« Le cinéma, c’est un métier qui rend con. »

Résultat de recherche d'images pour "Gérard - Cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin"

Partager cet article
Repost0
25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 10:35

 

Couverture du livre : Cette nuit

              Ce court roman a obtenu le Prix Orange 2018, et c’est une bonne nouvelle car il le mérite amplement.

              Salomon est maintenant un vieil homme, veuf, dans son lit, une nuit, il se remémore son passé, ces fêtes pascales juives de Seder qui ont rythmé sa vie, son passage à Auschwitz qui ne le cesse de le hanter, le grand amour de sa vie, Sarah, décédée deux mois plus tôt et son humour noir qu’elle redoutait tant. Sarah et Salomon ont eu deux filles désormais adultes. Le patriarche souhaiterait, en ce matin de Pessah, offrir une fête digne de ce nom à sa famille mais sans Sarah, est-ce encore possible ?

              Ce récit mêle l’humour et une grande tendresse. Les deux pieds dans les traditions juives tellement omniprésentes, Salomon se dépatouille comme il peut avec ce passé de l’horreur. Il ne raconte pas la Shoah mais la glisse au détour d’une conversation, la place là où on ne l’attend pas, dans une pique, une blague, un jeu de mots sordide. Cet esprit sarcastique cache une grande douceur et un amour immense qu’il réserve à sa femme. Une réflexion sur la famille, très juste, sort des sentiers battus, et parle au lecteur, inévitablement. Le texte est bien écrit, subtil, puissant, instructif pour moi qui ne connais rien aux traditions juives. Il a vraiment ce petit-quelque-chose qui nous embarque tout de suite dans son univers, une originalité élégante qu’il faut absolument goûter.

 

Quelques blagues concentrationnaires très particulières : lorsque ses filles étaient petites, Salomon leur avait gagné deux poissons rouges à une fête foraine. Il a appelé l’un Goebbels, l’autre Goering… A la mort de Goebbels, le papa de la fillette a été convoqué par la maîtresse parce que l’élève remplissait son cahier de «Goebbels» entouré de cœurs…

 Tania, la petite-fille de Salomon a été vue donnant la main à un Allemand : « Mais regardez, il ne manque qu’une Totenkopf et on s'y croirait. La réconciliation franco-allemande a de grands jours devant elle ! Que c'est beau de pouvoir se balader avec un Schleu sans être inquiétée, ma petite Tania, c'est ça l'Europe. Des nazis écolos ! Si j'avais pu dire à tous ces Fritz qu'un jour ma petite-fille sortirait avec leur progéniture, vous imaginez ? Rudolf Höss, ne me douchez pas, il y a une vidéo de Tania qui tient la main d'un beau SS ! Je vous pro-mets. »

Partager cet article
Repost0
21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 09:29

Résultat de recherche d'images pour "foenkinos charlotte livre audio mp3"

 

            Il ne faut jamais dire jamais, n’est-ce pas. Alors que j’avais détesté La délicatesse (oui, on peut dire ça comme ça), j’ai tout de même réitéré l’expérience Foenkinos et j’ai bien fait !

             Une épée de Damoclès plane sur la famille de la petite Charlotte : sa tante s’est donné la mort, puis sa mère mais aussi sa grand-mère. Dans cette lignée de femmes suicidées, et dans un contexte particulièrement difficile puisque pour Charlotte, juive, est née à Berlin en 1917, il est difficile de se faire une place. Après la mort de sa femme, son médecin de père va épouser une cantatrice qui l’aimera et, surtout, lui fera connaître le grand amour de sa vie : Alfred. Les conversations avec ce professeur de musique autour de la créativité vont pousser Charlotte à persister dans sa passion qu’est la peinture. En 1939, Charlotte quitte parents, amant et Berlin pour s’installer chez ses grands-parents réfugiés dans le sud de la France. C’est à peu près à ce moment-là que sa grand-mère se suicide et seulement ainsi que son grand-père lui révèle la vérité sur les morts de ses ancêtres. Internée avec le vieillard -en qui elle ne peut plus faire confiance- au camp de Gurs, Charlotte perd ses repères mais se retrouvera finalement libérée. En 1943, le grand-père meurt ; Charlotte ne cessera ne peindre et de créer des œuvres personnelles et symboliques (qui me font penser à celles de Frida Kahlo) et, peu de temps après, épousera Alexander. Un bonheur de courte durée puisque, suite à une dénonciation, le couple est emmené à Auschwitz. Charlotte, enceinte de 4 mois, y mourra, suivie de peu par son mari.

             Non seulement Foenkinos raconte la vie d’une artiste et d’une femme mais il se glisse subrepticement dans le récit en apportant une touche personnelle à ses recherches,  à cette quête de la vérité – et cela, en toute humilité. C’est une découverte en livre audio pour moi, Yves Heck lit le roman et, s’il a tendance à interpréter le texte, s’il n’est pas neutre dans sa lecture,  ça ne m’a pas dérangée, bien au contraire, ça m’a aidée à me plonger encore plus facilement dans l’univers de cette jeune femme à qui on s’attache très vite. J’ai beaucoup apprécié ces cinq heures d’écoute retraçant le parcours exceptionnel d’une femme qui, on le sent bien, a complètement passionné l’auteur.

 

 

Partager cet article
Repost0
18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 19:42

Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent.

               Si le tome 1 de ces portraits de femmes hors du commun m’a convaincue, cette suite m’a totalement subjuguée !

              Je ne vous présente que quelques destins, il faut absolument lire la BD pour découvrir tous les quinze !

               Sonita Alizadeh naît en Afghanistan, un pays où être femme est considéré comme « un poids financier ». A 9 ans, elle évite de justesse un mariage (forcé, évidemment) et la famille se réfugie en Iran. Sonita est accueillie dans un centre pour enfants réfugiés où elle fera la bonniche mais où elle entendra pour la première fois « une musique inouïe, qui lui fait l’effet d’un énorme gifle » : le rap. Elle écrit en cachette, chante du rap pour ses copines mais sa mère veut la vendre pour que son frère puisse « se payer une femme ». Une réalisatrice iranienne filme Sonita qui chante « Mariées à vendre » et grâce au succès de la vidéo diffusée sur Youtube, Sonita se rend aux Etats-Unis où elle fait des études et lutte encore aujourd’hui pour les droits des femmes.

               Thérèse Clerc est un visage connu, pourtant, elle a mené une petite vie banale de mère de famille et d’épouse rangée jusqu’à ses 40 ans, en mai 68, où elle découvre des notions comme l’émancipation, le féminisme, le plaisir sexuel. Elle plaque tout, tombe amoureuse d’une femme et, des années plus tard, fonde une « anti-maison de retraite », la Maison des Babayagas, où des femmes cohabiteraient et continueraient, malgré le grand âge, à sortir, avoir une vie culturelle et intéressante, à s’autogérer.

               Comment ne pas évoquer Phulan Devi, native de l’Uttar pradesh dans une famille très pauvre et qui a vécu des cauchemars toute sa vie, maintes fois violée, battue, mariée de force, emprisonnée. Ses lueurs d’espoir : la rencontre avec Vikram, le seul homme qui la respecte et l’aime… et son désir de vengeance. Surnommée la « reine des bandits », elle torture et tue ses anciens bourreaux mais, plus généralement, défend les opprimés. Elle finit par entrer au Parlement en 1966, fait voter des lois pour la protection des femmes et des pauvres mais en juillet 2001, elle meurt de deux balles dans la tête par ses ennemis.

                  Citons encore Nellie Bly, première femme journaliste d’investigation ou encore Katia Krafft, Alsacienne comme moi, qui, par sa passion des volcans, a su sauver des milliers de vies. Ou encore Peggy Guggenheim que je connaissais un peu pour avoir vu son musée à Venise, animée d’une ferveur incroyable pour le surréalisme et l’art abstrait.

                 Des portraits tantôt ahurissants, tantôt très émouvants de femmes portées par un élan de courage inégalable, une envie de secouer les traditions sclérosés et les esprits étriqués. L’humour et les dessins rendent ces grandes femmes plus accessibles. Bravo à Pénélope Bagieu d’avoir pris le temps de rendre hommage à ces femmes précieuses. Je ressors de cette lecture toute chamboulée. Coup de cœur évident !

Résultat de recherche d'images pour "culottees 2 bagieu"

Partager cet article
Repost0
15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 16:36

             Le juge et son bourreau par Dürrenmatt

               Après avoir créé la surprise délicieusement bonne avec La Panne, Dürrenmatt continue à m’impressionner avec ce court roman policier qui porte, encore une fois, sur la justice et le jeu qu’elle pourrait jouer.

              Nous sommes en Suisse. Un flic nommé Schmied est retrouvé mort dans sa voiture, un trou dans la tempe. Baerlach, le vieux commissaire malade, bourru et aigri se retrouve affublé d’un collègue aussi jeune qu’avide de réussir. L’enquête mène vite les hommes sur la piste d’un homme richissime, Gastmann, qui organisait des soirées guindées et artistiques auxquelles Schmied participait sous un faux nom. Je ne pense pas en dire trop en révélant que ce Gastmann est une vieille connaissance de Baerlach. A une autre époque, les deux hommes avaient fait un pari démoniaque : Gastmann voulait absolument prouver à son ami qu’on pouvait commettre le crime parfait sans se faire prendre… ce qu’il réussit avec une facilité méphistophélique ! Lorsqu’il est question de rendre justice de quelque manière que ce soit et de se tenir en équilibre entre le Bien et le Mal…

             J’ai préféré La Panne mais ce roman est tout aussi surprenant. Encore une fois, une ironie, un ton cynique parcourt l’histoire qui se termine par une belle chute que le lecteur ne peut deviner. Entre faux-semblants et manipulations, le récit - très jouissif!- m'a vraiment fait penser à La Visite de la Vieille dame ! Qu’il me tarde d’en lire encore et encore de cet écrivain !

«  quoi qu’il en soit, la presse reste ce qu’on a réussi de plus inutile comme invention depuis deux mille ans ! »

La définition d’un philosophe : « c’est quelqu’un qui ne fait rien et qui pense beaucoup. »

Baerlach est surpris par l’intrusion d’un homme chez lui, la nuit ; il est aux aguets : « De tout son être, il ne restait plus que ce regard enfoncé dans le noir et fouillant chaque molécule des ténèbres ; il ne restait que cette oreille, avide de percevoir le bruit le plus menu, et cette main à bout de bras, crispée sur le froid métal d’une arme à feu. Et lorsqu’il relève enfin la présence ennemie, ce fut tout autrement que là où il l’avait attendue. Sa joue avait été sensible à un imperceptible changement de température ou à quelque mouvement subtil de l’air, et il s’était demandé à quoi cela pouvait bien correspondre, quand enfin il avait compris qu’avait été ouverte la porte de communication entre la salle à manger et sa chambre à coucher. »

Partager cet article
Repost0
12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 14:32

Résultat de recherche d'images pour "velibor colic manuel d'exil"

              Le narrateur et auteur a déserté, il a quitté la guerre de Bosnie-Herzégovine pour se réfugier en France, plus particulièrement à Rennes où il débarque en été 1992. Dans sa minuscule chambre au foyer des réfugiés, Velibor ne se sent pas à sa place, à vrai dire, il s’estime bien au-dessus  des « pauvres paysans, bergers et miséreux du tiers-monde » qui l’entourent. Parce qu’il a lu, parce qu’il écrit, il aimerait avoir une autre vie que celle faite d’errance, de solitude et de beuveries. Entre Paris, Strasbourg et Budapest, il va faire des rencontres, parfois heureuses, parfois mauvaises, il va maigrir et grossir, traîner, écrire, se souvenir de sa Kalachnikov, « des oiseaux qui tombaient du ciel, brûlés par la colère stupide des hommes. »

             Ce récit autobiographique écrit 25 ans après cette désertion et cet exil mêle différents genres : la poésie, l’humour parfois potache, la fantaisie à la Boris Vian, le récit picaresque … Ce melting-pot est à l’image de ce type qui n’a plus de repères, qui a peur mais fait le fanfaron, qui veut mourir cent fois mais écrit tous les jours et apprend le français avec une rage tenace. Une ligne conductrice : l’autodérision qui rend le texte drôle et coloré. Je me suis parfois perdue dans les choix étranges et paradoxaux ou lorsqu’il décolle légèrement de la réalité mais ce témoignage vaut tout de même la peine d’être lu, certains passages sont vraiment sublimes.

« Dieu pêche les âmes à la ligne, le Diable les pêche au filet. »

A Paris : « Dans ma chambre il fait tellement froid qu’en prenant ma douche je garde mes chaussettes. Pour me laver les dents je mets si peu de dentifrice que cela ressemble à un nettoyage à sec. Mon déodorant est Eau Parisienne, c’est-à-dire de l’eau du robinet, et mon parfum est belge. Avant de sortir, je m’asperge de quelques gouttes de bière derrière les oreilles. »

« Pour écrire après une guerre, il faut croire en la littérature. Croire que l’écriture peut remettre en branle des mécanismes qu’on a mis au rebut lors du recours aux armes. »

Partager cet article
Repost0
9 juin 2018 6 09 /06 /juin /2018 16:24

Image associée

Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent.

            Tout est dit dans le sous-titre de cette BD à la fois drôle, instructive et édifiante. Pénélope Bagieu nous présente des mini-biographies de femmes exceptionnelles qui sont allées à contre-courant de ce qu’on attendait d’elles.

           Clémentine Delait est la première femme à assumer sa pilosité du menton et à ouvrir un bar où on peut boire un coup mais aussi admirer la « femme à barbe ». Margaret Hamilton fait de sa laideur et de son pouvoir à terrifier les autres une force qui la classera parmi les actrices les plus douées. Delia Akeley a perfectionné ses connaissances africaines en suivant son taxidermiste de mari ; une fois délaissée par lui, elle décide d’entreprendre sa première expédition en solo et devient la première femme à avoir traversé l’Afrique d’Est en Ouest. On connaît tous la formidable Joséphine Baker qui est passée des revues nègres de Broadway à une homosexualité revendiquée et à une défense acharnée de la lutte contre les discriminations raciales. Je ne vais pas raconter toute la BD, elle est suffisamment délicieuse pour que chacune et chacun s’y plongent mais mon portrait préféré est celui de Tove Jansson, une Finnoise. Elevée dans un univers d’artistes, Tove parcourt le monde pour étudier les Beaux-Arts dans les années 20 où le milieu reste encore bien macho. Elle crée alors Les Moumines, un livre illustré pour enfants (personnellement, je ne connaissais pas !) où elle se raconte de manière très implicite. Le succès retentissant l’enfermera dans une prison dorée, et heureusement, elle refusera une collaboration avec Walt Disney. Sa rencontre amoureuse avec une autre artiste finnoise, Tuulikki, mais aussi la mort de sa mère adorée, lui feront abandonner les commandes et les obligations. « Elle recommence à écrire par plaisir, sans enjeu […] et passe le restant de ses jours à écrire, peindre, à fumer, à voyager, et à profiter de Tuulikki. »

                 J’ai adoré cet album frais, féministe (of course), tendre et survolté à la fois. On se rend compte, encore une fois, qu’aux quatre coins du monde, les femmes doivent se battre au quotidien pour sortir la tête de l’eau, s’émanciper, assumer leurs choix, être autre chose qu’un être obéissant, une mère pondeuse ou une bonne ménagère. Elles sont des championnes, en fait !

Un livre à mettre entre toutes les mains !!!

Résultat de recherche d'images pour "Culottées – tome 1 – de Pénélope Bagieu"

Partager cet article
Repost0
4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 22:40

Résultat de recherche d'images pour "couleurs de l'incendie lemaitre"

              Madeleine Péricourt enterre son père, Marcel Péricourt. Curieuses obsèques puisque l’unique fils de Madeleine, Paul, chute du balcon et tombe sur le cercueil. A-t-il sauté volontairement, l’a-t-on poussé ? Mystère… Paul va rester paralysé et Madeleine emplie d’interrogations et de culpabilité. Heureusement que la fortune est assurée grâce au bras droit de Marcel, Gustave, qui parvient à faire pérenniser l’empire financier de la famille. Oui, mais si Gustave était promis à Madeleine, qu’elle a accepté ce mariage intéressé avant de se raviser, il lui en veut… Rancune qui s’exprimera concrètement par la ruine de Madeleine qui sera contrainte de déménager. Léonce, sa domestique la plus dévouée, trahira sa maîtresse en épousant Gustave. Paul, ce garçon réservé et bègue, n’aura d’yeux et d’oreilles que pour l’impressionnante Solange, cantatrice aussi talentueuse qu’énorme. N’oublions pas Charles Péricourt, l’oncle de Madeleine qui, après avoir été moult fois sorti de la panade par Marcel, ne montre aucune reconnaissance envers Madeleine. Pourtant, il va connaître bien des soucis financiers et familiaux (comment marier deux filles imbéciles très laides ?) Madeleine n’a plus qu’une idée en tête : se venger de tout ce beau monde en réunissant une équipe digne de Mission impossible pour prendre sa revanche, des sous et une dignité qu’il sera difficile de retrouver.

              Il me tardait de lire ce roman, comme beaucoup qui avaient adoré Au revoir là-haut. Je dois avouer ma déception, elle n’est pas immense mais déception il y a tout de même. Je qualifierais cette lecture d’agréable, génératrice de sourires parfois et de réflexions de temps en temps mais, pour ma part, à l’origine d’ennui, aussi. Cela est dû à certains personnages stéréotypés, cette Madeleine, même si elle oscille subtilement entre le Bien et le Mal, est une dinde tout de même ! Robert, l’amant de Léonce, n’est pas en reste puisqu’il n’est qu’un corps (très beau, le corps, apparemment) sans cerveau. Que dire des sœurs jumelles de Charles qui rivalisent de laideur et de stupidité ? Ce remake du Comte de Monte-Cristo version féminine fait la roue à la manière d’un paon qui veut montrer toutes ces belles couleurs. C’est bien écrit, bien ficelé, irréprochable d'un point de vue esthétique, assez prévisible ; mais j’ai tantôt été ennuyée par l’univers de la banque un peu trop présent, tantôt été agacée par la théâtralisation des rebondissements. Les cent dernières pages, plus cocasses que les précédentes sont les meilleures… … sur 530, c’est peu.

Les filles de Charles : « Il avait deux files montées en graine, aux jambes maigres, aux genoux cagneux et à l’acné florissante, qui pouffaient de rire en permanence, ce qui les contraignait à masquer avec la main la denture épouvantable qui faisait le désespoir de leurs parents ; on aurait dit qu’à leur naissance, un dieu démoralisé avait balancé à chacune une poignée de dents dans la bouche, les dentistes étaient consternés ; sauf à tout éradiquer et à leur poser un râtelier dès la fin de leur croissance, elles étaient promises à vivre derrière un éventail toute leur vie. »

Partager cet article
Repost0
1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 15:01

La Mise à nu -

            Louis est un professeur d’anglais en fin de carrière.  Divorcé, il ne voit plus guère ses deux filles maintenant adultes et sa vie casanière n’est pas très palpitante. Lorsqu’un ancien élève devenu peintre, Alexandre Laudet, lui propose de poser pour lui, Louis accepte sans trop comprendre pourquoi. Doucement, le lien d’abord tenu entre les deux hommes va s’amplifier, se révéler, prendre une importance déroutante. Alexandre envisage de faire un triptyque, sachant que Louis pose d’abord tout habillé, puis qu’il ôte la chemine, vous pouvez deviner la finalité explicitée dans le titre-même. Louis profite de ces plages silencieuses et contemplatives pour se remémorer des instants de sa vie passée, son premier amour, un voyage impromptu en Ecosse, des bourrasques maritimes, des tours de rocade pour rien. Mais ces rendez-vous insolites entre un homme vieillissant et un jeune peintre à la mode homosexuel font faire enfler les rumeurs dans cette petite bourgade provinciale. Combien de temps ce pari audacieux tiendra-t-il ?

            J’ai beaucoup aimé cette lecture et, surtout, avant tout, ce face-à-face entre deux hommes qui ne sont ni amis, ni amants, ni parents. Ces instants complètement à part où Louis pose devant son ancien élève, cette intimité inaccoutumée et presque insolente est complètement fascinante. J’ai pensé à Mr Gwyn de Baricco que j’ai tant adoré où là aussi une relation insolite est artificiellement créée pour aboutir à un résultat magique. Cette proximité entre deux inconnus m’a aussi rappelé les débuts de mon atelier-théâtre-que-j’aime-tant : quelques touchers et manipulations entre inconnus, quelques regards appuyés ont rapidement su dépasser les premières gênes pour installer une forte complicité. Mais je digresse : La mise à nu comporte, en son cœur, ce que j’aime trouver dans un roman : une ambiguïté dans les relations humaines, des personnages plus complexes qu’il n’y paraît au premier regard et qui évoluent au contact de l’autre. Certains passages sont de petites étincelles qui vous emplissent les yeux de bonheur.

« On connaît si peu ses propres enfants, au fond. On connaît si peu les autres, en général. On ne fait que projeter sur eux les fantasmes qu’ils nous inspirent. »

Je n’avais jamais envisagé les choses de cette manière : « Regards appréciateurs. Applaudissements muets. La salle des profs est une scène de poche où chacun de nous tente, par moments, de devenir maître de comédie. »

« Je reprends ma liberté. »

Partager cet article
Repost0