
Cela fait quelques années que je guette les sorties des œuvres d’Olivier Adam, les déceptions ont été rares et ce livre fait partie des (très) bons crus.
La narratrice est une jeune femme qui travaille dans une maison d’édition. Elle est la fille d’un chanteur célèbre et se rend à Lisbonne pour le retrouver. A travers plusieurs retours en arrière, on apprend que cette fille n’a jamais vu ses parents vivre ensemble, qu’elle a été délaissée par sa mère trop belle –trop coquette – trop courtisée – à l’âge de huit ans, que son père l’a recueillie sans jamais véritablement jouer le rôle de parent. Que son enfance et son adolescence ont été marquées par des fêtes et des orgies dans la grande villa de son père, qu’il a collectionné les aventures, les amis, les cuites, les colères contre les paparazzis. Elle a vécu dans son ombre, entre crainte et tendresse, entre respect et distance. Et puis elle est devenue une femme, exilée à Paris, vivant chichement et discrètement, en sourdine et en transparence. Un jour, son père disparaît, ses affaires sont retrouvées de telle manière que tout laisse penser à un suicide. Oui mais les deux copains de la narratrice l’ont aperçu à Lisbonne. Dans cette quête portugaise, elle reviendra transformée, cessant doucement de se tourner vers ce mystère paternel et se préoccupant enfin d’elle-même.
On s’engonce dans la douceur de ce roman comme dans un immense coussin moelleux dont on ne voudrait plus émerger. Mélancolique sans être attristant, sensible sans être larmoyant, ce texte à fleur de peau se double d’une enquête sur un père à la personnalité fuyante et complexe. Le star système est largement égratigné (et ça sent le vécu) et insiste sur ceux qui vivent à côté de la célébrité. Les promenades dans les rues de la belle Lisbonne n’ont fait que rajouter quelques petits bonheurs à cette lecture qui en contient déjà tant !
La fille : « A l’extérieur, dans les bureaux, les boutiques, les appartements, les éclairages trop crus me blessent. Les néons froids, les laids halogènes, les ampoules nues accrochées aux plafonds. Une écharde dans la rétine, une autre dans le cœur. […] Mes manies. Mes empêchements. Mes troubles obsédants […] Les objets que j’assignais à des emplacements millimétrés. Les plafonniers que j’avais privés d’ampoules. Le volume de la musique, du téléviseur, que je maintenais au minimum.»
Le père aux mille visages (dont la dimension schizophrénique me parle…) : « Tourmenté ou serein. Jouisseur ou ascète. Zen ou déglingué. AU fond du trou ou exalté. Mondain ou solitaire. Bavard ou muet. Noceur ou paysan. Mystique ou cynique. Dandy magnétique, semi-clochard céleste, rockeur inflammable, rongé d’alcool. Moine trappiste, vieux sage cosmique abstinent, parlant aux arbres et fondu dans le ciel, aux roches, aux galets, aux transparences des eaux courant limpides sur les cailloux dorés. Dragueur princier, collectionneur de femmes ? Amoureux transi brisé par ses ruptures successives. Homme d’un seul amour. Chanteur adulé. Ermite. Père absent. Père maladroit, emprunté et inquiet. Père évaporé sans laisser de traces. »
A lire en priorité : Les Lisières, La renverse.









