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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 22:40

 

 

              J’avais découvert l’auteur avec les fascinants Falsificateurs. Voici son dernier roman.

                Walker a tout réussi : chef d’une entreprise de transports qui n’a fait que grandir et prospérer, il est un homme d’affaires à la fois coriace et généreux. Dans son ménage, c’est sa femme Sarah qui élève leurs trois enfants mais il n’est pas absent, il emmène l’un au cours de sport, aide l’autre à faire ses devoirs, partage avec l’aîné sa passion du cinéma. Bref, il est sur tous les fronts. A quarante ans passés, cette situation ne le satisfait plus. Il aimerait avoir du temps rien que pour lui, mais, à cause de son incapacité à déléguer, il ne connaît plus ni moments futiles, ni instants légers faits de loisirs et de choix personnels. L’achat d’une résidence secondaire au bord de la mer orchestré par son épouse sera peut-être la goutte d’eau : il ne veut pas se sédentariser pour les vacances, il a besoin d’espace, de « plus de temps pour lui, sans avoir de comptes à rendre. » Face à cette angoisse d’un « avenir tout tracé », l’idée de fuir émerge doucement dans son esprit et il s’y réfugie à chaque fois qu’il est à bout. Il achète un sac à dos et ça le calme, il se procure des manuels bourrés de conseils pour disparaître et ça lui fait du bien. Il va plus loin et s’achète un téléphone prépayé, un kit de survie, un ordi portable sécurisé…  Jusqu’au moment où il décide de mettre ces rêves d’escapade en action. Il va crasher son petit avion dans les montagnes et sauter en parachute. Son plan a fonctionné, vu l’état de la carcasse du turboprop, le pilote est rapidement déclaré mort même si son cadavre demeure introuvable. Quant à Walker, il s’est blessé dans la chute, il a froid, il a faim mais il a réussi son pari, il est libre ! Evidemment, il doit se cacher quelque temps, ne pas être reconnu, de pas tenter d’avoir des nouvelles de sa famille, changer régulièrement de ville, d’apparence, oublier ses anciennes habitudes…

              Si vous comptez lire le roman, arrêtez-vous ici ; je trouve que la quatrième de couverture en dit déjà un peu trop. Un détective nommé Shepherd s’empare de l’affaire et explique à la veuve qu’il doit être sûr que Walker est mort pour faire jouer les assurances. C’est un détective brillant qui reconnaît Walker sur les caméras de surveillance d’un supermarché. Une traque infernale commence mais  nous avons affaire à deux hommes très intelligents et extrêmement rusés et ce duel les mènera loin sous l’œil de l’épouse qui sait que son homme n’est pas mort.

             Avec ce thème romanesque par excellence et l’écriture fluide de Bello, cette lecture m’a procuré beaucoup beaucoup de plaisir ! J’ai dévoré le roman en deux jours et je regrette de ne pas avoir su prolonger ce régal ! Je trouve ce genre d’histoire extrêmement excitante et j’ai, je le répète, adoré lire cette fiction. Pourtant, des défauts, on peut en trouver en pagaille et j’avoue avoir été surprise de trouver un ton finalement si léger par rapport au roman Les Falsificateurs qui semblaient si bien documenté, tellement étoffé. Sans rien connaître de Bello, on pourrait même imaginer que L’homme qui s’envola est une œuvre de jeunesse, une sorte de brouillon maladroit de la série qui suivrait. Le roman est truffé d’incohérences et d’invraisemblances : Walker adore ses enfants mais il est prêt à les quitter pour toujours sans plus jamais avoir un seul contact avec eux. Les personnages sont souvent caricaturaux, la fin peu crédible. Et d’ailleurs, être richissime, adulte et intelligent et choisir une vie de quasi mendiant toujours traqué, est-ce crédible ? Et puis, est-ce si difficile de vivre dans l’anonymat le plus complet sans se faire repérer par un détective ? Là aussi, je doute. Quand Walker commet une erreur, c’est l’erreur la plus grossière, la plus visible, la plus flagrante. J’ose espérer que tous ces éléments faisaient partie des choix de l’auteur, d’offrir à un lectorat plus large, une lecture divertissante et attrayante. J’ai été bon public mais je m’en vais lire Les Eclaireurs, la suite des Falsificateurs pour me remplir un peu plus la panse…

« Bonne journée, très bonne journée même. Je crois n’avoir commis aucune erreur. Quitté ma tanière à 3 heures du matin. Elle ne me manquera pas. Les dernières nuits étaient glaciales, je n’aurais pas pu tenir beaucoup plus longtemps. Je suis arrivé à Las Vegas à l’aube. Attendu l’ouverture du Safeway où j’ai rempli mon caddie en un temps record, sans lever la tête. »

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 20:44

       

          L’histoire se passe sur la lune, un flic fait sa ronde quotidienne, il ramène chez lui une jeune fille perdue, il dit bonjour aux quelques personnes qu’il croise, il va prendre son habituel donut accompagné de café au distributeur. Les quelques maigres conversations qu’il tient avec les passants tournent autour de leur retour imminent sur Terre. En effet, tous les habitants de la Lune se font la malle ! Résultat : le flic se retrouve seul avec une serveuse et évidemment, son « taux de résolution des crimes est de 100% » ! Sa demande de mutation est refusée et il vaque à ses non-occupations...

          Dans un monde géométrique bleu Klein, la vie est paisible et routinière, mais vide, terriblement vide ! On tue l’ennui en admirant cette belle Terre que tout le monde s’évertue à rejoindre. On a voulu aller sur la Lune, eh bien voilà : on s’ennuie sec ! En toute simplicité, Tom Gauld nous fait rêver à notre belle planète si riche et si colorée. D’abord un peu désarçonnée par l’extrême sobriété du trait, j’ai finalement été séduite par cette ambiance doucettement mélancolique, teintée de sombre résignation. Grâce à cette réécriture futuriste d’En attendant Godot, on sourit, on réfléchit et on est tout contents d’être sur notre belle Terre !

« 16/20 »

 

 

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 13:10

 

 

           Maben, une jeune femme maigre de n’avoir pas assez mangé, marche le long d’une route de Louisiane. Sa petite fille de cinq ans l’accompagne, elles sillonnent les routes sous un soleil de plomb depuis des heures et des heures pour trouver de quoi manger et un peu de répit. Un vieux gars gentil les dépose à un relais routier et leur donne quelques sous. Maben s’octroie le grand luxe de prendre une chambre minable pour que sa fille Annalee puisse se reposer. Il ne reste que quelques dollars. La nuit, Maben observe deux prostituées par la fenêtre de sa chambre, elle se dit qu’elle pourrait, elle aussi, gagner de l’argent facilement. Elle sort et rejoint un camion dont le chauffeur n’attend que ça mais elle est interceptée par un flic véreux et pervers qui décide de profiter d’elle à l’abri des regards. En parallèle, Russell sort de prison après y avoir croupi onze ans. En arrivant dans sa ville, il se fait casser la figure par deux frères pour qui le châtiment carcéral n’a pas suffi. Russell rejoint son père qui l’attend depuis si longtemps, il fait passer le temps et il se débrouille maladroitement avec cette nouvelle liberté sur les bras. Le hasard -ou le destin- va rapprocher Maben et Russell.

         Ce roman, c’est l’histoire de deux âmes errantes qui se rencontrent, deux vies brisées que le destin a réunies. Un relent tragique parcourt ces pages mais sans jamais s’appesantir, sans tomber dans un pathétique qui pourrait agacer. L’écriture est à l’image du scénario : simple et efficace, point trop n’en faut pour toucher le lecteur et l’emmener dans cet univers poussiéreux, incandescent et sans merci. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture, sur la quatrième de couverture, on la rapproche d’un Faulkner, d’un McCarthy, moi j’ai pensé au film Bagdad Café ou à l’univers de Jim Harrison ou encore à l'ambiance des Souris et des hommes de Steinbeck. C’est sombre sans être pessimiste, c’est empli de vide sans être creux, et puis on s’attache vite à ces deux personnages à la fois complexes et bouleversants. J’aurais pu en faire un coup de cœur si la fin ne comportait pas quelques petites gaucheries dont on se serait passé. Mais Michael Farris Smith est sans aucun doute un grand auteur à suivre (ce n’est que son deuxième roman) !

 

« Elle s’était rendu compte avec le temps que les mauvais coups, une fois que c’était parti, s’amoncelaient et proliféraient comme une espèce de plante grimpante sauvage et vénéneuse, un lierre qui courait tout le long des kilomètres et des années, depuis les visages brumeux qu’elle avait connus jusqu’aux frontières qu’elle avait franchies et à tout ce qu’avaient pu instiller en elle les inconnus croisés en chemin. Un lierre qui s’étendait et se ramifiait sans cesse, s’entortillait autour de ses chevilles et autour de ses cuisses et autour de sa poitrine et autour de sa gorge et de ses poignets et qui se faufilait entre ses jambes, et en regardant la fillette endormie avec son front brulé par le soleil et ses petits bras chétifs elle comprit que cette enfant n’était autre que sa propre main crasseuse qui tentait désespérément de s’extirper de cette masse grouillante de chiendent pour se raccrocher à quelque chose de bien. »

« Et les mots avaient donné un surcroît de réalité à quelque chose qui n’existait pas auparavant. »

 

Je remercie les Matchs de la Rentrée littéraire pour l'envoi de ce roman (j'ai choisi au hasard et je m'en félicite!)

 

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 16:12

 

          Si je vous dis que ce livre est encore un « cadeau » de la box que j’ai reçue, vous allez penser que j’ai été très gâtée, et vous aurez raison : 6 mois x 3 livres, ce n’est pas négligeable !

          En Iran, dans les années 60, nous sommes invités dans la maison d’une famille plutôt aisée, à Abadan. Clarisse est la mère, celle qui cuisine, celle qui pomponne sa demeure et son jardin, celle qui s’occupe des jumelles espiègles et de l’aîné ado lunatique, celle qui fait en sorte que son ingénieur de mari ait une petite vie douillette et confortable, celle qui écoute les plaintes de sa petite sœur Alice qui n’est pas encore mariée et celle qui subit les remontrances de sa mère un peu envahissante. Le jour où de nouveaux voisins emménagent à côté, un imperceptible changement va se produire chez Clarisse et va ébranler son statut de maîtresse de maison parfaite. Certes, la petite des voisins, Emilie, est une vraie peste ; certes, sa grand-mère naine est une détestable bonne femme mais le père, Emile, dégage un charme raffiné, partage les goûts littéraires de Clarisse et s’approche doucettement de cette chère voisine qu’il semble si bien comprendre…

           Encore une fois, j’ai lu un roman « d’ailleurs » vers lequel je ne serais sans doute pas allée spontanément et je ne le regrette absolument pas. Dans ce quartier arménien du Sud de l’Iran, on suit au plus près une famille  qui, finalement, pourrait vivre en France. Entre chaleur torride et invasion de sauterelles, entre confection de feuilles de vignes farcies et collation au sirop de griottes, la voix de Clarisse nous parvient par le biais d’un monologue intérieur quasi omniprésent, qui n’est pas sans rappeler une certaine Mrs Dalloway. Point de scandale ni de rebondissement spectaculaire, le roman puise sa force dans la subtilité et la psychologie de l’héroïne à une époque et dans un pays où on se demande ce que les femmes feraient du droit de vote. Je ne suis pas loin d’avoir adoré ce roman issu d’un univers si paradoxal et tellement intéressant.

Ce roman est paru en 2001 en Iran et a obtenu quatre récompenses dont celle du meilleur livre de l’année.

 

« Je m’assis sur le perron pour admirer les massifs de fleurs de part et d’autre de l’allée. De chaque côté, c’était une profusion d’œillets, verveines, mufliers, delphiniums et pétunias qu’Agha Morteza avait plantés. Je regardai l’ombre que projetait le saule sur la balancelle en fer. »

L’invasion de sauterelles : « La pelouse, les arbres, la haie de buis, l’allée, tout était recouvert de poussière. Tout avait pris la couleur terre des sauterelles. Il me fallut un moment pour réaliser que ce n’était pas simplement la couleur mais les sauterelles elles-mêmes. Elles avaient tout envahi. J’en avais le tournis. »

Lorsque Clarisse essaie de défendre la cause des femmes : « Je lui servis du « nous les femmes, vous les hommes » pendant plusieurs minutes. Garnik m’écouta en silence. Le problème, c’est que mes paroles ne sonnaient pas très juste à mes propres oreilles. J’avais omis quelque chose. J’étais sûre que d’une certaine façon, j’avais raison. Mais en même temps, je ne savais pas comment l’exprimer pour que cela ne ressemble pas aux jérémiades d’une bonne femme qui s’est disputée avec son mari. »

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 16:12

            La lecture du Gourmet solitaire revêt une importance particulière pour moi parce que c’est un de mes premiers mangas (j’ai commencé tard !) et parce qu’elle m’a ouvert une porte inconnue du Japon, m’a dévoilé un de ces pans extraordinaires qu’est la gastronomie nippone. Et Les Rêveries d’un gourmet solitaire sont une sorte de pendant à ce premier manga.

          Gorô, un homme d’affaires vivant à Tokyo, découvre différents restaurants, allant de la gargote au resto plus chic, variant les spécialités et les saveurs. On comprend très vite que la gastronomie japonaise est très vaste, qu’il existe différentes manières de préparer mais aussi de déguster les ramen, les fricassées, le riz ou le poisson frais.

        Le procédé est très répétitif : le type a faim, il cherche un endroit où apaiser cette grosse faim, il est d’abord sceptique puis découvre avec ravissement un plat qu’il adore. Et, gourmand qu’il est, il se faire parfois resservir plusieurs plats ! Et il sort, repu et heureux. Cette naïveté inévitable est aussi une des qualités du scénario. La postface, écrite par Yoro Hiramatsu, vante les qualités de notre protagoniste : « Le Gourmet solitaire porte bien son nom. Pour manger ce qu’il veut, quand il veut et comme il veut, la seule chose qui lui importe, c’est de n’être lié par aucune obligation. Il disparaît soudain pour n’être dérangé par personne. C’est pour cela que Gorô veut manger seul. Un solitaire magnifique. »

       Je vais tester le chazuke qui un plat d’une facilité enfantine : il s’agit de verser du thé vert sur un bol de riz et saupoudrer le tout de miettes de saumon, d’algues nori, de particules de jaune d’œuf et/ou de sésame.  Notre gourmet est clair : un repas japonais doit toujours compter du riz, un accompagnement et une soupe. Bon appétit !

Un immense merci à A_girl_from_earth qui m’a fait découvrir cet album dont j’ignorais l’existence !

 

« 18/20 »

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 12:11

 

 

             Jules a 35 ans. Il n’a toujours pas son permis de conduire, il tente de séduire la monitrice plus âgée pour l’obtenir et ça marche plutôt bien. Gilles, un copain de Jules se morfond dans une inextinguible dépression. Cathy, elle, se demande bien ce que les hommes peuvent lui trouver, avec son trop gros cul… Des retours en arrière et des bouleversements chronologiques à n’en plus finir, des mélimélos de personnages tous plus mal dans leur peau que leurs potes de beuverie…. Résultat : un fouillis incroyable de réflexions parfois loufoques, des récits souvent très creux, des dialogues qui manquent eux aussi de relief et une obsession de l’auteur pour les lieux publics fumeurs (et la loi est tombée en février 2007, hélas pour lui !)

             Hum… j’aurais dû m’arrêter avant la fin ! Je n’ai pas vraiment adhéré à ces histoires de gars paumés et filles plaquées qui se veut ultra-moderne-solitude. En plus, ça m’a fait penser au livre de Pascal Garnier lu quelques jours auparavant et la comparaison fait mal parce que Garnier est bien meilleur. N’empêche : certains passages sont drôles et je crois que je ne suis pas tombée sur le meilleur de l’auteur. Yoshi avait bien apprécié L’ancien régime, allez donc lire son billet !

« Elle a désigné un table fumeur qui ne le serait plus dans trente-et-un mois. »

A cause de son derrière volumineux, Cathy ne parvient pas à faire confiance à un homme : « Il lui disait je t’aime. Ne la tapait pas. Ne fulminait pas contre sa passion du Nutella-beurre. Ne profitait pas de ses douches pour débusquer dans son portable Sagem des textos d’amants clandestins. Trouvait plaisant qu’elle ronfle quand elle s’endormait ivre. Ne lui offrait jamais de fleurs. Elle commençait à craindre une attaque terroriste punitive, ou que la Seine se déverse en tsunami jusqu’ici, métro Colonel-Fabien, ligne 2, ou une grippe aviaire véhiculée par les échappements de voiture. »

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 09:23

 

 

 

               Schoch est un ancien employé de banque qui s’est retrouvé dans la rue suite à un chagrin d’amour. Vadrouillant à Zurich à son rythme de SDF, de gare en grotte et de trottoir en foyer, c’est un taiseux qui a tendance à abuser de bières. Un jour, il découvre dans sa grotte qui lui sert de refuge un petit éléphant rose luminescent. Cette créature est un véritable éléphant nain ! Non, Schoch ne délire pas : cette créature issue d’une manipulation génétique est à la fois brillante dans la nuit et minuscule pour un pachyderme, de la taille d’un chat. L’intrigue commence réellement parce que ce petit éléphant semble malade : Schoch se rend chez la vétérinaire des gens de la rue, Valérie, qui accepte de garder ce secret insensé et cache à la fois Schoch et la créature dans la maison vide de ses parents. En parallèle, les retours en arrière nous permettent de comprendre pourquoi la petite éléphante que Schoch va surnommer Sabou, se retrouve seul dans une grotte, comment il a été créé, quels ont été les enjeux de cette formidable trouvaille génétique qui, évidemment, est synonyme de médiatisation, succès et argent. Les nouveaux « parents » de Sabou ainsi que le cornac qui s’est occupé de sa mère ne souhaitent pourtant y voir qu’un don du ciel…

           Si le postulat de départ a de quoi surprendre et faire sourire, il est si bien amené qu’on y croit très vite et que ce petit éléphant rose brillant revêt rapidement une dimension sacrée, convoitée, adulée. Quant au style de Martin Suter, c’est un croisement entre Pierre Raufast, un roman de SF, un thriller au scénario bien ficelé et un conte des Mille et une nuits. Notre Schoch marginal m’a également fait penser à Harold et Maude de Colin Higgins et même à John Irving ! Bref, un mélange surprenant qui fait mouche et le résultat est un joli prétexte au rêve et à la réflexion, qui va nous faire aimer les animaux… et peut-être même les humains !

Quant à la luminescence des animaux, elle existe déjà et porte le nom de glowing animals (voir cet article… personnellement, ça me fait froid dans le dos !)

Jérôme fait du roman un de ses préférés de la rentrée littéraire!

Deuxième apparition de l’éléphant rose qui brille ! « Il était de nouveau là, rose luminescent, avec de petites oreilles déployées – le fantôme de la nuit passée ! Schoch retint son souffle et ne bougea plus. Le mini-éléphant restait lui aussi immobile. Tellement immobile que Schoch finit par pousser un soupir. C’était donc bien un jouet. Il pénétra dans la grotte, en rampant, et tendit la main pour l’attraper. Mais avant qu’il ne le touche, l’objet se déplaça. Il baissa la tête puis la releva d’un coup en lançant sa trompe en l’air. »

Les conclusions du vétérinaire au sujet de Sabou : « Elle n’a aucun point de comparaison. Mais elle se sent sûrement comme un éléphant. Fière comme un éléphant. Aussi terrifiante qu’un éléphant. Et digne comme un éléphant. »

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 17:20

 

          Un peu freinée par l’épaisseur de cette BD (486 pages, ce n’est pas courant !), j’ai mis du temps à lire cet ouvrage.

           David Smith est un jeune sculpteur désœuvré et solitaire : ruiné, il a perdu ses parents, sa petite-amie qui l’a quitté et surtout, il n’arrive pas à percer, à se faire un nom et à vivre de sa passion qui l’obsède jour et nuit. Dans une brasserie, il rencontre son grand-oncle Harry qui lui a apporté le comic de son enfance que David avait lui-même imaginé en s’inspirant des membres de sa famille. Emu, David se complaît à se remémorer son enfance et se rend compte qu’il n’a plus vu Harry depuis… sa mort ! Harry symbolise la Mort et lui propose deux options : une vie ordinaire et longue de père de famille ayant un boulot banal OU la possibilité de devenir un grand, un immense artiste en échange d’une vie à durée limitée à deux cents jours. David ne cesse de le répéter « Je donnerais ma vie ». Ses mains vont acquérir un super-pouvoir, capables de modeler ce qu’il souhaite : aussi bien le métal que le ciment. Abasourdi par ce contact avec la Mort, David titube dans cette nouvelle vie, crée à tort et à travers des œuvres confuses et farfelues. Il rencontre aussi Meg dont il tombe éperdument amoureux et qui rendra l’échéance fatale encore plus cruelle. Et puis, que peut-il véritablement faire de ce pouvoir avec ce frénétique tic-tac tellement obsédant ?

           Cet album est fabuleux ! Oscillant entre réalité et fantastique, il nous emmène dans un monde mystérieux en évoquant cette fameuse question insoluble de la vie après la mort. Mais ce n’est pas tout : la réflexion sur l’art, ce qu’il est, ce qu’il apporte, ses pouvoirs et ses dangers - est omniprésente. Si je n’ai pas aimé toutes les planches (et je persiste : je trouve que la couverture n’est pas du meilleur choix), certaines dégagent une énergie folle quand David se met à façonner le bitume, les murs et les gratte-ciels ou encore à sculpter Meg. Cette réécriture du mythe de Faust interroge sur la personnalité, l’identité, la quête de l’artiste et finalement sa place dans la société. Malgré de petits bémols vite gommés (quelle idée de rendre Meg maniaco-dpéressive quand même !), je vous recommande vivement ce roman graphique hors du commun qui m’a fait penser – par son originalité, sa citadinité, ses tons bleutés (oui…) et sa force au magistral Intérieur nuit !

Merci à celle qui s’est vu chiper le livre un après-midi de canicule ;)

 

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 18:29

 

          Sliv Dartunghuver est un jeune Islandais brillant et célibataire embauché dans un cabinet d’études environnementales. Bien payé, il commence à accomplir son travail avec efficacité et talent. Il décèle de petites erreurs dans le rapport final lors d’une mission et en informe son responsable, Gunnar Eriksson, qui promet de les rectifier. Dans une des dernières moutures, les erreurs apparaissent encore puis encore, jusqu’à ce que Sliv explose en se demandant si on ne se moque pas de lui. Gunnar lui révèle alors qu’il a passé le test avec brio : il est désormais recruté dans le CFR, le Consortium de Falsification du Réel. Quid est ? Les agents du CFR « échafaudent des scénarios parfaitement plausibles, auxquels ils donnent ensuite corps en altérant des sources existantes, voire en en créant de nouvelles. Autrement dit, ils modifient la réalité. » Evidemment, l’histoire inventée doit avoir un objectif et doit être validée par le Plan. Le premier scénario de Sliv, par exemple, raconte qu’une tribu africaine fictive a découvert un gisement de diamants, ce qui permettra d’éloigner les diamantaires du Kalahari et de protéger indirectement les Bochimans. Il s’agit non seulement de créer une histoire mais également de falsifier, de tricher, d’inventer les sources, les références et les personnes qui pourraient justifier et authentifier le scénario. Sliv prend vite goût au jeu, il s’éclate quelque temps en Argentine avant de commettre une bourde qui lui fait craindre d’avoir condamné un homme. Entre interrogations (mais qui dirige le CFR ?) et craintes (on tuerait au CFR ?), Sliv erre de pays en pays jusqu’à ce que son talent l’envoie à l’Académie, là où on donne aux vingt meilleurs le meilleur des enseignements.

           L’histoire est tout simplement passionnante ! On s’attache rapidement à Sliv, on se plaît à croire qu’on a son talent (hum…), on voyage aux quatre coins du monde, on s’agace de cette Lena Thorsen collaboratrice et concurrente si parfaite, on croit – à certains moments- qu’on détient un pouvoir non négligeable pour le reste de l’humanité mais, attention, de temps en temps, on se demande quand même pourquoi on invente toutes ces histoires et qui est à la tête du CFR… Mis à part un ou deux passages un peu complexes, j’ai trouvé cette lecture jubilatoire. Les 500 pages se tournent comme un rien et on aimerait lire la suite, Les Eclaireurs, le plus rapidement possible. Lecture originale (pour ma part), qui flirte avec le genre de la science-fiction et apporte d’intéressantes réflexions sur la réalité, la vérité et la fiction.

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 11:59

 

   

       Chouchou d’Yv, cet auteur m’a aussi été conseillé par une amie.

       Marc Lecas, soixante ans, père d’une fille recluse en hôpital psychiatrique, compagnon de Chloé, découvre de nouveaux pans de l’existence d’une manière insolite : il scrute à l’aide d’une loupe le tapis de son salon, il admire le flux de la circulation automobile depuis le pont d’une autoroute, il adopte le chat le plus obèse et le plus apathique qu’il trouve,  il donne un coup de pied à sa vie en kidnappant sa fille Anne pour l’emmener au Touquet. Très rapidement, les choses dégénèrent : Anne tue sur son passage les êtres qu’elle croise comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, père et fille cachent leurs traces pour voyager en camping-car et rejoindre la ville d’Agen sans objectif précis.

       Cynique, drôle, impertinent, picaresque, ce road-movie totalement insolite se distingue largement des autres romans. Certains passages mêlent le burlesque et le tragique : Marc s’est piqué au clou d’une statuette africaine qui semble lui avoir jeté un mauvais sort. Le doigt enfle, le lance, le fait souffrir au point de perdre la sensibilité des jambes… avec une folle de fille, vous imaginez la solution qui va être choisie ! Si Marc incarne parfaitement le rôle de l’anti-héros, on peut cependant se retrouver dans ce personnage qui perd pied dans son quotidien à travers cette satire brillamment brossée par un auteur qui a tout fait pour que je continue à le lire… très bonne pioche !

« Il avait passé une bonne heure accoudé à la rambarde du pont qui surplombait l’autoroute et, si la pluie ne s’était mise à tomber dru, il y serait sans doute encore. Bien des fois, alors qu’il circulait au volant de sa voiture, il avait remarqué ces individus, généralement solitaire, penchés au-dessus des grands axes routiers comme des busards mélancoliques. Cette occupation dérisoire l’avait toujours intrigué, parfois inquiété. De ces gens-là, tout était envisageable, un suicide ou un lancer de vélo, car la plupart en avaient un posé à côté d’eux. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien voir de là-haut ? Il s’était promis un jour de tente l’expérience et, aujourd’hui, il ne le regrettait pas. Ce n’était peut-être pas aussi paisible, à cause du rugissement des moteurs et des vapeurs d’essence, que de suivre au bord d’une rivière feuilles et brindilles portées par le courant, mais certainement plus grisant. La tête se vidait rapidement de toute pensée et on accédait alors à une sorte de stupeur méditative que le flux des véhicules accroissait jusqu’au vertige. »

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