
J’avais découvert l’auteur avec l’étonnante BD Le commun des mortels, Mo’, grande fan de Kokor, m’a incitée à lire cet album.
La Terre est mise en vente. Se présente alors un unique acheteur : un très petit homme venu d’ailleurs et qui fait de l’écholalie (il répète constamment chaque mot qu’il prononce, d’où le titre). Pas contrariant, le bonhomme sait cependant ce qu’il veut : il ne fera pas le tour du propriétaire (946 000 hectares !) en hélicoptère, comme l’avait prévu son agent immobilier Sullivan Vilette, mais à dos de cheval. Le tour du monde à cheval c’est long, mais les deux hommes s’entendent plutôt bien, ils traversent une forêt d’arbres géants, recherchent un magnifique pont d’allumettes, fierté des Terriens, et rencontrent des bonhommes de neige dans un château creux. Leur périple est retranscrit à la radio et, qu’il soit mécanicien, barman ou gréviste, les Humains écoutent avec avidité les aventures de ces deux compères. La mauvaise nouvelle tombe alors qu’ils sont au pied des statues géantes (l’île de Pâques ?) : un deuxième acheteur a été signalé et lui se déplace en hélicoptère. C’est donc le plus offrant qui sera propriétaire de la Terre, ce qui engendre une atmosphère plus tendue que la promenade bucolique du début.
Quelle histoire ! Dans ce conte qui mêle donquichottisme, réflexions écolo et poésie, la frontière entre réalité et illusion est encore une fois très mince, comme ça l’était pour Le commun des mortels. L’auteur nous balade, c’est le cas de le dire, et quand la falaise –qui pourrait être celle d’Etretat- s’effondre à chaque pas ou quand les chevaux se mettent à voler, on ne sait plus trop où on est ! On sourit beaucoup : les voyageurs changent régulièrement de monture : vaches, autruches, éléphants… ; l’extraterrestre passe tour à tour pour un sombre idiot et pour un grand sage. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles pour cet album très riche. J’ai été parfois un peu perdue, je ne suis pas sûre d’avoir compris le dénouement mais l’ensemble a été agréable à lire par son originalité, son caractère déjanté et ces insolites « longsome cowboys » !
J’ai beaucoup aimé le flegme très britannique de l’agent immobilier. Lorsque le potentiel acheteur décide de se déplacer à dos de vache : « je ne peux que vous féliciter pour l’intérêt que vous portez à nos animaux, et vous dresser le portrait de ceux-là vous surprendrait, tant la diversité des produits que nous en tirons est à la base même du bon équilibre de l’homme … et de ses richesses ! »
« 16/20 »
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