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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 21:29

 

          Cela faisait quelques années que je voulais lire cet auteur très apprécié sur les blogs, le hasard, à la bibliothèque, m’a fait tomber sur son premier roman.

          Quatre étés, quatre années espacées d’un intervalle de 10 ans : 1972, 1982, 1992 et 2002. Les acteurs de cette histoire sont nombreux et ressemblent à vous et moi, sur une plage, sous le soleil. L’intrigue est difficile à résumer car les personnages se croisent, se revoient, s’ignorent et s’effacent souvent. Il y a ce garçon solitaire qui en a ras-le-bol de ses parents, sa mère trop influencée par sa meilleure copine, son père gueulard. Il y a cette adolescente fière d’être devenue une femme et d’attirer tous les regards sur elle. Il y a ce jeune homme venu présenter l’amour de sa vie qui, au grand drame de son père, est un homme. Il y a cette femme aguicheuse qui aime « rendre service » aux jeunes hommes émoustillés. Il y a ce type pour qui le rêve américain est omniprésent. Et des années plus tard, on retrouve le fils de ce rêveur agacé par cette histoire sans cesse radotée, on entend le discours du petit ami de la jolie fille pour qui ça a mal tourné, on rencontre femme, amants, enfants dans un enchevêtrement intelligent et audacieux de destinées.

           Tout cela pourrait bien faire penser à Vive la marée de Prudhomme et Rabaté, ces va-et-vient sur le sable, ces rencontres, ces œillades, l’oisiveté estivale dans quatre stations balnéaires françaises… mais c’est sans aucun doute bien moins léger que la BD : le lecteur se doit être vigilant parce qu’au final, toutes les histoires se recoupent, chacun y prenant une petite part de responsabilité. J’ai beaucoup aimé cette première lecture de Blondel même si je m’attendais à un véritable lien avec la décennie présentée et même si j’aurais bien aimé en lire davantage (110 pages, tout de même, c’est court !).

           Amateurs de cet écrivain, dites-moi, je continue avec lequel de ses romans ?

« Je ne sais pas trop pourquoi je suis venue ici.

Pour changer.

Quinze ans de côtes landaises, c'était trop.

Je voulais changer d'air.

Surtout cette année.

C'est étrange, toutes ces nouvelles possibilités. Traîner dans les boutiques. Marcher le long de la plage. Aller se promener dans les pins. Se lever et n'avoir que soi à penser.

Parfois, ça me donne le vertige. »

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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 13:42

          Ce gros album de 207 pages suit les pas de Freddie, un mioche de douze ans, qui n’a pas eu de chance : vivant seul avec son père et son frère, il voit son père fuir, du jour au lendemain, pour trouver du travail à Détroit. Son frère se fait arrêter pour agression et vol et Freddie, pour éviter l’orphelinat, décampe le plus vite possible. Il va rencontrer des Hobos, ces êtres en errance qui se déplacent en se cachant dans des wagons de marchandises. Et c’est justement dans un wagon que Freddie va se lier d’amitié avec celui qui se fait surnommer le roi d’Espagne, un type malade et à moitié fêlé mais d’une grande générosité envers le garçon. De rencontres en déceptions, Freddie va apprendre à grandir et à survivre ; le microcosme créé par les Hobos va tour à tour l’adopter et le rejeter

          Récit initiatique par excellence, cette fresque sociale dépeint la vie des miséreux dans les années 30, aux Etats-Unis. L’histoire est prenante et instructive. Freddie, du haut de son innocence, cherche vainement son père, assiste à des querelles entre adultes, participe à l’Histoire avec un grand H avec ses chômeurs, la Grande Dépression et ses types à la Jesse James. Si j’ai regretté qu’il y ait certaines longueurs, j’ai apprécié la force du texte associé à un dessin en noir et blanc qui rend parfaitement hommage à ces êtres marginaux dans une Amérique ébranlée. Les plus : une belle introduction de James Vance qui explique la genèse de l’œuvre et remercie son collaborateur, Dan Burr, et une intéressante postface revenant sur la crise de 1929, les références historiques et littéraires (il y a évidemment du Kerouac et du Mark Twain là-dedans) et même les codes hobos (reproduits ci-dessous). Encore une belle découverte BD !

« j’avais bien sûr réalisé que le monde n’avait pas vraiment changé, ce qui était différent, c’était la façon dont je le voyais. »

« il y avait ceux qui refusaient de se cacher, qui criaient à la face du monde « ça ne peut pas continuer ». Et il  avait les quelques-uns qui avaient trouvé le secret : en restant ensemble, ils pouvaient éviter la destruction totale. Ils arrivaient même à résister. »

 

 

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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 10:47

          Le narrateur globe-trotter nous emmène au Qatar, et plus précisément à Doha, la capitale. Il est accueilli à l’aéroport par un douanier qatari mais le taxi est ghanéen, les travailleurs qu’il voit le long des routes œuvrer pour la construction d’hôtels de luxe sont indiens ou bangladais, la réceptionniste est chinoise  et le groom srilankais. Malgré ce melting-pot, le Qatari, généralement très riche (les plus pauvres gagnent 6000 dollars/mois), a toujours la priorité, il vaut plus qu’un autre habitant de la planète. A Doha, tout est démesuré et luxueux : les hôtels 5 étoiles sont les plus nombreux ; on croise Ferrari et Porsche comme Clio et 208 chez nous ; le Sports City est un immense complexe sportif comporte, entre autres, le plus grand stade couvert du monde (et le PSG s’y entraîne régulièrement) ; les supermarchés sont gigantesques ; les galeries d’art tout aussi vastes (et vides !) et… notre bonhomme, écœuré de ne pouvoir parler avec aucun Qatari (ni aucune Qatarie, cela va de soi, elles ne montrent pas la moindre parcelle de peau !), décide de mettre les voiles ! Ce sera le Bahreïn sinon rien… Eh bien ce sera rien, notre bourlingueur se fait refouler à la douane. Retour à Doha – bien placée dans les villes du monde les plus polluées - où il finit, après plusieurs jours et moult essais, par tenir une conversation intéressante.

         Aux Emirats arabes unis, suite du périple qui débute bien : un sourire à la frontière enthousiasme Julien Blanc-Gras. Ici, c’est l’endroit de tous les records et de tous les possibles : on peut rencontrer des pingouins, faire des loopings en avion, marcher dans le désert avant de faire du ski, entrer dans le plus grand gratte-ciel du monde. A Oman, les rencontres sont un peu plus authentiques mais le journaliste retiendra surtout que l’hypocrisie est reine dans cet endroit du monde où l’argent a jailli dans toutes les bourses vraiment trop vite et où il est courant qu’un homme n’ait jamais vu le visage de sa mère….

          Sans crier au chef-d’œuvre, j’ai beaucoup aimé cette escapade étonnante dans un monde qui mêle, de manière très saugrenue, le traditionnel et le religieux à la modernité la plus clinquante. J’ai aimé le regard neuf, naïf, pacifiste et tout de même souvent ironique de Julien Blanc-Gras. On sent bien qu’il met la meilleure volonté du monde à rencontrer l’autre, à s’intégrer dans une culture, une civilisation et des mœurs à mille lieues des siennes, et qu’il trouve, dans ces régions qui entourent l’Arabie Saoudite (qui est, il le rappelle, le seul pays au monde à ne pas délivrer de visa touristique !!) porte close. On ne sait pas s’il faut rire ou pleurer quand on voit une femme complètement voilée qui porte le dernier sac Vuitton ou que le Qatari trop riche tire la gueule jusqu’à par terre parce qu’il va se marier avec une femme qu’il n’a jamais vue.

« Je voyage pour vérifier que je peux nouer des liens avec n’importe qui, et ainsi valider mon identité d‘Homo Sapiens doué d’empathie. Je voyage pour corriger la myopie que nous infligent les écrans. Je voyage pour me rassurer, en somme. »

« Doha est une expérience urbaine, une cité-champignon du far-east sans saloon, bâtie avec frénésie sur l’avidité des promoteurs et autres crapules encravatées. »

« Écrire un livre de voyage c’est une déclaration d’amour. On égratigne parfois, on ironise, on témoigne des saloperies et des absurdités dont on est témoin, mais on vante surtout des charmes, on dissèque la beauté, on tente de transmettre des bouquets de sensations. On passe des mois dessus, c’est un signe d’engagement, une preuve d’affection. Si tu ne te donnes pas un minimum, petit Qatar, comment veux-tu me séduire ? Tu es fermé à double tour. Montre-moi comment t’aimer. »

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 15:52

 

          Allez, ça faisait longtemps que je n’avais plus participé à ce genre de questionnaire, merci à Libriosaure d’avoir pensé à moi !

          Pour les Liebster Awards, il s’agit d’écrire dans un article 11 faits sur nous, de répondre aux questions qui nous ont été posées puis de nommer à notre tour des blogueurs que l’on affectionne et que l’on souhaite faire découvrir.

Go !

  1.     Je suis une grande indisciplinée, pour preuve, je ne vais pas refiler le bébé à d’autres blogueurs (faire un choix me serait d’ailleurs difficile !)
  2.     Je suis phobique de l’avion. Contrepartie heureuse : je hurle d’être vivante à chaque atterrissage.

 

3.     Paradoxalement, je prends toujours l’avion et je rêve d’aller en Afrique du Sud mais aussi au Brésil, en Inde, au Japon, en Patagonie, au Canada, … oui, j’suis pas sortie de l’auberge !

4.    Il m’est toujours impossible de lire deux livres en même temps. Même BD + roman, j’ai du mal…

5.     Je suis assez influencée par la météo voire par les saisons, j’adore la chaleur et la canicule et je déteste l’automne et l’hiver. Oui, je suis mal barrée…

6.     Je fais du théâtre depuis 1999 et, cette année, je suis sortie de mes habitudes, j’ai fait une pause avec ma troupe (qui est devenue ma seconde famille) en m’inscrivant à un atelier théâtre... que j’adore !

7.     J’ai –hélas !- une très mauvaise mémoire à long terme (d’où une des raisons de la création de ce blog).

8.   J’ai fraudé tout récemment en prenant Guernica en photo au musée Reina Sofia de Madrid… pas bien, mais tellement tentant ! (voir photo ci-dessus)

9.     J’ai repris le violon, abandonné il y a vingt ans. Je m’accroche mais je le classerais volontiers dans les instruments de torture !

10.                     Je l’ai déjà dit ici, ma fille de presque neuf ans est une grande lectrice qui lit tout le temps et partout. Elle est du genre à allumer la lumière à 5h du mat pour lire, à lire dans la rue, en marchant, en descendant les escaliers… ouais, je suis fière !

11. Onze, quel drôle de chiffre quand même pour terminer !

 

 Les questions de Libriosaure : 

  1.      Que t’apporte ton blog ? un moment rien qu’à moi, une réflexion sur les livres que je lis, un souvenir laissé quelque part, une agréable pause … et des rencontres, une routine absolument délicieuse !
  2.      De quel article es-tu le plus fier ? Oh la, difficile à dire, avec l’expérience (plus de 8 ans, quand même !) je me rends compte de deux choses : j’ai tendance à me coller au style du livre chroniqué et je suis toujours beaucoup plus longue pour les livres que j’ai beaucoup aimés… normal, j’imagine !
  3.      Quel livre aurais-tu aimé écrire ? Il y en a tant ! Allez, quitte à être un génie : Confiteor de Jaume Cabré !
  4.      Avec quel(s) auteur(s) décédés aimerais-tu passer un bon dîner ? mais tous, tous ! Il faut choisir ? Boire une bonne bière avec Jim Harrison.
  5.      A quel art es-tu le moins sensible ? à l’opéra, je tiens maximum 4 minutes !
  6.      En quoi souhaiterais-tu te réincarner ? sans hésitation : en oiseau, je rêve de voler !
  7.      Si tu pouvais privatiser un musée une journée, lequel choisirais-tu ? Le musée Pompidou de Paris, celui de Dalí ou carrément le Louvre Abu Dhabi ou encore tous ceux que je n’ai pas vus (les newyorkais entre autres…)
  8.      Si tu devais donner un conseil à un personnage de roman : à qui tu en donnerais un et que lui dirais-tu ? J’ai souvent envie de mettre des claques à certains personnages, prenons Sarah de La Tresse, j’ai envie de lui dire de se décoincer, de relativiser, de ne pas forcément viser le plus haut possible… on rend souvent les personnages féminins un peu mièvres aussi.
  9.      A qui préférerais-tu donner vie : un personnage de roman, un auteur défunt ou une sculpture ? Un personnage de roman, bien sûr : Sliv Dartunghuver, Bucky Bleichert, Léo (allez-y, trouvez le bouquin correspondant !) ou Cyrano pour le théâtre et Blacksad pour la BD. Oui, je ne réponds pas tout à fait à la question, je vous le disais, je suis une indisciplinée!
  10.            Si tu pouvais accéder à tous les livres que tu souhaites, sans jamais débourser un seul centime, que ferais-tu ? Oh, ça ne changerait pas grand-chose, je pioche beaucoup dans le stock de mon excellente bibliothèque, j’aurais du mal à lire davantage, et il faut parfois que je dorme…
  11.            Peux-tu nous donner un indice sur ton prochain article ?  Doha.

Prend qui veut !

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 15:51

 

            En 1935, Edmond Charlot, à 20 ans, réalise un rêve un peu dingue, celui d’ouvrir une petite librairie rue Charras à Alger. Elle sera aussi bibliothèque et maison d’édition. Avec peu de sous mais beaucoup d’énergie et quelques amis, il va permettre à certains noms tels que Camus, Amrouche, Jules Roy, Vercors, Feraoun ou encore Saint-Exupéry de démarrer, de se faire connaître ou d’affirmer leur talent. Baptisée Les Vraies Richesses en hommage à Giono, la petite bicoque va connaître des hauts et des bas, être malmenée par la deuxième guerre mondiale, des pénuries de papier ou encore les conflits de 1954 à 62. En 2017, Ryad  vient faire un pseudo stage à Alger : il s’agit de vider cette vieille petite librairie, de bazarder tout son contenu et de rapidement remettre un coup de peinture aux murs. On projette d’y vendre des beignets ! Ryad n’aime pas lire, les étagères emplies de livres ont même tendance à lui faire peur. L’auteur, par l’intermédiaire des carnets d’Edmond Charlot, déroule pour nous le fil chronologique qui part d’un enthousiasme pur et sincère en 1935 pour finir sur une ambiance morne d’une bibliothèque-librairie en train de mourir mais toujours aimée par les habitants du quartier.

           Mon bilan tendrait plutôt à une légère déception. J’ai adoré le début du roman et son atmosphère maghrébine qui, grâce au « nous » qu’utilise l’auteur, nous inclut dans le voyage comme un guide le ferait (voir l’incipit ci-dessous). Les premiers pas titubants et maladroits du libraire Charlot sont tout aussi touchants et enchanteurs, surtout lorsqu’il côtoie des célébrités en devenir. Ces pages proches de l’univers du conte contrastent avec le carnet intime (fictif) de Charlot : dans un style lapidaire, il nous informe des faits, des problèmes, des rencontres du personnage. C’est la concision qui m’a dérangée, j’aurais aimé en savoir plus, j’aurais aimé que l’auteur approfondisse encore la vie de ce personnage hors du commun, quitte à laisser une moindre place à ce Ryad qui ne m’a pas vraiment plu. Pour finir par deux notes positives, je crois que l’image de ce petit endroit qui a eu tant de répercussions culturelles dans le monde entier va vraiment rester gravé dans mes souvenirs (et Kaouther Adimi a donc réussi son défi !) et ce livre m’a donné très envie de (re)lire Camus, Giono et certains auteurs maghrébins que j’ai si bien connus quand j’étais plus jeune (Taos Amrouche, Assia Djebar, Rachid Boudejra, Kateb Yacine, …)

 

Est-ce que ça existe encore « …quelques ouvriers qui économisent pour acquérir un roman » ?

L’incipit : « Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux. »

« 21 octobre 1943

Emmanuel sort à l’instant des Vraies Richesses. Il a collecté tout le papier qu’il a pu trouver de toutes les couleurs et de tous les styles possibles. Il en a assez pour titrer 20000 exemplaires du Silence de la mer ! Ce sera un tirage multicolore sur papier ver, jaune, rose… mais ce sera lisible ! Nous lançons immédiatement l’impression.

31 octobre 1943

En une semaine, plus un exemplaire du livre de Vercors à Alger ! Les rayons sont vides. Tout le monde en parle. Il paraît que l’armée libre parachute le texte sur la France occupée. Résistance ! »

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 18:55

          La quatrième de couverture nous prévient « Lemming rime avec Viking » et en effet, dans ces temps reculés où on se déplace à cheval, se saoule à l’hydromel et se chauffe au feu de bois, la même effervescence secoue les deux clans, les deux peuples. Chez les Lemmings, ces petits rongeurs reclus dans leurs terriers par peur des rats, Oluf a fait un mauvais rêve empli de flammes, de sang, de terreur. C’est un mauvais présage et certains lemmings souhaiteraient consulter le Grand Hibou qui leur dira ce qu’il convient de faire. Le chemin pour se rendre chez le grand sage est truffé d’obstacles, de rats et de chats affamés… Chez les Vikings, l’apparition d’une aurore boréale noire n’augure rien de bon et annonce sans doute une guerre avec les trolls. Heureusement que les Vikings possèdent la pierre bleue aux pouvoirs magiques. Oui, mais ce talisman a été perdu par le gros benêt saoulard de chef ! Après moult recherches, il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus de pierre bleue ! La téméraire fille du chef, spécialisée dans la chasse à l’ours, se propose d’emblée d’aller demander aux dieux d’autres pierres magiques. Je ne pense par révéler un scoop puisque la couverture le montre : l’un des lemmings, en volant ces petites choses qui appartiennent aux hommes, a subtilisé la pierre bleue qu’il sait désormais utiliser à bon escient.

           C’est une belle histoire lue en famille - c’est devenu rare ! – ce récit d’aventures nous a plu à tous les trois, les lemmings superstitieux qui s’opposent aux humains non moins superstitieux, cette jeune fille très courageuse qui a plu à ma fille, le respect étonnant de certains lemmings vis-à-vis des humains et la fin qui laisse augurer une suite des plus passionnantes ! Les dessins sont beaux et rendent hommage à ces paysages nordiques enneigés et souvent hostiles. On a même droit à quelques petites touches d’humour. Un album jeunesse très complet ! Vivement la suite !

 

« 17/20 »

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 19:11

          Je vous avais dit qu’avec Zoyâ Pirzâd, je ne me contenterai pas de C’est moi qui éteins les lumières que j’ai beaucoup aimé. Voici un recueil de 18 nouvelles qui correspond aussi à son premier ouvrage paru.

         En Iran, dans un univers en quasi huis clos, il est question de cuisine, de couture, de vaisselle, de fleurs, d’enfants, tout cela dans un contexte familial où la mère, généralement, regarde par la fenêtre et attend le retour de son mari. Ce monde douceâtre et plutôt soporifique car extrêmement routinier se modifie petit à petit, d’une nouvelle à l’autre, pour y voir surgir, par petites touches, des ombres, des impressions fugaces qui dérangent, qui tendent à briser le fragile et précaire équilibre initial. Ainsi, une femme se réjouit de n’avoir jamais eu d’enfants, une autre ôte rageusement ses bas trop collants, une troisième se voit répudiée et incite ses filles à la rébellion, une dernière fait preuve de caractère en balançant repas, nappe et tout le toutim par la fenêtre, une armée de voitures bruyantes et grinçantes envahissent les rues de la ville.

            C’est une ambiance faite de nostalgie et de souvenirs qui constitue le point fort de ce recueil de nouvelles. J’ai préféré le roman C’est moi qui éteins les lumières mais ces textes courts ne sont pas dénués de charme et, même s’ils ont pour cadre resserré une maison bourgeoise en Iran, ils revêtent une dimension universelle. J’ai apprécié de retrouver à nouveau le procédé du monologue intérieur et l'extrême sobriété du style de l'écrivain femme. Certaines nouvelles nous sortent un peu dans la rue et une de mes préférées, « Le Banc d’en face » décrit, de manière assez drôle, un type qui aime observer les gens et leur prêter une vie, des humeurs, une histoire qu’il croit détecter sur leur visage et leur comportement. Ainsi, parce que l’homme assis sur un banc en face de lui semble triste, il s’imagine qu’il a perdu son emploi, ce qui l’amène à réfléchir lui-même sur l’instabilité de son propre métier. Un courrier étrange était parvenu récemment au directeur général… ou comment imaginer le pire :

« Pourvu qu’il ne s’agît pas de lui ! Et pourquoi lui ? Il n’y avait pas plus consciencieux dans tout le bureau. Jamais il n’était en retard, jamais absent. Pas une fois il n’avait sollicité de congé pour raison médicale. Alors pourquoi lui ? Il songea aux réactions de ses collègues. Ils lui témoigneraient certainement de la compassion. Mais à quoi cela lui servirait-il ? Il se souvint qu’il avait sollicité quelques semaines auparavant un prêt immobilier. Il avait toutes les chances de l’obtenir. Mais maintenant… ? Il imagina le directeur financier déchirant sa demande. Désormais, il ne pourrait plus acheter à crédit chez l’épicier avec la même confiance ni la même assurance des débuts de mois. Il se représenta l’épicier riant de toutes ses dents noires. Il songea à la timide demoiselle qui avait été embauchée au bureau quelques mois plus tôt. Cette fille lui plaisait. Il avait décidé de lui parler. Si elle était d’accord, il parlerait aussi à sa mère. Comme elle serait heureuse ! Mais à présent… ? Désormais, la jeune fille ne répondrait même plus à ses salutations. »

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 11:14

 

          

          Ça faisait longtemps que lire James Ellroy me titillait et c’est François Busnel et sa roborative revue America qui m’a décidée.

           En 1946, à Los Angeles. Le narrateur, Bucky Bleichert, flic et boxeur à ses heures perdues, est fortement invité à livrer un combat contre un autre flic, Lee Blanchard. Les paris allant bon train, c’est un moyen sûr d’obtenir l’intérêt du grand public, d’impressionner les électeurs et indirectement d’augmenter le salaire des policiers. Ça marche parfaitement bien, M. Feu (Lee) et M. Glace (Bucky) gravissent les marches de la célébrité avec ce combat dont l’issue n’a finalement que peu d’importance. Le lendemain, ils se retrouvent coéquipiers dans le Service des Mandats et Enquêtes de la Division de Central. Se tisse entre eux une amitié qui sera renforcée par leur efficacité professionnelle même si les manières de Lee étaient souvent peu orthodoxes, racistes et brutales.

           Tout bascule le 15 janvier 1947 : un cadavre féminin est découvert, éviscéré, mutilé et coupé en deux. Il s’agit d’Elizabeth Short, une jeune fille rêvant d’être actrice qui multipliait les rencontres et les aventures, ces batifolages rendant l’enquête encore plus difficile. D’un côté, Lee gère très mal cette découverte qui lui fait penser à sa petite sœur disparue quand il était jeune ado. D’un autre côté, Bucky tombe sous le charme de celle qui ressemble beaucoup à Betty, Madeleine, une petite bourgeoise qui le mènera par le bout du nez (ou d’autre chose…). Entre les deux mecs, Kay : cette fiancée officielle de Lee qu’il aurait rencontrée suite à un cambriolage élucidé. L’ex du voleur Bobby De Witt peut craindre le pire puisque celui qui a été son amant et son bourreau sort de prison quelques jours plus tard. Lee disparaît pour me mieux se venger et Bucky se retrouve avec quelques dizaines de tarés qui clament tous être l’auteur du meurtre.

            Pour résoudre cette énigme et mettre un nom sur la sauvagerie de ce crime, il en faudra essuyer des coups, au sens propre comme au sens figuré, et notre héros -qui n’en est pas du tout un- y laissera quelques plumes. Il est question d’argent, de trahison, de mensonges, de sexe, de road trip nous menant au Mexique, de misère, de fausses pistes, de drogue, de prostitution.

            Que dire ? C’est un COUP DE CŒUR magistral ! Alors que je craignais de me perdre, de m’ennuyer, de ne pas suivre, de soupirer, j’ai dévoré chaque page, chaque phrase, chaque mot de ce polar ! Le sordide côtoie l’affreux et le glauque flirte avec ce qu’il y a de plus violent dans ces bas-fonds des années 40 de L.A. mais bon sang, quel style, quelle verve ! James Ellroy n’épargne aucun de ses personnages, il plonge dans le plus noir de l’âme humaine. Il n’y a que des méchants et aucun vrai gentil, c’est vrai, mais je me suis rendue compte que les méchants n’étaient presque jamais dénués de mauvaise intention au départ mais qu’ils étaient influencés par une famille, un contexte, une ville, une éducation, une fréquentation. Il me semble qu’on a souvent accusé l’auteur d’être provocateur et froid (paraît-il qu’il aime bien s’exprimer en aboyant !) et j’ai trouvé, au contraire, qu’une grande sensibilité transparaissait derrière les mauvais choix des personnages, leurs erreurs ou leur brutalité. L’intrigue est savamment menée, on ne s’ennuie pas une seconde, les retournements de situation accaparent le lecteur autant que l’évolution des personnages complexes et passionnants. Dans la formidable postface datant de 2006, James Ellroy, tout en vantant les mérites du film éponyme, explique le lien entre le Dahlia (dont le meurtre s’est très largement inspiré d’une histoire vraie) et sa mère, retrouvée assassinée alors que le fils n’avait que dix ans. Il encense les deux femmes et la gente féminine de manière plus générale, répétant la phrase culte de Lee « Cherchez la femme, Bucky. Souviens-toi de ça. »

           J’attends vos avis sur d’autres romans de l’auteur, j’en lirai encore, c’est certain.

Un chef d’œuvre de roman noir, à lire absolument !

« C’est ainsi qu’on fit la paire, le bon et le méchant associés pour les interrogatoires ; M. Feu, c’était le dur, M. Glace, le tendre. Nos réputations de boxeurs nous donnaient un avantage supplémentaire dans les rues, et lorsque Lee jouait au pseudo-cogneur pour quelques renseignements, et que j’intercédais toujours en faveur du cogné, on arrivant au résultat recherché. »

« Le réceptionniste lui a déclaré que Betty Short portait toujours des robes noires collante. Bevo a alors pensé au film avec Alan Ladd, Le Dahlia Bleu et c’est de là que c’est parti. »

« Je franchis la frontière à l’aube. Tijuana s’éveillait juste comme je tournais sur Revolución, son artère principale. Des enfants mendiants fouillaient les poubelles pour leur petit déjeuner, les vendeurs de tacos touillaient des marmites pleines de ragoût de chien, marins et Marines se faisaient escorter en quittant les bordels à la fin de leur nuit à cinq dollars. Les plus intelligents se dirigeaient d’un pas chancelant vers Calle Colon et ses revendeurs de pénicilline. Les tarés se dépêchaient vers TJ Est, le Renard Bleu et le Club Chicago – sans aucun doute pour ne pas rater le premier spectacle du matin. »

 

               … Et …première utilisation de ma liseuse qu’on m’a offerte il y a quelques mois (je freinais des quatre fers !) même si j’ai été frustrée de ne pas tenir le pavé de 500 pages dans mes mains, de ne pas tourner les pages en avant ou en arrière comme je voulais, je dois avouer qu’il y a quelques avantages, à savoir : lire sans lumière n’importe où, la légèreté de l’objet, le dico intégré (même si les termes d’argot n’y figuraient jamais !) , la liberté (lire sans les mains !) Rien, cependant, ne remplacera pour amour pour le livre papier, c’est sûr !

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27 novembre 2017 1 27 /11 /novembre /2017 17:02

 

           Je connaissais suffisamment le travail de Rabaté pour savoir que cette lecture serait un plaisir, je ne me suis pas trompée, je dirais même que c’est un des meilleurs de l’auteur !

           C’est l’heure du départ en vacances, sur la route, c’est bouchons, chansons dans la voiture, plein d’essence et attentes. Certains pensent qu’arriver en train, c’est mieux : « en voiture, tu rentres dans le paysage, en train tu l’accompagnes… »  A Polovos, tout le monde est adepte de l’immense plage à forte marée. Si le père de famille s’est monté contre le chauffeur de 4x4 à la station essence, il copine avec lui sur le sable. Le tout bronzé va aller draguer la toute bronzée, les concours de châteaux de sable sont l’attraction du jour, les disputes concernant les courses vont bon train, le beach volley et les jolies filles créent rivalités et jalousies, la partie naturiste de la côte attire bien des regards. Rajoutons quelques éléments indispensables : épuisette, glace, rouleau de papier WC pour amateurs de camping, coups de soleil, magazines people, chiens, bouées, cartes postales, tourteaux, tatouages, avion publicitaire,…

             Cet album ne raconte pas une histoire mais DES histoires. Il plonge au plus profond de l’être humain en vacances. C’est drôle parce qu’en vacances, l’être humain est encore un peu plus con que d’habitude, s’il ne fait la crêpe en plein cagnard, il chasse les belles poitrines, il critique son voisin, il redresse son énorme ventre, il effraie les goélands, il déjeune avec son casque de vélo sur la tête, il consacre toute sa force, toute son intelligence, tout son art et toute sa concentration à gagner une partie de pétanque, il se couvre le corps (imberbe ou tout poilu) de – au choix- crème solaire, sable, algues ! Portraits parfaitement ridicules de ce que nous sommes tous !

            Sinon, de manière beaucoup plus optimiste, on peut lire cette BD comme un cliché des vacances qu’on aime tant et ça fait du bien, un beau ciel bleu, une plage à perte de vue, des coquillages et des éclaboussures d’océan à la fin du mois de novembre…

            Les deux auteurs réunis étaient déjà très bons pour La Marie en plastique.

« 18/20 »

 

 

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 15:49

 

         « Mengele est le prince des ténèbres européennes. Le médecin orgueilleux a disséqué, torturé, brûlé des enfants. Le fils de bonne famille a envoyé quatre cent mille hommes à la chambre à gaz en sifflotant. Longtemps il a cru s’en sortir aisément, lui « l’avorton de boue et de feu » qui s’était pris pour un demi-dieu, lui qui avait foulé les lois et les commandements et infligé tant de souffrances et de tristesse aux hommes, ses frères. »

         L’histoire raconte la cavale de Mengele, l’après-Auschwitz, lorsqu’il s’est caché et a erré quelques années en Allemagne et dans les pays voisins, et, qu’en juin 1949, il cherche la paix et la tranquillité en Argentine. Ah ça, il va la trouver, la tranquillité et même le luxe et la vie de pacha grâce au surnom d’Helmut Gregor. Mais finalement, il n’a pas tant besoin de masquer son identité car il côtoie, dans l’Argentine de Perón, des dizaines de nazis qui l’admirent et sont prêts à tout pour le protéger. Mengele trouve le moyen de se rendre en Suisse où il retrouve son fils pour des vacances de ski. L’enlèvement et l’exécution d’Adolf Eichmann en 1960 effrayent Mengele qui se planque au Paraguay. Le pays est peu sûr et c’est finalement au Brésil que le criminel déménage où il vivra presque vingt ans dans une ferme où, grâce à son argent, les propriétaires se tairont jusqu’au bout. Affaibli physiquement, se sentant traqué et menacé, Mengele ne sortira plus que rarement de sa cache et mourra d’une crise cardiaque en 1979. Enterré sous le nom de Gerhard Wolfgang, il est recherché de nombreuses années. La vérité ne sera rétablie qu’en 1985, le corps sera exhumé et la famille jamais poursuivie : « le délit d’assistance à criminel recherché est prescrit au bout de cinq ans Allemagne. »

          Qu’il existe quelques êtres défaillants, emplis de cruauté, insensibles à autrui et foncièrement mauvais (Mengele n’a jamais émis un seul regret), je peux le comprendre… mais dans cette après-guerre, les coupables sont très peu inquiétés, les nazis semblent pulluler sur l’ensemble de la planète, concentrés dans certains endroits où opulence et bonne humeur leur rendent la vie délicieuse : « la plupart étaient passés entre les mailles du filet, avaient réintégré leur famille et la société civile puis repris leur carrière. » La revue pro-nazi Der Weg ne disparaîtra qu’en 1957, bref tout va bien pour les criminels et les bourreaux…

          Entre nausée et sentiment de révolte, on suit le parcours de cet homme en fuite. La forme romanesque et le style fluide d’Olivier Guez permettent de mieux appréhender cet être tellement sûr de lui, narcissique et monstrueux. Un livre nécessaire.

 

L’histoire d’amour entre Josef et sa première épouse, Irene : « Malgré l’ampleur de la tâche, l’arrivée de quatre cent quarante mille juifs hongrois, ils avaient connu une seconde lune de miel. Les chambres à gaz tournaient à plein régime ; Irene et Josef se baignaient dans la Sola. Les SS brûlaient des hommes, des femmes et des enfants vivants dans les fosses, Irene et Josef ramassaient des myrtilles dont elle faisait des confitures. Les flammes jaillissaient des crématoires ; Irene suçait Josef et Josef prenait Irene. »

Vers la fin de sa vie, son fils vient voir Mengele au Brésil. Sans jamais l’avoir dénoncé, il l’interroge sur les crimes que son père a commis et lui demande s’il n’a jamais ressenti de compassion pour ses victimes, s’il n’a jamais éprouvé de remords : « La pitié n’est pas une catégorie valide puisque les juifs n’appartiennent pas au genre humain, dit-il. Ils nous ont déclaré la guerre, depuis des millénaires ils veulent la perte de l’humanité nordique. Il fallait tous les éliminer. »

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