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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 20:31

Eustache et Hilda t.1 ; la crevette et l'anémone - Leslie Poles Hartley -  Table Ronde - Grand format - Paroles ST MANDE

tome 1 : La crevette et l’anémone

Eustache est un garçon de neuf ans qui passe le plus clair de ses loisirs avec son aînée de 12 ans, Hilda. Leur mère est morte et Hilda assure ce rôle et le prend très à cœur. Des jeux de plage aux réflexions enfantines, frère et sœur sont préoccupés par la vieille et malade Fothergill ; défigurée et laide, elle fait peur. Pourtant, un jour, Hilda convainc son petit frère d’aller boire le thé chez elle. S’en suivra une belle et insolite amitié entre Eustache et cette dame à la fin de sa vie.

D’un charme suranné, le roman nous plonge dans une enfance faite d’insouciances mais aussi de peurs et de fantasmes. Dans ce récit initiatique, c’est surtout le point de vue d’Eustache qui nous est donné à voir, ses inquiétudes, ses divagations, ses projections dans l’avenir et ses rêves. Je n’ai pas tout aimé, certains monologues intérieurs m’ont un peu ennuyée mais je dois admettre que l’innocence de ce petit jeune homme m’a séduite. Hilda n’est pas en reste. Pas encore adulte, elle se montre mature, très attachée à son frère à tel point qu’elle se brime et en oublie sa propre vie. Des réflexions sur les liens fraternels jalonnent le roman mais également sur cette amitié fortuite qui lie une vieille femme que tout le monde fuit et un garçon qui grandit beaucoup à ses côtés. Et les plages anglaises du début du  XXème siècle décrites par cette plume subtile et délicate, quel joli voyage ! Ce roman est le premier tome d’une trilogie. Il me semble qu’on trouve encore le 2ème tome en français mais je n’ai pas réussi à mettre la main sur le 3ème.

Je dois cette lecture à la Kube, cette box de livres que m’a offerte mon chéri à Noël. Je connaissais la maison d’édition de la Table Ronde mais cette collection Petit Quai Voltaire permet d’avoir entre les mains un objet de pure beauté, au papier raffiné et aux dessins très appréciables. En somme, une belle lecture dans tous les sens du terme !

Eustache et Hilda : « Sans elle, il était plus démuni encore que le lierre sans son mur. Elle était la clef de voûte qui soutenait son existence. »

Après une visite à Mlle Fothergill : « Cet après-midi-là marqua plus d’un changement dans l’attitude d’Eustache à l’égard de la vie. La laideur physique cessa de le repousser, et réciproquement la beauté perdit un peu de son attrait. »

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 17:30

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Un homme revient dans son village des Pouilles. Luciano Mascalzone a passé quinze ans en prison mais il revient pour conquérir la femme qu’il aime. Sauf que celle à qui il croyait faire l’amour n’est pas la bonne personne… De cette union va naître Rocco, un petit délinquant orphelin devenu riche qui sera à l’origine de la grande lignée des Scorta, ces hommes et femmes partis de rien, décidés à lutter pour survivre et, malgré les aléas de la vie, à atteindre le bonheur. Entre deux chapitres narratifs, Carmela, la fille de Rocco, prête sa voix à l’histoire, et on l’imagine bien, conteuse à la peau fripée, aux paroles emplies de sagesse.

Quel beau roman ! J’ai tout de suite été émerveillée par cet incipit digne d’un western à l’italienne, ce cavalier qui surgit dans un village où les habitants sont terrés chez eux à cause du soleil de plomb, sa vie mise à prix s’il se fait surprendre… c’est sublime. Cette saga familiale nous emmène, à travers plusieurs décennies dans un microcosme italien souvent caniculaire, parfois meurtrier, toujours rayonnant d’une force communicatrice. Il y a quelque chose, chez Gaudé, qui s’approche délicieusement de la perfection. Tout semble millimétré et les éléments s’imbriquent les uns aux autres en une harmonie admirable. Un roman à classer parmi les Indispensables. Un roman à relire. Un prix Goncourt 2004 bien mérité.

Mis à part Ouragan, j’ai finalement aimé toutes mes lectures de ce romancier.

Ô bel incipit : « La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d’août pesait sur le massif du Gargano avec l’assurance d’un seigneur. Il était impossible de croire qu’en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. »

Une phrase, parfois, se suffit à elle-même : « Les heures passèrent ainsi, dans une fournaise qui abolissait les couleurs. »

« Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis, moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as plus le temps de voir ta femme et tes enfants, quant tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie. »

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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 11:59

La forêt millénaire de Jirô Taniguchi - Album - Livre - Decitre

       Quelle ne fut pas ma joie de constater qu’il existait encore un album de Taniguchi, dans ma bibliothèque municipale, que je n’avais pas lu !

        Wataru, un jeune Tokyoïte, a neuf ans quand ses parents se séparent. Quelque temps plus tard, il est recueilli par ses grands-parents paternels, dans « un village au fond de la montagne ». Alors que son intégration au sein des autres enfants de son âge ne se fait pas aisément, Wataru sent comme une force venue de la forêt qui l’appelle. Quand un groupe d’enfants le défient de monter à un énorme arbre, Wataru se découvre des forces insoupçonnées, il grimpe au colosse en entendant une voix bienveillante : « Tu en es capable Wataru, … tu es notre fils ». La forêt est là, elle le guide, le protège et l’entoure.

        Ce magnifique album, le dernier de Taniguchi, est inachevé. Il est le premier tome d'une série qui aurait dû en compter trois. Il n’empêche qu’il est un spectacle à lui tout seul, empli de vert ; le vert des feuilles, de l’herbe, des buissons, de la forêt. Des silhouettes fantastiques apparaissent au loin et suggèrent le monde merveilleux vers lequel on devrait tendre, celui où humain et nature vivraient en parfaite harmonie. Quel joli message avant de mourir ! L’album est accompagné des carnets de l’artiste, d’une explication de son projet et d’une courte biographie de l’auteur. Ma fille l’a lu avec moi, elle a adoré aussi, je l’ai lu deux fois, c’est un petit baume de bonheur.

La forêt millénaire. Jirô TANIGUCHI – 2017 (BD)

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 10:57

https://actualitte.com/uploads/images/Serge-Joncour-Nature-humaine-c768268e-1ad2-42fd-88c8-2f462e85cb93.jpg

            En juillet 1976, après la dernière récolte de safran… Alexandre vit dans une ferme isolée dans une vallée du Lot, avec ses parents et ses trois sœurs. Alors que les filles projettent très tôt de rejoindre la ville, Alexandre a décidé de reprendre la ferme des parents. L’engouement pour Mammouth et la société de consommation ont démarré et on installe des lignes téléphoniques même dans les endroits les plus reculés. Les années passent, les filles s’émancipent en rejoignant les grandes villes, Alexandre reste à la ferme mais rencontre la jolie Constanze, une Allemande qui s’émerveille de

Tellement conquise par la lecture de Chien-loup, je me réjouissais d’entrer encore une fois dans l’univers de Joncour. La lecture a été très agréable, cette plongée en arrière, pour un lecteur qui a vécu ces années 80 puis 90 a été empreinte de douceur et de nostalgie même si on ne peut que cerner les méfaits et les erreurs de cette période (Joncour ne fait pas une ode au passé non plus). Tchernobyl, l’Erika, la vache folle, le mur de Berlin, tout y passe. Cette chronique d’une longue période allant de la canicule de 1976 à la tempête de décembre 1999, vue depuis le monde paysan, rend les protagonistes attachants et l’endroit lui-même, personnage à part entière, est doté d’un charme fou. Je n’ai pas ressenti le même emballement que pour Chien-loup mais j’ai quitté endroit et personnages à regret. L’écriture m’a encore une fois séduite, j’ai aimé retrouver mon « fond de rusticité enfouie » et Serge Joncour est un excellent conteur ; la nature lui va si bien !

(Petite question : Serge Joncour serait-il fâché avec les virgules ?)

« Le progrès, c’est comme une machine, ça nous broie. »

« En pénétrant dans la vieille bicoque, Alexandre se fit immédiatement rattraper par l’odeur, un mélange de paille et de tabac froid, une odeur de terre exaltée par la fraîcheur du sol. Dans le fond cette odeur il l’aimait bien, c’était le parfum d’un antre intemporel, une odeur qui existait depuis des siècles et dont on se débarrassait aujourd’hui en mettant du carrelage partout, on carrelait même les chèvreries, et les ateliers devenaient des laboratoires à fromage. »

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 09:33

La belle amour humaine - Lyonel Trouillot - Babelio

Une jeune femme occidentale, Anaïse, vient en Haïti, retrouver les traces d’un père disparu. C’est Thomas qui la conduit vers Anse-à-Fôleur, un village côtier aux mœurs particulières. Dans un long monologue qui interpelle souvent Anaïse (et, à travers elle, le lecteur) sans la laisser répondre, il évoque le mystérieux incendie qui a ravagé deux maisons jumelles qui ont brûlé « sans bruit, sans compte, sans attirer un seul regard, à ras le sol, dans une parfaite égalité de catastrophe, et ne constituaient plus que deux petits tas de cendres jumelles dont le volume diminuait au fil des heures, le vent prenant sur lui de les disperser dans la mer. » Il y a vingt ans de cela, deux morts étaient à déplorer : celle d’un colonel et celle du grand-père d’Anaïse. Dans une seconde partie, Anaïse prendra à son tour la parole pour céder sa place à un narrateur externe dans un dernier court chapitre.

S’il y a bien une chose qui surprend dès les premières pages, c’est l’écriture ! Belle et envoûtante, elle nous emporte tout de suite en Haïti avec une force incroyable ; c’est bien simple : les deux tiers du livre seraient à recopier. Avec une poésie d’une beauté captivante, l’auteur, amoureux de son île, nous en offre une vision qui écrase toutes nos croyances de misérables Européens ignares. Il explore aussi les méandres de cette rencontre si complexe entre l’autochtone et l’autre, celui venu des ces grandes villes et de ces contrées modernes. Je n’ai qu’un reproche à faire, c’est de privilégier la forme au détriment de l’intrigue. La fin m’a un peu perdue, l’absence de paragraphes n’aidant pas, mais je crois tout de même que j’ai découvert un écrivain qui va devenir précieux et important à mes yeux.

Dernière escale dans ce voyage latino-américain ! Je remercie encore Goran et Inganmic, sans qui je n’aurais pas lu tous ces récits. Le voyage fut beau !

« Le génie des gens bien consiste à passer leur vie à mener une longue guerre contre l’inévitable. Ils meurent lentement, se préservent, se momifient de leur vivant comme une mesure préparatoire pour perdurer dans l’au-delà (…) Dans le lieu-dit d’Anse-à-Fôleur, quand la mort menace un adulte, on lui fait des blagues et on lui chante des chansons gaies, et il rit sans forcer. Et, homme ou femme, on lui offre la possibilité de faire l’amour avec une personne qu’il désirait depuis longtemps.»

« je n’ai touché jusqu’ici que le ciel que je voyais de ma fenêtre. Les seuls humains que je connais sont ceux avec lesquels j’ai grandi. Je cherche d’autres ciels. Pour augmenter ma part de paysages humains. »

« au bout de son voyage elle aura rencontré la superbe, criminelle, naïve, contagieuse et si simple obsession d’un devoir de merveille. »

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 10:42

Résultat de recherche d'images pour "Qui a tué Palomino Molero de Mario Vargas Llosa poche"

Ni prologue, ni préliminaires, le lecteur est placé d’emblée face au cadavre de Palomino Molero : « pendu et embroché sur le vieux caroubier », la scène est un charnier ; l’homme a été torturé et mutilé avant d’être crucifié. Le lieutenant Silva mène l’enquête accompagné du narrateur, le gendarme Silva. Palomino était un chanteur de boléro et un guitariste apprécié. Rapidement, les flics se rendent compte que tout tourne autour de la caserne d’aviateurs dirigée par le colonel Mindreau. Palomino, le métis, aurait-il eu une liaison avec une Blanche, femme d’officier ? fille d’officier ? Le mari ou le père se serait-il vengé ? Le crime reste abject et le colonel envoie balader les enquêteurs. Si le lieutenant Silva se laisse souvent distraire par les formes généreuses d’une tenancière d’un café, si le narrateur a du mal à imposer son avis et ses idées à cause de son manque d’expérience, l’enquête avance quand même, ralentie par les non-dits et la justice péruvienne à deux vitesses.

Persuadée d’avoir déjà lu cet auteur péruvien, je n’en ai pas trouvé trace (peut-être lors des mes cours d’espagnol au lycée ?) Toujours est-il que j’ai beaucoup aimé ce petit roman policier qui ne se contente pas de faire grossir le suspens mais nous emmène aussi dans un Pérou caniculaire, raciste, hypocrite où les « gros bonnets » font leur loi. J’ai aussi apprécié ce gendarme un peu couard et rêveur qui devance, dans sa tête uniquement, les questions de son chef lors des interrogatoires. Entre mer et rues poussiéreuses, ce récit concis parfois drôle, satirique, rend malgré tout les personnages attachants. Excellente découverte que je dois encore au challenge latino-américain d’Inganmic et Goran. 3ème lecture et il devrait même y avoir une petite dernière avant la fin du mois.

Mario Vargas Llosa a eu obtenu le prix Nobel de Littérature en 2010.

 

Le genre de phrases qui suffit à faire mon bonheur : « Dehors le soleil cognait impitoyablement. Il n’était que huit heures et quart, et pourtant il faisait une chaleur de midi. Dans la clarté aveuglante, les choses et les personnes semblaient à tout moment sur le point de se dissoudre. »

« Putains de Blancs, ce qu’ils sont compliqués. »

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 18:56

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         Tonton Paul revient à Pâques et, en fabuleux conteur, narre la suite de la vie de la belle Juliette.

         Juliette est une jeune femme indépendante qui, son diplôme de lettres en poche, n’a qu’un rêve : devenir grand reporter. Mais en 1937, travailler durement pour une jolie femme de la haute société, n’est pas aussi évident, et même son père qui l’adore, voit cette vocation d’un mauvais œil. Un petit différend sépare père et fille : un nazi aimerait racheter des parts de l’entreprise de Monsieur Sainteloi qui souhaite accepter mais Juliette s’oppose farouchement à l’idée de traiter avec les nazis. Elle ne le sait pas encore mais elle se fera complètement avoir par un beau jeune homme riche et séduisant qui la comblera de cadeaux, de sorties à sensations fortes comme elle les aime. Les retournements de situation et les traîtres laisseront la jeune femme toute seule avec, pour seul réconfort, le souvenir de Ptirou et son contagieux optimisme.

         Cette suite de Il s’appelait Ptirou peut se lire indépendamment du premier tome, je pense. Quelques années ont passé, on retrouve certains personnages mais l’action principale tourne autour de Juliette, cette féministe qui aime la vitesse et les découvertes. Je crois que j’ai encore préféré cet opus au précédent même si les deux sont excellents, j’ai beaucoup apprécié me retrouver à l’exposition universelle de Paris avec ces deux célèbres pavillons allemand et communiste rivalisant d’insolence et de grandeur. L’immersion dans ce Paris des années 30, le courage de Juliette, les belles robes de l’époque, les voitures, l’architecture, ahhh, que tout cela est joli à regarder ! J’apprécie de plus en plus les dessins de Laurent Verron dont le style précis et raffiné correspond si bien à cette veille de Deuxième Guerre mondiale. Un 3ème tome est en projet, j’ai hâte de le découvrir !

         Ma fille de désormais 12 ans a lu les deux tomes et elle les a beaucoup aimés aussi (même si elle n’a pas dû comprendre toutes les références). Abonnée à Spirou, c’est une grande fan du magazine.

 

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 12:29

Résultat de recherche d'images pour "L’anomalie d’Hervé Le Tellier"

 

        Une dizaine de personnages, évoluant dans des univers bien différents : Blake, un tueur professionnel ; Victor, un écrivain dépressif ; Lucie et André un couple mal assorti ; David atteint d’une tumeur cancéreuse et son frère Paul, oncologiste ; Joanna, une brillante avocate noire ; Sophia, une fillette très attachée à sa grenouille ; Slimboy, un chanteur de hip-hop africain ; entre autres… Ces personnages vont se retrouver dans un vol Paris-New York qui va connaître une zone de turbulences absolument insolite par sa violence. Chacun des passagers va vivre un instant incroyable qui aura des répercussions inédites.

        Roman choral proche de la science-fiction, le récit aborde des notions métaphysiques intéressantes. Hervé Le Tellier rend hommage à Italo Calvino, un de mes auteurs préférés et à Jorge Luis Borges dont la nouvelle sur le thème du double fait évidemment écho avec le roman (c’était vraiment drôle pour moi d’avoir découvert le recueil de nouvelles de Borges juste avant !) J’ai lu le livre avec plaisir, avidement, j’ai apprécié la diversité des personnages et ce chamboulement du linéaire, du prévisible, de l’annoncé. J’ai cependant décelé un côté mathématique, carré, un peu fastidieux qui m’a dérangée, une sorte d’études de cas ou comment analyser les différentes réactions possibles dans une situation donnée. C’est pour chipoter ; le roman est bluffant, stimulant et assez innovant pour passionner même ceux qui n’aiment pas lire, je pense. Il réveille les consciences et interroge cette sacro-sainte dichotomie virtuel/réel. Et puis l’humour dont fait preuve l’auteur n’est pas négligeable, je vous en livre un petit assortiment qui vous donnera peut-être envie de prendre ce fameux avion :

« J’ai bien fait de mourir. »

« plus tard, ce sera déjà trop tard. »

« Les turbulences ont cessé et le soleil est revenu dans la cabine. Cette dernière phrase est aussi la définition du Prozac. »

« toujours se méfier des gens qui nous demandent de nous méfier. »

Merci à ma Mimi pour ce prêt !

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 18:02

Résultat de recherche d'images pour "Le livre de sable de Jorge Luis Borges"

 

Ce recueil de treize nouvelles emporte le lecteur dans un ailleurs spatial, dans un ailleurs temporel mais également dans un ailleurs littéraire. Un narrateur qui rencontre son double, un disque magique qui disparaît une fois le propriétaire tué, un Congrès mystérieux qui tente de rassembler les entités du monde entier, un homme qui s’isole et se fait oublier pendant deux mois dans un but bien précis, la première fois d’un adolescent dans une maison close, une plongée dans un avenir très lointain… Si les nouvelles n’ont rien à voir les unes avec les autres, la plupart sont fantastiques, le personnage qui parle à la première personne est généralement masculin et le thème du livre, de la bibliothèque revient souvent.

Heureusement que les nouvelles sont assez courtes car elles requièrent une concentration maximale et une attention aiguë. Malgré cela, deux ou trois me sont restées aussi fermées qu’une lourde porte blindée et cadenassée. Deux paraissent inachevées au point qu’on cherche la dernière page qui n’existe pas. Pourtant, je ne regrette pas d’avoir lu ce livre, certains textes, je l’espère en tous cas, resteront gravés dans mes souvenirs, notamment « Le Congrès », « Avelino Arredondo » et l’incroyable dernière nouvelle, « Le livre de sable », ce livre maléfique dont on tourne les pages indéfiniment sans qu’on puisse le refermer, qui comporte à chaque fois une autre illustration, un autre texte, une autre numérotation de page. Un livre infini qui rend fou.  Les liens avec mon autre lecture argentine du mois, L’enfant poisson de Puenzo, sont évidents puisque dans les deux cas, on a à faire à ce réalisme magique si cher à la littérature sud-américaine ; et je suis contente d’avoir découvert - pour la première fois - l’univers tourmenté et surnaturel du grand écrivain argentin.

Dans la nouvelle « L’autre », le narrateur rencontre son alter ego, l’un est jeune, l’autre est vieux : « je compris que nous ne pouvions pas nous comprendre. Nous étions trop différents et trop semblables. Nous ne pouvions nous leurrer, ce qui rend difficile le dialogue. Chacun des deux était la copie caricaturale de l’autre. La situation était trop anormale pour durer beaucoup plus longtemps. Conseiller ou discuter était inutile, car son inévitable destin était d’être celui que je suis. »

« Utopie d’un homme qui est fatigué » nous emmène dans un futur où on ne crée plus de nouveaux livres : « D’ailleurs ce qui importe ce n’est pas de lire mais de relire. L’imprimerie, maintenant abolie, a été l’un des pires fléaux de l’humanité, car elle a tendu à multiplier jusqu’au vertige des textes inutiles. »

Une seconde participation au challenge ensoleillé de Goran et Ingannmic !

             

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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 17:55

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           Il s’appelait Ptirou de Verron et Y. SenteLe soir de Noël 1959, le cher tonton Paul raconte à trois enfants très attentifs une belle histoire. En 1929, Monsieur de Sainteloi, riche directeur d’une compagnie maritime, décide d’emmener sa fille Juliette à New-York, en bateau. Le pari est risqué car Juliette, orpheline de mère, souffre d’une maladie cardiaque qui la rend dépendante à un médicament. Il s’agit de trouver une infirmière compétente en un temps record. Parallèlement, Ptirou, un jeune acrobate, voit sa mère mourir dans un numéro de cirque. Débrouillard et intrépide, il décide de prendre son indépendance et, par un concours de circonstances, il se fait embaucher en tant que mousse sur un immense paquebot … celui-là même qui emmène M. de Sainteloi et sa fille Juliette en Amérique. Des tentatives de sabotage, la disparition du précieux médicament, des trahisons et autres rebondissements vont rapprocher Juliette et Ptirou et, même si un gouffre social les oppose, ces quelques semaines de traversée vont rester inoubliables pour les deux jeunes gens.

Récit d’aventure, cette BD nous permet de faire la connaissance avec celui qui sera à l’origine du Journal de Spirou : Robert Velter, alias Rob-Vel. En plus de nous plonger en 1929, l’album, dense et volumineux comme je les aime, fait découvrir aux lecteurs la vie sur un bateau entre la haute société, ses dîners somptueux, ses séances d’escrime ou de boxe, son cinéma, ses terrasses, etc. et les autres : le personnel navigant qui se doit d’être irréprochable, les ouvriers qui font le sale boulot et dont les revendications ne sont pas entendues. En toile de fond, une belle histoire d’amour de personnages avec une aura un peu magique : Ptirou en lutin espiègle et la jolie Juliette qui deviendra l’héroïne du tome suivant. Une très belle découverte avec des dessins somptueux.

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