
Un homme revient dans son village des Pouilles. Luciano Mascalzone a passé quinze ans en prison mais il revient pour conquérir la femme qu’il aime. Sauf que celle à qui il croyait faire l’amour n’est pas la bonne personne… De cette union va naître Rocco, un petit délinquant orphelin devenu riche qui sera à l’origine de la grande lignée des Scorta, ces hommes et femmes partis de rien, décidés à lutter pour survivre et, malgré les aléas de la vie, à atteindre le bonheur. Entre deux chapitres narratifs, Carmela, la fille de Rocco, prête sa voix à l’histoire, et on l’imagine bien, conteuse à la peau fripée, aux paroles emplies de sagesse.
Quel beau roman ! J’ai tout de suite été émerveillée par cet incipit digne d’un western à l’italienne, ce cavalier qui surgit dans un village où les habitants sont terrés chez eux à cause du soleil de plomb, sa vie mise à prix s’il se fait surprendre… c’est sublime. Cette saga familiale nous emmène, à travers plusieurs décennies dans un microcosme italien souvent caniculaire, parfois meurtrier, toujours rayonnant d’une force communicatrice. Il y a quelque chose, chez Gaudé, qui s’approche délicieusement de la perfection. Tout semble millimétré et les éléments s’imbriquent les uns aux autres en une harmonie admirable. Un roman à classer parmi les Indispensables. Un roman à relire. Un prix Goncourt 2004 bien mérité.
Mis à part Ouragan, j’ai finalement aimé toutes mes lectures de ce romancier.
Ô bel incipit : « La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d’août pesait sur le massif du Gargano avec l’assurance d’un seigneur. Il était impossible de croire qu’en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. »
Une phrase, parfois, se suffit à elle-même : « Les heures passèrent ainsi, dans une fournaise qui abolissait les couleurs. »
« Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis, moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as plus le temps de voir ta femme et tes enfants, quant tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie. »
