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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 10:45

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         Ana et Zeno, d’un âge bien avancé, se retrouvent enfin après 40 ans de séparation pour s’aimer librement. Voilà le début de l’album mais la fin de l’histoire. C’est en vingt tableaux et à rebours que Jordi Lafebre nous conte l’histoire de ce couple atypique. Ana est maire d’une grande ville et le principal projet de ses deux mandats a été de bâtir un pont qui relierai les deux rives de la cité. Zeno est, quant à lui, un instable. Marin physicien, aventurier dans tous les sens du terme, il parcourt le monde avant de revenir s’installer dans la librairie paternelle. Ana et Zeno ne se voient presque jamais mais gardent contact avec une constance admirable.

         Oh ciel, quelle merveille ! D’une élégance folle, le trait de Jordi Lafevre nous emporte dans un monde où tout est possible. Pour ces deux-là, c’était une évidence et leurs retrouvailles sont d’une simplicité magnifique. Tout m’a plu. A la fois le contraste entre cette mère de famille virevoltante et pleine d’énergie qui ne se voyait pas ne pas fonder une famille (même si elle est plus maire que mère au final…) et ce vieux beau tellement charmant qui se moque un peu des clichés et du bien-pensant. J’ai aussi adoré le flirt avec l’imaginaire qui m’avait déjà tellement touchée dans Lydie. Et puis cette légèreté, cette impression de toucher à l’essentiel comme si être heureux était tout simplement le plus important même si l’humour n’est pas en reste… le message est proche de celui des Beaux étés. A lire, à offrir, à relire, à donner ! Coup de cœur.

Une jolie métaphore de nos deux tourtereaux : « Il y a très longtemps, la Lune et la Terre suivaient chacune leur propre trajectoire. Un jour, elles se sont croisées et se sont attirées mutuellement, mais ni l’une ni l’autre n’est parvenue à s’arrêter. Elles ont poursuivi leur course, chacune exerçant une attraction sur l’autre… et les forces se sont conjuguées… si bien que la Lune s’est mise à tourner autour de la Terre, encore et encore… même si elles n’ont pas réussi à s’accrocher… leurs trajectoires sont à jamais liées. »

« Tu ne dois pas avoir peur d’aimer, mon garçon. Un cœur qui n’aime pas est une lumière qui ne voyage pas. »

Malgré tout, bd chez Dargaud de Lafebre, Sapin

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 10:20

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Une fois n’est pas coutume, c’est l’(excellente) émission Popopop sur France Inter qui m’a donné envie de lire ce roman.

Benjamin Grossman a réussi. Producteur de séries à succès, il fait partie de la haute sphère des privilégiés de BeCurrent, cette plateforme mondialement connue. Un soir, alors qu’il revient d’une visite chez sa mère à Belleville, visite aussi froide que brève, il fait une pause dans un restaurant chinois avant de se rendre compte qu’il n’a plus son portable. Il poursuit celui qu’il pense être le voleur, le violente et s’enfuit. Ce petit événement constituera la clé du roman et le déclencheur des nombreux bouleversements pour chacun de ses personnages. Il y a le jeune retrouvé mort, Camille l’ado qui filme Sam, une femme flic, qui donne un coup de pied au cadavre pensant qu’il ne s’agit que d’un ivrogne, le Chinois qui a besoin d’argent, celui qui prêche la paix tout en soulevant des émeutes, … tous sont liés.

Quel roman ! Tenant à la fois de la série télé (Djavadi est aussi scénariste), de la fresque sociale et du polar, il nous emmène courir, haleter, crier dans ce quartier parisien avec une force époustouflante. La ville est un personnage à part entière et se dresse, à la fois fière et titubante, à côté des autres protagonistes qui ne contrôlent plus grand-chose. Ce Zola du XXIème siècle captivant et « électrique » (c’est Antoine de Caunes qui le dit, à juste titre) m’a beaucoup plu au point d’en faire un coup de cœur. Le titre, parfaitement choisi, renvoie à ce lieu où tout se joue, ce huis clos infernal qui n’a d’autre issue que la mort. Les personnages fourmillent, s’affolent et tourbillonnent en un cercle infernal et vertigineux. Racisme, réseaux sociaux, violences policières comptent parmi les thèmes évoqués. J’apprécie ces autrices contemporaines (j’ai pensé à Karine Tuil) qui apportent une vision juste et lucide sur la vie d’aujourd’hui, prenant des risques, évitant les clichés, appuyant sur nos travers avec brio. Excellente découverte.

Sam venue de Strasbourg, étouffée par une famille turque omniprésente s’est réjouie de rejoindre Paris : « elle n’avait jamais rêvé de la tour Eiffel ou du Quartier latin, mais, de Liberté, d’Anonymat, de Mouvement. Ne plus être que soi, sans passé, ni attache, ni entraves, son propre maître et son propre sauveur. Se fondre dans le flot des vies arrachés à d’autres destins, venues là des quatre coins du monde ; des femmes et des hommes préoccupés du matin au soir par la nécessité d’être à la hauteur de quelque chose, quelque chose qui avait à voir avec la verticalité, mais ne relevait ni de l’ambition ni de la réussite, tout en les comprenant. »

« Quand les Blancs pouvaient exploiter des gens comme moi, les faire trimer sans les payer, ils n’avaient pas besoin de manifester leur racisme. Ce n’est que quand ils ont compris que nous ne voulions plus être des esclaves, que nous étions capables de faire des études, d’obtenir des diplômes, d’avoir le même travail qu’eux, et même de les dépasser, que tout a commencé. »

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 14:29

2021 !

Est-ce bien utile d’évoquer 2020 ? Le bilan collectif sera le même pour tout un chacun. Pourtant, malgré le manque de sorties, de vie sociale, de rencontres, d’évasion, de découvertes, de théâtre, l’année ne fut pas si mauvaise que ça en grande partie grâce aux livres (mais comment font ceux qui ne lisent pas ?)

J’ai lu beaucoup d’excellents livres et il a fallu faire un choix, voici les coups de cœur et les lectures les plus marquantes :

Les romans : Les Choses humaines de Karine Tuil, Un pays à l’aube de Dennis Lehane, Anima de Mouawad, Martin Eden de Jack London et N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell (coup de cœur absolu pour ces deux derniers).

Les BD : La longue marche des éléphants, Le Chanteur perdu, The End, Puisqu’il faut des hommes, Ar-Men.

Les nouvelles : Une vie à coucher dehors de Tesson, La rêveuse d’Ostende de Schmitt.

Le théâtre (ni assez lu ni assez joué !) : j’ai découvert l’excellent dramaturge Hanokh Levin (que vous avez tous boudé puisque c’est le seul billet avec zéro commentaire !)

Jeunesse : Capitaine Rosalie de Timothée Fombelle, les Sauveur & fils bien sûr.

Enfin, des auteurs que j’ai continué d’aimer et de lire : Jean-Paul Dubois, Marie-Aude Murail, Wallace Stegner, Henning Mankell, Silvia Avallone, Laurent Gaudé.
Et des classiques que j’ai aimé lire ou relire : Zola, Emily Brontë, Autant en emporte le vent.

Contrairement à trop de blogueurs, je n’ai pour l’instant aucune envie d’arrêter mais il est vrai que je prends moins le temps de me promener sur les autres blogs, à mon grand regret, le mauvais pli a été pris lors du premier confinement, trop d’ordi en télétravail (et des lunettes !) m’a coupé l’envie d’y retourner pour mes loisirs…

 

Belle année 2021 à toutes et à tous, sans mauvaises nouvelles ni malheurs mais une année emplie de sourires, de belles actions, de bon sens, d’innovations écologiques, d’entraide, de douceur et de bonnes idées.

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 10:20

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-Saison 6-

Entre des patients tellement atteints au point d’être hospitalisés et d’autres qui savent désormais vivre heureux sans Sauveur, le cabinet fourmille de vie et la petite maison de Sauveur et Lazare n’est pas en reste. Que retenir de ce 6ème tome ? Jovo va jouer aux psys, Koslo va vivre de sacrées aventures impressionnantes pour les lecteurs, Grégoire est un petit garçon de 4 ans qui apporte une touche de mignonattitude et le chat Miaou nous a bien fait penser à notre chat Comète.

Encore une lecture entre filles ! Je passe la main à Danaé qui vous donne son avis. « Je pense que ce nouveau livre fut et restera un de mes livres préférés de Sauveur & Fils. Il y a beaucoup de rebondissement et on s’attache très vite aux nouveaux patients et encore plus aux anciens. Ce nouveau livre, dis-je donc, et plein de rebondissements et d’actions. L’auteur a un vrai pouvoir pour nous mettre à la place des personnages : quand ils ont un coup de stress, nous sentons notre cœur battre. Quand ils pleurent, nous sentons des larmes perler sur nos joues, etc… en bref, ce nouveau livre Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail est un de ces livres où il y a des actions intenses ! »

Ce qui m’a surprise, peut-être parce que c’est déjà le 6ème tome, c’est la constance dans la qualité des récits. Jamais une fausse note n’a été déplorée, jamais un bâillement d’ennui n’a été entendu. J’irais même plus loin, je crois que ce 6ème tome est mon préféré. J’ai ri et presque pleuré à la fin (Danaé ne vous le dira pas mais elle a sauté deux fois de joie à la fin) Et pour Danaé et moi, c’est pas loin de 2000 pages (!!!) lues ensemble avec un grand grand plaisir. Il fallait bien un dernier coup de cœur de lecture pour terminer cette année pourrie au plus haut point (même si, personnellement, 2019 était encore nettement un cran au-dessus). Voilà une série devenue un classique à la maison, qu’on recommande souvent, qu’on offre parfois.

 

Réveillonnez bien !

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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 17:16

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Dans les environs de Metz. Le narrateur, veuf depuis peu, agent SNCF, est père de deux garçons. Frédéric alias Fus, un génie du ballon rond a toujours fait sa fierté. Pas vraiment doué pour les études, il est cependant un gamin très bien. Gillou, le cadet, s’entend bien avec lui et les trois hommes parviennent petit à petit à combler le vide laissé par la mort de la mère. Mais un jour, le père découvre que Fus traîne avec des gars du FN. Lui qui a toujours été à gauche, même très à gauche, ne comprend pas. Lorsqu’il apprend que son aîné va jusqu’à coller des tracts fachos, le lien est rompu, les deux ne se parlent plus. Ils vivent ensemble, s’évertuent à trouver un logement à Paris pour Gillou qui va poursuivre ses études, ils se côtoient sans vraiment s’estimer. Ils se tôlèrent, s’évitent et gardent leurs distances. Quand la tragédie survient, le père ne sait plus où se situer entre ses valeurs fondamentales et l’amour pour son fils.

Quel bonheur de tomber sur ce livre ! Voilà un court roman prenant, parfaitement ficelé, intelligent, et subtil. En tant que parent, on ne peut qu’être fortement chamboulé par cette réflexion sur un père qui ne reconnaît plus son fils. Les thèmes de la responsabilité, de l’amour paternel et fraternel, du soutien face au pire et même de l’embrigadement des jeunes dans les mouvements extrémistes sont traités de manière juste et sensible. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Nicolas Mathieu car le lieu – cette Lorraine oubliée - ainsi que la dimension réaliste rapprochent les deux écrivains aussi bien que cette écriture simple mais tellement efficace. Et le ton monte, et l’écriture gagne en puissance, et le beau titre inspiré de Supervielle s’explique si joliment à la fin. Pour un premier roman : chapeau !

C’est un coup de cœur !

Parce que j’habite juste à côté : « Août, c’est le meilleur mois dans noter coin. La saison des mirabelles. La lumière vers les cinq heures de l’après-midi est la plus belle qu’on peut voir de toute l’année. Dorée, puissante, sucrée et pourtant pleine de fraîcheur. Déjà pénétrée de l’automne, traversée de zestes de vert de bleu. Cette lumière, c’est nous. Elle est belle, mais elle ne s’attarde pas, elle annonce déjà la suite. Elle contient en elle le moins bien, les jours qui vont rapidement refroidir. Il y a rarement des étés indiens en Lorraine. »

« Est-ce qu’on est toujours responsable de ce qui nous arrive ? Je ne me posais pas la question pour lui, mais pour moi. Je ne pensais pas mériter tout ça, mais peut-être que c’était une vue de l’esprit, peut-être que je méritais bel et bien tout ce qui m’arrivait et que je n’avais pas fait ce qu’il fallait. »

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 19:31

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       D’un côté, Blanche de Rigny, une jeune femme atypique : petite nana énergique affublée d’un exosquelette, elle élève seule sa fille Juliette ou plutôt avec l’aide de sa meilleure amie, Hildegarde qui, elle, est une géante. Cet étrange trio va s’attacher à enquêter sur les ancêtres de Blanche, des ancêtres très riches…

       D’un autre côté, nous nous retrouvons en 1870 dans cette famille de Rigny « où il est interdit d’être pauvre », si riche donc, qu’elle peut se permettre de ne pas envoyer le grand fiston maladroit à la guerre mais un remplaçant qu’elle aura payé. Mais Auguste souffre de savoir que quelqu’un est allé au casse-pipe à sa place.

       C’est à se demander si je ne souffre d’un trouble de l’attention (les élèves déteindraient-ils sur leur prof ?) Ce roman m’est, comme La langue et le couteau, tombé des mains ! Je n’ai pas accroché à l’histoire, n’y ai pas cru, j’ai eu un mal fou à m’ancrer dans ce récit.  Pourtant, j’ai trouvé que la partie historique rejoignait parfois les qualités d’un Pierre Lemaitre, la comparaison est flatteuse n’est-ce pas ; que la partie contemporaine avec ses loufoqueries pouvait faire penser à la fantaisie d’un Pierre Raufast. Mais ça n’a pas pris du tout… il se passait plein de trucs qui ne m’ont pas paru crédibles et je me suis ennuyée. Je vais personnellement me méfier de cette autrice car, si j’avais bien apprécié La Daronne, je n’en avais pas fait un coup de cœur comme certains.

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 16:43

No direction - BD, informations, cotes

Jeb est un tueur, il en a fait son métier, il tue sans scrupules ni remords, il a sa manière de faire et son « travail » est toujours bien fait. Un soir, il rencontre Bess dans un bar malfamé où elle se voit contrainte d’abattre un homme. Les deux jeunes fuient ensemble. Démarre alors un road-trip où les cadavres sont comme les cailloux du petit Poucet sauf que ce périple vers la Californie n’a rien d’un conte. En parallèle, une mère de famille fuit avec ses deux enfants son mari que l’aîné a tué. Il y a aussi un pasteur qui aime les adolescentes, un obèse qui tient un motel crasseux, une prostituée qui offre son corps, une flic nymphomane.

Brrr… ça pique ! Acide à souhait, cette BD mêle à la fois violence et sexe, et pourtant, j’ai aimé. Les couleurs sont aussi sombres que la noirceur du récit mais chaque chapitre démarre avec une belle planche sur papier glacé aux couleurs vives, comme pour rendre ce qui suit encore un peu plus abominable. Ça décrasse, c’est du Bonnie&Clyde version trash, ça n’est surtout pas à mettre entre toutes les mains. J’ai parfois souri face à cette avalanche de haine qui a tendance à friser le cliché. Les bons sentiments ? Moynot leur vomit dessus !  On a besoin d’être un peu secoués parfois… mais ne mettez pas l'album sous le sapin familial demain soir. 

Cette BD a obtenu le Fauve Polar SNCF au festival d’Angoulême 2020.

Découvrez ci-dessous en accès libre les deux premiers chapitres du livre! -  Emmanuel Moynot BD

 

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 18:02

Livre: Martin Eden, Jack London, 10-18, Littérature étrangère ,  9782264024848 - Librairie Dialogues

         Martin Eden, un marin de 21 ans, est introduit dans une famille bourgeoise après avoir secouru un des leurs. Craignant maladresses et balourdises, il est impressionné non seulement par les richesses et l’opulence qui l’entourent mais également par l’intelligence et le niveau d’étude de ses hôtes. Ruth Morse, une jeune femme de 24 ans, le fascine par son élégance, par « toute la science emmagasinée dans cette jolie tête » et par « la pâle beauté de son visage ». Il tombe éperdument amoureux d’elle et, pour elle, mais aussi pour toucher du doigt cette caste bourgeoise qui lui semble si parfaite, il va se mettre à … se brosser les dents, porter un col empesé, fréquenter assidûment les bibliothèques et « s’éduquer en tout ». Lire, étudier, découvrir la littérature, la politique, la philosophie, les sciences, devient une vraie passion et son intelligence et sa mémoire lui permettront de faire des progrès à une vitesse phénoménale. Il va améliorer ses idées, son discours mais aussi son maintien. Pourtant, il lui faut gagner de l’argent et c’est dans une blanchisserie, trimant de l’aube jusqu’à 23h qu’il va gagner quelques sous et, par la même occasion, découvrir les affres d’un métier épuisant et abêtissant. Ses efforts seront récompensés : Ruth est charmée par les progrès de celui qui a été au départ son élève, et séduite par la musculature du beau jeune homme. Martin Eden s’obstine à vouloir être écrivain, malheureusement, on lui renvoie tous ses manuscrits, il s’appauvrit sans cesse et les parents de Ruth voient cette union d’un mauvais œil. Le couple résistera-t-il aux vents contraires ? Martin réussira-t-il à se faire un nom ?

         Imaginez ces dessins animés merveilleux où les personnages plongent au sens propre dans la page d’un grand livre ouvert. J’ai eu cette impression : m’immerger totalement et avec délice dans l’univers de Martin Eden, entrer dans cette histoire avec un plaisir gourmand. Le récit ne se contente pas du romanesque, il aborde la lutte des classes, il met l’écriture sur un beau piédestal, il dépeint l’ascension sociale et intellectuelle d’un homme téméraire et sûr de lui qui ne doit sa réussite qu’à la certitude de ce qu’il vaut réellement. Il sera difficile d’oublier cette petite chambre avec ce vélo suspendu au mur, ces notes d’écrivain accrochées comme du linge sur une ficelle tendue à travers la pièce. Et puis cette fin… oh cette fin si surprenante, si « à contre-courant » de tout ce à quoi on pourrait s’attendre.  Comme je suis heureuse d’avoir pu, enfin, lire ce beau roman ! Il fait partie de ces livres qui vous soulèvent.

« Son talent était résolument créateur et, avant de commencer une histoire ou un poème, l’œuvre vivait déjà tout entière dans son cerveau, avec sa conclusion et le moyen d’arriver à cette conclusion de la façon la plus intéressante. D’autre part, il s’émerveillait d’une trouvaille spontanée qui se révélait à l’épreuve de la plus sévère analyse. Et, bien qu’il disséquât la beauté pour en découvrir les principes ésotériques, il restait toujours convaincu que l’essence même de cette beauté était impénétrable. »

Les écrivains « ont fait des choses si merveilleuses, si inouïes, qu’à leur flamme les portes d’airain ont fondu. Ils sont arrivés par miracle, à mille contre un. Ils sont arrivés, parce qu’ils étaient pareils aux « géants balafrés » de Carlyle, que rien ne peut abattre. Et voilà ce qu’il faut que j’accomplisse : l’impossible. »

« Parti à tire-d ’ailes vers une étoile, il avait naufragé dans un marais pestilentiel. »

« elle avait le cœur bien placé »

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16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 18:42

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Prunelle est une jeune femme originale, tête en l’air, rigolote, gaffeuse au possible. Elle enchaîne les maladresses comme raccrocher au téléphone après avoir lancé un « Je vous embrasse » à son banquier, confondre et mélanger les expressions (« mettre un poil d’honneur à vous rembourser », « c’est la quadrature du siècle ») Bref, elle est toujours à côté de la plaque et ses bourdes déclenchent soit l’hilarité soit l’incompréhension. Célibataire, elle ouvre son cabinet de naturopathie et c’est l’échec. Quelle stupeur quand elle découvre, grâce à sa mère, une sitcom qui raconte toutes ses gaffes ! Elle découvre SA vie sur le petit écran dans une série qui cartonne… mais comment est-ce possible ?

En deux tomes, l’auteur nous embarque dans la vie tourneboulée et colorée de Prunelle et les couleurs de sa personnalité rejaillissent sur les planches. Dans le second opus, celle qui se démarque par ses défauts plutôt mignonnets prouve qu’elle n’est pas aussi naïve qu’on le pense. Au début de ma lecture, j’avais assez peur de ne pas sortir du côté vaudeville ultra léger et facile et finalement, si, on n’en sort un peu en élargissement la thématique sur la frontière entre réalité et fiction, en mettant en scène une personne différente, trop idéaliste dans notre monde de bruts. Il faut aimer les couleurs vives et les dessins de Tronchet (il a bien progressé depuis 2010 !) mais j’ai tout de même passé un agréable moment avec ce Truman Show féminin à la française. Certains se reconnaîtront en ce personnage attachant, venu d’un autre univers, moins hostile que le nôtre…

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 10:46

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        L’auteur s’est inspiré d’un « fait divers » (dans le cas d’un meurtre, cette catégorisation frise le scandale) : à Lyon, en 2009, un type est entré dans un supermarché, s’est dirigé vers le rayon des alcools, s’est ouvert une canette de bière qu’il a bue, sur place, sans réfléchir, parce qu’il avait soif. Quatre vigiles ont accouru, l’ont emmené sans que le « coupable » se rebelle et l’ont battu à mort. Laurent Mauvignier, à travers un long monologue d’une soixantaine de pages, donne vie à ce mort, lui prête des pensées et s’adresse à son frère vivant, celui qui lui ressemblait tellement physiquement.

        Le texte, qui n’est constitué que d’une seule phrase, se lit d’une traite, le souffle court et la poitrine oppressée. Au-delà de l’incompréhension et du sentiment de révolte face à une mort stupide et absurde, l’auteur donne de la dignité à celui qui ne pensait pas mourir aussi vite. Le « un homme ne doit pas mourir pour si peu » du procureur résonne longtemps et laisse à penser qu’un caddie plein autoriserait peut-être davantage un passage à tabac ? Le narrateur dont on ignore l’identité est celui qui apaise, essaye de comprendre l’incompréhensible, celui qui réconforte, qui console de l’affreux, celui qui en parle, tout simplement. L’écriture de Mauvignier, si belle et si puissante, est une forme de résistance face à la bêtise et à cette violence du quotidien. À lire.

Il me semble que le texte a été mis en scène plus d'une fois... 

Autour du mondeTout mon amour

« il ne savait pas qu’il mourait, dans les films ils savent toujours qu’ils meurent, mais en vrai ce n’est pas aussi beau, on n’est pas si beau, on ne meurt pas, on ne fait rien, la vie se fait minuscule et finit par se faire la malle comme un parasite abandonne une carcasse qui ne lui convient plus, c’est tout, alors pas le temps pour les belles phrases ni pour les idées profondes et généreuses »

« il se rappelle de ce qu’il ne verra plus parce que les vigiles l’ont débarrassé de voir et d’entendre et d’espérer aussi, l’espoir qui l’aura tenu jusqu’à l’instant ultime, j’en suis sûr, ça ne peut pas être autrement, quand c’était au bord de la fin, touchant déjà la fin, y glissant, je crois, quand la vie s’en allait alors qu’il pensait encore ils vont arrêter de frapper, je vais retrouver mon souffle, ça ne peut pas finir ici »

 

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