
Ana et Zeno, d’un âge bien avancé, se retrouvent enfin après 40 ans de séparation pour s’aimer librement. Voilà le début de l’album mais la fin de l’histoire. C’est en vingt tableaux et à rebours que Jordi Lafebre nous conte l’histoire de ce couple atypique. Ana est maire d’une grande ville et le principal projet de ses deux mandats a été de bâtir un pont qui relierai les deux rives de la cité. Zeno est, quant à lui, un instable. Marin physicien, aventurier dans tous les sens du terme, il parcourt le monde avant de revenir s’installer dans la librairie paternelle. Ana et Zeno ne se voient presque jamais mais gardent contact avec une constance admirable.
Oh ciel, quelle merveille ! D’une élégance folle, le trait de Jordi Lafevre nous emporte dans un monde où tout est possible. Pour ces deux-là, c’était une évidence et leurs retrouvailles sont d’une simplicité magnifique. Tout m’a plu. A la fois le contraste entre cette mère de famille virevoltante et pleine d’énergie qui ne se voyait pas ne pas fonder une famille (même si elle est plus maire que mère au final…) et ce vieux beau tellement charmant qui se moque un peu des clichés et du bien-pensant. J’ai aussi adoré le flirt avec l’imaginaire qui m’avait déjà tellement touchée dans Lydie. Et puis cette légèreté, cette impression de toucher à l’essentiel comme si être heureux était tout simplement le plus important même si l’humour n’est pas en reste… le message est proche de celui des Beaux étés. A lire, à offrir, à relire, à donner ! Coup de cœur.
Une jolie métaphore de nos deux tourtereaux : « Il y a très longtemps, la Lune et la Terre suivaient chacune leur propre trajectoire. Un jour, elles se sont croisées et se sont attirées mutuellement, mais ni l’une ni l’autre n’est parvenue à s’arrêter. Elles ont poursuivi leur course, chacune exerçant une attraction sur l’autre… et les forces se sont conjuguées… si bien que la Lune s’est mise à tourner autour de la Terre, encore et encore… même si elles n’ont pas réussi à s’accrocher… leurs trajectoires sont à jamais liées. »
« Tu ne dois pas avoir peur d’aimer, mon garçon. Un cœur qui n’aime pas est une lumière qui ne voyage pas. »











