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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 11:11

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        Le narrateur, Jean, fait un burn-out, il est bibliothécaire et il se sent dépassé par la montagne de livres qu’il lui reste à lire, par les 153 chaînes de télé, par le vide de sa vie. Il repense à un chanteur de son enfance, Rémy Bé, qu’il écoutait en boucle à une époque où tout le monde écoutait des chansons anglaises. Trente ans plus tard, il est toujours autant charmé par ces chansons à texte et il se met en tête de savoir ce qu’est devenu ce chanteur disparu de la circulation. Entre Morlaix et Berck, Jean note impressions et rencontres dans un gros cahier. Le « chanteur perdu » demeure introuvable mais le road-trip, qui semble parfois absurde, s’apparente de plus en plus à une quête de soi. Finalement, Jean va retrouver Rémy Bé à Madagascar et, après une légère déception, cette rencontre va mettre un point d’orgue à une aventure peu ordinaire.

        Quelle jolie découverte ! A la fois de l’auteur (j’ai beau fouillé dans ma mémoire et dans le blog, je ne l’ai jamais lu) qui se dévoile puisqu’il raconte une histoire vraie, de cette quête passionnante d’une idole de jeunesse, de cette île malgache qui donne presque envie de se faire piquer par une scolopendre, des dessins de Tronchet… tout est bon, c’est prenant et délectable. Parfois drôle, souvent attendrissante, cette odyssée qui n’a que peu de sens au départ, prend tout son sens et incite même le lecteur à prendre la poudre d’escampette aussi. Coup de cœur ! Vivement que j’en lise plus de cet auteur (des propositions de titres sont les bienvenues) !

 

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 18:00

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          C’est dans le cadre de mon boulot au collège que j’ai découvert qu’avant la pièce Rhinocéros, une nouvelle portant le même titre avait été écrite.

« Rhinocéros » commence ainsi : « Nous discutions tranquillement de choses et d’autres, à la terrasse du café, mon ami Jean et moi, lorsque nous aperçûmes, sur le trottoir d’en face, énorme, puissant, soufflant bruyamment, fonçant droit devant lui, frôlant les étalages, un rhinocéros. » La suite, vous la connaissez sans doute : après l’étonnement initial, tous les habitants de la ville finissent par se métamorphoser en rhinocéros, seul le narrateur résiste … mais jusqu’à quand ?

La 2ème nouvelle, « Oriflamme » surprend également dès son incipit : un couple « héberge » un mort depuis 10 ans. C’est un homme de passage qui a eu une liaison avec Madeleine que le narrateur a tué. Le cadavre est intact mais il grandit chaque jour un peu et, au bout de dix ans, il faudrait s’en débarrasser. Mais le mort va manquer au couple, ses yeux « tels deux phares, d’une lumière froide, blanche » éclairaient toute la pièce. La fin de la nouvelle est de toute beauté puisque la barbe du mort se déploie en parachute et emporte le narrateur avec lui.

La 3ème nouvelle, « La photo du colonel » se veut plus policière. Dans une ville parfaite où ne vivent que des gens aisés sous un parfait soleil, un mystérieux tueur en série sévit. On connaît son mode de fonctionnement mais il n’est jamais inquiété. Le narrateur le côtoie naïvement, sans se méfier.

         Il ne faut pas parler d’absurde mais d’« insolite » chez Ionesco. Merci à lui de nous sortir du commun, du réaliste et de l’ordinaire. Ces trois nouvelles sont une réussite et traduisent le pessimisme de l’auteur vis-à-vis de la condition humaine (et il n’a pas tort). Les hommes sont petits et soumis à une fatalité qui les dépasse, contre laquelle ils n’ont pas la force de vaincre. Amis de l’optimisme, bonsoir !

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 09:51

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       Mathilde, une Alsacienne, s’envole avec son amoureux Amine, un Marocain qui a combattu du côté des Français pendant la Seconde guerre, pour Meknès. Nous sommes en 1947. Après avoir séjourné quelque temps dans sa belle-famille, Mathilde découvre la campagne marocaine, terrain où va mûrir le projet d’Amine : faire féconder sa terre, mettre en valeur la ferme léguée par son père. Mathilde est sur tous les fronts : rapidement mère de famille, elle doit gérer ses deux enfants Aïcha et Selim, elle doit être aussi bonne fermière que maîtresse de maison, elle tente de soigner les voisins et s’entête à conserver ses traditions françaises.

       J’ai beaucoup aimé cette histoire qui fait un pont entre deux cultures : l’Alsace qui – par ses coutumes et ses traditions - est vraiment bien décrite (je suis Alsacienne) et le Maroc qui, dans les années 50 appartient aussi à ces deux cultures entre les colons qui ont envahi le pays et les indigènes qui revendiquent leur indépendance. Comme on peut s’y attendre, c’est un roman fort et dénué de jugement. Sans manichéisme aucun, Leïla Slimani pose ses personnages et les laisse agir, Amine est doux et travailleur, ferme avec sa femme et ses enfants mais compréhensif … jusqu’à un certain point. Mathilde accepte avec une belle résignation le choix qu’elle a fait et parvient à se couler dans le moule de la parfaite Marocaine. Ces deux-là s’aiment fort sans se le dire ni se le montrer vraiment. Aïcha semble être la petite rebelle qui, on peut l’espérer, sera l’héroïne de la suite de la trilogie. Il en résulte, de ces dix années à Meknès, une violence permanente due aux nombreux antagonismes qu’il est si difficile de réconcilier : France/ Maroc, femmes/hommes, émancipation/traditions…   L’autrice s’est inspirée de la vie de ses grands-parents maternels. L’écriture est belle et voluptueuse, la magie du voyage opère sans effort. J’ai hâte de lire le 2ème tome !

       Leïla Slimani avait déjà évoqué le thème de la femme au Maroc dans Parole d'honneur.

Mathilde rentre une seule fois en France, à la mort de son père. Une fois là-bas, elle hésite à revenir au Maghreb mais elle reviendra : « Maintenant qu’elle était décidée, à présent qu’aucun retour en arrière n’était possible, elle se sentait forte. Forte de ne pas être libre. Et lui revint en mémoire ce vers d’Andromaque appris à l’école, elle la pathétique menteuse, l’actrice du théâtre imaginaire : « Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne. »

Les soldats marocains envoyés en France pour se battre : « Il fallait se battre, vaincre et puis rentrer. Aucun bruit ne devait être fait. Aucune question ne devait être posée. »

Aïcha découvre la mer pour la première fois : « … le bruit étourdissant de la mer. C’est cela d’abord qui lui plut. C’est cela qu’elle trouva beau. Ce bruit, comme celui d’un souffle dans un journal que l’on roule en forme de longue-vue et que l’on colle contre l’oreille d’un autre. Ce bruit, comme la respiration de quelqu’un qui dort, heureux et plein de rêves. Ce ressac, cette fureur tendre à laquelle se mêlaient, un peu assourdis, les rires des enfants qui jouaient, les recommandations des femmes – « Ne t’approche pas trop, tu pourrais te noyer ! » -, la complainte des vendeurs de pépites et de beignets qui se brûlaient les pieds dans le sable. »

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 21:29

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       En octobre 1936, les camarades de classe Lucie et Rémi ont terminé de ramasser des coques sur la plage, ils se séparent dans une ruelle du Mont-Saint-Michel. Mais Lucie ne va jamais rentrer chez elle ce soir-là… Elle surprend une dispute entre un homme et une jeune fille – Julienne - qui dit désormais refuser de transmettre les enveloppes à son interlocuteur. L’homme la tue et Lucie, qu’il a vue, doit fuir. Elle reste introuvable bien après que le corps de Julienne est retrouvé. Tous les habitants tentent de retrouver Lucie et son mystérieux assassin. Au bout de quelques jours, il ne subsiste aucun doute : le tueur est forcément sur l’île…

       Charmant petit album policier aux couleurs pastel, cette histoire a le gros avantage de nous emmener dans un endroit incroyable. Sans être extraordinaire, le scénario tient la route et les planches aux tons orangés, gris et sépia m’ont bien plu. J’avais découvert le beau travail de Marie Jaffredo lors de la lecture des Damnés de Paris.

Un petit huis clos tout public qui permet de respirer encore un peu l'air iodé... 

Bonne rentrée à tous!

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 13:01

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       Il y a peu, j’ai fait une razzia sur quelques romans de Jean-Paul Dubois qui ne m’a jamais déçue. Vous risquez donc d’en entendre parler encore dans les mois à venir…

       Paul Peremülter, écrivain, vient de divorcer. Sa femme l’a quitté et il se rend compte que ce n’est pas une si mauvaise chose. Il en profite pour faire une pause : il arrête d’écrire, quitte Toulouse, se rend aux Etats-Unis où il multiplie les petits boulots et finit par s’arrêter au Québec. Il repense à son père mort noyé dans un lac lors d’une sortie pêche. Deux fois par mois, il laissait derrière loin la France pour s’adonner à son sport favori. Paul se recueille près du lac, retrouve un ancien ami de son père et découvre, par la même occasion, un secret longtemps gardé. De ce secret, Paul se sentira malaimé et encore moins sûr de l’amour que pouvait lui porter son père. Il veut relever un défi réputé insurmontable : traverser seul une forêt dense et inextricable, les Bois sales.

       Quelle merveille que ce petit roman : démarrant fort doucement, le rythme s’amplifie, se renforce ; la tension monte, les émotions occupent toute la place. Entre nature writing et récit initiatique, la place du père (comme souvent dans les romans de Dubois) se fait imposante et se lie avec cette belle nature canadienne. J’ai été bouleversée plus d’une fois, le livre m’a vraiment parlé, je me suis identifiée à ce personnage orphelin de père et à sa quête d’amour. Cerise sur le gâteau, de belles réflexions sur la littérature vs la vie réelle jalonnent le roman : Paul fait une pile des livres qu’il a écrit, « vingt-quatre centimètres de haut pour trois kilos quatre cent quatre-vingt-dix grammes de papier. » Eh oui, l’humour côtoie l’émotion comme souvent chez cet écrivain de talent. Excellente pioche !

« qu’ai-je donc en moi qui m’a toujours empêché de vivre en paix ? C’est, il me semble, une question que nous portons tous en nous, qui tantôt nous vrille la cervelle, tantôt se tortille dans la vase de nos ventres, une question dont jamais nos os ne s’accommodent et que, pour rien au monde, nous ne voudrions nous poser. Et, avec le temps, elle finit par remonter de notre gorge, peser sur notre langue, au point, le jour, de nous ôter la parole et, la nuit, de nous faire crisser des dents. »

« Faire un livre est une chose très simple. Il suffit de ne pas vivre. De s’arrêter, d’attendre que les morts sortent de terre, les sentiments de l’oubli, et les vers de la vase. Il suffit de décomposer les images du bonheur pour entendre, derrière le bruit des bouches qui s’embrassent, résonner le murmure des indicibles questions que chacun porte en soi. »

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 10:59

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       Si j’ai entrepris cette (longue) lecture (620 pages) c’est pour trois raisons : la renommée Keisha ne pense que du bien de cette autrice, Le Secret du mari que j’ai lu m’a paru suffisamment léger pour que je fasse de ce roman une lecture de vacances et enfin, j’ai adoré adoré la série Big Little Lies adapté du roman Petits secrets, grands mensonges de la même autrice.

       Un dimanche ensoleillé à Sydney. Vid le bon vivant n’a qu’une envie : inviter ses voisins pour un grand barbecue lors duquel il pourra en mettre plein la vue à tout le monde. Tiffany, sa femme si pulpeuse, se rangera vite à ses côtés. Les voisins plutôt coincés, Erika et Oliver, sont accompagnés de leurs amis Clémentine et Sam, et leurs deux fillettes. L’ambiance est franchement détendue, Tiffany se met à se confier sur son passé de strip-teaseuse, le ton est grivois, ce qui plaît moins à Erika et Oliver. Soudain le drame.

       La narration est faite de telle sorte qu’on ne nous dévoile que très progressivement les composantes de ce fameux barbecue. On comprend dès les premières pages que, huit semaines plus tard, tout a changé : Clémentine et Oliver sont au bord de la rupture, Erika a de plus en plus à gérer sa mère qui garde tout (le syndrome de Diogène pour ceux qui connaissent, … entre pots de yaourt vides et vieux sapin de Noël de 1980, il faut tout conserver et la maison peut vite déborder au sens propre du terme), le voisin Harry insupportable et acariâtre au possible ne donne plus signe de vie du tout, la fille de Vid et Tiffany, Dakota, se mure dans un silence inquiétant. On mettra des centaines de pages à comprendre ce qu’il s’est passé ce fameux dimanche. Cette tension fait plaisir mais elle dure vraiment trop longtemps. J’aurais aimé lire la même histoire avec deux cents pages en moins. Je ne conseille donc ce livre qu’à ceux qui cherchent une lecture facile et légère, nullement effrayés par les 620 pages.

Erika n’a pas eu une enfance facile : « On peut sauter tellement plus haut quand on est sûr de pouvoir retomber en sécurité. »

 

2ème pavé de l’été :

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 11:31

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       Sur mon blog, j'ai loué maintes fois le talent de Jean Echenoz dont les romans m’ont tous plu. Je me serais passée d’une exception…

       Gérard Fulmard a le profil du parfait looser : viré de son boulot de steward, il vit seul dans la rue Erlanger (celle-là même qui a vu Mike Brant se suicider). Plutôt enveloppé, il pense avoir une idée de reconversion : « Cabinet Fulmard Assistance, Renseignements & Recherches, Litiges & Recouvrements, Promptitude & Discrétion », voilà l’annonce qu’il rédige pour un journal gratuit. Quelques rares clients se pointent mais ça se termine toujours mal. Fulmard est finalement recruté par son psychiatre pour une mission bien particulière. Il est question d’un parti politique chancelant et d’une fausse prise d’otage. Mais aussi d’un vieux dirigeant sur le déclin amoureux de sa bru…

       L’auteur refuse l’appellation de « parodie de polar » pour son roman et préfère qu’on le qualifie de « roman noir ». Pourtant, il s’agit bien d’une sorte de pâle copie de l’univers de J.M. Erre qui entrerait en collision avec l’humour d’un Schwartzmann mais comment dire… c’est un peu raté, selon moi. Le problème, c’est que je suis restée à côté de l’histoire de la première à la dernière page. J’avais l’impression que tout était cousu de fil blanc, depuis l’atterrissage de boulons géants sur un supermarché (il paraît que ça arrive…) jusqu’aux liaisons sentimentales diverses et variées, en passant par la naïveté de l’anti-héros. C’est prévisible, inintéressant, voire agaçant … pas complétement puisque je suis tout de même allée au bout 236 pages mais j’aurais préféré de pas les lire. Déception donc.

Surtout lisez autre chose de cet excellent écrivain : Courir, 14, Envoyée spéciale, Des éclairs, …

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 11:14

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Tomes 1 à 3.

        Les chroniques de BD se font rares depuis quelque temps, je n’en emmène jamais quand je vais ailleurs, et puis le covid a espacé mes visites à la bibliothèque. Bref, aujourd’hui c’est d’une pierre trois coups.

        Vincent Machot vit seul, ou plutôt il occupe l’appartement sous celui de sa vieille mère. A trente ans, il est coiffeur et comble difficilement ses journées vides et inintéressantes. Jusqu’au jour où, changeant d’épicerie, il tombe sur une vendeuse qui lui rappelle vaguement quelque chose… Sans réfléchir, il se met à la suivre et va très vite découvrir qui elle est : Rosalie Blum, la quarantaine, vivant seule dans une maison isolée et plutôt mal entretenue. Ses habitudes de la suivre deviennent une obsession, il fouille ses poubelles pour mieux la connaître, la piste le temps de ses longues balades le long des rails, vient l’écouter chanter dans sa chorale. Ce qui devait arriver arriva : Rosalie remarque, évidemment, qu’un type la suit depuis des semaines. Elle en parle à sa nièce, Aude, qui, ayant abandonné ses études à l’insu de ses parents, ne demande qu’à suivre Vincent pour savoir si sa tante a affaire à un psychopathe ou à un admirateur. Deux copines se joignent à elle – elles s’amusent bien. On est au début du tome 2 et je ne vous en dis pas beaucoup plus à part que les trois solitaires, Rosalie, Vincent et Aude vont se retrouver pour inventer une nouvelle vie.

        J’ai adoré lire ces trois tomes que j’ai dégustés goulûment. Les trois épisodes s’imbriquent à merveille, on comprend enfin, dans le 3ème opus pourquoi Rosalie Blum provoquait en Vincent cette impression de déjà-vu. Les personnages sont tous attachants, chacun est empêtré dans une solitude à la fois néfaste et bienheureuse. Les personnages secondaires sont aussi délicieusement croqués que les héros : la mère de Vincent, complètement tyrannique mais délicieusement excentrique, qui met en scène avec des poupées tous les faits divers dont elle entend parler, n’est pas en reste. Kolocataire le bien nommé, vit avec Aude et tente désespérément de monter un spectacle de cirque : entre chèvre, grosse femme se promenant nue, lancer de couteaux et recherche de lion, Aude n’est jamais à l’abri de grosses surprises. Au milieu de la série, un suspense insoutenable nous fait tourner les pages. Ce qui est attendrissant, c’est la tolérance qui traverse ces existences, l’absence de jugement, l’acceptation de toutes les différences. Mes mots peuvent paraître gnangnan mais les BD ne le sont pas du tout. L’humour occupe une grande place dans le dessin, je trouve, il se veut réaliste mais frôle parfois l’absurde. C’est la vie de tous les jours qui est placée sur un joli piédestal qui donne envie de sourire.

J’avais déjà aimé Juliette de la même autrice que je vais continuer à suivre !

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 09:47

 

N'essuie jamais de larmes sans gants - Jonas Gardell - Babelio

        En Suède. Rasmus a 18 ans, il vient d’avoir son bac et quitte son village perdu pour rejoindre Stockholm. Nous sommes en 1982 et il cherche surtout, dans la capitale, à assumer son homosexualité. Benjamin, lui, est Témoin de Jéhovah. Il est un parfait modèle pour sa communauté et consacre tout son temps libre à faire du porte-à-porte pour prêcher la bonne parole. Sa vie va basculer le jour où il va sonner chez Paul, un gay extraverti qui lui demande s’il est au courant qu’il est pédé. Benjamin ne parvient plus à refouler ce qu’il cachait depuis toujours. Rejeté par ses parents, il rejoint la bande de Paul, rencontre Rasmus et c’est l’amour fou. Mais le « cancer des gays » commence à faire parler de lui, certains hommes voient leur corps recouvert de lésions étranges, les puritains pensent que cette « peste gay » n’est qu’un châtiment de dieu. On ignore tout et on continue à vivre vite et fort jusqu’à ce que la mort s’invite et gagne la partie.

        Coup de cœur évident ! Ce roman dégage une force et un sentiment d’urgence tels que je le classerais dans les Indispensables. Il vous change un lecteur. Parfois très âpre et violent, il sait aussi tantôt donner de belles leçons de vie, tantôt se faire documentaire fouillé et pointu. La narration est d’une telle virtuosité que malgré les 844 pages, la lassitude ne s’installe jamais, l’auteur prend soin de tous ses personnages, il leur laisse une place sur le podium à tour de rôle. J’insiste, c’est vraiment un livre qu’il FAUT avoir lu, non seulement pour mieux appréhender l’émergence du sida et ses premières victimes (l’ignorance et les erreurs qui entourent les premiers mois sont comparables à celles de la covid 19) mais aussi pour mieux comprendre l’homosexualité et le combat des gays au début des années 80. Les personnages sont des héros, des martyrs, des êtres d’une beauté unique qui assument leurs différences du mieux qu’ils peuvent ; en Suède, l’homosexualité était encore classée parmi les maladies mentales en 1978 ! Quelques années plus tard, un virologue suédois propose très sérieusement de tatouer les personnes contaminées par le sida.

Quand l’amour et la mort n’ont jamais été si proches…

« Le deuil qui vous marque de son sceau devient une partie intégrante de votre personne. Et puisque le deuil est une marée, il n’est donc pas rare qu’il remonte et vous submerge avec une force époustouflante, alors que vous aviez le sentiment que tant de temps s’est écoulé, que les années ont succédé aux années. Mais puisque le deuil est une marée, il n’est pas rare non plus qu’il se retire, vous découvrez à ce moment-là que vous avez les pieds au sec et que vous devriez peut-être vous étirer les jambes et aller faire une promenade. »

premier pavé de l'été : 

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 14:18

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       J’avais lu avec délice Et je danse aussi des mêmes auteurs.

       Novembre 2019. On retrouve Adeline séparée de Pierre-Marie depuis quatre ans, accompagnée d’un homme bien plus jeune qu’elle, Ben, et de la fillette de cet homme, Eliette. Les trois s’apprêtent à quitter la France pour Toronto. C’est Pierre-Marie qui a envoyé le premier mail à Adeline lui demandant de lui transmettre un carnet oublié chez elle et, lui demandant, par la même occasion, pardon pour l’avoir quittée si brutalement. Les premiers échanges sont assez froids même si chacun est ravi d’avoir des nouvelles de l’autre. Petit à petit, on comprend qu’Adeline s’est mise dans une situation compliquée voire dangereuse et, qu’une fois exilée au Canada, Pierre-Marie est finalement son seul allié. Pour elle, il va dépenser des fortunes, il va rejoindre parcourir des centaines de kilomètres et risquer sa vie.

       Si ce roman épistolaire se lit avec facilité et gourmandise, je n’ai pas retrouvé l’engouement ressenti lors de la lecture du premier opus. Il me semble avoir été plus attendrie, avoir plus ri. Ici, on devine d’emblée la fin et les personnages sont un peu caricaturaux. Et j’ai moins cru à ce retour de flammes. Mais, si on classe le livre parmi les feel good, c’en est un bon, un fiable, un parfait-pour-la-plage.

 

Le chat de Pierre-Marie a disparu : « En tous cas, il s’est bel et bien carapaté. Je lui ai déposé pendant des semaines des gamelles de poisson autour de la maison. Tous les chats du quartier s’en sont fait péter la bedaine, mais pas lui. »

Pierre-Marie a les deux bras emplâtrés, Adeline lui propose de faire simple et d’abandonner la ponctuation : « Laisser tomber la ponctuation ? JAMAIS ! Plutôt crever. Je suis prêt à renoncer à la bicyclette, au sexe, au bordeaux, mais à la ponctuation, jamais ! Imagine un peu à quoi ressemblerait une phrase sans point final

Ah, tu as vu ? C’est insupportable. Tu marches sur un joli chemin, en toute confiance, et soudain tu sens le sol qui se dérobe sous tes pieds, tu es précipité dans le vide. Il n’y avait même pas une petite barrière pour t’empêcher d’aller plus loin et de faire le pas de trop. »

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