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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 11:33

Résultat de recherche d'images pour "Riche Pourquoi pas toi ? De Marion Montaigne dargaud"

En collaboration avec Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot.

          Les deux sociologues Pinçon interpellent un type lambda au supermarché : « ça vous plairait d’être riche ? » demandent-ils à Philippe. Ben oui, ça lui plairait, bien sûr. C’est alors que non seulement les deux spécialistes de la richesse lui expliquent deux, trois petits trucs sur les riches mais en plus ils s’installent chez lui, prenant à témoins sa femme et son fils. « A partir de combien est-on riche ? », « Qui sont les ultra-riches ? » « Avez-vous l’étoffe d’un bourgeois ? » sont les questions auxquelles la BD nous répond. On peut même faire un test pour savoir si on pourrait en être… Finalement, Philippe et sa famille se rendent compte que non, ils ne veulent pas acquérir des œuvres d’art incompréhensibles pour eux, non, ils ne veulent pas passer leurs week-ends à jouer au golf, oui, ils sont gênés de porter des bijoux de luxe et encore plus embarrassés devant ambassadeurs, starlettes et autres PDG richissimes.

        Marion Montaigne est vraiment douée quand il s’agit de vulgariser la science (Tu mourras moins bête, par exemple) et s’en sort également très bien avec la sociologie. Pour tout vous dire, on ressort de cette copieuse BD en se disant qu’on n’a aucune envie de gagner au loto ni de devenir millionnaire. C’est bien argumenté, drôle comme toujours, très agréable à lire, documenté. Je n’en déteste pas moins les riches qu’avant, il faut dire qu’ils en prennent pour leur grade là-dedans. Un peu comme chez Molière, plus on en a dans le porte-monnaie, moins on en a dans le ciboulot. Rien que de savoir que 1% de la population est très très riche et touche 48% des revenus de la planète financière. Et ce bel exemple de la famille de Wendel, dynastie de maîtres des forges lorraines, qui fête les 400 ans de la famille en 2004, et loue « le musée d’Orsay, pour l’occasion, le musée organise une expo en l’honneur des forges lorraines. Ils sont si nombreux que chacun porte un badge de la couleur de la branche de sa famille pour s’y retrouver. » Heureusement qu’on se marre bien pour ne pas en pleurer. Certaines planches, allez presque toutes, sont hilarantes. Ma préférée : celle où la femme de Philippe va s’acheter une bague de luxe : mal à l’aise, elle se sent en léger décalage avec des preuves de pauvreté plein les mains : « 20 ans de vaisselle … brûlure de fondue bourguignonne… auto-manucure ».

 

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 17:41

Résultat de recherche d'images pour "Les larmes noires sur la terre de Sandrine Collette"

         Je ne sais pas si vous saviez que Sandrine Collette a écrit autre chose que des polars, je l’ignorais. J’ai acheté ce livre à ma maman en pensant lui offrir un roman policier, genre qu’elle adore. Finalement, elle me l’a chaudement recommandé même si c’est d’un autre genre…

         Moe est une jeune Tahitienne un peu naïve qui s’est laissé séduire par les beaux discours d’un Parisien de vingt ans son aîné. Rodolphe lui promet monts et merveilles dans la capitale et elle le suit avant de déchanter. Non seulement, elle est loin de Paris mais en plus elle doit jouer à la petite Cendrillon en s’occupant de celui qui la méprise déjà, gérer sa vieille mère malade, cumuler ménage et cuisine, mettre une croix sur sa liberté. Quand Moe accouche d’un petit garçon qui n’est même pas de Rodolphe, elle décide de se rebeller, de s’enfuir et de se débrouiller par elle-même. Ses espoirs seront de courte durée puisqu’elle sera placée dans le Centre d’Accueil du Haut-Barrage, une Casse immense où les indigents survivent dans des carcasses de voitures. A Moe revient une 306 où elle devra vivre avec son bébé. Dans ce dénuement, elle a la chance de rencontrer les cinq femmes de sa ruelle ; chacune a vécu des événements tragiques, un passé épouvantable fait de rejets, de mauvais choix et de malchances. Elles vont s’entraider, se soutenir mais Moe n’a qu’une idée : retourner sur son île, sauver son fils de cette misère sans nom.

         Sandrine Collette situe son histoire dans un avenir proche, dans les années 2030, où l’on parquerait les pauvres dans une prison à ciel ouvert, livrés à eux-mêmes, affamés et délinquants par la force des choses. Réduites à travailler dans les champs toute la journée pour quelques euros, les femmes doivent parfois trouver d’autres solutions pour espérer se nourrir à peu près correctement. Heureusement, la vieille Ada est là, moitié guérisseuse, moitié faiseuse d’anges, elle se fait respecter dans cette Casse immonde. Différentes mais unies par une même détermination, ces femmes sont à la fois bouleversantes et attachantes. Le roman, d’une force incroyable, se rapproche de la puissance de Grâce et dénuement. J’ai été d’autant plus touchée d’apprendre que l’autrice a reproduit cinq mini-biographies de femmes ayant réellement existé. C’est évidemment très noir, dur et violent mais le style de Collette élève au sommet les destins de ces femmes merveilleuses qui gravitent autour d’un bébé, être joyeux, fragile et sans défense dans cet enfer. Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or …

A lire !!!

Troisième découverte de l'autrice après Un vent de cendres et Six fourmis blanches

Moe a mis du temps à se décider à appeler son enfant par son prénom : « Elle ne sait pas si l’enfant, lui, reconnaît son nom. Veut croire que oui, au moment où elle rentre des champs le soir et que, disant son nom, elle le voit tourner la tête vers elle, l’entend pousser ce petit cri de joie, et peut-être n’est-ce que le son de sa voix à elle, qu’importe, l’enfant n’a jamais été si réel, si incarné que dans cette ville-poubelle où cinq femmes ont demandé un jour comment il s’appelait. »

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 19:05

Résultat de recherche d'images pour "le discours fabrice caro cygne"

               Pour ceux qui commencent à me connaître, je suis une trouillarde dans l’avion (quel euphémisme !) et j’ai des lectures spéciales phobie-de-l’avion. De tous les romans légers, polars faciles, feel good (que je fuis en général), Le discours remporte la palme puisque j’ai dévoré la moitié du livre pendant le vol !

              Adrien, la quarantaine, assiste à un énième repas familial : ses parents, sa sœur, son futur beauf. Adrien vient de se faire plaquer par Sonia, sa compagne… pas exactement « plaquer » d’ailleurs mais elle a dit qu’elle avait besoin d’une pause … qui dure déjà 38 jours. Et puis Ludo, le futur mari de sa sœur, lui demande en passant d’écrire un « petit discours » pour le jour du mariage. Oui mais Adrien n’est pas n’importe qui, il réfléchit à tout ce qu’il fait/dit/peut être dit, il a autant d’assurance qu’une moule de bouchot, il ne connaît ni naturel ni spontanéité, c’est un éternel gaffeur qui est capable de faire une liste de discussions possibles pour un premier rendez-vous (et surtout de la donner par inadvertance à la très chère !!) Présentement, il a donc deux problèmes majeurs à régler : trouver le courage de dire non à Ludo et savoir comment astucieusement écrire un sms à Sonia pour la reconquérir. Tout ça entre un gratin dauphinois et des parents archi ploucs, une sœur qui ne lui a toujours offert que des encyclopédies et un environnement familial fait de mensonges poisseux et de faux-semblants gluants. Va-t-il s’en sortir ?

           Si vous avez vous aussi un moment douloureux ou rasoir à passer, une heure dans la salle d’attente d’un médecin, un repas soporifique orchestré tambour battant par un hôte logorrhéique, emportez ce petit livre avec vous. On peut même envisager, hommage suprême, de le glisser discrètement sous une nappe d’une table trop garnie. Ne vous y trompez pas, à côté d’une légèreté à peine feinte, de délicieux néologismes, d’une satire loufoque de la société, se cachent quelques réflexions hautement intellectuelles puisqu’on nous parle de Musil et de Pessoa (bon, un tout petit peu), de Géricault et de son radeau (un peu plus quand même). Et surtout, vous sortirez de cette lecture grandi, supérieur, un brin arrogant et, osons le dire, à quelques encablures de vous sentir tout-puissant, voire superhéros. Ouais, il peut tout ça, ce livre, … attention tout de même : un disgracieux gloussement peut inopinément jaillir de votre gorge à peine déployée, si ce n’est un bon gros éclat de rire.

            Je propose de sacrer Fabcaro gourou suprême du rire, de l’irrévérence si bien accouplée à la lucidité !

« Pour ma mère, le monde se divise en trois catégories : : ceux qui ont le cancer, ceux qui font construire et ceux qui n’ont pas d’actualité particulière. Entre ces deux stades, la construction et le cancer, pas grand-chose, une espèce de flottement, une parenthèse, un vide existentiel. Et chaque fois qu’elle cite quelqu’un qui a fait construire, c’est une façon de me dire de manière détournée : Toi Adrien tu n’as pas fait construire, tu es en location, qu’est-ce qu’on a raté avec toi, Adrien ? »

 

« Depuis trente-huit jours, je soupçonne la pause d’avoir un prénom, je la soupçonne de s’appeler Romain. C’était il y a quelques mois, nous nous étions retrouvés dans une soirée d’anniversaire et il y avait ce type, ce grand brun un peu ombrageux. Il avait attrapé une guitare qui traînait dans le salon, comme ça, nonchalamment, s’était accroupi dans un coin et avait commencé à égrener quelques arpèges mélancoliques, des accords mineurs, de ceux qui pénètrent le cœur sans sommation, on n’a pas le droit d’enchaîner un la mineur et un ré mineur dans une soirée où les filles sont accompagnées de leur conjoint, c’est formellement interdit par les accords de Genève, on ne peut pas. »

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 08:40

Résultat de recherche d'images pour "Antoine et la fille trop bien  Franc sarbacane"

              La famille d’Antoine, un ado sérieux et sage, partage une maison de vacances avec une autre famille dont l’ado, Adèle, attire Antoine par son attitude libérée et ses jolies formes. Alors qu’Antoine se réfugie dans les livres, qu’il est capable de discourir sur Einstein et qu’il est toujours partant pour aider à débarrasser la table, Adèle se promène en maillot de bain sexy et consacre une bonne partie de son temps libre à son portable. Petit à petit, les deux ados se trouvent des points communs et finissent par s’amuser ensemble même si Antoine rêve en secret que la jeune fille tombe amoureuse de lui. L’arrivée de Guillaume, le grand frère qui a été placé en internat parce qu’il ne travaillait pas bien à l’école chamboule cet équilibre précaire. Lui escalade les murs, fume, se moque des vieux commerçants, fait des doigts d’honneur aux automobilistes, boit de l’alcool… bref, à seize ans, il brave tous les interdits, « ose des trucs, il prend des risques » et épate ainsi la jolie Adèle.

            Voilà un BD qui consacre un peu de place à ces adolescents qui se font traiter d’intellos, à ceux qui ne se révoltent pas, suivent le droit chemin et obéissent aux adultes. C’est vrai qu’ils doivent parfois souffrir, se sentir exclus, on le voit bien en classe, il en faut du caractère finalement pour ne pas jouer à l’ado rebelle. Dans ce sens, l’album est réussi puisqu’Antoine ressent une attirance physique pour Adèle sans laisser ses hormones régir son cerveau. Pas désagréable à lire, cette BD se révèle tout de même un peu creuse et plate. Arrivée à la dernière planche, j’ai cherché la suite, c’est pas bon signe ! Avec son dessin un peu naïf, cet album plaira sans doute aux plus jeunes lecteurs… plus qu’à moi !


Résultat de recherche d'images pour "Antoine et la fille trop bien Alexandre Franc"


 

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10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 17:08

Résultat de recherche d'images pour "tete sous l'eau adam R"

Un de mes auteurs favoris qui écrit pour la jeunesse… allons-y !

           Léa, ado d’une quinzaine d’années, a disparu depuis des mois, laissant son narrateur de frère et ses parents dans le plus grand désarroi. La famille s’est installée il y a peu dans cette petite ville balnéaire, Saint-Lunaire, en Bretagne, mais Léa regrettait sa vie et ses habitudes parisiennes. Contre toute attente, Léa est retrouvée séquestrée dans une maison, elle est vivante mais ne raconte pas ce qui lui est arrivé. Les parents qui s’étaient séparés pendant son absence simulent une vie commune, le petit frère essaye de cohabiter avec cette sœur qui ne ressemble plus à la Léa qu’il connaissait.

         Comme souvent chez Adam, on est au bord de l’océan, un personnage boit, un autre est marginal, un autre encore se sent mal aimé… on retrouve ces ingrédients-là version ado. Même si les mots sont simples, la mayonnaise prend vite, on lit, on dévore, on veut savoir ce qui est arrivé à Léa. Les surprises s’enchaînent, Léa continue à se taire. J’ai bien aimé cette lecture même si j’ai été contente d’en finir… sans doute parce que je ne suis plus une ado (argument pourri, je le sens bien). A conseiller pour un grand ado ou un tout jeune adulte.

« Le vent a bien bastonné cette nuit. Les volets et les fenêtres, tout tremblait. Ça sifflait par la cheminée. On entendait la mer comme si on était dans son ventre. Pour un peu je ne serais pas étonné de trouver des paquets d'écume sur le sol du salon. »

Pour n'en citer qu'un seul, mon préféré : Les Lisières. 

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 22:12

        

        Au XIXème siècle, dans une ville de province russe, Katerina est mariée à Tikhon qu’elle n’aime pas. Mais celle qui lui nuit encore plus, c’est Kabanova, sa belle-mère, vieille bonne femme acariâtre, tyrannique, surveillant sans cesse ce que fait son fils, ce que fait sa bru. Varvara, la sœur de Tikhon, est du côté de Katerina, elle l’incite à prendre sa liberté : « Toute notre maison est bâtie sur le mensonge. Moi non plus, je n’étais pas menteuse ; et puis j’ai appris, quand il a fallu. » Cela tombe bien, Katerina est secrètement amoureuse de Boris à qui elle plaît beaucoup justement. Varvara va tout faire pour les rapprocher : lors de l’absence du mari, elle laisse libre un passage au fond du jardin. Les amants se retrouvent une dizaine de nuits mais, au retour de Tikhon, Katerina ne peut supporter d’avoir commis ce péché qu’elle avoue à son mari. Ce dernier serait prêt à pardonner, conscient de vivre un enfer dans cette maison mais la belle-mère l’accable cruellement. Katerina finit par se jeter dans la Volga, son mari veut la retenir au dernier moment mais Kabanova l’en empêche. Un menaçant orage et ses coups de tonnerre prémonitoires ponctuent la pièce et les états d’âme de Katerina.

         Entre drame et tragédie, la pièce est prenante et le rythme bien mené. Si la marâtre déclenche les rouages d’une fin tragique, les traditions ridicules, la religion suffocante et les superstitions russes occupent également une grande place dans le malheur des personnages. Il faut s’asseoir et faire silence avant le départ d’un proche, une épouse doit passer « une bonne heure et demie à se lamenter, couchée sur le perron » au départ de son mari. Une lecture édifiante vraiment intéressante dans un univers sec et sans concession.

        Alexandre Ostrovski (mort en 1886, quand Tchekhov a 26 ans) fait partie des dramaturges les plus importants du XIXème siècle sans être réellement connu en France ; cette pièce a largement inspiré le compositeur tchèque pour écrire son Katja Kabanova en 1921.

 

« Ici, pour une femme, être mariée ou enterrée, c’est pareil. » (et c’est Boris qui le dit…)

 

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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 22:55

Résultat de recherche d'images pour "fabrizio dori dieu vagabond"

                 Eustis est un clochard qui vit dans un champ de tournesols… vagabond devin, il semble être capable de savoir orienter la vie des gens. En réalité (drôle d’expression qui ne convient que très moyennement ici !), il est un ancien satyre, compagnon de Dionysos et de Pan, et malheureusement condamné à être mortel. Ayant perdu ses oreilles pointues et ses petites cornes, il va essayer de satisfaire Séléné, la déesse de la pleine lune, et de lui permettre de revoir son amant Pan une dernière fois. Accompagné d’un vieux petit professeur et e Leandros, un héros antique frustré, Eustis va tenter de rejoindre l’Ouest et de convaincre Hadès de libérer Pan pour quelques heures.  Dans une sorte de road trip déjanté mythico-onirique, les personnages vont, à la manière d’Alice au Pays des merveilles, passer d’un monde à l’autre tout en côtoyant des créatures incroyables telles des nymphes, Arès, Artémis, Hécate, un Centaure (Chiron est le psychothérapeute des dieux !), Morphée, Atlas, Van Gogh.

             Je peux ranger cet album divin -c’est le cas de le dire- dans le rayon des pépites. Son énorme qualité, c’est le dessin. Des références sautent aux yeux : Alphonse Mucha, Hokusai, Klimt, Otto Dix, le pop art, … chaque planche tournée est ponctuée par un « Whaouh » admiratif. Superbe, étonnant, envoûtant. Entre fable et épopée, l’histoire mène les personnages à accomplir leur destin, à trouver leur voie personnelle. Si j’ai un peu moins accroché à l’intrigue (dont les fils s’enchevêtrent drôlement parfois), je ne peux que vous recommander ce spectacle visuel et cet art de passer d’un genre artistique à un autre. Avec grand talent Fabrizio Dori nous fait retomber amoureux de la mythologie grecque !

 

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 18:58

Chien-Loup

           Eté 1914 : A Orcières, dans un village escarpé du Lot, le tocsin sonne le début de la guerre, les hommes s’en vont et les femmes se retrouvent à accomplir toutes les tâches aux champs. Joséphine, la femme du médecin, est la première à se savoir veuve. Un dompteur allemand (et ses huit fauves) est de passage et, pour fuir l’enrôlement et l’arrestation, il se réfugie au sommet de la montagne. Mais cette guerre qui devrait être brève, dure… et la nourriture vient à manquer.

          Eté 2017 : Franck, poussé par sa femme Lise, accepte de passer quelques semaines dans cette maison à louer, perdue dans le Lot. Producteur de cinéma, il aurait préféré rester joignable, dans un endroit civilisé et peuplé. Or, sur le Mont d’Orcières, c’est tout le contraire qui l’attend : dans cette maison isolée, haut perchée, il n’y a ni voisins, ni commerces, ni réseau, ni âme qui vive… Si, un énorme chien vient accueillir le couple. Il faut bien admettre que le paysage est à couper le souffle, il faut bien admettre que ce chien qui semble sauvage, apprivoise très vite Franck à qui il obéit au doigt et à l’œil… Franck se laisse charmer mais il doit résoudre des problèmes de contrat avec ses associés, deux jeunes requins qu’il compte bien faire venir faire un peu de randonnée insolite sous un soleil de plomb.

         Soyons clair, net et précis : j’ai adoré ce roman et l’élève au COUP DE CŒUR. La distance temporelle qui sépare mais surtout lie ces deux histoires absolument fabuleuses, la tension qui règne dans ce roman, les descriptions sublimes de cette nature sauvage quasi surnaturelle, ce personnage citadin vite converti à la rudesse montagnarde, cette image de la Première guerre vue du côté paysan, l’omniprésence des animaux, … j’ai tout aimé ! Frais, puissant, enchanteur, ce roman mêle les genres et les tonalités : suspense, contemplation, Histoire, nature writing, fable, aventure. Hybride est un chien-loup, hybride est ce roman où le manichéisme n’a pas sa place.

        De l’auteur, j’avais lu L’Amour sans le faire que j’avais aussi grandement apprécié. On trouve quelques ingrédients communs aux deux livres : la canicule, le prénom du personnage principal, l’isolement à la campagne, … Hâte d’en lire d’autres de Joncour !

« Il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. »

« La forêt est un espace de combat, la paix semble y régner mais dès lors qu'on s'y arrête un instant, on sent bien que s'active tout un royaume de vigilances, on pressent des milliers d'oreilles qui écoutent, de regards qui surveillent, la tension est palpable. »

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 10:51

Résultat de recherche d'images pour "cécile coulon le coeur du pélican"

            Anthime et sa sœur Héléna arrivent dans un nouveau collège. Fusionnels et solitaires, ils doivent cependant se trouver une place. Anthime a choisi le sport pour se démarquer, après avoir gagné les cross et les courses du secteur, il se laisse guider par Brice, un ancien athlète devenu ivrogne et se spécialise dans le huit cents mètres. Il devient très vite une vedette mais un jour, tout s’arrête : il se blesse et reste immobile. Meurtri par cet échec, décidé à tout arrêter, il met également une croix sur la fille qu’il souhaitait tant éblouir, Béatrice, et se contente de son admiratrice, Joanna. Les années défilent, Joanna et Anthime fondent une famille, le bonhomme prend du poids, se rabat sur la graisse et le sucre, devient sédentaire et veule. Lors de l’enterrement de Brice, alors qu’Anthime avoisine les quarante ans, il se fait moucher par un gars qui prétend qu’il n’est plus capable de rien. Anthime prépare en secret son retour dans le sport, et, à force de diète et de pédalage sur son vélo d’appartement, il se sculpte un nouveau corps. Il abandonne femme, enfants et maison pour s’astreindre à un objectif dément : traverser le pays en courant. Héléna l’accompagne, l’épaule, le soigne dans ce combat qu’on sait perdu d’avance.

          Très agréable à lire, ce roman oscille entre polar et tragédie. Une tension parcourt le livre, on devine que cet être pourtant lumineux et doué, a fait les mauvais choix et que la fin s’annonce cataclysmique.  J’ai beaucoup aimé la relation entre frère et sœur, ambiguë et respectueuse. Le portrait de ces adolescents secrets, fragiles et forts à la fois est également juste et réussi. Ce thème du sport est intelligemment développé – entre jouissance et torture, entre dépassement de soi et aveuglement. Mais je n’ai pas tout aimé dans le livre, la fin m’a paru incohérente, Anthime revient pour courir à travers tout le pays, bof bof, son road trip sur les chemins escarpés, à travers les hameaux abandonnés frise parfois le ridicule. Son absence d’amour pour Joanna qui se transforme en haine et son amour éternel pour Béatrice sont là aussi peu crédibles. Mais on passe un bon moment même si Cécile Coulon a écrit mieux : j’ai préféré Le roi n’a pas sommeil et beaucoup aimé Trois saisons d’orage

 

Anthime ado : 

« Un animal, jusqu’ici paisiblement endormi dans les ornières de sa chair, se réveillait, étirait ses pattes, ébrouait son pelage. Son squelette grandit aussi vite que ses muscles s’allongeaient. »

« Il voulait sentir ce vent caresser les poils clairs de ses avant-bras pour le reste de ses jours, il voulait gagner des coupes, des médailles, monter sur des podiums jusqu’à ne plus sentir l’attrait de la terre sous ses pieds, cette terre noire qu’il écorchait de ses chaussures, cette terre qu’il se mit à haïr le jour de sa victoire, parce qu’elle l’empêchait à présent de monter vers le ciel, de s’élever au-dessus de cette masse adolescente dont il ne comprenait ni les codes, ni le langage, ni les gestes. »

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 10:43

Résultat de recherche d'images pour "Oh les filles !  Lepage et  Michel 1"

Première et deuxième parties.

             Trois filles viennent au monde : Leïla dans un pays du Maghreb (avant de venir s’installer en France), Agnès dans une famille riche aux parents froids et distants et Chloé qui vivra seule avec sa mère célibataire. Alors que leurs préoccupations respectives pourraient les éloigner : l’intégration et le désir d’être la meilleure pour Leïla, la solitude d’être avec une nounou sans parents disponibles pour Agnès, les difficultés financières pour Chloé qui rêve de devenir danseuse, les trois filles deviennent amies. Elles grandissent, sont de jolies ados dans le second tome, se confrontent à la mort, au regard des garçons, aux études qu’elles réussiront ou non. Chloé parvient à intégrer le Ballet de Paris, Agnès rejette ses parents au point de s’enfuir avec un marginal et Leïla s’efforce d’être la meilleure au lycée pour pouvoir devenir gynécologue.

            Je me faisais une joie de retrouver le trait de Lepage mais je dois bien admettre qu’il est moins doué pour dessiner les humains que les paysages. J’ai souvent confondu Agnès et Chloé. Mais ce n’est pas le plus important. Ce diptyque met en lumière des jeunes filles au parcours plutôt atypique, prises aux difficultés de leur âge (sexualité, orientation, parents) et liées par une solide amitié. Ça a été agréable à lire, ma fille de dix ans m’a piqué le premier tome qu’elle a lu deux fois (dans le second, certains passages étaient censurés pour elle). On s’attache vite à ces êtres à la fois fragiles et forts, complexes et finalement très simples (personnellement, contrairement à l’idée qu’on s’en fait, je trouve la femme bien moins ambiguë et contradictoire que l’homme…) Donc : à lire sans s’attendre au chef-d’œuvre !

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