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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 16:47

Petits oiseaux par Ogawa

              Deux frères, inséparables depuis l’enfance. L’aîné est différent car il ne parle pas la langue des hommes mais le pépiement des oiseaux – appelé pawpaw - que personne ne comprend sauf le frère. Le cadet subvient aux besoins de la famille, travaille, traduit le galimatias du frère. A la mort des parents, ils sont seuls, l’un reste cloîtré à la maison, ne sortant que pour acheter une sucette hebdomadaire, l’autre ne côtoie le monde extérieur que pour le strict minimum. Quand l’aîné meurt, la vie de cadet ne va pas vraiment changer sauf qu’il va s’évertuer à s’occuper d’une grande volière présente dans le jardin d’enfants voisin, qu’il nettoiera et bichonnera si bien en hommage à son frère qu’on l’appellera « le monsieur aux petits oiseaux ». A la bibliothèque, il va lire tous les ouvrages traitant de près ou de loin des oiseaux. C’est dans ce monde de livres qu’il rencontrera la seule jeune femme qui s’intéressera à lui de manière très fugace. Mais lui-même arrive à la fin de sa vie et un oisillon blessé qu’il recueille lui procurera un de ses derniers élans de tendresse, ayant toujours son frère adoré à l’esprit.

              Ce livre est comparable à une séance de yoga : étant ouvert, serein, il va vous faire atteindre des hautes sphères de plénitude où seul vous parviendra un doux gazouillis d’oiseaux. Dans une période d’effervescence extrême pour diverses raisons, je ne suis pas parvenue à accéder à ce second palier de lecture et j’ai observé ces deux frères, un peu sceptique, vivoter une existence morne et monotone dans un environnement finalement hostile… où il ne se passe vraiment pas grand-chose. Certains passages sont effectivement délicieusement poétiques et emplis d’une sagesse à méditer mais, globalement, je suis restée complètement en dehors de cet univers ascétique quasi monacal. Je le répète, cette lecture est certainement tombée à un mauvais moment pour moi. D’autres lecteurs ont beaucoup apprécié .

« Les oiseaux ne font que répéter les mots que nous avons oubliés. »

« La cage n’enferme pas l’oiseau. Elle lui offre la part de liberté qui lui convient. »

La vie des deux frères : « Ils vivaient en protégeant leur nid à tous les deux. Un nid discrètement  dissimulé qui ne se remarquait pas au creux de la végétation. Un nid aux petites branches délicatement entrelacées qui leur ménageaient un espace convenable, dont les brins de paille qui tapissaient le fond étaient doux. »

Parole de bibliothécaire : « Les gens qui lisent des livres ne posent pas de questions superflues, ils sont paisibles… »

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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 20:35

 

Résultat de recherche d'images pour "Les vieux fourneaux – 5. Bons pour l’asile"

               C’est désormais un rituel bien agréable : chaque mois de novembre paraît un formidable nouvel opus des Vieux fourneaux.

                L’album démarre sur les chapeaux de roue : un mini-attentat est organisé devant l’ambassade de Suisse : le gang « Ni yeux ni maître » déploie un radeau gonflable et les vieillards déguisés en richards réclament l’asile fiscal, arguant que « nos profits valent plus que leurs vies ». Tout le monde se retrouve au commissariat. Ça tombe mal pour Pierrot parce que ses copains Mimile et Antoine ont débarqué à Paris le jour même pour assister à un match de rugby. Oui mais Antoine est pris en otage par sa petite-fille Sophie qui veut le confronter à son fils en confiant aux deux hommes la garde de la petite Juliette. Mimile, quant à lui, découvre un asile de réfugiés un peu particulier : géré par Fanfan la lente nonagénaire qui sait encore remuer ses fesses pour danser, il revêt des allures d’immeuble de haut standing. Le principe est simple : prêter de beaux costards aux réfugiés pour qu’ils soient plus facilement acceptés. Résultat : ça remue dans tous les sens ; cet univers plein de vie est surtout rempli d’espoir et d’excellentes intentions. 

                 Alors que les auteurs se renouvellent sans cesse, moi je ne sais plus quoi dire pour encenser ce 5ème tome encore plus fantasque, délirant et émouvant que ses prédécesseurs. Ces vieux fripés ont une pêche et une lucidité exceptionnelles. Le thème des réfugiés –qui m’est cher- est superbement porté par une acuité indiscutable (« on est 500 millions de guignols en Europe, et on veut nous faire croire qu’on peut pas accueillir 1 million de pauvres gens ? ça fait même pas un par village ! ») et une bonne humeur communicative (Let’s dance a la cote !) Le coup d'estoc final donné par un Mimile qu'on pouvait croire devenu bobo est absolument hilarant et la dernière planche est à chialer d'émotions diverses, toutes finement mélangées.

               Lire Les Vieux fourneaux permet de lutter contre la morosité, les clichés et l’ennui, assurément ! ça fonctionne parce que c’est à contre-courant du raisonnable, du bien-pensant et du politiquement correct. D’la balle !

« ce ne sont pas les étrangers qui font peur, ce sont les étrangers pauvres. »

« C’est spectaculaire en France : dès que tu portes une cravate, y a plus un flic qui te demander tes fafiots. »

Résultat de recherche d'images pour "Les vieux fourneaux – 5. Bons pour l’asile"

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5 novembre 2018 1 05 /11 /novembre /2018 20:11


Résultat de recherche d'images pour "Les complémentaires de Jens Christian Gröndahl gallimard"

           Après avoir aimé Les Portes de fer, rebelote satisfaite avec cet auteur danois !

           Emma et David s’approchent de la cinquantaine. Elle est une artiste peintre anglaise, lui un avocat danois et ils vivent depuis des années à Copenhague. Heureux parents d’une jolie jeune fille, Zoë, qui s’émancipe de plus en plus, ils mènent une vie bourgeoise, tranquille et bien rangée. Un  concours de circonstances, de petites failles dans un laps de temps très condensé vont mettre à mal cette sérénité. David reprend contact avec son premier amour, Emma se met à le suivre et à se demander si elle le connaît vraiment, Zoë leur présente un petit ami pakistanais avec qui elle a participé à une exposition plus que particulière.

            Tout en douceur, Gröndahl pénètre dans une famille ordinaire pour en relever les fêlures, mettre à nu les ombres et les non-dits et finalement révéler la fragilité d’un couple. D’intéressantes réflexions parsèment le roman, l’amour à long terme, les relations enfant-parents, la définition de l’art, le « pour quoi » d’une vie. En alternant les points de vue, l’auteur parvient à nous faire apprécier chacun des personnages. J’ai retrouvé des points communs avec Les Portes de fer et … attention, je vais m’autociter : « Une belle écriture associée à des réflexions philosophiques, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour être séduite. Ce livre qui fait réfléchir laisse aussi des portes ouvertes, ne donne pas de réponse définitive, questionne sans cesse » Ces remarques sont tout à fait valables pour ce roman-là. Belle lecture en somme !

« Il songea que s’il n’y a personne d’autre chez soi pour allumer et éteindre la lumière, si l’on est le seul à appuyer sur les interrupteurs, l’obscurité devient un partenaire, un compagnon, au lieu de n’être qu’un fait. »

Emma parle danois couramment mais quand elle discute en anglais, sa langue maternelle, avec sa mère, il y a quelque chose en plus : « il y avait la combinaison génétique de tempérament et d’humour, il y avait les mots, tous ces mots merveilleusement familiers et leurs sous-entendus. »

« Lorsque l’art la touchait, l’émotion ne se distinguait pas d’une pensée et, d’après ce qu’elle avait compris, c’était bien le sens de l’art. »

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 02:45

 

Résultat de recherche d'images pour "adeline dieudonné vraie vie"

                Une famille banale dans un lotissement ordinaire… non, cette famille-là n’est pas banale car nous avons en 1) un père complètement fana de taxidermie qui va régulièrement jusqu’au bout du monde pour tuer éléphant, hyène ou lion ; une pièce dans la maison est réservée à ces cadavres. Incapable de faire preuve de tendresse, il n’a que deux autres loisirs : la télé et le whisky. En 2) une mère transparente et sans caractère qui meurt de peur face à son mari qu’elle semble ne pas aimer. En 3) Gilles, un petit frère qui est passé de l’adorable garçonnet rieur à un dangereux psychopathe, égorgeur de chats. En 4) Enfin, la narratrice et jeune ado qui semble la seule personne saine d’esprit. Son petit monde déjà pas très gai bascule le jour où le siphon du glacier lui explose la tête. Elle assiste à cette scène d’horreur avec son petit frère mais les parents ne leur en toucheront pas un mot. C’est à partir de ce jour que Gilles ne rit plus et que sa grande sœur se fait la promesse de tout mettre en œuvre pour le faire revenir à la vie, la vraie vie ! Quitte à retourner dans le passé…

               J’ai adoré ce roman ! L’autrice a l’art de nous emmener dans son monde, on visualise parfaitement ce pavillon et son jardinet, cette famille de timbrés et cette jeune fille à la fois courageuse et inconsciente, brave et lucide. Si l’animal est très présent, le sauvage n’est pas à chercher de ce côté-là. Ce père aux allures d’ogre et cette mère incompétente et éteinte pourraient bien symboliser les pires parents du monde. Et cette fille veut s’en sortir, armée de ses connaissances, de son amour pour son frère, de sa clairvoyance à toutes épreuves. Avec une écriture simple et efficace, Adeline Dieudonné nous offre un roman original, métaphorique, qui hésite avec finesse entre la fable et le polar. Un grand bonheur de lecture.

« Gilles passait de plus en plus de temps dans la chambre des cadavres à parler à la hyène. La vermine dans sa tête avait pris le pouvoir. Même son visage s’en trouvait modifié. Ses yeux s’étaient enfoncés dans leurs orbites, autour desquelles son visage semblait s’être dilaté à cause de la prolifération des parasites qui lui dévoraient le cerveau. Pourtant, j’étais certaine qu’il existait quelque part, tout au fond de son âme, un bastion  qui résistait encore. Un village de Gaulois qui survivait à l’envahisseur. »

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 16:43

 

Résultat de recherche d'images pour "Imbattable – 2. Super-héros de proximité de Pascal Jousselin"

         Après ma découverte de l’album jubilatoire Imbattable n°1, je n’ai pu résister à cette suite, encore plus déjantée.

          Comme son nom l’indique, Imbattable est un super-héros vraiment imbattable. Ses ennemis de toujours, Plaisantin ou le Savant fou s’en mordent les doigts, ils ont beau l’immobiliser, inventer un « dédoubleur de réalité », Imbattable s’en sort toujours à la perfection, sautant d’une case à l’autre, se servant de l’avenir pour mieux résoudre les problèmes du passé. Un jeu d’enfant, quoi ! Pourtant un être venu d’une autre planète semble posséder les mêmes pouvoirs qu’Imbattable, le combat promet d’être rude !

          Encore une fois, l’auteur nous emmène dans un ailleurs inconnu jusqu’alors, il joue avec le temps, avec les cases, avec la réalité, avec les ombres, avec les formes et les couleurs d’une manière totalement insolite. Mes enfants ont aimé tout autant que moi. Toutes ces innovations et ces détournements bien loufoques donnent le tournis. Je redoutais quelques répétitions et redondances par rapport au premier tome et pas du tout ! L’auteur se renouvelle et nous surprend encore. Bravo !

« C’est justement parce que je suis venu me délivrer que je peux aller me délivrer. On appelle ça un paradoxe temporel. »

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 07:58

Résultat de recherche d'images pour "la salle du bal hope gallimard"

            Difficile de louper cette couverture à la fois sur les blogs et dans les librairies. J’ai testé à mon tour, l’expérience fut concluante !

            En 1911, à l’asile d’aliénés de Sharston dans le Yorkshire, on accueille à tour de bras, nul besoin d’être réellement fou pour y entrer. La preuve, Ella y a été amenée de force après avoir brisé une vitre. Elle a du mal à comprendre ce qu’elle fait là et, après une brève tentative de rébellion infructueuse, elle entre dans les rangs, travaillant à la blanchisserie et adoptant le rythme de l’asile. Elle se fait une amie, Clem, qui trouve refuge dans les livres. Charles Fuller est le médecin de l’institution. Musicien frustré, mal dans sa peau et homosexuel refoulé, il a eu l’idée de faire entrer la musique à Sharston. Ainsi, tous les vendredis, certains pensionnaires – les plus méritants – ont droit à un bal animé par un orchestre dirigé par le Dr Fuller. C’est ainsi que les hommes et les femmes se croisent pour la seule fois de la semaine, c’est ainsi qu’Ella rencontre John. Une histoire d’amour grandit à travers quelques regards, quelques accolades, quelques danses mais aussi quelques lettres que John arrive à glisser discrètement à Ella. C’est Clem qui les lira pour son analphabète d’amie. Mais le Dr Fuller se laisse entraîner dans les idéologies en vogue à l’époque : l’eugénisme le pousse à prôner la stérilisation, une vexation personnelle va porter son attention sur John.

           Le succès de ce roman est amplement mérité : à la fois historique et sentimental (sans être mièvre), ce récit à trois voix (John, Ella et Charles Fuller) nous permet de découvrir un pan historique original et captivant. L’auteur s’est inspiré de son histoire familiale puisque son arrière-arrière-grand-père a vécu dans ce genre d’asile pendant des années et que des ruines d’une salle de bal ont effectivement été retrouvées. L’intrigue parfaitement maîtrisée pointe du doigt les inégalités sociales de l’époque, l’absurde eugénisme (soutenu par Churchill lui-même) et aussi la ségrégation hommes-femmes (les femmes n’ont pas le droit d’aller à l’air libre, lire est mal vu, etc.) Un roman passionnant doté de quelques « plus » qui m’ont plu, l’apparition du ragtime, les réflexions sous-jacentes sur la folie, une canicule qui n’en finit pas, un joli dénouement… Très agréable à lire !

« Être sage, Ella savait ce que c’était. Elle le savait depuis toute petite. Être sage, c’était survivre. C’était regarder sa mère se faire rouer de coups et ne rien dire pour ne pas y passer à son tour. Avoir la nausée parce qu’on était lâche de ne rien faire de plus. Prendre des coups une fois sa mère partie et ne jamais pleurer, ni montrer à quel point ils faisaient mal. Rentrer ses nattes sous ses vêtements, se fermer et travailler dur. Jour après jour après jour.

 Mais être sage c’était seulement l’extérieur. L’intérieur était différent. C’était quelque chose qu’ils ne connaîtraient jamais. »

« Elle le surprenait parfois - le docteur-, du haut de l'estrade, à jeter à Clem un bref sourire absent. Et elle voyait Clem le recueillir comme elle l'aurait fait d'un trésor, le ranger dans un endroit sûr. Ella l'imaginait le sortir plus tard, le tourner d'un côté puis de l'autre en se demandant ce qu'il signifiait. Mais en voyant ce sourire se faner dès que le regard du médecin glissait, Ella se disait qu'il n'avait pas le sens que Clem aurait voulu. Et ça aussi c'était un secret. »

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 15:32

Résultat de recherche d'images pour "sauveur murail saison 1"

           Ça y est, on l’a enfin lu ce livre ! Et on n’a pas fait les choses à moitié puisqu’on l’a lu à haute voix, à tour de rôle, ma fille et moi. Je ne vous cache pas que l’expérience a duré un bon mois mais que c’était bon !

            Sauveur Saint-Yves est psychologue. Noir d’origine martiniquaise, il élève seul son fils Lazare qui a la fâcheuse tendance à écouter à la porte du cabinet de son père qui jouxte l’appartement familial. Il va donc entendre parler de Cyrille qui fait encore pipi au lit, Margaux qui est une adepte de la scarification, Mme Poupard qui voit des complots et des attentats en latence partout, la famille Augagneur qui voit sa vie chamboulée par le départ de la maman devenue lesbienne. La vie de Sauveur et Lazare est elle-même compliquée puisqu’ils ont recueilli un adolescent, Gabin, dont la mère a été internée, et qu’ils sont la cible de courriers et colis anonymes, les « quimbois », qui infligeraient un mauvais sort à leurs destinataires, selon des croyances antillaises.

           Passant de gros éclats de rire aux rapprochements collées-serrées pour se consoler des malheurs des personnages, nous avons vraiment passé d’excellents moments de lecture ! Sauveur et son fils sont très attachants mais tous les personnages valent leur pesant d’or. On les voit évoluer, péter un câble ou guérir, se révéler ou s’enfuir. Le petit hamster, que dis-je leS petitS hamsterS que recueillent les deux mecs sont sources de rigolade. A côté de ça, des sujets bien plus sérieux sont délicatement abordés pour les enfants : l’homosexualité, la pédophilie, le divorce, la mort d’un proche. Pour conclure : c’est riche, divertissant.

Et vous savez quoi ? Après maîtresse, architecte, … c’est décidé, ma fille sera psychologue !

 

La maîtresse d’école de Lazare et son meilleur copain, Paul, tente un cours d’orthographe :

-          C’est très bien, Paul, mais quand tu parles des loups, c’est qu’il y a plusieurs loups ? Alors, qu’est-ce qu’il faut mettre ?

Paul écarquilla les yeux. Qu’est-ce qu’il faut mettre ? La table ?

-          A la fin du mot, Paul, quand il y a plusieurs loups…. On met du plu… du plu… ?

Duplu, duplu ? Elle est folle, cette maîtresse !

-          Du pluriel, Paul. Tu te réveilles un peu ? 

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 17:37

Résultat de recherche d'images pour "2 expressos de Kan Takahama"

         Benjamin est un dessinateur de BD français qui arrive au Japon pour retrouver une jeune femme qu’il a aimée, à Paris, 17 ans auparavant. L’indice qu’elle lui avait donné, le fait qu’elle vende « des choses qui sont utiles quand on fait ses adieux » rend Benjamin perplexe quand il se rend dans la petite ville morne de Gono-Ni. Il trouve refuge dans un petit café, le seul des environs, où il boit le plus mauvais expresso de sa vie. Et pour cause, le patron, Michihiko, y a mis du propolis… parfois il lui arrive de l’agrémenter de ginseng ou de champignon, cela donnerait des forces à ses petits vieux de clients mais rend surtout le café exécrable. De fil en aiguille, de problème en coups de blues, Benjamin reste chez celui qui est devenu son ami. Il lui apprend à faire du vrai et bon café, ils échangent sur leurs problèmes de couple respectifs. La femme de Michihiko l’a quitté pour retourner vivre avec sa mère, non loin de là. Benjamin, lui, ne perd pas de vue son objectif de retrouver la belle inconnue japonaise. La fin révélera une belle surprise, un peu loufoque.

             Léger et parfois drôle, cet album se lit aussi bien que se boit un excellent café ! Entre un looser japonais et un dessinateur français un peu paumé se noue une belle amitié qui n’exclut pas les remarques acerbes et une franchise déconcertante. Si le dessin n’a rien d’extraordinaire, certaines cases, hyperréalistes, attirent le regard. J’ai bien aimé cette histoire romantique qui se finit bien et qui permet de faire un joli pont entre la France et le Japon.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 09:41

Résultat de recherche d'images pour "loulou robert sujet inconnu"

            La narratrice est une jeune fille à peine sortie de l’adolescence. Enfant marginale, elle a fait le choix de quitter Metz et cette région morne du Grand Est pour gagner Paris et son université. Douée et solitaire, elle s’enferme dans son minuscule studio avant de se lier d’amitié avec son ermite de voisin, un homme de soixante-dix ans. Indécise face à ses choix d’études, inquiète pour sa mère atteinte d’un cancer du sein, accrochée à Sam son inséparable peluche, elle fait la rencontre d’un type un peu plus âgé qu’elle qui la subjugue instantanément. Le coup de foudre est réciproque mais si elle prend goût à la danse, aux sorties, à la compagnie des noceurs, lui ne la veut que pour lui, la garde jalousement sous sa cape. La passion dévorante finira par détruire les deux, sauf qu’elle a trouvé un refuge, une thérapie qui n’est autre que l’écriture.

           D’abord sceptique face à ces phrases très courtes, à ce style télégraphique et haché qui n’est que succession de  flashs, d’éclairs, d’images, je me suis rapidement laissée emporter par ce souffle, cette écriture de l’urgence qui colle si bien à cette adolescente qui découvre l’amour, son corps, la vie. Un roman qui claque et qui flambe, sans aucun dialogue. Une version moderne de « With or without you » en guise de récit initiatique ou comment l’amour exclusif et possessif peut détruire deux êtres… Un fil savamment tendu rend le lecteur assez accroc à cette jolie fille qui s’est perdue dans un amour qui l’a en même temps révélée. D’une puissance en crescendo du début à la fin, le roman se ferme et laisse le lecteur essoufflé et épuisé. On pourrait reprocher à l’auteur une certaine théâtralisation qu’accompagne ce style sec, précis et morcelé, mais c’est sa marque de fabrique, unique. Une lecture haletante et violente que j’ai finalement beaucoup, beaucoup aimée.

« J’étais l’enfant unique, me perdre n’était pas envisageable. A croire que ma mère n’avait jamais été ado. Qu’elle avait oublié qu’aller mal était courant, à cet âge, même si insoutenable. C’est ça être parent, tout oublier. Ne plus raisonner. Tout dramatiser. Anticiper le danger. N’exister que pour lui. A travers lui. »

La rencontre : « Il parle et passe sa main dans ses cheveux. Il a les doigts fins. Il rit. Ses dents espacées. Celles du bonheur. L’une d’entre elles cassée, aiguisée. Je veux m’y couper. Il me regarde. L’impression d’exister. De faire ma grande entrée.  J’explose l’univers pour ce moment.  La terre se craquelle sous mes pieds. Je fuse. Des vagues de chaleur m’éclaboussent. Je suis là pour te rencontrer et je ressens chaque morceau de moi pour te rencontrer. Mon cœur tape contre ma peau. Il veut sortir. Le reste fond. Le reste t’attend. »

L’idée d’une séparation : « Tu t’agenouilles et pleures à mes pieds : « ne pars pas, ne me quitte pas ! » Regards dans le vide ; le désert si tu n’es pas là. Plus rien. L’enfer vaut mieux que le néant. Avec toi, je suis vivante. »

 

Merci aux Matchs de la Rentrée Littéraire!           #MRL18

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 14:14

Résultat de recherche d'images pour "Le meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie poche"

           Le Dr Sheppard vit seul avec sa sœur. Tout sépare ces deux célibataires, il est solitaire et silencieux, intellectuel et plutôt renfermé. Elle adore les cancans, les bavardages, les rumeurs et les incidents en tout genre. Et il faut dire qu’elle a de quoi se mettre sous la dent : une veuve de ce petit village paisible de King’s Abbot est retrouvée morte… elle se serait suicidée suite à la mort de son mari… qu’elle aurait assassiné ! Mais ce n’est pas tout : Roger Ackroyd est lui-même retrouvé poignardé dans son bureau. Tout son entourage devient suspect, et le mystérieux voisin du Dr Sheppard qui n’est autre que Monsieur Hercule Poirot, s’aperçoit assez vite qu’aucun ne dit véritablement la vérité… Alors que le médecin enquête en même temps que Poirot, l’un des deux va plus vite que l’autre et l’un des deux ment à son tour… hum, voilà de quoi ménager un suspens qui ne sera levé qu’à la toute fin quand tous les masques seront tombés !

          Lu ou pas il y a des années, je ne saurais dire… en tous cas, ça fait un sacré moment que je n’avais pas lu d’Agatha Christie et ça faisait du bien de retrouver son univers. Une intrigue qui prend son temps, des personnages trop prudes pour être sincères, un univers so british, un crime qui n’effraie pas plus que ça, un Hercule Poirot sacrément futé et un brin mégalo, bien sûr que le roman regorge de qualités… mais quand on est habitué aux policiers contemporains, il faut avoue que ça traîne tout de même.

 

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