Après Un pied au paradis et Le chant de la Tamassee, je continue ma découverte de cet auteur américain (qui, je viens de le découvrir, est né le même jour que moi… pas la même année !)
Eugene et Bill sont deux frères adolescents qui ne se quittent que rarement. Bill, l’aîné, est promis à une grande carrière de chirurgien car tout lui réussit et que son tyran de grand-père en a décidé ainsi. Eugene est celui qui suit laborieusement le grand frère. Dans cette région perdue des Appalaches, une partie pêche va être interrompue par la vision d’une jolie jeune femme se baignant nue dans la rivière. Cette Ligeia, débarquée de Floride, va non seulement apporter du piment dans la vie des deux frères mais elle va aussi les initier à l’alcool, à la drogue et au sexe. Eugene, pour la première fois, prend le dessus sur son frère puisqu’elle est le préféré de la belle « sirène », prêt à tout pour la satisfaire, même à piocher dans la pharmacie de leur grand-père pour lui fournir des médicaments. Quarante-six ans plus tard, on retrouve Bill, chirurgien renommé, heureux père de famille, dévoué et apprécié, et son frère devenu alcoolique et détesté de son unique fille. Un fait divers les réunit un court moment : on a retrouvé des ossement ayant appartenu à Ligeia sur la rive de la rivière de leur adolescence. La jeune femme aurait été assassinée. Eugene soupçonne son très vertueux frère mais l’affaire est plus compliquée qu’il ne semble…
Dans ce très beau roman, Ron Rash nous offre une vision intéressante du bien affrontant le mal mais également une réflexion sur l’adolescence, la fraternité et la notion de culpabilité. J’ai beaucoup aimé cette lecture dont la tension monte progressivement autour de cette fille-tentatrice pour finalement surprendre le lecteur (je croyais avoir tout compris dès le départ, eh ben non !) Une mise en abyme et des références littéraires (Ron Rash est apparemment fan de Tom Wolfe) mais aussi une plongée dans l’univers hippie de la fin des années 60 apportent encore de petits agréments supplémentaires. Rien à redire, les thèmes de l’auteur explosent ici encore : un passé sombre, la nature témoin de la folie des hommes, un drame à élucider… c’est du très bon Ron Rash !
Ligeia : « lorsque nous sommes arrivés au bassin elle était sur la rive opposée. Ses bras étaient langoureusement posés sur le rocher plat, la tête et les épaules hors de l’eau, le haut du bikini vert au ras de la surface. Sa longue chevelure rousse mettait en valeur ses yeux bleu-vert et son teint parfait. »
La mère de Bill et Eugene, avant de mourir : « C’est là que les romans se trompent si souvent, se trompent sciemment, a-t-elle remarqué lorsqu’elle a rouvert les yeux. On fait certains choix et l’on s’éteint sans avoir jamais pu vérifier s’ils étaient bons ou mauvais. »







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