La narratrice est une jeune fille à peine sortie de l’adolescence. Enfant marginale, elle a fait le choix de quitter Metz et cette région morne du Grand Est pour gagner Paris et son université. Douée et solitaire, elle s’enferme dans son minuscule studio avant de se lier d’amitié avec son ermite de voisin, un homme de soixante-dix ans. Indécise face à ses choix d’études, inquiète pour sa mère atteinte d’un cancer du sein, accrochée à Sam son inséparable peluche, elle fait la rencontre d’un type un peu plus âgé qu’elle qui la subjugue instantanément. Le coup de foudre est réciproque mais si elle prend goût à la danse, aux sorties, à la compagnie des noceurs, lui ne la veut que pour lui, la garde jalousement sous sa cape. La passion dévorante finira par détruire les deux, sauf qu’elle a trouvé un refuge, une thérapie qui n’est autre que l’écriture.
D’abord sceptique face à ces phrases très courtes, à ce style télégraphique et haché qui n’est que succession de flashs, d’éclairs, d’images, je me suis rapidement laissée emporter par ce souffle, cette écriture de l’urgence qui colle si bien à cette adolescente qui découvre l’amour, son corps, la vie. Un roman qui claque et qui flambe, sans aucun dialogue. Une version moderne de « With or without you » en guise de récit initiatique ou comment l’amour exclusif et possessif peut détruire deux êtres… Un fil savamment tendu rend le lecteur assez accroc à cette jolie fille qui s’est perdue dans un amour qui l’a en même temps révélée. D’une puissance en crescendo du début à la fin, le roman se ferme et laisse le lecteur essoufflé et épuisé. On pourrait reprocher à l’auteur une certaine théâtralisation qu’accompagne ce style sec, précis et morcelé, mais c’est sa marque de fabrique, unique. Une lecture haletante et violente que j’ai finalement beaucoup, beaucoup aimée.
« J’étais l’enfant unique, me perdre n’était pas envisageable. A croire que ma mère n’avait jamais été ado. Qu’elle avait oublié qu’aller mal était courant, à cet âge, même si insoutenable. C’est ça être parent, tout oublier. Ne plus raisonner. Tout dramatiser. Anticiper le danger. N’exister que pour lui. A travers lui. »
La rencontre : « Il parle et passe sa main dans ses cheveux. Il a les doigts fins. Il rit. Ses dents espacées. Celles du bonheur. L’une d’entre elles cassée, aiguisée. Je veux m’y couper. Il me regarde. L’impression d’exister. De faire ma grande entrée. J’explose l’univers pour ce moment. La terre se craquelle sous mes pieds. Je fuse. Des vagues de chaleur m’éclaboussent. Je suis là pour te rencontrer et je ressens chaque morceau de moi pour te rencontrer. Mon cœur tape contre ma peau. Il veut sortir. Le reste fond. Le reste t’attend. »
L’idée d’une séparation : « Tu t’agenouilles et pleures à mes pieds : « ne pars pas, ne me quitte pas ! » Regards dans le vide ; le désert si tu n’es pas là. Plus rien. L’enfer vaut mieux que le néant. Avec toi, je suis vivante. »
Merci aux Matchs de la Rentrée Littéraire! #MRL18













