Au massif des Trois-Gueules, la nature est hostile, sauvage, rude pour l’homme. Dans un petit village, une poignée d’irréductibles parvient à vivre de la pierre. Ces travailleurs infatigables vivent en vase clos, se suffisant à eux-mêmes, n’ayant que peu de contact avec les citadins si loin de leur univers. André, un médecin, va tomber en amour avec cet endroit brut, beau, indompté. Il va s’y installer, construire la Cabane, une maison immense et magnifique, se faire doucement apprécier des habitants. Son fils Benedict va suivre ses traces, médecin à son tour, il va amener une femme de la ville, Agnès. Le couple va donner naissance à une fille, Bérangère. Une vie paisible, ordonnée et toute tracée aurait pu satisfaire Bérangère devenue adolescente mais, comme si c’était écrit, lorsque Valère, l’amoureux de la jeune fille – un garçon costaud, sincère, authentique – croise le regard d’Agnès, c’est un séisme. On le sent, on le pressent, le drame est imminent, André a lui aussi deviné le malheur qui s’apprête à s’abattre sur la famille…
Cécile Coulon sait faire monter la tension à la manière d’un auteur policier mais elle manie aussi parfaitement la notion de fatalité chère aux tragédies grecques. Cette chape de plomb pèse en permanence sur les personnages principaux : il y a les insouciants comme Benedict et Bérangère qui vivent leur bonheur au quotidien et il y a les avertis, André, Agnès et Valère, plus ou moins coupables, et incapables de changer le cours du destin. La lecture a été très agréable, intense et prenante. J’ai adoré cet endroit âpre et reculé, ces hommes soudés, ce cocon loin de la ville. J’ai cependant quelques réserves (j’en attendais beaucoup il faut dire) : la dichotomie ville-campagne un peu trop sévère, quelques personnages un peu trop caricaturaux (la mère Agnès si belle, tellement plus séduisante que sa fille pourtant jolie), quelques phrases par-ci par-là un peu simplistes, un peu faciles. Dans l’ensemble, j’ai donc beaucoup aimé même si j’en attendais très légèrement mieux. Je garde finalement un meilleur souvenir (est-ce dû à la première découverte ?) de Le Roi n’a pas sommeil.
(Élise est la mère de Benedict) : « Élise ne vivrait pas aux Trois-Gueules. Benedict demandait son père, elle n'avait pas le choix. Elle ne blâmait pas André ; elle reprochait aux Trois-Gueules d'être un endroit si étrange, si beau, si mystérieux qu'il retenait les hommes de sa vie comme une toile de pierre et de torrent, elle en voulait à la majesté de cette maison. »





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