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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 10:30

 


Résultat de recherche d'images pour "Trois saisons d’orage de Cécile Coulon"

 

                Au massif des Trois-Gueules, la nature est hostile, sauvage, rude pour l’homme. Dans un petit village, une poignée d’irréductibles parvient à vivre de la pierre. Ces travailleurs infatigables vivent en vase clos, se suffisant à eux-mêmes, n’ayant que peu de contact avec les citadins si loin de leur univers. André, un médecin, va tomber en amour avec cet endroit brut, beau, indompté. Il va s’y installer, construire la Cabane, une maison immense et magnifique, se faire doucement apprécier des habitants. Son fils Benedict va suivre ses traces, médecin à son tour, il va amener une femme de la ville, Agnès. Le couple va donner naissance à une fille, Bérangère. Une vie paisible, ordonnée et toute tracée aurait pu satisfaire Bérangère devenue adolescente mais, comme si c’était écrit, lorsque Valère, l’amoureux de la jeune fille – un garçon costaud, sincère, authentique – croise le regard d’Agnès, c’est un séisme. On le sent, on le pressent, le drame est imminent, André a lui aussi deviné le malheur qui s’apprête à s’abattre sur la famille…

                   Cécile Coulon sait faire monter la tension à la manière d’un auteur policier mais elle manie aussi parfaitement la notion de fatalité chère aux tragédies grecques. Cette chape de plomb pèse en permanence sur les personnages principaux : il y a les insouciants comme Benedict et Bérangère qui vivent leur bonheur au quotidien et il y a les avertis, André, Agnès et Valère, plus ou moins coupables, et incapables de changer le cours du destin. La lecture a été très agréable, intense et prenante. J’ai adoré cet endroit âpre et reculé, ces hommes soudés, ce cocon loin de la ville. J’ai cependant quelques réserves (j’en attendais beaucoup il faut dire) : la dichotomie ville-campagne un peu trop sévère, quelques personnages un peu trop caricaturaux (la mère Agnès si belle, tellement plus séduisante que sa fille pourtant jolie), quelques phrases par-ci par-là un peu simplistes, un peu faciles. Dans l’ensemble, j’ai donc beaucoup aimé même si j’en attendais très légèrement mieux. Je garde finalement un meilleur souvenir (est-ce dû à la première découverte ?) de Le Roi n’a pas sommeil.

(Élise est la mère de Benedict) : « Élise ne vivrait pas aux Trois-Gueules. Benedict demandait son père, elle n'avait pas le choix. Elle ne blâmait pas André ; elle reprochait aux Trois-Gueules d'être un endroit si étrange, si beau, si mystérieux qu'il retenait les hommes de sa vie comme une toile de pierre et de torrent, elle en voulait à la majesté de cette maison. »

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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 16:52

Trois hommes, deux chiens et une langouste

           Après avoir découvert le style épicé de Iain Levison avec Un petit boulot puis Ils savent tout de vous, j’ai préféré attendre de lire son dernier roman en découvrant ce roman sorti en 2009.

           Une petite ville non loin de Pittsburgh, faite de suie, de crasse et d’ordures. Mitch bosse chez Accu-mart, une enseigne de grande distribution où il s’ennuie et tente de fumer discrètement mais très régulièrement de petits joints fournis par un collègue dealer. Kevin, marié à Linda et père d’une petite fille ,néglige l’une et l’autre et, après un détour par la case prison, gagne quelques sous en promenant des chiens. Doug, quant à lui, préfère la consommation de comprimés ; il vient de se faire virer de son boulot de cuistot dans un fast-food et commet la terrible erreur de coucher avec Linda. Les trois types sont potes et projettent de se faire un max de pognon. Forts de leur première réussite : le vol d’une télé, ils envisagent de subtiliser une Ferrari pour la revendre. Le plan tombe à l’eau : il a été facile de partir avec la voiture de luxe (sachez que le voiturier la laisse toujours ouverte et planque la clé sous le tapis de sol !) mais elle était équipée d’un Lojack, le dernier cri en matière d’antivol. Si la vente de petits comprimés marche bien, elle ne rapporte toujours pas suffisamment. Par contre, braquer un fourgon blindé occupé par un obèse et un vieux, en voilà une brillante idée !

           Même si le roman est moins abouti que Un petit boulot, moins rythmé que Ils savent tout de vous, je me suis payé quelques bonnes tranches de rigolade en suivant ces trois loosers. On baigne dans une sorte de molle énergie, d’apathie assez dingue et de tonalité loufoque ponctuée de projets complètement tordus. Les mecs en question sont tournés en dérision mais c’est la société toute entière, du monde de la finance en passant par la justice, qui est salement égratignée. On rigole en souhaitant secrètement que le plan foireux de nos trois anti-héros fonctionne et on finit par devenir tout aussi amoral que l’auteur. Assez jubilatoire et relaxant !

Promeneur de chiens… le métier convient à Kevin : « Promener le chien offrait un ancrage dans ses journées devenues vides et sans intérêt, et il s’était attaché à l’animal. Max, le retriever, était merveilleusement simple, et il n’avait aucun besoin difficile à satisfaire, et il n’exprimait que la reconnaissance la plus sincère. Après sept ans d’un mariage qui se détériorait, c’était exactement le genre de relation que Kevin recherchait. »

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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 14:37

Résultat de recherche d'images pour "Ce qu’il faut de terre à l’homme de Martin Veyron"

             Dans un petit village de Sibérie, c’est à la vieille noble Barynia qu’appartiennent les terres. Elle laisse faire les paysans qui font brouter vaches et chevaux sur ses prés, coupent du bois sur ses lopins. Le fils de la Barynia se montre moins généreux et envoie un intendant faire le ménage dans le village. Entre coups de fouet  et amendes, les villageois s’appauvrissent et sont malheureux. Lorsqu’ils apprennent que La Barynia veut vendre ses terres, ils s’associent pour les acheter mais ont du mal à s’entendre, gérer d’un commun accord ces biens. Pacôme, un paysan doté d’un beau-frère assez riche -et d’une ambition plus grande que les autres- rachète le tout. Et bientôt, se reproduit ce qu’il s’était passé avec l’intendant : les villageois profitent de lui, le volent, lui sévit, lui montre qu’il est le chef. Jusqu’au jour où un pèlerin vient lui expliquer que très loin de là, vivent les Baskirs, une peuplade qui se contente d’élever du bétail dans des plaines immenses et très fertiles. Sûrement qu’ils donneraient facilement quelques hectares pour quelques roubles. Sans écouter les bons conseils de sa femme et de son fils, Pacôme parcourt des centaines de kilomètres pour constater, qu’effectivement, les Baskirs lui lègueraient sans difficulté une terre immense. Une petite condition est posée et c’est celle-là même qui, d’apparence anodine, permettra de clore ce conte et de châtier l’ambitieux.

             Ce conte illustré est une adaptation BD d’un texte de Tolstoï que je n’ai pas lu. Quel régal à la fois visuel, narratif, philosophique ! Des réflexions très justes sur la propriété, l’avidité, le profit, les relations dominant/dominé, la cupidité, l’humilité sont très habilement menées dans ce contexte rural et âpre. Le graphisme retranscrit parfaitement la diversité des décors et des couleurs.

 Un coup de cœur !

De Martin Veyron, je n’avais lu que Blessure d’amour propre que j’avais moins bien aimé.

Résultat de recherche d'images pour "Ce qu’il faut de terre à l’homme de Martin Veyron"

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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 16:40

Résultat de recherche d'images pour "La mort est mon métier de Robert Merle"

          Ce roman est dans ma PAL depuis belle lurette, il m’a même suivie en vacances l’une et l’autre fois sans que j’y touche mais j’avoue que je suis bien contente de ne pas l’avoir emmené sur une terrasse ensoleillée ou une plage caniculaire…

         Rudolf Lang est élevé par un père extrêmement autoritaire et très pieux qui veut faire de son fils un prêtre. Un malentendu et un accident vont ôter la foi au garçon qui sera d’emblée attiré par l’univers militaire. A 16 ans, il va quitter son foyer pour s’engager dans l’armée où il ne fera que gravir les échelons grâce à son inégalable rigueur. Tour à tour ouvrier et fermier, il excelle dans le travail quel qu’il soit, il se marie contre son gré et devient père de famille. Adhérent au parti nazi et repéré par Himmler pour ses talents d’organisateur, Rudolf va être désigné pour commander Auschwitz, ce petit Konzentrationslager destiné à s’agrandir. Rudolf aurait préféré aller combattre mais, comme toujours, il obéît avec méthode et abnégation et s’acharne à exterminer le plus grand nombre de juifs. Après les gaz d’échappement des camions, les gaz toxiques, Rudolf et ses collaborateurs se félicitent de voir fonctionner les fours crématoires.  

           Cette autobiographie fictive s’appuie sur la vraie vie de cet être humain qui n’en est pas vraiment un. L’histoire commence très fort avec cette relation père-fils complètement effrayante qui, on le sent bien, ne pourra que faire fructifier haine et froideur. Et pourtant, c’est la rigueur et l’extrême discipline que ce petit garçon va retenir de cette éducation rigide. Il va éprouver une sorte de passion, de contentement absolu lorsqu’il s’agira pour lui d’obéir à des ordres précis. Ce besoin d’être encadré et dirigé sied évidemment parfaitement à un soldat et encore plus à un SS. Rudolf va se complaire et s’épanouir dans l’exécution des tâches, sans réfléchir ni revenir sur ses actes. Le pire moment du roman est évidemment la description du fonctionnement des fours crématoires et ces centaines de vies qu’on ôte d’un seul coup dans l’absence totale d’émotions de la part des bourreaux (ce qui revêt une dimension surnaturelle et totalement incompréhensible… pour moi en tous cas) mais finalement, chaque étape de la vie de Rudolf a été ponctuée par le manque d’amour, un désintérêt total de l’autre, une indifférence permanente. Le procès de Nuremberg où Rudolf rejette toute responsabilité en rajoutant que si on lui ordonnait à nouveau, il referait la même chose, clôt ce récit souvent intenable. La thèse relativement claire de Merle consisterait à dire que chaque nazi aurait une fragilité psychologique et une éducation défaillante qui expliqueraient l’inexplicable… à méditer.

« Je compris aussi qu’il fallait mettre les chambres à gaz en relation avec la gare, et construire une voie ferrée qui amènerait les transports devant leur porte, tant pour éviter les pertes de temps que pour cacher le contenu des trains à la population civile d’Auschwitz.
Ainsi, peu à peu, l’idée prenait corps dans mon esprit, avec une précision grisante, d’une gigantesque installation industrielle, directement desservie par le rail, et dont les superstructures, s’élevant sur d’immense salles souterraines, comprendraient des cantines pour le personnel, des cuisines, des dortoirs, des beutekammer (chambre de butin), ainsi que des salles de dissection et d’études pour les savant nationaux-socialistes. »

 

"Je passai la semaine qui suivit dans une angoisse terrifiante : le rendement de Treblinka était de 500 unités par 24 heures, celui d’Auschwitz devait être, selon le programme, de 3000 unités ; dans quatre semaines à peine, je devais remettre au Reichsführer un plan d’ensemble sur la question, et je n’avais pas une idée. J’avais beau tourner et retourner le problème sous toutes ses faces, je n’arrivais même pas à entrevoir sa solution. J’avais vingt fois par jour la gorge douloureusement serrée par la certitude de l’échec, et je me répétais avec terreur que j’allais lamentablement échouer, dès l’abord, dans l’accomplissement du devoir. Je voyais bien, en effet, que je devais obtenir un rendement six fois plus élevé qu’à Treblinka, mais je ne voyais absolument aucun moyen de l’obtenir. Il était facile de construire six fois plus de salles qu’à Treblinka, mais cela n’aurait servi à rien : il eut fallu avoir aussi six fois plus de camions, et là-dessus, je ne me faisais aucune illusion. Si Schmolde, en dépit de toutes ses demandes, n’avait pas reçu de dotation supplémentaire, il allait de soi que je n’en recevrais pas non plus. Je m’enfermais dans mon bureau, je passais des après-midi à essayer de me concentrer, je n’y parvenais pas, l’envie irrésistible me venait de me lever, de sortir de ce bureau dont les quatre murs m’étouffaient ; je me forçais à me rassoir, mon esprit était un blanc total, et j’éprouvais un profond sentiment de honte et d’impuissance à la pensée que j’étais inférieur à la tâche que le Reichsführer m’avait confiée."

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 20:43

La tour de Babylone - Ted Chiang - Folio SF

          Quand il s’agit de science-fiction, je suis toujours réticente à y aller. J’ai fait confiance à Exploratology et, même si j’ai laissé le livre reçu dans une box traîner plus d’une année sur mon étagère, j’ai lu ce recueil de huit nouvelles.

          Rapide tour d’horizon de quelques-unes d’entre elles (qui ont presque toutes été primées):

1)   « la tour de Babylone » est une réécriture du mythe de Babel. Les ouvriers chargés de poursuivre et de terminer une tour qui fait des kilomètres de hauteur (il faut des mois pour parvenir à son sommet !) atteignent la voûte du ciel qui serait un plafond solide. Cette ascension est vertigineuse et prenante et la chute (au sens figuré !) spectaculaire.

2)   « Comprends » reprend le postulat du roman de Keyes, Des fleurs pour Algernon. Suite à un accident qui l’aurait laissé en l’état de légume, on a injecté à Léon l’hormone K qui décuple ses capacités intellectuelles, physiques mais aussi psychologiques et sociologiques. Très vite, le narrateur dépasse les médecins qui l’entourent, il s’en éloigne et s’en affranchis pour finalement rencontrer un autre homme qui a subi (ou bénéficié ?) du même traitement. J’ai beaucoup aimé !

3)   « Division par zéro » raconte la dépression d’une mathématicienne qui se rend compte que les principes mathématiques sont erronés.

4)    « L’histoire de ta vie »: tout en racontant l’histoire de sa fille décédée à 25 ans, une linguiste de renom tente de décoder le mystérieux langage des heptapodes, ces extraterrestres venus sur Terre pour une raison inconnue. Pas mal mais je n’ai pas bien tout compris sur les principes variationnels en physique…

5)   « Soixante-douze lettres » : difficile de résumer ce que j’ai peu compris : il s’agit d’alphabet à 72 lettres, lié à des spermatozoïdes qui se développent seuls et une espèce humaine vouée à l’extinction cinq générations plus tard…

        Ce qui me dérange le plus dans la science-fiction, c’est que généralement, ça commence très bien, créativité, onirisme, visions insolites sont au rendez-vous ; toutes ces qualités sont (pour moi en tous cas qui ne suis guère scientifique) gâchées par l’irruption de termes techniques, pédants et ultracompliqués pour la petite littéraire que je suis ! Je pêche peut-être par paresse intellectuelle, c’est fort possible… Et pourtant, je crois que cet ouvrage est facile d’accès par rapport à d’autres. Bon, je vais donc continuer à m’approcher à pas de loup de la science-fiction !

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 16:28

           Le « Repos du guerrier », voilà qui évoque, à coup sûr, les vacances mais pour notre famille Faldérault, c’est bien plus, car ils ont acquis, cet été, une villa « clé sur porte » qu’ils surnomment déjà « Le Repos du guerrier ». Fini le camping et son lot d’inconforts ! Le summum, c’est que le père de famille a réussi à finir son travail, rendre sa BD terminée, dans les délais. Nicole ne décolle plus de son petit ami qui accompagne la famille ; ils se bécotent à longueur de journée. Les enfants chantent Banana Split, ça lit, ça écoute Pink Floyd… Mais arrivés sur place, catastrophe : nos personnages sont bien obligés de constater que la superbe villa avec sa « façade en pur style périgourdin » n’existe tout simplement pas ! En fameux arnaqueur, l’entrepreneur a fui à Tahiti et les Faldérault ne sont pas les seules victimes. Après un petit moment de désespoir bien légitime, le constat est simple : « Pourquoi repartir ? » Le soleil aidant, quelques planches, le soutien des villageois, une grande tente … et c’est parti pour des vacances inoubliables !

           Que dire ? En cas de blues (c’était le cas pour moi pendant cette lecture), la BD donne le sourire et la bonne humeur. On aimerait voler un peu de cet optimisme à la famille Faldérault pour accepter avec joie les petites contrariétés du quotidien. En tous cas, cette jolie série adopte parfaitement mon adage favori : en été, c’est toujours mieux ! 

Bel été à vous tous !

Résultat de recherche d'images pour "Les beaux étés – 4. Le Repos du guerrier de Zidrou et Jordi Lafebre"

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 14:33

Résultat de recherche d'images pour "marcus malte garçon"

             Ça y est, après avoir lu (et aimé) quelques nouvelles de l’auteur, je me suis enfin attaquée à son gros roman.

             Le garçon est un adolescent sauvage. On le rencontre pour la première fois, marchant à grands pas, portant sa vieille mère rachitique sur son dos pour se diriger vers la mer, afin de respecter le vœu de sa mère qui, finalement, meurt avant de la voir. Le garçon ne parle pas, ne sait pas lire, le garçon vit en symbiose avec la nature et les animaux lorsqu’il fuit la cabane où il a toujours vécu, désormais orphelin. Rejoignant une petite communauté où il accomplit de menus travaux, il accompagne ensuite un géant, Brabek, vadrouillant à travers la France. Un accident de roulotte lui fera connaître Emma. Adopté par son père Gustave, il sera tour à tour l’ami, le frère, le compagnon puis l’amant –et quel amant !- de la belle et fidèle Emma. La Première guerre mondiale va tout chambouler. Volontaire, il fera un excellent soldat qui sera aussi traumatisé à tout jamais par la barbarie qu’il voit mais aussi par les cruautés dont il est lui-même l’auteur. Quelque temps plus tard, abîmé par la guerre, sans Emma, le hasard va l’emmener au bout du monde.

                Quel livre ! Quelle histoire mais aussi quelles histoires ! L’auteur nous fait vivre des émotions si différentes, nous faisant frémir, pleurer, hurler, suer, qu’il est difficile d’émettre, pour ma part, un jugement d’ordre général. Il y a des passages que j’ai adorés, l’histoire d’amour entre le garçon et Emma, d’une sensualité folle, presque surnaturelle, m’a beaucoup plu. Elle est au centre du roman, ce qui suit est en decrescendo, une lente déchéance qu’on devine, d’emblée, fatale. Une chose m’a dérangée, c’est ne pas avoir accès aux pensées, à la conscience du garçon. Il ne parle pas, n’écrit pas, communique si peu et on a l’impression qu’Emma domine complètement, qu’il ne fait que suivre (avec plaisir, certes). Ce garçon subit le monde, l’absorbe, le boit, l’aspire. Un ange tombé en enfer, une bouteille à la mer ballottée au gré des courants, dans un univers fou et désordonné. Pour vous donner une idée de l’explosion de sentiments que j’ai ressentis, de la vaste gamme de fantaisies et de microcosmes contenus dans ce roman, voilà les références auxquelles j’ai pensé : Tobie des marais de Sylvie Germain pour l’ écriture précieuse, choisie, ciselée, recherchée ; l’univers de Timothée de Fombelle pour l’inventivité, le foisonnement, les voyages et la magie ; Céline pour les descriptions liées à la guerre, violentes et animales. Ce roman est une somme, une fresque du début du XXème siècle, une photographie souvent pessimiste et en même temps un roman initiatique, lyrique et nomade. Il est inoubliable !

« Il maraude quelquefois dans les jardins et les vergers. Attendant pour agir que la nuit soit close et se dépêchant de cueillir ou d'arracher, le cœur battant, le front couvert d’une sueur aussi froide que le givre.  Car il sait désormais que cela est interdit. La Terre n'est pas à tous. C'est l'une des vérités que son séjour au hameau lui a apprises. Si insensé que ce soit la Terre n'appartient pas à tous et à chacun. Non plus que ses fruits. Il n'y a pas une Terre, mais des terres. »

Brabek fait la leçon au garçon : «Tant de traits communs entre la lutte et l’amour, mais une différence pourtant, et de taille : en amour, ce n’est pas avec la tête qu’on gagne, c’est avec ça. En disant cela il montre son poitrail, énorme, appose l’une de ses mains immenses à l’emplacement du sein. Le cœur. Il parle du cœur. Il dit que c'est ici qu'elle repose, la beauté. A l'intérieur. C'est ici qu'elle palpite et irradie. Il dit qu'il est toujours étonnant de découvrir sur quel immonde terreau s'épanouissent les fleurs les plus resplendissantes. Dans quels écrins ignobles se nichent les plus précieux joyaux. Pense à la rose sur le fumier. Pense à la pépite d'or pur qu'il faut arracher à ses scories. Il dit que ce sont des images usées jusqu'à la trame mais qui néanmoins expriment une vérité vraie. Le cœur, fiston. Pas de muscle plus tendre. Une éponge. Il pourrait tout absorber. Il pourrait tout contenir. Et cependant, dit-il, ce qui est plus étonnant encore, c'est que les hommes passent l'essentiel de leur existence à l'endurcir et l'assécher. »

Emma fait la lecture à celui qu’elle a baptisé Félix : « Le rituel veut qu'elle lui tende d'abord le volume choisi. Il le prend. Il en effleure, en caresse les deux faces, dessous, et la tranche au milieu qui les sépare et qui les lie. Ses gestes ont la douceur des prémices et la solennité des sacrements. Elle ne le quitte pas des yeux. Ensuite il y plonge le nez. Pour mieux dire, il le porte à l'orée de ses narines et l'ouvre, l'évente délicatement et respire, hume, s'imprègne des senteurs d'encre et de papier et peut-être, qui sait, du parfum même des mots. Il referme le livre et le tient encore un moment dans ses mains serré. Puis le lui rend. Elle s'en saisit. »

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 18:18

Résultat de recherche d'images pour "De sang-froid de Truman Capote folio"

              Cela faisait quelques années que je voulais lire ce roman !

              Dans la petite ville de Holcomb, au Kansas, le 15 novembre 1959, un quadruple meurtre a été commis : un père, une mère, les Clutter ainsi que leurs deux adolescents, Kenyon et Nancy. Non seulement les meurtriers restent introuvables mais les raisons du crime demeurent obscures car aucun objet de valeur n’a été volé et les Clutter étaient des gens très appréciés. C’est Al Dewey qui mène une enquête qui va l’obséder jours et nuits. Dick Hickock et Perry Smith, les deux coupables, poursuivent leur petit bonhomme de chemin, traversent quelques États américains, se rendent au Mexique puis reviennent au Kansas, persuadés qu’on ne les attrapera jamais. C’est un concours de circonstances et pas mal de stupidités de leur part qui permettront leur capture en janvier 1960. S’ensuit un procès très médiatisé qui se termine, je ne pense pas révéler un scoop, par la condamnation à mort des deux meurtriers.

               Truman Capote a rédigé son roman à partir d’un fait divers, et, pour ce « roman-vérité »  (j’avoue que c’est la première fois que je rencontre cette dénomination), il s’est documenté, a rencontré les deux prisonniers, s’est même installé quelque temps à Holcomb pour recueillir différents témoignages. Et, à sa sortie, juste après la mort de Hickock et Smith, son livre connaît un succès immédiat.

               La construction du roman est brillante et participe à la montée du suspens. En insistant d’abord sur la paisible et petite ville d’Holcomb, Capote porte son attention sur la famille Clutter, un modèle d’harmonie, de bonté et de cohésion. Des dizaines de pages sont ensuite consacrés aux meurtriers, à leur passé, à leur personnalité, à leurs motifs qu’on découvre très tard. La dernière partie nous emmène à la fois dans les cellules où attendent les deux hommes mais aussi à leur procès. Ce qui m’a vraiment frappée, c’est la sympathie que dégagent, au final, les deux meurtriers, en particulier, Perry. On le décrit comme étant un homme sensible, efféminé, cultivé et délicat et c’est pourtant lui qui a tiré sur les quatre victimes. A part un passé tourmenté (encore que Dick a eu une enfance plutôt ordinaire et heureuse), rien n’explique leur geste, et c’est bien le plus effrayant. La question de la peine de mort surgit à la fin sans recueillir aucune adhésion, des protagonistes… ou du lecteur. L’histoire est prenante, d’une justesse étonnante, les personnages complexes et intéressants et le résultat, tiré au cordeau, mérite son succès.

 

Dewey à propos de Perry Smith : « il lui était possible de regarder sans colère l’homme qui était à côté de lui - avec une certaine sympathie, même - car la vie de Perry Smith n’avait pas été un lit de roses mais un cheminement pitoyable, sinistre et solitaire vers une série de mirages. »

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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 19:46

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tome 1 : Pour une mine de diamants

             C’est les vacances ! Pour fêter cela, Danaé, ma petite choupette de 9 ans -boulimique de lecture- vous présente un de ses coups de cœur BD. Lorsqu’elle m’a dit « Maman, il faut absolument que tu la lises, celle-là, elle est trop bien », je me suis dit que je ne pouvais pas faire l’impasse.

            Danaé vous résume la BD : Sara habitait en Inde mais un jour, son père veut que son éducation soit parfaite, alors, il décide de l’envoyer en Angleterre dans le pensionnat de Miss Minchin. Comme le père et la fille vont se quitter, ils font les boutiques avant d’aller au pensionnat. A Londres, il y a beaucoup d’automates qui peuvent danser, chanter et même s’occuper d’enfants, il faut simplement les remonter avec une clé dans le dos. Sara et son père sont très riches parce que le père gagne beaucoup d’argent dans son entreprise d’automates. Sara est tellement gâtée que Miss Minchin et la plupart des pensionnaires pensent qu’elle est très capricieuse mais, en réalité, elle est très studieuse, toujours fourrée dans les livres, tolérante et très généreuse. Sa beauté rend même plusieurs filles jalouses. Avec son oiseau mécanique, elle envoie des messages à son père qui ne lui dit pas la vérité : il est gravement malade et les mines de diamants dans lesquelles il a investi, ne valent rien.

Le tome 2 n’augure rien de bon…

L’avis de Danaé : J’ai beaucoup aimé les automates tellement perfectionnés, c’est incroyable ! L’histoire a un côté fantastique mais c’est quand même dans le monde réel. Sara est vraiment très gentille, généreuse, c’est vraiment un bon exemple pour tous les enfants. Tout est joli, les automates, les belles robes, le luxe, tout ça fait rêver. La fin est triste mais j’ai envie de lire la suite car c’est justement les fins tristes qui laissent du suspense. Je pense que Sara ne va pas se laisser faire par les menaces et les punitions de Miss Minchin.

Mon avis : La richesse et le luxe dans lequel vit Sara contrastent avec ses qualités morales, elle a tout pour elle mais évidemment, ça ne peut pas durer. L’ancrage dans l’époque victorienne nous permet d’admirer robes et coiffures des jolies demoiselles. Les dessins précis et ciselés rendent la plupart des pensionnaires sublimes (un peu trop à mon goût !) mais finalement, je n’ai pas grand-chose à reprocher à cet album. Ma fille est ravie : il reste neuf tomes à découvrir !

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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 11:18

Résultat de recherche d'images pour "Sainte Caboche de Socorro Acioli"

-Conte réaliste magique du Nordeste brésilien-

             Samuel marche depuis seize jours et seize nuits, pieds nus, en haillons, avec si peu de nourriture et si peu d’eau qu’il arrive à destination, dans la ville de Candeia, en piteux état. Il veut honorer les promesses faites à sa mère décédée quelques jours auparavant et revenir dans la ville où il est né. Son projet est d’allé voir sa grand-mère, Niceia, et éventuellement de tuer son père qu’il n’a jamais connu parce qu’il l’a abandonné à sa naissance et a rendu sa mère si malheureuse. Mais Niceia réserve un accueil particulièrement sévère à son petit-fils, lui refusant un simple verre d’eau et lui ordonnant d’aller se réfugier dans une grotte non loin de là. Cette grotte « lugubre et nauséabonde » est en réalité la tête d’un géant, une statue de Saint-Antoine qui a été délaissée à cet endroit des années plus tôt et qui a causé, indirectement le malheur de la ville. Mordu par un chien, Samuel est sur le point de mourir de faim quand il est sauvé par un garçon, Francisco … mais surtout par des voix de femmes que Samuel est le seul à pouvoir entendre. Ces femmes clament leur amour pour un homme, se désespèrent de ne voir concrétiser leurs sentiments. Samuel et Francisco vont provoquer des rencontres, être à l’origine de nombreux mariages mais ces unions soudaines attirant les regards sur cette ville quasi à l’abandon ne vont pas plaire à tout le monde.

          J’étais sceptique en ouvrant ce roman, pourquoi, je ne saurais l’expliquer, le sous-titre « conte réaliste magique » y est sans doute pour quelque chose… et pourtant, j’ai beaucoup beaucoup aimé cette lecture ! Dans cette quête initiatique si cruelle pour ce jeune homme, cette tête immense où il trouve refuge va constituer un élément primordial dans la construction de l’histoire. Le fantastique n’est pas aussi présent qu’on pourrait le croire, toute la magie est quasiment expliquée dans les chapitres consacrés au passé des personnages… et donc, le sous-titre du livre prend tout son sens ! Un beau moment de lecture à la fois doux et parfois drôle qui donne, mine de rien, une jolie leçon de vie. Cerises sur le gâteau : le texte est agrémenté d’illustrations et de notes en fin de livre.

           Allons relire le billet de Tiphanie qui m’a gentiment prêté ce roman que je n’aurais jamais lu sans elle, c'est sûr …merci !

« Les deux compagnons allaient secouer la ville de Candeia. Et ils riaient ensemble, de leurs malheurs comme de ceux des autres, car le malheur est une chose dont on se doit de rire. »

 

Passage très drôle : « Madeinusa était belle, elle l’avait toujours été. Son père disait qu’une chose aussi belle ne pouvait être qu’importée, tout comme le poste de radio qu’il avait acheté, et sur le carton duquel était écrit « Made in USA ». 

- Le nom de ma fille vient de l’étranger, j’ai juste attaché les lettres. »

 

« En quelques secondes, les demoiselles avaient envahi la tête du saint, baisant les mains de Samuel, brandissant des photos de l’être aimé, demandant toutes à l’unisson ce qu’elles devaient faire. »

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