Entre recueil de nouvelles et roman, ce livre est composé de six textes en partie autobiographiques et qui se passent aux alentours de la fin de la Deuxième guerre mondiale.
Le premier texte qui donne son nom au recueil, « La douleur », raconte une femme qui attend le retour de son mari déporté, à la fin de la Deuxième guerre. La souffrance transpire à chaque seconde de cette attente, mille fois elle le croit mort, mille fois elle épie la sonnerie du téléphone ou guette un proche qui donnerait de ses nouvelles. Finalement, elle le retrouve mais dans un état si pitoyable qu’elle ne le reconnaît pas. Il ne peut se nourrir de peur que son estomac explose puis se comporte avec les aliments comme un animal, dévorant et insatiable. Le texte, en plus d’être bouleversant, est intéressant parce qu’il évoque un « après » qui serait tout aussi misérable que la guerre elle-même.
Le deuxième texte traite des relations ambiguës d’un homme de la Gestapo, Rabier, et la narratrice, résistante, qui doit entretenir cette fréquentation stratégique tout en la maintenant à une distance vitale pour elle. Dans les textes qui suivent, Duras évoque les rapports entre collabos et résistants, la torture et la mort qui sont intimement liées à cette confrontation entre hommes. « L’Ortie brisée » et « Aurélia Paris » sont annoncés comme fictifs. Ce dernier texte présente une petite fille juive abandonnée par sa mère pour ne pas qu’elle soit prise par les Allemands.
J’ai aimé les deux premiers textes même si l’écriture de Duras m’a souvent tenue à distance. Les phrases sont courtes, le style parfois oral et bancal. On oscille entre littérature et documentaire. C’était pour moi difficile d’entrer dans cet univers dérangeant, abrupt et néanmoins très fort. Le dernier texte, court, poétique m’a beaucoup plu. Il me reste à voir le film d'Emmanuel Finkiel.
« Elle est par terre, tombée. Quelque chose a crevé avec les mots disant qu’il était vivant il y a deux jours. Elle laisse faire. Ça crève, ça sort par la bouche, par le nez, par les yeux. Il faut que ça sorte.» (« La douleur »)
« Nous sommes de ce côté du monde où les morts s'entassent dans un inextricable charnier. C'est en Europe que ça se passe. C'est là que l'on brûle des juifs, des millions. C'est là aussi qu'on les pleure. » (« La douleur »)



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