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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 13:53

Résultat de recherche d'images pour "La douleur de Marguerite Duras"

            Entre recueil de nouvelles et roman, ce livre est composé de six textes en partie autobiographiques et qui se passent aux alentours de la fin de la Deuxième guerre mondiale.

            Le premier texte qui donne son nom au recueil, « La douleur »,  raconte une femme qui attend le retour de son mari déporté, à la fin de la Deuxième guerre. La souffrance transpire à chaque seconde de cette attente, mille fois elle le croit mort, mille fois elle épie la sonnerie du téléphone ou guette un proche qui donnerait de ses nouvelles. Finalement, elle le retrouve mais dans un état si pitoyable qu’elle ne le reconnaît pas. Il ne peut se nourrir de peur que son estomac explose puis se comporte avec les aliments comme un animal, dévorant et insatiable. Le texte, en plus d’être bouleversant, est intéressant parce qu’il évoque un « après » qui serait tout aussi misérable que la guerre elle-même.

           Le deuxième texte traite des relations ambiguës d’un homme de la Gestapo, Rabier, et la narratrice, résistante, qui doit entretenir cette fréquentation stratégique tout en la maintenant à une distance vitale pour elle. Dans les textes qui suivent, Duras évoque les rapports entre collabos et résistants, la torture et la mort qui sont intimement liées à cette confrontation entre hommes. « L’Ortie brisée » et « Aurélia Paris » sont annoncés comme fictifs. Ce dernier texte présente une petite fille juive abandonnée par sa mère pour ne pas qu’elle soit prise par les Allemands.

J’ai aimé les deux premiers textes même si l’écriture de Duras m’a souvent tenue à distance. Les phrases sont courtes, le style parfois oral et bancal. On oscille entre littérature et documentaire. C’était pour moi difficile d’entrer dans cet univers dérangeant, abrupt et néanmoins très fort. Le dernier texte, court, poétique m’a beaucoup plu. Il me reste à voir le film d'Emmanuel Finkiel.

« Elle est par terre, tombée. Quelque chose a crevé avec les mots disant qu’il était vivant il y a deux jours. Elle laisse faire. Ça crève, ça sort par la bouche, par le nez, par les yeux. Il faut que ça sorte.» (« La douleur »)

« Nous sommes de ce côté du monde où les morts s'entassent dans un inextricable charnier. C'est en Europe que ça se passe. C'est là que l'on brûle des juifs, des millions. C'est là aussi qu'on les pleure. » (« La douleur »)

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 22:55

Résultat de recherche d'images pour "sauveur saison 2"

      On a encore une fois mis du temps mais ça y est, on l’a lu ce 2ème tome, avec ma fille, ensemble, à haute voix. Quel plaisir de retrouver Sauveur, ce psychologue d’origine martiniquaise, son fils Lazare, son amoureuse Louise et tous ses patients.

     Je laisse le clavier à Danaé, 10 ans (dans 4 jours!) :

« Samuel, un garçon qui ne prend jamais de douche et qui s’étonne qu’aucune fille n’accepte de sortir avec lui, Ella qui veut devenir un garçon, Blandine, une adolescente de 12 ans qui est hyperactive, qui,  le matin, mange plein de bonbons, le midi des churros, et  le soir encore des bonbons en cachette ! Et fait un max de vues sur Youtube avec sa poupée Pullip. Et Gabin qui est toujours hébergé par Sauveur et qui passe toutes  ses journées à jouer à World of Warcraft sans aller à l’école. Avec des anciens et des nouveaux patients, c’est sûr que Sauveur ne va pas s’ennuyer dans ce 2ème tome ! Plus les problèmes avec Louise, qui n’arrive pas à s’habituer à la vie chez Sauveur et madame Gustavia (le hamster de Lazare et Sauveur) qui a encore eu des bébés et Sauveur qui ne sait pas où les placer et pour finir M. Jovanovic, un vieux légionnaire que ramène Louise.

Ce nouveau tome, encore plus palpitant que le premier est vraiment TOP! Je l’ai adoré, surtout la fin, très émouvant avec Samuel et j’ai vraiment hâte de lire le prochain avec Maman ! »

Danaé 

         La maman en question a encore un petit mot à rajouter : c’est vrai que ce deuxième opus est encore une fois un bon cru. Les personnages, plus attachants les uns que les autres, se bousculent dans le cabinet de Sauveur, psychologue parfois maladroit, parfois hésitant mais toujours bienveillant et généreux. Il a fallu expliquer des notions telles que la transsexualité, les tocs, le cyberharcèlement ou l’IVG, et c’est très bien d’aller fouiller là où une petite fille de 10 ans n’a pas l’habitude d’aller – et d’expliquer ce qui lui permet de s’ouvrir un peu plus sur le monde et les différences. Les hamsters, particulièrement dévergondés voire délurés, nous ont encore bien fait rire. En bref, j’ai beau chercher des faiblesses, je n’en trouve pas !

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 02:00

           

             Ça y est, encore une qu’on ne reverra plus, l’année 2018. Personnellement, ce n’était pas le meilleur cru … sans être catastrophique non plus, 2018 m’a causé de nombreux tracas qui se sont momentanément arrangés à la fin de l’année.

              Côté blog, de jolies lectures encore une fois, pas de vrais coups de cœur clairs, nets et précis mais de belles rencontres que je vais évoquer plus bas. Quelques confirmations : Italo Calvino que j’aime toujours plus, Fabcaro qu’on ne présente plus, Pascal Garnier qui a le don de m’étonner, Dürrenmatt dont j’aimerais tout lire, Ron Rash dont je vais tout lire, Jens Christian Grøndahl qui affirme un peu plus son talent dans chaque roman et Jean-Philippe Blondel que je suis heureuse d’avoir découvert il y a peu.

-          Romans :

En vrac : De sang-froid de Truman Capote, Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell, Une longue impatience de Gaëlle Josse, Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill, La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné, La salle du bal d’Anna Hope, Sujet inconnu de Loulou Robert, L’Équilibre du monde de Rohinton Mistry

et je termine par les meilleurs : L’art de perdre d’Alice Zeniter, leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu et Brooklyn Follies de Paul Auster.

-          BD :

Une BD prend la première place du podium pour son originalité qui percute : Contes ordinaires d’une société résignée d’Ersin Karabulut  et une autre arrive bonne 2ème : Ce qu’il faut de terre à l’homme de Martin Veyron mais j’ai  aussi adoré Les grands espaces de Meurisse, Ainsi soit Benoîte Groult pour son féminisme, Paroles d’honneur de Slimani, Marylin de De Metter, Pereira prétend de Pierre-Henry Gomont.

-          Livre jeunesse : Je suis toujours aussi radine en lectures jeunesse, j’ai du mal à m’y mettre. Un unique titre qui est un vrai coup de cœur : Sauveur & fils de Marie-Aude Murail qui restera longtemps synonyme de moments partagés avec ma fille, d’instants précieux de complicité.

 

-          Livres audio : je parviens à en écouter encore, moins qu’avant mais je suis contente de ne pas abandonner tout à faire ce support. Viennent en tête : Réparer les vivants de Maylis de Kerangal et Charlotte de David de Foenkinos.

              Enfin, je vais me contraindre à émettre quelques résolutions : lire plus de théâtre (en 2018, j’ai lu quelques pièces que je n’ai pas forcément chroniquées ici et puis il y a eu Smith&Wesson de Baricco et Littoral de Mouawad), revenir voir Romain Gary, ne plus acheter sur le grand site de livraisons à domicile, dépoussiérer ma PAL, ressortir ma liseuse qui dort depuis trop longtemps, revenir vers les albums (demande expresse de mes deux enfants qui ont pourtant presque-10 et 13 ans !)… … … ça fait quand même beaucoup de résolutions !

 

           Voilà… il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une TrèS

Belle AnNée 2019, glOriEuSe, DouCe et AimAnTe ! Soyez heureux !

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 15:57

Résultat de recherche d'images pour "Littoral – Le sang des promesses babel"

             Il me tardait de découvrir enfin cet auteur à la fois dramaturge, romancier, metteur en scène et comédien. Littoral est la première pièce de théâtre d’une tétralogie intitulée Le Sang des promesses.

             Wilfrid est en train de faire sauvagement l’amour avec une femme insignifiante pour lui quand le téléphone sonne « Dringallovenezvotrepèreestmort ». Cette annonce du décès de son père le met dans un état de fébrilité auquel il ne s’attendait pas lui-même puisqu’il ne le connaît, ce père qui l’a abandonné. N’ayant plus sa mère non plus, morte à l’accouchement, il est désormais orphelin et n’a plus qu’une idée en tête : enterrer son père dans son pays natal. De nombreux obstacles s’opposent à ce projet : sa famille ne veut rien savoir de celui qu’elle considère comme l’assassin de la mère (elle était trop fragile pour porter un enfant), la guerre qui l’empêche d’ensevelir son père où  bon lui semble, des rencontres heureuses et malheureuses : des orphelins, un meurtrier, des victimes de la guerre. Et il y a le chevalier Guiromélan, cet être fictif qui suit et protège Wilfrid dans sa quête obstinée.

               Texte ô combien riche et fertile, cette pièce de théâtre mêle burlesque, tragique, loufoque, cru, absurde, poétique, philosophico-métaphysique, lyrique, moderne (non, je vous assure que je n’en rajoute pas, au contraire, j’en oublie certainement). Dans sa quête d’une sépulture, Wilfrid, se cherche lui-même, se perd parfois, se laisse guider souvent. Réalisateur et caméraman sont là aussi et confondent encore un peu plus le temps de la fiction et le temps du réel. Un père vivant et un père mort se croisent également tout en créant une harmonie, une unité où les barrières en tous genres sont tombées, et c’est bien confortable. Une belle pièce qu’il faudrait relire dans l’immédiat pour mieux la comprendre, et surtout, la voir sur scène !

 

« Amé – Pendant la guerre, je posais des bombes.

Simone – La bombe que je veux aller poser est encore plus terrible que la plus terrible des bombes qui a explosé dans ce pays.

Amé – On en posera dans les autobus, dans les restaurants…

Simone – Non ! Cette bombe ne peut exploser que dans un seul lieu. Dans la tête des gens.

 Amé – Qu’est-ce que tu veux dire ?

 Simone – On va aller leur raconter des histoires. Tout ce qu’ils veulent nous faire oublier, on va l’inventer, le raconter ! Ils seront obligés de nous arracher le visage.

 Amé – Quel genre d’histoires ?

Simone – La tienne, la mienne. Le silence de chacun. »

 

« Massi  Amé, quand tu tombes dans un gouffre, il vaut mieux tomber sur le dos. Car tant qu’à chuter, chutons dans la clarté du jour, c’est déjà ça de gagné. Mais si tu tombes sur le ventre, tes yeux seront rivés  à l’obscurité du gouffre et c’est déjà ça de perdu. »

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 08:19

Résultat de recherche d'images pour "Les garçons de l’été de Rebecca Lighieri folio"

                A Biarritz vit une famille unie et heureuse : la mère, Mi, toujours impeccable et soucieuse du bien-être de ses enfants, elle est une parfaite maîtresse de maison ; le père Jérôme, pharmacien ; la cadette, Ysé, dessinatrice en herbe et, surtout, les deux grands frères, la vingtaine à peine entamée : Thadée et Zachée. Solaires, beaux, grands, charismatiques, ils attirent les regards. Thadée surtout joue de son pouvoir de séduction. Tout bascule le jour où, à la Réunion pour un séjour axé sur le surf, la passion des deux frères, Thadée se fait dévorer la jambe par un requin. La mère terrifiée, se rend sur l’île et constate que l’accident n’émeut pas réellement la petite communauté de surfeurs. Pourquoi ? Parce Thadée est détesté, c’est un type non seulement hautain et désagréable mais également, on le découvrira plus tard, un gars tordu qui passe son temps à rabaisser son entourage et qui s’adonne à des activités déviantes. Un voile est progressivement levé sur les différents personnages.

               Si j’ai aimé une bonne première partie du roman dans lequel on se glisse très facilement, le dernier quart ne m’a pas paru crédible du tout, la fin tend vers le surnaturel sans y entrer vraiment et ne m’a pas convaincue. Le style, percutant par endroits, reste globalement assez plat et les répétitions peuvent agacer. Il faut aussi s’intéresser un minimum au monde du surf omniprésent. Alors oui, on peut l’emmener partout ce bouquin, oui, c’est toujours sympa de voir que la famille idéale n’est en fait composée que d’ordures mais ce thème de la jeunesse qui déraille commence un peu à me taper sur le système… Pour conclure, petite déception par rapport au succès que connaît ce roman.

 

Parole de Zachée : « Contrairement à mon frère, je ne suis pas un compétiteur : vaincre mes peurs et dépasser mes blocages m'intéresse beaucoup plus que de surpasser les copains.
J'ai toujours fait allégeance à mon frère, je lui ai toujours laissé la préséance. J'ai toujours su qu'il avait besoin de prendre toute la place et toute la lumière, qu'il lui était vital d'être reconnu comme le meilleur partout. Avec des parents différents, cette place d'éternel second m'aurait peut-être été pénible, mais les nôtres ont toujours veillé à ce que je ne sois pas éclipsé par mon brillant aîné, de sorte que j'ai même apprécié d'être le cadet, celui qui n'a pas à servir d'exemple et dont on attend peut-être un peu moins. »

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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 16:29

Résultat de recherche d'images pour "Les beaux étés – 5. La fugue de Zidrou et Jordi Lafebre"

           Notre famille Faldérault avait tout simplement et naturellement sa place au pied du sapin de Noël, dans cet esprit de joie, de cohésion et de partage.

            En 1979, l’incroyable devient possible : Mademoiselle Estérel est sommée de partir vers le Sud en hiver, à quelques heures de Noël ! Maman n’en peut plus de vendre des chaussures à longueur de journée, papa a décidé de voler de ses propres ailes malgré l’infarctus de son patron, c’est décidé, on ne s’arrêtera pas avant d’avoir trouvé le soleil ! C’est sans compter cet ado de Louis qui veut absolument aller au concert de Pink Floyd à Londres !

           Même si j’ai trouvé ce tome légèrement en-dessous des autres (c’est surtout qu’il me manquait une cinquantaine de pages !), j’apprécie toujours autant la joie de vivre de ces gens simples et confiants en la vie.

Je vous souhaite à toutes et à tous un très JOYEUX NOËL ! Je vous laisse avec quelques sapins de mon papa.

 

 

 

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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 12:11


Moderato cantabile par Duras

           Anne Desbaresdes, une riche bourgeoise, assiste à la leçon de piano de son fils, son unique enfant qu’elle chérit et craint à la fois, celui qui désobéit et qu’elle voudrait voir grandir plus vite. Alors que le professeur de piano rabroue une énième fois cet « enfant difficile » parce qu’il a encore oublié le sens de « moderato cantabile », dehors, c’est le drame. Une femme vient d’être tuée par l’homme qu’elle aime. Anne Desbaresdes observe victime et coupable et cet événement la chamboule. Elle revient le lendemain sur les lieux, un petit café fréquenté par des ouvriers, et interroge l’homme qui s’y trouve. Chauvin lui répond par bribes, la femme aurait souhaité mourir, les deux se rapprochent, liant une relation confuse et sensuelle, interdite mais quotidienne. Absolument détachée des occupations qui devraient être les siennes (l’organisation de réceptions, l’éducation de son enfant), Anne trouve un plaisir presque bestial dans la consommation de vin rouge, une curiosité morbide à en savoir toujours plus sur ce couple atypique.  

           Absolument pas spécialiste de l’auteur (j’ai dévoré et adoré L’Amant, livre comme film), je ne m’attendais pas à entrer dans un univers aussi décalé, aussi proche de l’absurde, aussi minimaliste. Duras a su parfaitement concilier deux opposés, la clarté (l’histoire se déroule dans une ville côtière, au printemps, un beau temps inhabituel perdure) et un sentiment d’étouffement. En disant moins que le minimum - on ne sait rien du père de l’enfant, du passé des personnages, de leurs motivations profondes - elle suggère des possibilités, des questionnements : abandonner cette cage dorée pour Anne, se livrer à cet homme inconnu, s’inspirer de cet acte fou ? Dans cette atmosphère pesante, de petits éclats de beauté et de lumière : un enfant qui joue, une sonatine qu’on fredonne, un magnolia glissé entre les seins, les yeux bleus de Chauvin… A la fois étrange et impalpable, ce très court roman a fait réagir, à sa sortie, comme le prouvent les nombreuses critiques – la fois positives et négatives – qui viennent clore le livre.

« La sonatine résonna encore, portée comme une plume par ce barbare, qu'il le voulût ou non, et elle s'abattit de nouveau sur sa mère, la condamna de nouveau à la damnation de son amour. Les portes de l'enfer se refermèrent. »

Une réception où le repas est composé de saumon puis de canard à l’orange : « Des femmes, à  la cuisine, achèvent de parfaire la suite, la sueur au front, l'honneur à vif, elles écorchent un canard mort dans son linceul d'orange. Cependant que rose, mielleux, mais déjà déformé par le temps très court qui vient de se passer, le saumon des eaux libres de l'océan continue sa marche inéluctable vers sa totale disparition et que la crainte d'un manquement quelconque au cérémonial qui accompagne celle-ci se dissipe peu à peu. »

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 08:35


Résultat de recherche d'images pour "il était une ville reverdy"

         Un ingénieur français, Eugène, est muté à Détroit, ville sur le déclin. Motivé et enthousiaste, il se laisse vite envahir par cette impression stagnante de morosité, d’échec et de vide. Effectivement, les gens quittent cet endroit, les buildings et les usines sont à l’abandon, rien ne va plus. Heureusement pour Eugène, une jolie serveuse, Candice, saura lui remonter le moral. Quelques rues plus loin, Charlie s’amuse, avec quelques copains, à brûler une maison, occupation favorite des gamins de quartier qui disparaissent par dizaines. La grand-mère de Charlie, Georgia, en fera le douloureux constat : s’apercevoir un beau matin que son petit-fils a disparu ! L’inspecteur Brown est chargé de l’affaire mais dans la police, les moyens sont réduits à néant et tout traîne.
         J’ai aimé me promener dans cette ville qui dégringole et que désertent ses habitants. Ces endroits reclus où les enfants font leur loi.  Il y règne une atmosphère à la fois douceâtre et apocalyptique où les dernières âmes semblent être des marginaux. Eugène nage un moment à contre-courant comme un ultime combattant dans une guerre perdue d’avance. Il en ressort une mélancolie poétique assez intéressante. A côté de ça, le gros point faible du roman c’est que l’auteur n’est pas parvenu à m’accrocher à son histoire. Ça vous est sans doute arrivé déjà, on relit une phrase comme si on ne la comprenait pas, on arrive au bout d’un paragraphe, on le relit comme si on avait déjà oublié le début. C’est un auteur que je lis pour la première fois et le style ne m’a pas parlé, la brièveté des chapitres y est pour quelque chose, on passe trop rapidement d’un personnage à l’autre. La fin est réussie car une lueur jaillit dans cette ville faite d’incertitudes, de fuites vers un ailleurs meilleur, une ville fantôme où « Que le dernier qui parte éteigne la lumière. »

 

Les enfants arrivent dans une école déserte, à l’abandon : « Le long des murs, les faisceaux de leurs lampes surprenaient des affiches punaisées listant des numéros d’urgence, promouvant des associations de lutte contre la violence, des placards illustrés sur l’hygiène et la grippe, une feuille jaune annonçant la date de la prochaine réunion des parents d’élèves, il y a deux ans, une feuille verte indiquant le menu de la semaine. Sur le panneau de liège à moitié dévoré par l’humidité, des listes de noms, des horaires, des tableaux d’activités, basket, danse hip-hop, dessin, lecture, gymnastique. »

« L’avenir, même quand il n’y en a plus, il faut bien qu’il arrive. »

« Dieu, bien sûr, mais Dieu on dirait que lui aussi, il a quitté la ville. Georgia en est persuadée. Dieu est parti quand on s’est mis à installer des fontaines à soda dans des centres commerciaux géants,  que tout le monde a eu la télévision en couleur, que les salles de bal se sont transformés en supermarchés de la drogue, qu’on a troué la ville avec pas moins de six autoroutes et qu’on a rasé les quartiers pour construire des casinos en plein centre. Dieu nous aime, c’est sa seule faiblesse, mais une bêtise aussi crasse, quand même, cela a dû le dégoûter »

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18 décembre 2018 2 18 /12 /décembre /2018 22:27

 

Résultat de recherche d'images pour "Le gratte-ciel de Katharina Greve actes sud"

           -102 étages de vie-

              Nous entrons dans un immeuble de 102 étages et, de la cave au grenier, pénétrons dans la vie des gens, leurs manies, leurs défauts, leurs papiers peints, leurs mensonges, leurs hypocrisies, leur petit salon, leur cuisine dépourvue d’évier (!), leurs relations complexes et parfois ambiguës. Entre copines, en famille, entre amant et maîtresse, debout, couché ou assis, on abat ce quatrième mur pour notre plus grand plaisir. Certains dialogues sont savoureux, égratignant la vie à deux, le quotidien, la cohabitation voulue ou contrainte.

                Si j’ai beaucoup aimé le concept, encore plus aimé les quelques liens qui ont été faits entre les habitants de l’immeuble (le type de tel étage est avec sa maîtresse d’un autre étage dont le mari se livre à des jeux érotiques à la cave !),  je suis restée sur ma faim parce que j’en attendais un peu plus. Cela m’a rappelé un atelier d’écriture que j’animais il y a quelques années où les élèves avaient à créer un immeuble, son aspect, son environnement, ses appartements, ses occupants. Sans vantardise aucune, je trouve qu’ils avaient su faire preuve d’une belle imagination et que Katharina aurait pu pousser l’idée encore un peu plus loin, un peu plus dans les détails car finalement, toutes les cuisines se ressemblent à quelques objets près. La BD souffre aussi un peu (pour moi) de la comparaison inévitable avec la très très formidable Vie mode d’emploi de Georges Perec. L’ensemble reste sympatoche.

             Je ne sais plus chez qui j’avais chopé cette idée de lecture, désolée ! J’aurais aimé relire le billet tentateur.

 

-          « Quoi ?!? Tu sors avec ce mollasson du 30è ? mais il est ennuyeux !

-          C’est ma manière de méditer. »

 

Un homme en position fœtale : « Je dérive dans un océan de folie, accroché à une planche de la raison naufragée ! » ; sa femme : « Mauvaise journée au bureau, aujourd’hui ? »

 

« Après quelques années, le mariage devient une ascèse. »

Résultat de recherche d'images pour "Le gratte-ciel de Katharina Greve"

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 11:44

            Victor est un journaliste au chômage et un écrivain raté. Il possède une petite particularité puisqu’il a récupéré un pingouin d’un zoo qui n’en voulait plus. Micha se promène donc entre le salon et la cuisine de son petit appartement de Kiev, dévorant des poissons surgelés et dormant debout. Le patron d’un grand quotidien confie à Victor un boulot surprenant : écrire des nécrologies d’hommes pas encore décédés, qui ont tous commis des crimes et des délits plus ou moins graves dans leur vie. Ces biographies paraissent suspectes à leur auteur d’autant plus qu’il doit absolument y intégrer certaines données mais ... ça rapporte gros. Un ami policier, une fillette de quatre ans pour nouvelle colocataire, une nounou attirante, un pingouin très convoité, une datcha piégée, des limousines, voilà quelques-uns des ingrédients qui vont pimenter la vie de Victor.

           Belle surprise que cet auteur ukrainien ! Le roman mêle le burlesque et le satirique, avec un pied dans le polar et un autre dans le genre de la chronique post-soviétique. Le récit est drôlement bien ficelé et nous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne. Alors bien sûr il faut aimer les datchas, la vodka, les filatures, la mafia russe et les visites nocturnes mais j’ai tout apprécié dans ce roman qui m’a fait penser – animal insolite oblige – à éléphant de Martin Suter. S’il n’y a ici aucune dimension fantastique, il faut bien admettre qu’on nage dans l’étrange dans cet univers ukrainien où on entre dans les maisons la nuit sans toucher aux serrures, où un pingouin est très prisé pour les enterrements, où les sentiments sont des données accessoires. Cette plongée dans la mentalité post-soviétique teintée d’absurde m’a beaucoup plu !

« Les femmes renforcent le système nerveux des hommes. »

« Ce qui, auparavant, semblait monstrueux, était maintenant devenu quotidien, et les gens, pour éviter de trop s’inquiéter, l’avaient intégré comme une norme de vie, et poursuivaient leur existence. Car pour eux, comme pour Victor, l’essentiel était et demeurait de vivre, vire à tout prix. »

« Pas d’amour, mais ce n’était pas l’essentiel. Peut-être l’amour se gagnait-il aussi ? »

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