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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 17:05

L'Equilibre du monde - ROHINTON MISTRY

              Quand on s’apprête à commencer un pavé comme celui-ci (882 pages sans le glossaire !), il y a toujours un petit moment de doute, on va passer un bon nombre de jours avec cet univers, ces personnages, ce style d’écriture. Ça passe ou ça casse finalement… Ici, c’est passé sans anicroche !

              L’Inde, en 1975. Dina est une ancienne couturière,et, à 42 ans, veuve depuis seize ans, sa mauvaise vue ne lui permet plus de coudre, elle fait donc appel à deux tailleurs, Ishvar et son jeune neveu Omprakash. Elle ne leur fait d’abord que moyennement confiance, il faut dire qu’elle a appris à se méfier de tous ceux qui l’entourent de près ou de loin. Dans le minuscule appartement, c’est Maneck qui va rejoindre le trio, un étudiant qui veut quitter sa résidence universitaire où cafards et violences l’empêchent d’étudier paisiblement. Il faudra du temps pour que ces quatre-là s’entendent, cohabitent harmonieusement et s’apprécient finalement beaucoup. Entre l’évocation du passé et les différentes rencontres et nombreux aléas de leurs existences, on plonge dans un univers où l’absurde et l’aberrant ont toute leur place.

            Ce roman foisonnant nous emmène dans une Inde aussi merveilleuse qu’odieuse, aussi surprenante qu’effarante, aussi drôle que sordide. Magouilles, escroqueries, tyrannie des apparences, corruptions, traditions, argent, chapatis, castes, religion et superstitions, chasseurs de cheveux, Intouchables… voilà quelques mots-clés du roman qui me viennent d’emblée à l’esprit. J’ai sans cesse eu l’impression d’être brinquebalée, à l’image des personnages principaux, rien n’est stable, tout est précaire et hasardeux, illogique et amoral. On peut perdre son logement et son travail en une nuit, se faire embarquer par la police, subir une vasectomie, se faire amputer un ou plusieurs membres… Certains puissants règnent et établissent leurs propres lois qui ne durent qu’un moment. L’opposition ville-campagne met également en valeur la circulation dense à couper le souffle, les mendiants par centaines qui affichent ostensiblement leurs infirmités, les odeurs et le manque d’hygiène des cités surpeuplées. L’accumulation des malchances des personnages principaux donne parfois un sentiment d’oppression, certains passages sont difficiles à lire mais, pour faire un mauvais jeu de mots que ce roman pourrait tout à fait assumer, même avec deux jambes en moins, Ishvar retombe sur ses pieds, continue coûte que coûte. Je ne sais pas si c’est une forme de résilience ou un espoir cinglé mais le résultat est bluffant : l’Hindou semble avoir une capacité de reconversion et d’adaptation assez impressionnante !

              Au final, une lecture riche, ô combien dépaysante et surprenante, haletante et colorée !

 

Narayan est destiné à être marié, il n’a évidemment pas son mot à dire, contrairement aux dizaines de parents et amis qui se bousculent voir Radha, seize ans : « La taille est bonne, le teint aussi. La famille a l’air honnête, laborieuse. Peut-être faudrait-il comparer les horoscopes avant de prendre la décision finale. »

« le secret de la survie est l’acceptation du changement, et l’adaptation. »

« Si le temps était une pièce de drap, j’en couperais tous les bouts abîmés. Je trancherais les nuits effrayantes et je raccorderais les bons morceaux pour rendre le temps supportable. Alors, je pourrais le porter comme un manteau, et vivre toujours heureux. »

« sans mendiants, comment les gens se laveraient-ils de leurs péchés ? »

« A leur rire, toute fois, se mêla une touche de désespoir maîtrisé, comme lorsqu’on coupe une tranche de pain très fine tout en prétendant que le pain, ce n’est pas ce qui manque. »

Le Maître des mendiants dirige son monde mais protège aussi les indigents. Il ne manque pas d’idées pour attirer la pitié – et donc l’argent- des passants : « j’ai besoin d’un paralytique et d’un aveugle. C’est l’aveugle qui portera l’infirme. L’image vivant de la vieille histoire de l’amitié et de la coopération. Et qui produira une vraie fortune, j’en suis certain, parce que les gens ne donneront pas seulement par pitié ou par piété, mais par admiration. Le hic, c’était de trouver un aveugle suffisamment fort ou un paralytique suffisamment léger. »

 

            Je participe ainsi au Challenge Pavé de l’été chez Brize (que je dois remercier, sans elle je n’aurais pas sorti de sitôt cet énorme livre de ma PAL !) 


 

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commentaires

Ellettres 28/09/2018 11:01

De Mistry j'avais lu Affaires de famille et Un si long voyage. Je retrouve l'ambiance foisonnante et parfois "cour des miracles" que tu décris. Il a un vrai talent pour peindre une foule de personnages qui se croisent et luttent tant bien que mal pour se faire une place au soleil. J'aime bien la façon dont il nous introduit dans l'intimité des familles... Les romans que j'avais lu toutefois parlaient plutôt de familles farsies (donc pas hindoues) car l'auteur provient lui-même de ce milieu.

Violette 28/09/2018 14:29

J'ai découvert l'auteur avec ce livre et je te remercie pour tes retours sur d'autres de ses titres.

Milly 10/09/2018 22:44

Tu me rappelles un bon moment de lecture. Ton billet est très complet. Nous en apprenons beaucoup sur cette culture. J'avais été impressionnée par le système de 'caste'. Ce qui semble peut-être motiver leur courage de continuer malgré une vie si difficile.

Sorel 10/09/2018 21:02

oh la la ce roman. Je l'ai lu il y a genre vingt ans mais je m'en souviens comme d'un moment à la fois passionnant et éprouvant. Exactement ce que tu viens de dire !

gambadou 09/09/2018 18:13

et bien voilà. Je cherchais un bon pavé en poche pour mes prochaines vacances. J'ai trouvé !

Violette 09/09/2018 18:40

je suis ravie !!

Litterama 09/09/2018 11:34

C'est vrai que l'Inde suscite forcément un monde bigarré et incertain, où règne la fraternité comme la plus grande violence.

Violette 09/09/2018 11:53

c'est impressionnant et déconcertant !

krol 09/09/2018 08:42

Tu as raison, commencer un pavé, c'est savoir qu'on va passer du temps avec des personnages. L'Inde, ça m'intéresse fort, tiens. Et si je le notais pour le pavé de Brize l'an prochain ?

Violette 09/09/2018 10:14

en voilà une bonne idée! ;)

Brize 06/09/2018 22:38

Ravie de t'avoir aidée à alléger ta PAL :) !

Violette 08/09/2018 10:52

hé hééé… :)

Valérie 06/09/2018 22:00

Je crois que c'est la première fois que je lis un autre avis que le mien. J'avais adoré !

Violette 08/09/2018 10:52

quelle plongée fantastique dans un contexte passionnant!

Jerome 06/09/2018 14:01

Tu m'étonnes que ce doit être dépaysant ! En 882 pages en plus, on a le temps de profiter du voyage :)

Violette 06/09/2018 14:34

c'est ça le meilleur !!

Alex-Mot-à-Mots 05/09/2018 11:11

J'ai la même interrogation que toi avant de commencer un pavé.

Violette 05/09/2018 15:40

c'est pourquoi il faut se laisser le droit d'abandonner… pas toujours facile !

Tiphanie 05/09/2018 09:04

Comme tu le sais j'avais beaucoup aimé ce roman, ça bouscule un peu nos habitudes de lecture et quoi de mieux que l'été pour 1) se dépayser 2) se lancer dans une lecture de longue haleine :)

Violette 05/09/2018 15:40

tu as tout à fait raison:)

Eve-Yeshé 04/09/2018 14:11

un pavé de 882 pages, c'est courageux.Les extraits me plaisent.
Je me suis plongée dans "La conjuration des imbéciles" 538 pages et je rame +++ avec une furieuse envie de laisser tomber (challenge: aller jusqu'à la centième avant de lâcher prise :-)

Violette 04/09/2018 15:55

100 pages c'est beaucoup quand on s'ennuie! J'avais noté ce titre aussi mais je vais peut-être le rayer de ma liste:)

keisha 04/09/2018 08:08

Le coeur bien accroché, oui, j'hésite à le lire, mêem si je sais que c'est un 'grand' roman

Violette 04/09/2018 15:55

ça permet de relativiser nos petites misères et d'avoir une vision - que je suppose très juste- de l'Inde.

manou 04/09/2018 07:58

C'est un pavé de combien de pages ?? le sujet me plait assez et l'été, un bon moment pour se plonger dans un pavé, ou bien l'hiver quand les jours sont courts et le feu allumé dans la cheminée. merci pour ce partage

Violette 04/09/2018 15:57

882 pages! J'aime bien les pavés, j'en ai encore quelques-uns dans ma PAL...

A_girl_from_earth 03/09/2018 22:49

Oh nooon, on aurait pu faire une LC !! Ce roman est dans ma PAL depuis des lustres, c'est vraiment un des incontournables de la littérature indienne que je voudrais lire un jour. Bon, pavé oblige, j'ai repoussé ma lecture à chaque fois mais il faudra que je saute le pas prochainement.

Violette 04/09/2018 15:58

oh oui, zut! Comme dit, sans le challenge, je n'y aurais pas touché non plus, alors merci Brize:)

lcath 03/09/2018 18:11

Oh je le note on dirait bien un roman pour moi....

Violette 03/09/2018 18:19

il faut parfois avoir le coeur bien accroché mais le voyage vaut le détour!

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