Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 15:52

            Résultat de recherche d'images pour "Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill"

           Un scandale énooorme heurte les Américains : une femme, Faye Andresen, a osé jeter une poignée de cailloux vers le visage d’un candidat à la présidentielle (qui est – par ailleurs – réac, misogyne et raciste) qui a été légèrement blessé à l’œil. Samuel, un professeur d’université qui passe tout son temps sur Elfscape, un jeu vidéo, tente, de son côté, de se débarrasser d’une étudiante tricheuse et menteuse. Il apprend, par hasard, que Faye, désormais considérée comme une dangereuse terroriste, n’est autre que sa propre mère, celle qui l’avait abandonné lorsqu’il avait onze ans. Samuel, insensible et indifférent vis-à-vis de cette femme, profite de l’occasion pour écrire un livre, lui qui a connu une très brève carrière de romancier très vite tombée dans l’oubli. Son opportunisme va se retourner contre lui mais le lecteur en profitera aussi pour découvrir le passé raté de Samuel et la jeunesse mouvementée de sa mère. Ces fameux fantômes avec lesquels il est nécessaire de cohabiter. Il faudra attendre la fin du roman pour comprendre pourquoi celle-ci a la fâcheuse tendance à fuir.

              Pas évident de résumer un roman de plus de 700 pages aussi dense et riche que celui-ci ! Si l’intrigue est passionnante et les personnages –par leur non-conformisme- nous rappellent aisément ceux d’un John Irving, l’humour est omniprésent : satire du monde étudiant, de l’éducation, des hôpitaux, de la société de consommation, des médias, de la dépendance aux jeux vidéo, de la société américaine dans sa globalité. Le prologue m’a plu tout de suite : cette mère de famille qui, discrètement et inexorablement, vide les placards, dépouille penderies et bibliothèques, ôtant un livre par-ci, une fourchette par-là, subtilise une partie des biens pour, un beau matin, disparaître complètement. Le personnage de Samuel, anti-héros par excellence, avec ses mauvais choix aux mauvais moments et sa tendance à pleurer très facilement, devient attachant et agaçant à la fois. Les émeutes de Chicago de 1968 occupent une importante partie du roman et permettent de dévier les trajectoires de vie des uns et des autres. Malgré certaines longueurs en fin de livre, j’ai beaucoup apprécié cette lecture, ses allers-retours d’une époque à l’autre, l’alternance des personnages, et, comme la plupart, je suis restée bouche bée en apprenant qu’il s’agissant d’un premier livre. Nathan Hill, un auteur à suivre, donc.

 

Lorsque Laura, étudiante malhonnête, pleure devant Samuel pour attirer sa pitié : « Dans l’immédiat, le problème de Samuel, c’est que quand il voit quelqu’un pleurer, il ne peut s’empêcher d’avoir envie de pleurer lui aussi. Ça a toujours été ainsi, aussi loin qu’il se souvienne. Il a l’impression d’être un bébé dans une pouponnière, pleurant par solidarité avec les autres bébés. Pleurer lui semble une chose si impudique et si fragilisante qu’il se sent honteux et embarrassé quand quelqu’un le fait devant lui, cela vient réveiller en lui toutes les strates d’humiliation enfantines accumulée jusqu’à l’âge adulte et lui donne le sentiment d’être un gamin pleurnichard dans la peau d’un homme. […]Le sanglot qu’il réfrène est à présent localisé dans sa gorge, enroulé autour de sa pomme d’Adam, et il sent toutes les crises de larmes de son enfance fondre sur lui, toutes les fêtes d’anniversaire fichues en l’air, tous les dîners en famille interrompus en plein milieu, les classes entières figées devant lui qui s’enfuit en courant […] » Je vous laisse découvrir la suite parce que, finalement, pour éviter de fondre en larmes, Samuel utilise la technique de l’éclat de rire… ce qui s’avère désastreux pour l’étudiante éplorée ! (mais c’est très drôle pour le lecteur)

Une éducation… à l’ancienne : « Ce que j’essaie de vous dire, jeunes filles, c’est de vous fixer de grands objectifs. Vous installer avec un plombier ou un fermier n’est pas une fatalité. Vous n’arriverez peut-être pas à épouser quelqu’un dans le domaine médical, comme moi, mais ne vous interdisez pas d’envisager quelqu’un dans la comptabilité. Ou bien dans les affaires, la banque ou la finance. Trouvez avec quel genre d’homme vous voulez vous marier, et organisez-vous pour que cela se produise. »

« à force de choisir la facilité, chaque jour qui passe, la facilité devient une habitude, et cette habitude devient votre vie. »

« parfois une crise n’est pas vraiment une crise – c’est juste un nouveau départ. Si elle a appris une chose de toute cette histoire, c’est que lorsqu’un nouveau départ est vraiment nouveau, il ressemble à une crise. Tous les vrais changements commencent par faire peur. »

Partager cet article
Repost0

commentaires

M
Je l'ai noté mais j'ai reporté sa lecture à l'année prochaine...Un trop gros pavé en ce moment je n'en ai pas envie du tout...Mais je le ferai et ta chronique m'en donne envie. merci
Répondre
M
Je l'ai dans ma PAL !
Répondre
D
Et dire que je ne l'ai toujours pas lu! Je sens bien qu'il faut que je le fasse!<br /> Daphné
Répondre
K
Ah oui, qu'est-ce que j'ai aimé ce roman !
Répondre
A
Qu'est-ce que j'avais aimé ce roman.
Répondre
V
je te comprends et je plussoie :)
A
Ah tu t'es laissée tenter toi aussi ? ^^ Très curieuse de ce roman pour ma part, depuis le temps que je le vois passer, il faut juste que je trouve un moment pour le caser !
Répondre
V
il est épatant à tous points de vue, je suis à peu près sûre qu'il te plairait!
A
Un bon souvenir de lecture pour moi... 700 pages qui sont passées à une vitesse grand V sans que je m'en aperçoive. C'est suffisamment rare pour être souligné.
Répondre
V
tu as tout à fait raison !
E
cela fait un moment qu'il est en pense-bête dans ma PAL, il va falloir que je le lise! <br /> s'il est sorti en poche je vais investir :-)
Répondre
V
Il est en poche depuis août !
K
Quel chouette roman! (et l'auteur a commencé le deuxième)
Répondre
V
en voilà une bonne nouvelle !
J
Incroyable de se dire que c'est un premier roman en effet, il est tellement dense et ambitieux !
Répondre
V
oh oui, quel talent, comme j'aimerais avoir le même!
M
Zut, encore un dans ma très haute Pal ! Mais tant mieux !
Répondre
C
Pas le temps de me plonger dans un pavé de 700 pages malgré toute l'envie que j'en ai au vu des chroniques très enthousiastes. Peut-être pour cet été avant la préparation de la rentrée littéraire;..
Répondre
F
Je crois que je l'emprunterai à la bibliothèque lors de prochaines vacances!
Répondre
I
J'hésite, depuis qu'il est sorti en poche, à l'ajouter à ma PAL, mais à force de lire tous ces avis enthousiastes, je vais céder, c'est sûr ! Le problème, c'est qu'à force de me dire que cela fera un pavé pour le challenge 2019 de Brize, j'en empile, des pavés, sur mes étagères, et il va me falloir un siècle pour les ire !!
Répondre
V
:) ah tu anticipes dis donc! Tu n'es pas obligée non plus d'attendre le challenge de Brize pour lire des pavés! ;)
A
J'ai mis du temps à entrer dedans, mais après ... je ne pouvais plus m'arrêter. J'en garderai un excellent souvenir.
Répondre
V
tu as raison, il n'est pas si facile d'accès mais passionnant quand on persévère.
N
je note ce titre, j'aime aussi lorsqu'une histoire passe d'une époque à l'autre
Répondre
V
ça rajoute un supplément d'intensité :))
Z
700 pages, trop lourd pour moi et, certainement, comme tu le dis de longueurs
Répondre
V
Il vaut quand même le coup, je ne regrette pas cette lecture. Mais il faut du temps, c'est sûr...