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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 10:43

Résultat de recherche d'images pour "Oh les filles !  Lepage et  Michel 1"

Première et deuxième parties.

             Trois filles viennent au monde : Leïla dans un pays du Maghreb (avant de venir s’installer en France), Agnès dans une famille riche aux parents froids et distants et Chloé qui vivra seule avec sa mère célibataire. Alors que leurs préoccupations respectives pourraient les éloigner : l’intégration et le désir d’être la meilleure pour Leïla, la solitude d’être avec une nounou sans parents disponibles pour Agnès, les difficultés financières pour Chloé qui rêve de devenir danseuse, les trois filles deviennent amies. Elles grandissent, sont de jolies ados dans le second tome, se confrontent à la mort, au regard des garçons, aux études qu’elles réussiront ou non. Chloé parvient à intégrer le Ballet de Paris, Agnès rejette ses parents au point de s’enfuir avec un marginal et Leïla s’efforce d’être la meilleure au lycée pour pouvoir devenir gynécologue.

            Je me faisais une joie de retrouver le trait de Lepage mais je dois bien admettre qu’il est moins doué pour dessiner les humains que les paysages. J’ai souvent confondu Agnès et Chloé. Mais ce n’est pas le plus important. Ce diptyque met en lumière des jeunes filles au parcours plutôt atypique, prises aux difficultés de leur âge (sexualité, orientation, parents) et liées par une solide amitié. Ça a été agréable à lire, ma fille de dix ans m’a piqué le premier tome qu’elle a lu deux fois (dans le second, certains passages étaient censurés pour elle). On s’attache vite à ces êtres à la fois fragiles et forts, complexes et finalement très simples (personnellement, contrairement à l’idée qu’on s’en fait, je trouve la femme bien moins ambiguë et contradictoire que l’homme…) Donc : à lire sans s’attendre au chef-d’œuvre !

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 09:09

Résultat de recherche d'images pour "scherbius et moi antoine bello gallimard"

           En panne de lecture ? Envie de légèreté intelligente (après le très remuant Lambeau) ? Antoine Bello vous conviendra parfaitement.

            Le Dr Maxime Le Verrier, jeune psychiatre en 1977, rencontre un patient bien extraordinaire, Scherbius, qu’il diagnostique comme souffrant d’un trouble de la personnalité multiple (TMP). En effet, Scherbius se crée -s’est créé- toute sa vie, différentes identités mais également différents parcours et de nombreuses personnalités. Le psychiatre place son patient sous hypnose et découvre sa vie : religieux, militaire, enseignant, diplomate, manutentionnaire, … tel un magicien, il a su revêtir les différents costumes, voyageant à travers le pays, multipliant les impostures et manipulant avec brio ses interlocuteurs. Après avoir raconté le personnage haut en couleurs dans une première édition, le psychiatre nous révèle, dans une deuxième édition qu’il s’est lui-même fait avoir par son patient.

             Le roman commence avec panache, et, malgré quelques coups de mou, il continue à nous impressionner puisqu’il ne présente pas moins de six éditions de la version originale de Maxime Le Verrier. Mise en abyme et manipulation des personnages et du lecteur par la même occasion amusent et font sourire. Je commence à connaître le style de Bello et à apprécier son imagination grandiloquente, parfois débordante, son souci du détail (il sait drôlement bien se documenter et Scherbius s’est même retrouvé dans des contrées très proches de chez moi). On peut lui reprocher quelques longueurs mais elles sont vite pardonnées parce qu’on voyage, on se cultive (ces TMP sont tout à fait passionnants !) on se distrait !

L’homme qui s’envola et Les falsificateurs restent mes romans préférés.

 

« Le banal l’assomme. N’étant heureux que dans le déséquilibre, il fabrique perpétuellement des drames dont il est le héros. Il a le don de broder une histoire à partir de n’importe quoi : un fait divers entendu à la radio, une date, un lieu. »

« Quand je suis las de moi-même, je deviens un autre, puis un autre, puis encore un autre. J’ai oublié d’où j’étais parti. »

« Son ennemi, c’est l’ennui. Il s’est interdit une bonne fois pour toutes de vivre deux fois la même journée, de se lever le matin en sachant ce qu’il fera le soir, de jeter un œil à la carte des desserts au début du repas. Son existence est une œuvre d’art, une fresque dont la véritable grandeur n’apparaîtra qu’avec le recul du temps. »

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15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 16:30

Résultat de recherche d'images pour "lançon le lambeau nrf"

                Philippe Lançon, journaliste, fait partie, le 7 janvier 2015, des rares rescapés de l’attentat perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo. Touché par balle, il a aussitôt fait le mort avant d’avoir face à lui l’image de la cervelle éclatée de Bernard Maris … Vivant mais éberlué, traumatisé, changé à jamais à l’intérieur comme à l’extérieur, il raconte ici sa très lente reconstruction, une sorte de restauration de celui qu’il ne sera jamais plus. Ses multiples interventions dans les mains expertes de Chloé, sa chirurgienne attitrée, les visites, la surveillance policière, les soignants grouillant autour de lui, les relations parfois détériorées avec ses proches, ses lectures, ses pensées, ses digressions, ses souvenirs… rien ne nous semble épargné… du 7 janvier au 13 novembre 2015.

             Cette lecture a été très éprouvante et j’en sors soulagée, d’une part d’avoir terminé le livre, d’autre part de savoir que l’auteur va plus ou moins bien, mieux en tous cas, que de son malheur, il a pu donner vie à ce livre si bien écrit, si intime et si bouleversant. C’est qu’en 500 pages, on a le temps de s’attacher à lui ! Personne ne peut rester indifférent à ce récit mais j’ai été d’autant plus touchée que mon père, à la suite d’un cancer, a subi le même genre d’opération, de contraintes (quel euphémisme), de métamorphose. Si l’hospitalisation a été moins longue pour lui, les conséquences en sont peut-être plus lourdes que pour Philippe Lançon.

            Evidemment thérapeutique, ce livre raconte les moindres détails de l’intimité de son auteur. Et je me suis demandé si, un jour, il ne serait pas amené à regretter cette mise à nu totale, cette description crue de son être physique et de ses pensées les plus profondes. Je retiendrai deux choses de cette lecture, j’espère en tous cas m’en souvenir longtemps : c’est le contact avec l’art qui a profondément aidé Philippe Lançon à surmonter les douleurs, les heurts et à reprendre goût à sa vie d’avant : la lecture (Proust et Kafka en tête), la musique classique, la visite des grands musées parisiens. Sa culture a été sa béquille. Ensuite, il n’a jamais exprimé ni haine contre les terroristes, ni questions philosophiques qui n’en sont pas et que j’ai si souvent entendues (et peut-être faites miennes…) du genre « Pourquoi moi ? ». Sincère, humble, honnête, l’homme a toujours su se montrer délicat et noble. Oserais-je rajouter que dans son extrême malheur, il a bénéficié d'un statut de privilégié, bien entouré, bien soigné ?... c'est dit. 

 « J’étais un blessé de guerre dans un pays en paix et je me suis senti désemparé. »

Avec les autres patients du service : " On se croisait parfois avec les potences dans le couloir, traînant les pieds et sans parler. Au mieux, un signe ou un petit salut. On n’avait pas gardé les vaches ensemble et on ne souhaitait pas le faire, le troupeau longeait la falaise quand il ne tombait pas dedans. Chaque visage était déformé, éborgné, tordu, tuméfié, bleui, bosselé, bandé. Pour un jour ou pour toujours, c’était le couloir des gueules cassées. Les uns finiraient par se ressembler de nouveau ; les autres jamais. "

Lors d’une rencontre avec François Hollande qui lui demande des nouvelles de sa chirurgienne qui lui a – apparemment – tapé dans l’œil : « Le meilleur de la vie, me dis-je, en regardant ses fins yeux luisants, presque bridés, c’est bien ça : ne pas oublier ce qui nous a plu, même un instant, et, si possible, oublier au maximum tout le reste, à commencer par tout le pathétique de la situation. Son insouciance fait mieux que rendre hommage à mon petit chemin de croix, ce dont je me fiche : elle me soulage.» Hollande aurait dit à Lançon « Eh bien ! Vous avez de la chance ! » parce qu’il voyait régulièrement sa chirurgienne…

Merci à Michaël pour ce prêt !

 

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 15:14

Résultat de recherche d'images pour "La route de Tibilissi de Chauvel – Kosakowski –"

              Dans des contrées montagneuses, enneigées et hostiles, Jake et son petit frère Oto voient leurs parents mourir sous leurs yeux, atteints par les flèches de leurs poursuivants, de dangereux archers dont on ne voit pas le visage. La dernière recommandation du père aux garçons « Partez vite… allez à Tibilissi » sera compliquée à suivre car la menace d’une guerre non identifiée, d’ennemis non nommés mais nombreux et diaboliques, va planer tout au long de leur périple. Oto retrouve ses deux amis aussi insolites l’un que l’autre : un robot baragouinant des mots compris seulement d’Oto et une créature à fourrure souriante. Le quatuor va rencontrer embûches, ennemis et protecteurs dans une croisade mystérieuse où certains hommes se révèlent aussi dangereux qu’une horde de loups.

           Quelle claque que cette BD ! Mêlant différents genres, différentes époques, la fin est une surprise totale, perturbante et marquante. La lumière est centrée sur ce petit garçon, Oto, touchant parce que désormais orphelin, attachant parce que courageux malgré les épreuves. J’ai du mal à parler de cet album tant il m’a plu, tant j’aimerais ne pas dévoiler la fin. Je n’en fais pas un coup de cœur même si on y est presque parce que ça reste très violent (il m’a fait penser au film The Revenant, c’est pour vous dire…) Enfin : lisez-le !

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 19:23

Résultat de recherche d'images pour "livre audio messieurs bruxelles schmitt audiolib"

                 J’entretiens avec cet auteur des relations sur le fameux thème « Je t’aime moi non plus », tantôt charmée par certains de ses écrits, tantôt excédée pas d’autres. Voici un recueil de cinq nouvelles découvertes en livre audio (lues par l’auteur lui-même).

« Les deux messieurs de Bruxelles » :  Deux homosexuels profitent du mariage de Geneviève et Edouard pour sceller leur union, cachés au fond de la cathédrale Sainte Gudule. Jean et Laurent continueront à suivre de loin ce couple hétérosexuel, s’attachant de plus en plus à Geneviève, cette mère Courage qu’on retrouve en vieille dame accueillant une très belle surprise.

« Le chien » : un médecin de campagne prend sa retraite et vit reclus en compagnie de son chien, Argos. Lorsque son compagnon meurt renversé, le maître se donne la mort. Comment un homme peut-il à ce point s’attacher à un animal ? Retour en arrière pour raconter une enfance pendant la Deuxième guerre mondiale.

 « Ménage à trois » : un homme séduit la veuve d'un musicien et la femme finit par se demander si c’est elle qui l’intéresse ou son défunt mari. Mais le musicien en question n’est pas non plus n’importe qui !

« Un coeur sous la cendre » : Alba est l’heureuse marraine de Jonas, grand insuffisant cardiaque, qu’elle chérit peut-être plus que son propre fils, Thor. Quand ce dernier meurt, il est question de dons d’organes et d’analyser les sentiments d’Alba en profondeur. Et nous sommes en Islande et le volcan Eyjafjöll est en éruption…

 « L'enfant fantôme » : un couple très amoureux a du mal à avoir un enfant et finalement, on leur annonce un début de grossesse difficile puisque l’enfant à venir serait atteint de mucoviscidose. Le couple décide de mettre une croix sur le désir d’être parent mais quand il se fait secourir, en haute montagne, par une jeune fille alerte, jolie, vive, aimée et aimante… et atteinte par la même maladie, le couple se remet en question.

 

             Quel conteur ! Monsieur Schmitt parvient toujours à entourer ses personnages de tendresse, d’une délicatesse et d’une profondeur très pertinente (oui la profondeur peut être pertinente…) ça laisse rêveur, songeur, plongé dans une réflexion philosophique pas désagréable du tout. J’ai beaucoup beaucoup aimé. La voix de l’écrivain, les intonations qu’il maîtrise aussi bien qu’un comédien (et puis, c’est son oeuvre) rendent l’ensemble attachant. Les cinq nouvelles sont suivies d’un journal d’écriture où l’auteur nous révèle quelques secrets de rédaction tout à fait passionnants (et frustrants, certaines nouvelles ont été écrites si vite !) Je me souviens avoir tout autant aimé Concerto à la mémoire d’un ange (également un recueil de nouvelles découvert en livre audio). A noter que c’est un livre audio parfait pour apprivoiser ce nouveau mode de lecture… avis aux novices !

Lu dans le cadre du mois belge chez Anne :

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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 09:55

Résultat de recherche d'images pour "mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf"

           Absolument fan du « Jardin des délices » depuis que j’ai eu la chance de le voir au Musée Prado de Madrid, je me faisais une joie de lire ce roman.

           En 2013, au Prado, un malotru asperge de quelques gouttes de vitriol un coin du célèbre tableau de Bosch. Il s’agit d’un prêtre qui se fait appeler Baerle et qui ne veut parler qu’aux hommes. Entre deux restaurateurs (l’un beau et jeune, Keie, l’autre vieux et expérimenté, Nebrija) et une charmante psychologue peut-être un peu trop curieuse, l’enquête démarre. Pourquoi Baerle a-t-il commis ce geste fou ? Le fait est d’autant plus étonnant qu’on croit déceler, sous la peinture abîmée quelques lettres… y aurait-il un message caché dans le tableau ? Le prêtre a-t-il voulu détruire l’œuvre ou au contraire révéler un secret ? En tous cas, il a bien des choses à raconter. Il nous emmène en 1511, à Bois-le-Duc, aux Pays-Bas où Petronius, un jeune peintre, s’apprête à devenir un disciple du maître Bosch. Mais l’heure n’est pas à la sérénité, entre les cruautés de l’Inquisition et les visions originales des Adamites -ils seraient les premiers naturistes- (allez voir ce site, tout à fait sympa !), il vaut mieux se tenir à carreau. Petronius le souhaiterait mais il est mêlé malgré lui à une affaire qui le dépasse et sa tête est très vite mise à prix… Entre le XVIème et le XXIème siècle, l’auteur fait des ponts, compare et associe des personnages. Reste à résoudre cette énigme.

          Je n’ai pas été déçue à proprement parler, je me suis juste rendu compte que ce n’était pas du tout le genre que j’affectionne… on est en plein dans un style à la Da Vinci code qui n’est pas désagréable à lire, qui peut être passionnant mais qui ne me plaît pas ! J’en sors toute affligée. Pourtant, j’ai adoré qu’on me parle de cette peinture si fantasque aux mille interprétations possibles, aux détails plus insolites les uns que les autres. La plongée dans ce début de la Renaissance n’était pas désagréable non plus mais les complots à gogo, les trahisons romancées, les ellipses maladroites, les clichés un poil trop récurrents m’ont agacée agacée agacée ! L’écriture est aussi plate que les paysages hollandais. Et puis bon sang, un roman qui parle d’un tableau ne pourrait-il pas comporter un peu plus qu’une seule image (la 1ère de couverture est magnifique) très exceptionnellement ?

Dasola a bien plus apprécié que moi !

 

« Chaque pierre, chaque branche de ce tableau est dotée d’une signification. Le moindre élément de cette composition est porteur d’un savoir secret. Aux yeux du profane, le triptyque peut paraître diabolique. Seul l’initié peut le comprendre. »

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 18:11

Résultat de recherche d'images pour "malaterre gomont"

        

          Gabriel est un Français qui possède un domaine vaste et luxuriant, quelque part en Afrique équatoriale. L’album débute sur sa mort, une attaque violente et brève qui le laisse inerte devant sa jeep. Par de captivants retours en arrière, le lecteur découvre le passé du bonhomme qui, avec son profil à la Gainsbourg, s’est bousillé la vie à grands renforts de cigarettes et d’alcool. Marié à Paris, père de trois enfants qu’il abandonne momentanément pour vivre dans la débauche et les petites escroqueries, il récupère ses deux aînés et les emmène en Afrique, espérant faire prospérer son domaine. Mais, non seulement il est incapable de s’occuper de ses enfants mais il ne fait que s’endetter faisant de mauvais choix, rencontrant de mauvaises personnes. Les enfants vont grandir entre Afrique et Paris, tantôt vénérant un père hors du commun, tantôt détestant cet homme qui les abandonne si souvent.

            L’auteur de Peirera prétend nous surprend encore une fois. Formidable conteur, ce dessinateur hors pair nous emmène dans une nature verdoyante, abondante et sauvage où vont grandir deux adolescents déboussolés et pourtant très vite amoureux des paysages qui les entourent. Cumulant les défauts, le père est à la fois agaçant et attachant. Peu fiable, alcoolique, fumeur, menteur, trompeur, violent, colérique, il aime ses enfants à sa manière mais fait passer son domaine avant eux. J’ai beaucoup aimé la fin qui appelle à faire preuve d’indulgence et de tolérance. Absolument pas manichéen, l’album (inspiré de la vie de l’auteur) met en valeur la particularité d’une famille pas plus mauvaise ni meilleure qu’une autre. Tout y est, le plaisir de la lecture pour un texte bien écrit, le plaisir des yeux devant des planches de toute beauté. Bravo Monsieur Gomont !

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30 mars 2019 6 30 /03 /mars /2019 10:38

Romain Gary s'en va-t-en guerre par Seksik

              Wilno, 1925. Roman Kacew vit seul avec sa mère Nina. Son père, Arieh, a déjà déserté le foyer familial, tombant amoureux d’une jeune Frida. L’espoir qu’il revienne au foyer n’a pas tout à fait quitté Roman et sa mère surtout qu’Arieh ne parvient pas à avouer à son fils que Frida est enceinte. Nina, même si elle s’avère toujours être la championne de la débrouillardise, a du mal à joindre financièrement les deux bouts dans ce ghetto de Wilno où l’antisémitisme prend de plus en plus d’ampleur. Roman rêve devenir fourreur, comme son père, car « n’était-ce pas le rôle des fils de réaliser les rêves des pères ?» 

            Mon tort a sans doute été de lire ce livre peu après la relecture de La Promesse de l’aube. Toujours est-il qu’après le brillant, le triomphal, le monumental, ce livre m’a paru bien plat ! J’ai franchement été déçue par les personnages qui avaient perdu toutes leurs saveurs depuis Gary, par le contexte qui finalement ne m’a pas appris grand-chose que je ne savais déjà (peut-être que l’antisémitisme est plus présent que dans l’autobiographie de Gary ?... et puis le demi-frère de Roman – mort à vingt ans - est évoqué quelques fois.) Heureusement, heureusement qu’il y a les trente dernières pages qui sauvent le tout : Roman surprend par hasard le couple Frida-Arieh, comprend aussitôt que la jeune femme est enceinte et que son père est au comble du bonheur. L’image de héros flamboyant qu’il s’était bâti s’effondre aussitôt et on comprend mieux le silence dont il entoure la présence puis l’absence du père dans ses écrits. S’ensuit un épilogue poignant qui décrit les quelques instants d’Arieh en 1943. Interrogé par un officier allemand qui a déjà participé au génocide de dizaines de milliers de Juifs dans la ville, il nous montre qu’il pense encore avec fierté de son fils devenu soldat français.

« On lui reprochait parfois de ne pas avoir des préoccupations de son âge. Mais quand on a connu l’exil à six mois, la séparation de ses parents et la mort d’un frère, l’enfance était une terre inconnue, un continent lointain. Si Nina voulait qu’il s’exprime autrement, elle n’avait qu’à lui faire lire des contes pour enfants au lieu de lui glisser dès ses huit ans des romans de Tolstoï, Dostoëvski et Flaubert. »

« Le garçon ne savait plus à qui se vouer maintenant que son père l’avait trahi, qu’il était le père d’un autre enfant, le mari d’une autre femme. Son père s’apparentait à un Golem, le plus froid des monstres avait pris ses traits. »

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 22:28

Résultat de recherche d'images pour "romain gary la promesse de l'aube folio"

           J’ai relu ce roman (que j’avais déjà lu... hum, peut-être deux, trois fois ?) parce que je voulais enfin visionner son adaptation cinématographique signée Éric Barbier.

           La mère du petit Romain met sur les épaules de son fils, dès son plus jeune âge, des poids déjà très lourds. Sommé d’être un héros, un général,  «Gabriele D'Annunzio,  Ambassadeur de France », elle lui fait tout essayer avec plus ou moins de succès : danse, violon, équitation, escrime, tir au pistolet, chant. Il jongle avec six balles. Entre l’enfance et l’adolescence, Romain connaît ses premières amours, ses grandes déceptions, tombe malade, séjourne brièvement en Italie ce qui entraînera la faillite du petit commerce de sa mère. Ils quittent la Russie puis la Pologne pour rejoindre Nice, destination tant convoitée par la mère. Dès lors, elle n’aura de cesse de lutter pour que son fils devienne un héros, démonstrative, grandiloquente, adoratrice. Lui fera tout pour lui plaire, la convaincre qu’elle avait raison.

           Même si je connaissais bien le roman, parfaitement certains passages, je me suis fait avoir, encore une fois, par le talent inégalable de Gary. Son écriture est absolument jouissive, parfait équilibre entre humour et délicatesse, entre finesse d’esprit et auto-dérision, entre mauvaise foi et sincérité. Même si le film remanie certains détails, s’il bouscule un peu la chronologie du livre, s’il cède inévitablement à quelques effets spectaculaires à l’image, il reste très fidèle à l’histoire de Gary et surtout à cette omniprésence de la mère, à la confiance aveugle et surpuissante en son fils, à cette abnégation filiale qui n’est qu’un cadeau empoisonné. J’ai trouvé Charlotte Gainsbourg plutôt convaincante dans ce rôle de mère exubérante et exclusive et Pierre Niney très juste. Malgré tous les sarcasmes de la plupart des critiques.

« tout ce que ma mère voulait, j’allais le lui donner. »

« j’avais toujours fait pour elle tout ce que j’ai pu. »

« On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. »

 

« Tous les jours, je me livre à des exercices d'assouplissement et deux fois par semaine, je fais de la course à pied. Je cours, je cours, oh, comme je cours! Je fais également de l'escrime, du tir à l'arc et au pistolet, du saut en hauteur, du saut de carpe, des poids et haltères, et je sais encore jongler avec trois balles. Évidemment, dans votre quarante-cinquième année, il est un peu naïf de croire à tout ce que votre mère vous a dit, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j'ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1932, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors, il n'y a pas lieu de se décourager. »

 

« Je mentirais aussi si je n'avouais pas que, malgré mes quatorze ans, je croyais encore un peu au merveilleux. Je croyais à la baguette magique et, en me risquant sur le court, je n'étais pas du tout sûr que quelque force entièrement juste et indulgente n'allait pas intervenir en notre faveur, qu'une main toute-puissante et invisible n'allait pas guider ma raquette et que les balles n'allaient pas obéir à son ordre mystérieux. Ce ne fut pas le cas. Je suis obligé de reconnaître que cette défaillance du miracle a laissé en moi une marque profonde, au point que j'en viens parfois à me demander si l'histoire du Chat botté n'a pas été inventée de toutes pièces, et si les souris venaient vraiment, la nuit, coudre les boutons sur le surtout du tailleur de Gloucester. Bref, à quarante-quatre ans, je commence à me poser certaines questions. Mais j'ai beaucoup vécu et il ne faut pas prêter trop d'attention à mes défaillances passagères. »

 

« Je sentis qu’il fallait me dépêcher, qu’il me fallait en toute hâte écrire le chef-d’œuvre immortel, lequel, en faisant de moi le plus jeune Tolstoï de tous les temps, me permettrait d’apporter immédiatement à ma mère la récompense de ses peines et le couronnement de sa vie. »

 

« je ne faisais que m’incliner devant son rêve, devant ce qui était son unique raison de vivre et de lutter. »

   

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 19:54

Résultat de recherche d'images pour "Idéal standard d’Aude Picault"

              Claire, une infirmière travaillant dans un service de néonatologie, multiplie les liaisons éphémères, désespérant de trouver le « bon ». A plus de trente ans, elle aimerait fonder une famille. Alors qu’elle pense vraiment avoir mis une croix sur la gente masculine, un certain Franck insiste et, finalement, les deux se retrouvent rapidement en couple. Plutôt heureuse, Claire fait des concessions devant son compagnon plutôt mesquin, individualiste et nombriliste. Les années passent jusqu’au jour où, par accident, Claire tombe enceinte et remet son couple en question.

             Cette BD se lit bien et, malgré ses 149 pages, se dévore avec plaisir. L’autrice (une femme, je pense qu’il n’en aurait pu être autrement, … hélas !) traite assez bien de cette difficulté à associer liberté personnelle et vie de couple/ vie de famille. C’est une jolie leçon de vie qu’elle nous offre : il vaut mieux « ne plus être en attente », être en accord avec soi-même qu’être mal accompagnée. Evidemment, c’est une évidence, mais ça fait du bien de se l’entendre dire encore une fois par le biais de cette histoire de vie gentillette, assez drôle et bien sympathique. Le problème de l’âge n’est pas vraiment résolu à la fin (on a beau ne pas se montrer pressée, l’horloge biologique ne connaît pas le bouton « Veille »). Qu'il est difficile d'être femme quand même - je me le dis tous les jours… Quelques inévitables clichés (le type paresseux, la femme qui veut tout contrôler) côtoient des personnages plutôt attachants (la mère de Claire et son beau « Jamais je n’aurais osé faire ce que tu fais » ; le père d’un petit prématuré qui aide avec délicatesse sa femme à accepter de toucher le bébé si fragile). Les dessins pastel, doux, tout en rondeur et en simplicité font de cette lecture une jolie découverte bien agréable.

Résultat de recherche d'images pour "Idéal standard d’Aude Picault"

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