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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 18:08

Résultat de recherche d'images pour "italo calvino marcovaldo ou les saisons blog"

           Dans ce recueil de nouvelles toutes liées les unes aux autres par ce personnage, Marcovaldo, nous suivons un homme italien très pauvre, un manœuvre, père de six enfants, citadin bien malgré lui. Les saisons défilent et Marcovaldo tente de vivre ou plutôt de survivre dans cet environnement urbain très clos, souvent hostile et presque oppressant. Il vit d’un boulot mal payé, de petits expédients, de procédés assez louches, d’expériences maladroites et de quêtes un peu vaines. Capable de suivre un chat pendant des heures, il s’extasie aussi devant quelques champignons surgis de nulle part, un troupeau de vaches exceptionnellement passée en ville, la gamelle d’un autre ou encore un brouillard à couper au couteau.

         Je suis en admiration devant le travail d’Italo Calvino depuis des années et, plus j’en lis, plus cet engouement se confirme. Le ton burlesque est ici clairement assumé, notre Marcovaldo en digne descendant de Charlot, brave les intempéries de la vie avec un flegme attachant. Ces courts récits d’une troublante beauté attirent l’attention sur les petits riens de la vie en ville : un néon publicitaire, des échantillons dans une boîte aux lettres, un pigeon, un banc public, un mois d’août déserté par les citadins… Entre la délicatesse d’un Francis Ponge et l’humanité d’Alice Ferney dans Grâce et dénuement, l’auteur nous amène très vite à nous attacher à ce picaro si drôle et si touchant. On pourrait consacrer plusieurs pages à chacune des nouvelles où la satire de la ville et son existence « post-industrielle » absurde rendent idyllique l’image de la campagne. Le paradis est perdu et on ne le retrouvera jamais, et il faut vivre avec cette idée. COUP DE CŒUR !

« C'était en un temps où les aliments les plus simples recelaient des menaces insidieuses et relevaient de la fraude. Il n'était pas de jour où le journal ne révélait des choses épouvantables à propos du panier de la ménagère : le fromage était fait de matière plastique ; le beurre, avec des bougies ; dans les fruits et légumes, le taux d'arsenic des insecticides était plus élevé que celui des vitamines ; les poulets étaient engraissés avec certaines pilules synthétiques qui pouvaient transformer en poulet ceux qui en mangeaient une cuisse. Le poisson frais avait été pêché l'année précédente en Islande, et on lui maquillait les yeux pour qu'il parût de la veille. Une souris, dont on ne savait pas si elle était vivante ou morte, avait été découverte dans un bidon de lait. Des bouteilles d'huile ne coulait point le suc doré des olives, mais de la graisse de vieux mulets opportunément filtrée. »

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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 12:12

Résultat de recherche d'images pour "My absolute darling de Gabriel Tallent blog"

                  Julia, surnommée Turtle, vit seule avec Martin, son père, dans une maison isolée dans la forêt. Martin est un homme intelligent, cultivé, fort et toutefois sauvage, fou, barbare, possessif, imprévisible. Il a appris à sa fille à manier les armes à feu et à survivre dans la nature. Une relation incestueuse entre père et fille crée, aussi dingue que ça puisse sembler, un certain équilibre où l’un ne peut fonctionner sans l’autre. Pourtant, Turtle va être livrée à elle-même pendant quelques semaines, temps où elle apprendra à côtoyer d’autres personnes, son professeur, deux lycéens et leur famille respective, où elle apprendra à se défaire de l’emprise paternelle. Martin reviendra accompagné d’une petite fille trouvée ; jalouse, Turtle sera partagée entre le soulagement de revoir son père et l’effroi devant son attitude avec la petite Cayenne. Pour se sortir d’une situation embourbée et plus que malsaine, Turtle comprend vite qu’elle n’a plus qu’une seule solution.

                D’emblée, je dois dire que je n’ai pas ressenti l’enthousiasme de la plupart des lecteurs et je ne ferai pas un coup de cœur de cette lecture. Cette gamine qui trimballe et nettoie constamment ses armes m’a fait froid dans le dos, ce qui n’est rien par rapport à la nausée que j’ai pu éprouvée pour certains passages. Et que dire des dialogues où « Putain » et « connasse » deviennent une rengaine un peu trop familière. Pourtant, ce roman est assez exceptionnel, j’en conviens. Récit d’apprentissage pour une fille dont les racines sont corrompues, dont les repères sont complètement faussés, pour qui amour rime avec violence. Que faire d’un être tellement adoré et tellement haï à la fois, celui qu’on aime plus que tout au monde, celui qui nous a tout appris et aussi celui qui nous détruit ? Dans une nature foisonnante, insolente, envahissante et totalement indifférente à la bestialité de l’homme, celle que son père appelle « Croquette »  sait se débrouiller sans problème mais les relations humaines sont un vaste champ à peine exploré où elle titube, maltraitée par les recommandations et les conseils de Martin. La surenchère de violence, le manque de crédibilité de certains passages m’ont amené à tourner la dernière page avec un franc soulagement. Je ne suis pas contrariée d’avoir lu ce livre (qui m’a fait penser à Hunger games et au sublime Dans la forêt) mais les envies de vomir ne sont pas forcément ce que je recherche. Sans connaître le pays d’origine du romancier, on peut aisément deviner que les actions à foison et le « spectaculaire » sont dignes d’un Américain. Bon, vous l’aurez compris, la balance penche dangereusement vers le Négatif pour ce roman coup de poing qui en a séduit plus d’un (mais pas tous, pas tous !)

Le père : « Tu as manqué de choses, je n’ai pas su te donner tout, mais tu toujours été aimée, Croquette, profondément et inconditionnellement. Et je ferai plus pour toi que ce j’ai u faire jusqu’à présent. Tu seras meilleure et bien davantage que moi. Ne l’oublie jamais. »

Turtle a fugué : « Elle pense, Je l’aime, je l’aime si foutument fort mais, mais laisse-moi prendre un peu le large. Qu’il vienne à ma poursuite. Et on verra bien e qu’il fera, pas vrai ? On joue à un jeu, et je pense qu’il le sait bien ; je le déteste pour quelque chose, quelque chose qu’il fait, il va trop loin et je le déteste, mais je me montre incertaine dans ma haine ; coupable, pleine de doutes et de haine envier moi-même, presque trop pour réussir à le lui reprocher ; c’est moi, ça, une foutue pouffiasse ; […] »

« Au moins tu as ça : tu t’as toi-même, tu peux faire ce que tu veux de toi-même, Turtle. »

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1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 17:36

Résultat de recherche d'images pour "l'homme gribouillé lehman"

           Dans la famille Singer, il n’y a que des femmes. La grand-mère excentrique, Maud, est une célèbre autrice de livres pour enfants, sa fille Betty connaît de mystérieuses crises d’aphasie et élève tant bien que mal Clara, son ado de fille. Cette dernière connaît la frayeur de sa vie, un soir, lorsque, seule chez elle, un individu masqué, recouvert de plumes de corbeaux, débarque en réclamant un paquet que Maud aurait dû lui remettre. La grand-mère n’est plus capable de répondre aux questions, elle est hospitalisée pour un AVC. Commence alors une longue quête pour Betty qui part à la recherche de ses origines, sur les traces de ses ancêtres et sur le lien indéfectible qui unit les femmes de la famille Singer.

          Même si j’ai aimé cette lecture, ce n’était pas le coup de cœur espéré. Trop de fantastique sans doute. On se laisse tout de même facilement emporter par cette histoire énigmatique où il est question de géant, d’homme-corbeau qui parle aux animaux, de femmes qui doivent chanter tous les trente ans pour contrer un sortilège, de glissement de terrain inexplicable. Mais quelques ombres d’incohérence m’ont laissée perplexe… je n’étais peut-être pas le public idéal pour ce polar fantastique qui tend vers la légende par ses évocations oniriques. Quant au dessin, rien à redire, puissance et précision sont au rendez-vous, rien qu’à voir Paris sous cette pluie torrentielle et maléfique ou la peur dans les yeux de Clara et de Betty dans les planches finales.

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 15:18

 

Résultat de recherche d'images pour "Tu me plais de Jacques Expert"

              J’avais envie d’essayer l’univers de cet écrivain qui est aussi journaliste et directeur de RTL. Sa tête me disait quelque chose sans pouvoir mettre un nom dessus (je vois mieux qui est sa femme).

            Un tueur en série rôde à Paris. Avec son enfance boiteuse, Vincent a développé une pulsion destructrice : attiré par les jolis cous blancs des jeunes femmes, il les égorge. Beau mec, il séduit sans mal ses proies. La dernière en date s’appelle Stéphanie et se trouve assise juste en face de Vincent dans le métro. Elle a un petit copain mais le charme de Vincent, son sourire et ses belles paroles font mouche. Rajoutons à cela qu’il la « sauve » d’un type vulgaire et menaçant, bref, l’homme idéal dont elle pense déjà être tombée amoureuse. Alors qu’elle ne rêve que de baisers langoureux, Vincent souhaite plus que tout trouver un endroit sombre et l’égorger. La police détient un portrait-robot du tueur, le père de Stéphanie a eu l’idée de partir à sa rencontre, le petit ami de la jeune fille traverse Paris pour la retrouver… Des éléments en faveur et en défaveur de l’assassin se combattent pour arriver finalement à … ?

           Je cherchais une lecture facile et divertissante. Ce polar a parfaitement rempli sa mission en plus de me rendre complètement addict à ce presque huis clos. La tension monte, on redoute le pire, l’auteur s’amuse à analyser les petits riens qui chamboulent une destinée. Un pass Navigo qui ne fonctionne pas, un chien qui réussit à s’échapper, un conducteur de métro négligent… Efficace et rythmé, le roman nous démontre qu’il faut vraiment se méfier des jolis petits gars trop aimables …

            Pas de citation, j’ai lu trop vite pour m’arrêter !

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25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 13:01

Résultat de recherche d'images pour "grondahal quelle n'est pas ma joie"

              Ellinor, à 70 ans, vient d’enterrer son mari. Triste, elle s’adresse à Anna, son amie morte sous une avalanche 40 ans auparavant. Ce qu’il faut savoir, c’est que Henning, le premier mari d’Ellinor est mort dans le même accident et, qu’une fois veuve, Ellinor a fini par épouser Georg, le mari d’Anna. La femme peut donc s’adresser ainsi à sa meilleure amie « Voilà, ton mari est mort lui aussi, Anna. Ton mari, notre mari. » Avec une infinie tendresse, Ellinor revient sur son passé, sur ces deux couples qui étaient amis… sur le secret qui finalement n’a plus tellement d’importance : Henning et Anna étaient amants. Toute sa vie, Ellinor a pris la place d’une autre, a élevé des enfants qui n’étaient pas les siens, a occupé une maison qui ne lui appartenait pas… Au crépuscule de sa vie, elle prend les voiles, s’affranchit ainsi d’un joug qui pourtant ne paraissait pas lui peser autre mesure, trouve peut-être dans la solitude des réponses.

            Ce fut ma 3ème découverte de l’auteur danois et la qualité est encore une fois au rendez-vous ! Si, d’apparence, les fils de l’intrigue ressemblent à une comédie de boulevard, c’est sans compter la délicatesse de Grøndahl. En fin psychologue, il délie l’histoire d’Ellinor, cette femme née pauvre et « bâtarde » parce que sa mère, en temps de guerre, avait couché avec un Allemand. Ce discours à l’absente devient nécessaire car seule Anna peut comprendre, seule la meilleure amie et la première femme de Georg peut entendre ces paroles d’épouse éplorée. Sans rancune ni haine, sans reproches ni atermoiements, la vieille dame va s’avancer dans le petit bout de vie qui lui reste, peut-être plus sûre qu’elle ne l’a jamais été. Cette femme qui reprend sa liberté à 70 ans force le respect et l’admiration. A travers l’histoire d’une vie, de plusieurs existences entremêlées, Grøndahl  nous amène à réfléchir sur la mort, l’amitié et l’amour, avec cette belle mélancolie qui lui est propre. C’est à la fois doux et ouaté, élégant et triste. Un très très beau petit roman, qui n’est « petit » que par le nombre de ses pages.

« On a l’habitude que la réalité ne renvoie que ce que l’on pense et ressent. La mort enferme les vivants à l’intérieur d’eux-mêmes, en fin de compte, la réalité est notre ennemie. »

« L’amour était là. Ne l’est-il plus ? Si, il ne meurt pas avec la personne, mais pendant combien de temps peut-il flotter ainsi, tout seul, dans le salon vide, au milieu des grains de poussière dans un rayon de soleil ? A quel moment le souvenir d’un sentiment cesse-t-il d’être le sentiment lui-même ? »

« Les mots s’adressent toujours à quelqu’un. Sinon ils restent dans le dictionnaire à attendre qu’il cesse de pleuvoir. On a le droit de s’en saisir à condition de les retransmettre tout de suite. On ne peut pas les garder pour soi, là, ils sont insignifiants. »

 

Les Portes de Fer   - Les complémentaires

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 20:50

 

 

 


         Kiki est née Alice Prin, en 1901, en province. Malaimée et abandonnée par sa mère, elle est élevée par une grand-mère qui l’adore et lui permet tout. Audacieuse et insolente, Alice rejoint Paris à 12 ans déjà, avec une bouteille de pinard sous le bras ( !) Enchaînant les petits boulots qu’elle ne garde jamais longtemps, elle se retrouve à poser nue pour des artistes avant de rencontrer son premier amour, un peintre polonais. Côtoyant Desnos, Foujita (je ne connaissais pas, jolie découverte !), Modigliani, plus tard Éluard, Tzara, Picabia… elle rencontre le grand amour de sa vie : Man Ray qui va faire d’elle sa muse et son égérie. Quelques années plus tard, elle sera danseuse et chanteuse pour gagner sa vie, toujours avec le sourire. Après une existence fastueuse, clinquante et entourée, Kiki finira sa vie sous le signe de la déchéance, du laisser-aller et de la solitude.

          Il est vrai que je ne suis certainement pas objective : j’apprécie tout ce que fait Catel parce que j’aime ses choix féministes (Ainsi soit Benoîte Groult) mais personne ne me fera croire qu’on s’ennuie avec cette grosse BD  aussi pleine et ronde que les fesses de Kiki ! L’histoire de cette vie m’a passionnée même si je n’arrive pas à m’identifier à la femme (eh  non, je ne suis pas du genre à montrer mes seins à un parfait inconnu). Elle force le respect par sa joie de vivre, sa liberté, l’absence de filtres et de freins qu’elle accorde à son existence légère et heureuse. Insouciante et provocatrice, Kiki renverse les barrières, bouscule les préjugés, défait les codes et les convenances. Heureusement qu’il existe des femmes comme elle qui font avancer, certes doucement, mais avancer tout de même, les mentalités et les mœurs. Au-delà de ce portrait exceptionnel, cette chronique du début du XXème siècle est absolument jouissive. La Rotonde, les chapeaux cloche (et les femmes devaient d’ailleurs porter un chapeau pour pouvoir s’asseoir dans la salle de La Rotonde), le Montmartre des années 20, l’effervescence artistique parisienne sont parfaitement retranscrits dans cet album. A lire !

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 20:20

Résultat de recherche d'images pour "Les huit montagnes de Paolo Cognetti livre audio"

          Pietro a 11 ans et vient de Milan. Même si son père est un adepte de la randonnée en haute montagne, c’est un garçon de son âge, Bruno, qui va l’initier aux sentiers abrupts, aux forêts et à cette nature sauvage et âpre. Les vacances prennent une saveur d’aventure qui va marquer à jamais Pietro. Les années passent, les garçons se perdent de vue et se retrouvent. Ils finissent par se rendre compte qu’à part quelques femmes, il n’y eut dans leur vie que l’autre, ce cher ami, compagnon d’aventure.

           Je ne peux trop raconter, je ne veux trop raconter, c’est un livre à découvrir par soi-même. Nature, sauvage, brut, contemplatif, authentique, il se laisse apprivoiser et apprécier dans la durée. On se pose, on observe, on attend, on respire, on vit doucement au rythme des saisons. C’est un roman qui se relit facilement, d’ailleurs il tourne encore dans le lecteur de ma voiture. De petites bribes éparses qu’il fait bon réentendre pour se rappeler l’essentiel et ralentir.

           C’est l’aimable Sylire qui m’avait soufflé cette idée de livre audio - on sent la spécialiste en la matière - et je la remercie pour ce précieux conseil. Et, comble de bonheur, c’est Emmanuel Dekoninck qui lit… j’avoue qu’il restera toujours pour moi la voix de Lisbeth Salander lorsqu’il avait si bien mis en bouche Millenium.

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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 12:21

Résultat de recherche d'images pour "Par le vent pleuré de Ron Rash"

Après Un pied au paradis et Le chant de la Tamassee, je continue ma découverte de cet auteur américain (qui, je viens de le découvrir, est né le même jour que moi… pas la même année !)

                Eugene et Bill sont deux frères adolescents qui ne se quittent que rarement. Bill, l’aîné, est promis à une grande carrière de chirurgien car tout lui réussit et que son tyran de grand-père en a décidé ainsi. Eugene est celui qui suit laborieusement le grand frère. Dans cette région perdue des Appalaches, une partie pêche va être interrompue par la vision d’une jolie jeune femme se baignant nue dans la rivière. Cette Ligeia, débarquée de Floride, va non seulement apporter du piment dans la vie des deux frères mais elle va aussi les initier à l’alcool, à la drogue et au sexe. Eugene, pour la première fois, prend le dessus sur son frère puisqu’elle est le préféré de la belle « sirène », prêt à tout pour la satisfaire, même à piocher dans la pharmacie de leur grand-père pour lui fournir des médicaments. Quarante-six ans plus tard, on retrouve Bill, chirurgien renommé, heureux père de famille, dévoué et apprécié, et son frère devenu alcoolique et détesté de son unique fille. Un fait divers les réunit un court moment : on a retrouvé des ossement ayant appartenu à Ligeia sur la rive de la rivière de leur adolescence. La jeune femme aurait été assassinée. Eugene soupçonne son très vertueux frère mais l’affaire est plus compliquée qu’il ne semble…

                Dans ce très beau roman, Ron Rash nous offre une vision intéressante du bien affrontant le mal mais également une réflexion sur l’adolescence, la fraternité et la notion de culpabilité. J’ai beaucoup aimé cette lecture dont la tension monte progressivement autour de cette fille-tentatrice pour finalement surprendre le lecteur (je croyais avoir tout compris dès le départ, eh ben non !) Une mise en abyme et des références littéraires (Ron Rash est apparemment fan de Tom Wolfe)   mais aussi une plongée dans l’univers hippie de la fin des années 60 apportent encore de petits agréments supplémentaires. Rien à redire, les thèmes de l’auteur explosent ici encore : un passé sombre, la nature témoin de la folie des hommes, un drame à élucider… c’est du très bon Ron Rash !

Ligeia : « lorsque nous sommes arrivés au bassin elle était sur la rive opposée. Ses bras étaient langoureusement posés sur le rocher plat, la tête et les épaules hors de l’eau, le haut du bikini vert au ras de la surface. Sa longue chevelure rousse  mettait en valeur ses yeux bleu-vert et son teint parfait. »

La mère de Bill et Eugene, avant de mourir : « C’est là que les romans se trompent si souvent, se trompent sciemment, a-t-elle remarqué lorsqu’elle a rouvert les yeux. On fait certains choix et l’on s’éteint sans avoir jamais pu vérifier s’ils étaient bons ou mauvais. »


 

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 18:11

                                           

            Comme son titre l’indique, l’auteur de cette petite BD nous emmène dans une librairie où l’impossible devient possible, les livres ne sont plus seulement là pour raconter des histoires mais ils deviennent utiles, facétieux et finalement presque humains !  En vrac : l’art d’emballer les livres (en croûte, en tricot, en panure, en chapeau, dans un gant, …) ; les livres à lire à deux (« le volume du haut et le volume du bas, chacun contient la moitié du texte ») ; le chien bouquiniste (toujours « équipé d’un livre de poche pour divertir le rescapé en attendant les secours ») ; le tour du monde en biblio-capsule (en même temps que la lecture, on profite des paysages rencontrés en direct !), j’en passe et des meilleurs.

                C’est si mignon, so cute, so süß ! On fond devant un tel amour pour les livres, on compatit à ce grand bonheur, on s’extasie devant l’inventivité de l’auteur ! Ma fille, comme moi, est devenue fan, et  le petit fascicule est devenu celui qu’on emporte partout. Je n’ai pas été emballée dès les premières pages, j’ai trouvé ça un peu naïf et simplet (c’est japonais, hein…) mais la mayonnaise a pris très vite, on adore lire au clair de lune parce que c’est seulement ainsi que l’encre spéciale apparaît, on s’attacherait vite au « robot assistant de lecture » qui nous bouche les oreilles quand il y a trop de bruit, qui discute avec nous de nos lectures ou qui sert de marque-pages… Et s’il fallait rester terre-à-terre, j’emporterais à moi ce petit libraire qui répond à toutes les demandes par son « Ceux-ci, pas exemple, pourraient vous intéresser… » en déposant deux, trois piles sur son comptoir. Jouissif pour tous ceux qui aiment tant les livres !

(photos pourries mais je ne pouvais plus supporter de voir le bandeau avec Nothomb… !)

 

 

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 16:44

Résultat de recherche d'images pour "La daronne d’Hannelore Cayre"

Depuis le temps que je voulais lire ce roman !...

           Patience Portefeux, la cinquantaine, a vécu une enfance bien particulière entre un père tortionnaire et malhonnête et une mère superficielle, oisive et froide. Aujourd’hui, elle trime en tant qu’interprète pour le ministère de la justice : elle traduit de l’arabe au français les dialogues des dealers de drogue. Elle n’a que deux filles trop éloignées et une mère à moitié folle parquée dans un EPHAD. Elle s’ennuie donc terriblement jusqu’au jour où une livraison rate et qu’elle saisit cette occasion pour ramasser quelques kilos de cannabis. Elle se transforme alors en revendeuse, prend le pseudo de La Daronne et joue sur plusieurs tableaux entre son métier de traductrice irréprochable, son copain de flic et ses trafics plus que répréhensibles.

           Comme tout roman qu’on voit partout pendant des mois, dont on lit beaucoup de bien sur la plupart des blogs, j’en attendais beaucoup. Je n’ai pas été véritablement déçue, je me suis bien plu en cette compagnie mafieuse et rebelle, j’ai beaucoup souri mais ce ne fut pas l’uppercut attendu. J’aime ce style cynique, cet esprit indocile à la Benacquista, cette irrévérence qui fait mouche, cette vision lucide d’une société qui déconne ; et justement, j’aurais souhaité en lire plus. Pourquoi avais-je l’impression que c’était un gros pavé alors qu’il ne fait même pas 200 pages ? Bref, lecture très agréable qui aurait pu être étoffée.

 

« Je ne dis pas que j’ai vécu comme une nonne pendant vingt ans, mais ma vie sexuelle se bornait à des rencontres d’un soir, toujours avec des avocats pénalistes par essence narcissiques, menteurs, coureurs et infidèles… et je parle d’un temps où ils me plaçaient encore dans la catégorie Milf – mother I’d like to fuck . Parce qu’une fois la quarantaine passée, c’était fini. »

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