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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 12:03

 

Résultat de recherche d'images pour "Rivière tremblante d’Andrée A. Michaud"

                  En 1979, Mike a douze ans et il joue avec sa meilleure amie, Marnie, dans un petit bois où les enfants avaient l’habitude de s’inventer des histoires. Brutalement, Michael disparaît après avoir fait d’étranges signes à son amie. Parce qu’elle tenait tant à son compagnon, parce qu’on l’a traitée de sorcière, l’accusant à tort évidemment de la disparition, Marnie ne s’en remettra jamais vraiment. Après avoir fui à travers le monde, elle reviendra au village de Rivière-aux-Trembles à la mort de son père, trente ans plus tard.

                Bill Richard est également un homme en souffrance. Il a perdu sa fille, Billie, disparue elle aussi sans laisser ni trace, ni coupable. Trois ans plus tard, séparé de sa femme, il quitte la ville pour se réfugier dans ce même village de Rivière-aux-Trembles… où une tragédie survient, encore une fois, non loin de là où Mike a été vu pour la dernière fois. Bill et Marnie, ces deux âmes meurtries que pourtant tout accuse,  vont-elles se rencontrer ?

                 L’histoire (les deux histoires en fait) est absolument glaçante et éprouvante à lire, surtout quand on a soi-même des enfants. Tout n’est que tension, suspense et noirceur. Les personnages sont à la fois attachants et repoussants parce que tellement empêtrés dans leur malheur qu’on a envie de les fuir. En quatrième de couverture, l’appellation de « roman noir très littéraire » m’a fait sourire mais ce n’est pas erroné : l’autrice se distingue par son style flamboyant, ses phrases très bien écrites comportant souvent une petite part de parler local québécois absolument délicieux ! J’ai beaucoup aimé cette lecture cependant ternie par quelques longueurs qui n’ont fait qu’accentuer la lourdeur de l’intrigue macabre et oppressante. Je reviendrai lire cette autrice mais à dose modérée, il faut vraiment avoir le moral pour entrer dans ce village.

 

L’incipit : «  La nuit tombait sur Rivière-aux-Trembles. Dans le cimetière planté d’érables, mon père dormait dans le brouillard soulevé par le redoux des derniers jours, au terme duquel février couvrirait de nouveau le sol d’une couche de glace où se figeraient les cailloux et les bouts de branches sectionnés par le gel. Derrière le cimetière, sur la colline des Loups, stagnait un nuage dont la densité laissait croire qu’il pleuvait sur la colline, seulement là, au milieu des sapins noirs. Les derniers oiseaux du jour finissant lançaient des notes solitaires dans l’air saturé de silence, et moi, je demeurais immobile, à me demander que faire de cette sombre beauté coincée entre la mort et la proche obscurité. »

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 21:38

Résultat de recherche d'images pour "L’Arbre-Monde  Richard Powers cherche midi"

           Dans une première partie intitulée « Racines », nous faisons la connaissance des neufs personnages principaux, tous associés de près ou de loin aux arbres et à la nature. Nicholas Hoel est le descendant d’une famille dont l’homme prenait systématiquement en photo un châtaigner grand, beau et résistant du domaine. Adam déjà enfant, adorait étudier les fourmis. Un couple se promet de planter un arbre à chaque anniversaire de mariage. Un banian de trois cents amortit la chute d’un rescapé d’un crash qui passera sa vie à replanter des arbres… Olivia, elle, ne laisse aucune place pour la nature dans sa vie, en tant que jeune adulte, elle se morfond dans la drogue et la solitude jusqu’au jour où elle s’électrocute.

         Dans le grand chapitre nommé « Tronc », nous retrouvons les personnages et certains se rencontrent pour ne plus se quitter ; d’autres vivent pleinement leurs convictions écologistes. La plupart vont organiser une sorte de putsch écolo qui va mettre en danger leur vie mais également dissoudre ce groupe.

       « Cime » raccompagne nos personnages dans une vie plus ordinaire même s’ils gardent de loin ou de près cet amour des arbres dans leur existence. « Graine » pense à l’après et cueille les personnages à la fin de leur vie.

 

          Bon sang, qu’il m’en a fallu du temps pour lire ce livre de 530 pages ! Quel roman tout à fait original et marquant ! Je commence par le négatif : c’était trop long et certains passages m’ont complètement perdue, notamment dans la 2è moitié. Certaines invraisemblances aussi m’ont dérangée. Je dirais qu’il faut mettre de côté tous ces inconforts parce que le roman mérite vraiment d’être lu pour son souffle écologique. Le moment-clé du livre est peut-être celui où Nick et Olivia ont élu domicile dans la canopée d’un séquoia géant nommé Mimas d’abord pour le protéger (éviter qu’on l’abatte) et au bout de quelques semaines, pour y vivre les plus doux moments. La place que prend l’arbre dans nos sociétés est totalement négligée et sous-estimée. Alors que les arbres sont présentés ici comme des êtres vivants qui communiquent, qui se protègent l’un l’autre, qui savent se montrer sociables. On ressort de cette lecture d’abord réconfortés d’être entourés de ces êtres rassurants et protecteurs mais également horrifiés par l’abattage massif que dénonce le livre. Ce sont surtout les arbres les plus anciens qu’il faudrait sauvegarder. La suprématie de l'homme en prend un coup également, son hypothétique surpuissance est réduite en miettes très justement, en quelques pages.  Je regrette tout à fait sincèrement de ne pas mieux connaître les végétaux qui nous entourent mais, ce qui est certain, c’est que je ne regarde plus un arbre de la même manière depuis ce roman !

 « L’espèce humaine est profondément malade. Elle n’en a plus pour longtemps. C’était une expérience aberrante. Bientôt le monde sera rendu aux intelligences saines, les intelligences collectives. Les colonies et les ruches. »

« Si vous avez un jeune arbre à la main quand le Messie viendra, plantez d’abord cet arbre avant d’accueillir le Messie. »

« La sagesse humaine compte moins que le chatoiement des hêtres dans la brise. »

« Les forêts se réparent et se refaçonnent par des synapses souterraines. Et en se façonnant, elles façonnent aussi les dizaines de milliers d’autres créatures interdépendantes qui du dedans forment la forêt. Peut-être devrait-on concevoir les forêts comme des super-arbres souterrains, énormes, proliférants, arborescents. »

« Un pour cent des forêts mondiales disparaît tous les dix ans. Et tous les ans une zone plus grande que le Connecticut. »

 

 

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 20:43

Résultat de recherche d'images pour "mila l'écorchée audiolib"

Découvert en livre audio.

               Mila Vasquez travaille désormais aux Limbes, un département spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Lorsqu’on découvre que le coupable d’un crime sordide est l’un de ces mystérieux disparus surgi de l’ombre des années après sa disparition, Mila est sollicitée. Mais Mila n’est pas comme les autres, c’est elle qui a résolu l’enquête du Chuchoteur sept ans auparavant… c’est elle qui n’éprouve aucun sentiment autre que le besoin de se faire physiquement souffrir… c’est elle qui a une fille dont elle est incapable de s’occuper. De crimes macabres en course-poursuite dans un océan de déchets, Mila va s’associer à Berish, "l'homme à qui vous avez envie de parler".

              Pour la petite histoire, j’avais lu Le Chuchoteur en 2011, considéré comme le tome 1 précédant L’Écorchée et cette lecture m’a valu un arrêt de plusieurs mois de la lecture des polars, j’avais été complètement écœurée par les atrocités faites aux enfants. Ce coup-ci, j’ai moins été traumatisée mais j’ai compris que cette atmosphère délétère et moribonde n’était pas ma tasse de thé ! Il faut cependant admettre que l’intrigue est bien ficelée, que l’atmosphère, dans toute sa noirceur, est absolument harmonieuse de cohérence et que le suspens est omniprésent. On est à la fois très attiré par Mila qui parvient tout aussi bien à nous répugner. A noter : l’excellente prestation du lecteur Antoine Tomé qui interprète parfaitement tous les personnages.

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4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 16:50

Résultat de recherche d'images pour "BD planete BD C’est aujourd’hui que je vous aime de François Morel & Pascal Rabaté"

Avec de tels auteurs, je ne pouvais qu’être appâtée !

              Le personnage principal, qui n’est autre que François Morel ado, est amoureux. D’Isabelle Samain. Cette fille qui l’ignore le hante jour et nuit. Il se met à faire du tennis comme elle, à nager parce qu’elle va souvent à la piscine. Il la suit, la vénère, l’épie, la guette, l’admire, l'adule. Se convainc de lui parler, il écoute les copains et essaye de faire de l’humour ; et puis échoue à chaque fois. Il se maudit d’être aussi pleutre et timide, se détend en appelant la boucherie du quartier en faisant des blagues de potache. Il grave son nom sur l’abribus, tente très brièvement de mettre fin à ses jours quand il voit Isabelle avec un autre garçon. Il est obsédé par le sexe et par la « première fois » parce qu’il n’a pas encore franchi le cap. Et puis, un jour enfin, Isabelle s’intéresse à lui…

               Je ne suis ni dans sa tête ni dans son corps mais je sens bien pour mon fils de 13 ans qu’une révolution s’opère en lui, entre les hormones qui déferlent, le changement de voix, les relations de plus en plus ambiguës avec les filles, c’est une période compliquée. Cet album a donc beaucoup résonné et m’a rappelé des souvenirs également. L’amour -à l’adolescence surtout- prend vite des allures d’obsession, de monomanie, de montagne à dimension hyperbolique. François Morel traite le sujet avec simplicité, humour mais aussi beaucoup de tendresse et de délicatesse. Rabaté nous plonge complètement dans ces années Giscard avec ses couleurs rétro te dédouble très justement ce personnage en proie au mal-être, entortillé dans un corps en mutation. Une jolie adaptation d’un récit autobiographique de François Morel.

Résultat de recherche d'images pour "BD planete BD C’est aujourd’hui que je vous aime de François Morel & Pascal Rabaté"

 

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 15:59

La petite et le vieux par Lavoie

                 La petite Hélène, 10 ans, vite avec ses parents et ses trois sœurs dans un quartier assez misérable, au Québec. Elle se fait appeler Joe, souhaitant ressembler à un garçon comme son héroïne de dessin animé, Lady Oscar. Pour gagner quelques sous, elle se lève avant le soleil pour distribuer des journaux… jusqu’au jour où elle se fait agresser, sauvée par ce vieux monsieur, un voisin étrange, M. Roger. Elle va ensuite faire la serveuse lors de soirées de loto bingo. Elle garnit souvent le portefeuille de sa mère en douce. Tiraillée entre la fiction, ses désirs d’aventure et la réalité parfois bien morose, Joe va grandir en essayant de faire de son mieux. Courageuse, rêveuse, pétrie de bonnes intentions, ingénue, elle va se laisse porter par les événements du quartier, à peine guidée par M. Roger, ses rares paroles et son roman préféré, Le Vieil homme et la mer.

                   Quel bouquin formidable ! Si ce roman d’apprentissage a pour fil directeur la figure de Lady Oscar, il est surtout empreint d’une tendresse incroyable pour ses personnages. La petite Joe titube dans cette vie au bonheur si fragile, elle croise des êtres qui parfois ne vivent pas très longtemps, elle se confronte à la brusquerie de certains, à l’affection maladroite des autres. Ce père professeur alcoolique qui tente de mener sa barque très gauchement, cette mère autoritaire capable de pardonner tout de même une insolence à l’école, ce M. Roger et ses jurons typiquement québécois qui veille de loin sur la petite fille. C’est bourré d’émotions, tantôt drôle, tantôt légèrement corrosif sans jamais être méchant ; l’écriture,  parfaitement maîtrisée, distille savamment ces mots fleuris venus des « cousins », et nous emmène dans cet univers parfois digne des Misérables. De nombreux passages ont illuminé mes journées d’hiver. Dignité, endurance, bienveillance, force et ténacité.

                Joualvaire, que j’ai aimé !

C’est  ma copine Tiphanie qui m’a fait découvrir ce roman, je la remercie beaucoup ! Aifelle, A_girl_from_earth et Nad ont, elles aussi, beaucoup aimé.

 

La mère refuse que l’une de ses filles saute une classe « Un an de moins pour jouer à l’élastique. C’est pas une bonne idée. »

« Le vernis de l’enfance s’étoilait doucement, craquait de partout, me laissant voir, derrière sa lumière aveuglante, les filaments de ténèbres qu’elle s’applique tant à cacher. »

A propos des bonnes sœurs : « Roger m’avait expliqué que les sœurs étaient toutes mariées au même homme et qu’elles devaient prier très fort pour ne pas mourir d’ennui. »

« J’avais depuis,  longtemps compris que maman C’est-Toute, ce n’était pas pour moi ni pour mes sœurs, mais pour elle, une façon de tenir le coup et de ne pas ramollir ses enfants, une façon de se convaincre qu’elle était dure, alors qu’en réalité, c’était tout friable en dedans. Ma mère était une gaufrette. »

 

Lady Oscar... pour ceux qui s'en souviennent encore (moi, oui!) : 

Résultat de recherche d'images pour "lady oscar"

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 10:16

 

Résultat de recherche d'images pour "Demain c’est loin de Jacky Schwartzmann"

            Après Mauvais coûts, je continue ma petite exploration dans le glauque drôle de cet auteur vraiment à part.

             François Feldman n’a rien à voir avec son homonyme : quand on ne le prend pas pour un parent du chanteur, on le croit juif. Pourtant il a une tête d’Arabe et vient d’une cité bien chelou de Lyon, les Buers. On le cueille au début du livre avec sa banquière, Juliane, qui lui refuse un prêt, sidérée par son idée de business : créer des T-shirts avec de fausses citations (un exemple plutôt gentillet par rapport aux autres : « Mais puisque je vous dis que ça passe ! Capitaine du Titanic »). Oui, mais la vie en a décidé autrement et cette petite bourgeoise hautaine se retrouve un soir, par hasard, sur une route du quartier des Buers et renverse accidentellement le cousin du plus gros caïd du coin. Par hasard aussi et non par charité, François l’accompagne dans une course-poursuite qui sent la vengeance sanguinaire  à plein nez. Oui mais notre « héros » a une idée derrière la tête : s’il sauve Juliane, elle ne pourra plus lui refuser un super prêt et son nouveau projet pourra alors enfin voir le jour. Forcés de vivre ensemble cachés, ce deux-là vont apprendre à se découvrir et le road trip finira par mener François en Algérie.

           A la fois hilarant et sordide, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains ! Entre éclats de rire et « rohhh » outrés mais jouissifs, j’ai encore une fois apprécié cette lecture qui sort des sentiers battus. Ça dépote, ça pète, ça dégouline et ça explose. On en vient à adorer sa vie certes très rangée mais sacrément proprette et rassurante ! La fin est brillante, j’ose le dire. Excellents aussi, certains passages où l’auteur arrive à caser quelques remarques bien sensées, quelques piques bien méritées à notre société en pleine décadence. J’ai préféré Demain c’est loin à Mauvais coûts.

           J’ai bien envie de rapprocher Fabcaro et Schwartzmann même si le premier passe parfois pour un enfant de chœur par rapport au deuxième ! On peut aussi trouver la même impertinence chez La Daronne, en moins cinglant.

« L’islam ne s’est pas radicalisé, c’est la radicalisation qui s’est islamisée. Les petites racailles se sont trouvé un discours, mais leur vraie quête, c’est d’être vus. C’est du terrorisme Afflelou. »

A propos des Arabes barbus intégristes : « Ce qui est certain, c’est qu’ils n’aiment pas spécialement la France, ils sont là parce que bien obligés, ils sont là parce qu’ils sont nés là, mais le cœur est ailleurs, le cœur est dans un bled fantasmé. Ils souffrent d’une mélancolie géographique, d’un pays qu’ils ne connaissent pas si bien, celui de leurs parents. Ils ne sont plus de là-bas et ils ne seront jamais d’ici. Essayez de vivre dans un no man’s land, vous, et on en reparlera. Ce qui est certain aussi, c’est que tant qu’ils resteront dans leur accoutrement de carnaval glauque ils n’auront ni taf ni avenir. »

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 23:18

Résultat de recherche d'images pour "Un petit bout d’elles de Raphaël Beuchot et Zidrou"

              Yue Kiang est un Chinois qui travaille pour une entreprise abattant les arbres au Congo. Il s’est trouvé une maîtresse africaine des plus jolies, Antoinette, et s’est également attaché à sa fille, Marie-Léontine. Mais Yue découvre un jour qu’Antoinette a été excisée, c’est une pratique très courante en Afrique que Yue ignorait. Pour Antoinette, il s’agit surtout d’éviter cette mutilation à sa fille. La BD est accompagnée d’un complément informatif : 200 millions de femmes ont subi une excision, 500000 en Europe ( !), 53000 en France ( !) ; il ne s’agit pas d’une pratique religieuse mais une tradition perpétuée par les femmes elles-mêmes.

           Quel album bouleversant ! Tout en connaissant cette torture qui remonte à la nuit des temps, j’ai été très émue de lire cette histoire simple et débarrassée de tout pathos. C’est l’innocence d’une fillette qu’on tue, c’est la confiance familiale qui est ébranlée par cette coutume atroce. Quand on apprend qu’en Guinée, 95% des femmes ont été mutilées, 91% en Egypte, on peut se demander comment évoluent les mentalités et où est le progrès… Zidrou a su mettre des mots sur ces réalités barbares et Beuchot a excellé à transmettre, par un dessin simple, coloré et expressif, la douleur des femmes.

La grand-mère d’Antoinette : « Elle m’a dit que si je ne suivais pas la tradition, je ne trouverais jamais de mari. Elle m’avait promis de m’offrir une poupée si je ne pleurais pas. J’ai pleuré. J’ai hurlé. J’avais si mal ! »

Cet album est le 3ème d'une trilogie dont je n'ai lu que le premier opus, Le montreur d'histoires.

Résultat de recherche d'images pour "Un petit bout d’elles de Raphaël Beuchot et Zidrou"

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 21:22

 

Résultat de recherche d'images pour "La dernière fois que j’ai rencontré Dieu de Franz-Olivier Giesbert gallimard"

             Ce n’est pas dans mes habitudes de lire ce genre de livre mais un prêt ne se refuse pas !

             Panthéiste convaincu, l’auteur croit en un Dieu présent partout, dans la nature essentiellement, dans les animaux, dans la beauté de l’art mais aussi dans « un ciel, un fleuve, un concerto, un sourire à la volée », une nuit, une journée de marche. Pour lui, Dieu est synonyme d’exaltation. Très tôt, il a affiché un sourire béat et un peu niais (c’est lui qui le dit) devant les beautés du monde. Amoureux d’une chèvre qui est devenue sa confidente et sa muse, à sept ans, il évite de manger de la viande et se réclamera plus tard des mouvements anti-spécistes. Il a souvent rencontré Dieu, traversé par une onde vertigineuse et parcouru de frissons célestes, d’une « secousse tellurique ». Ses influences et ses mentors sont nombreux : Giordano Bruno, Spinoza, Ralph Waldo Emerson, David Thoreau, Darwin, Jean Giono ou encore l’hindouisme.

              Avec un titre aussi ronflant, je suis partie très sceptique, d’autant plus que mes relations à la religion catholique ont pris un sacré coup dans les dents depuis une bonne quinzaine d’années. Finalement, l’auteur nous parle de son rapport à Dieu de manière très claire… et très peu religieuse ! Il met le mot de Dieu sur ce que d’autres appelleraient la magie de la vie, le bonheur des petits riens. En prônant la simplicité, le contentement des petites joies quotidiennes, l’optimisme, une saine naïveté, il énonce parfois des évidences qui sont pourtant bonnes à réentendre. Je connais peu le type mais je vois très bien qui c’est et jamais je ne l’aurais vu comme il se décrit dans le livre. Il a sans doute acquis une forme de sagesse très tôt dans sa vie, tant mieux pour lui, on peut l’envier mais je ne sais pas s’il est indispensable d’y accoler le nom de Dieu. Au final, une lecture pas inintéressante du tout, un feel good version intello, bien documenté et plutôt convaincant.

 

Moi qui raffole du poulpe : « Manger des bras de poulpe, c’est manger de l’intelligence : chaque ventouse pèse à peu près dix mille neurones. »

« Le bonheur est simple comme bonjour. Il suffit de pas grand-chose, un coquelicot, une cascade, un baiser, un rire, une promenade en mer, pour nous remplir de la joie du monde. »

« Les religions entravent Dieu quand elles ne le rapetissent pas. Pour se rapprocher de lui, il faut savoir les dépasser. Il est plus que temps d’envisager un Dieu en dehors des religions. Un Dieu libre de toute attache humaine. »

« Dieu m’a souvent rendu visite quand j’habitais le pays de Giono. Un sourire, une espère ce vertige, un chatouillis dans la poitrine, un sentiment d’harmonie devant sa présence. C’étaient les quatre signes. »

"un humain est un animal comme les autres."

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 10:11

Résultat de recherche d'images pour "La Somme de nos folies de Shih-Li Kow zulma"

          Lubok Sayong, une petite ville au nord de Kuala Lumpur, en Malaisie, n’est pas ordinaire puisque, située dans une cuvette, elle est inondée très régulièrement. Ses habitants sont eux aussi « inconcevables » comme dirait l’une des protagonistes. Beevi justement, tiens : une bonne femme au caractère bien trempé qui dirige La Grande Maison, un gîte pour le moins original. Il y a aussi Mary Anne, une orpheline qu’on a extirpée de son foyer de filles, qui a été confiée à un couple qui se tue en voiture alors qu’elle est la seule rescapée. Et puis Auyong, un homme retraité qui reprend du flambeau en dirigeant une conserverie de litchis et qui parvient, petit à petit, à acquérir une certaine sagesse. Ces êtres vont cohabiter, se disputer, s’aimer, s’épier, se protéger.

           C’est incroyable comme on se sent vite à l’aise dans cette petite ville atypique de Malaisie !... avec ce constat on ne peut plus banal : on s’identifie si facilement à des gens vivant à l’autre bout de la Terre. Le succès que connaît ce roman est mérité car si l’auteur parle d’un infini petit, c’est un microcosme qui renvoie à l’universel, celui des rapports humains, de la filiation, de l’attachement à un lieu. J’ai beaucoup aimé ces histoires plus ou moins réalistes (mais ce sont les plus fantastiques que j’ai le moins aimées), cette communauté qui grandit et évolue à sa manière, son approche de la modernité et du monde occidental, l’humour et l’autodérision dont fait preuve l’autrice. Avec une tendresse, elle encense, sans en avoir l’air, ses personnages qu’elle rend tantôt extravagants, tantôt absurdes mais surtout très, très attachants. Une parfaite ambassadrice de son pays qu’elle présente comme multiculturel, ouvert, coloré et très vivant. Qu’elle continue à écrire cette chère Shih-Li Kow !

 

Lorsqu’inondation il y a, l’énergie des bénévoles venus de l’extérieur tend à agacer les habitants : « nous étions nombreux à préférer l’aide paresseuse de la police et des pompiers.  Avec eux, nous partagions un flegme convivial et une patience indulgente pour l’inefficacité. Notre malheur commun était à l’origine de vraies amitiés. »

« Comme les humains se souviennent d'autres humains, les choses ont une mémoire qui leur est propre, les démarcations entretiennent les souvenirs, puis les lignes s'estompent au fil du temps et tout se confond. »

« nous ne sommes que la somme de nos folies, racontées ou tues. »

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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 21:31

Résultat de recherche d'images pour "Edmond de Léonard Chemineau, d’après la pièce d’Alexis Michalik"

             Edmond Rostand se décrit lui-même comme un « poète raté » qui ne connaît que des fours avec des pièces trop longues et soporifiques. Il est marié, a deux enfants, le temps presse pour se faire enfin connaître à côté d’un Feydeau ou d’un Courteline. Il entend un cafetier noir se défendre avec ardeur et toupet face à un client qui le traite de « nègre ». Son ami et acteur Léo s’éprend d’une jolie Jeanne qui le rejette parce qu’il va trop vite en besogne. Edmond Rostand va l’aider à lui faire une belle déclaration sous un balcon, à lui écrire une jolie lettre d’amour. Il va s’inspirer de ce patron de café pour créer le personnage de Cyrano. D’obstacles en démissions, d’acteurs médiocres aux comédiennes capricieuses, les problèmes vont s’accumuler alors que la pièce s’écrit encore, à la va-vite, n’importe où et n’importe quand mais avec quel talent !

             Quelle réussite que cette BD ! Non seulement elle retranscrit parfaitement le panache, la verve, la splendeur de cette pièce que j’aime tant, mais en plus, elle décrit la genèse de la création, ce petit Rostand un peu gauche qui s’imprègne de ce qui l’entoure pour écrire à une vitesse phénoménale son chef d’œuvre. Aussi virevoltante que la pièce, la BD nous happe, passionne, enivre, nous emporte dans ce tourbillon de la fin du XIXème siècle où l’on croise une Sarah Bernhardt généreuse et un Tchekhov aussi flegmatique qu’efficace. Que dire des dessins ? Assez hypnotiques, délicats et colorés,  ils retracent parfaitement cette époque faste où on entre dans les plus belles salles de spectacle, où on se promène sur les magnifiques boulevards parisiens, où on assiste à l’invention du cinéma.  Brillant et magistral. A lire absolument !

             Comment peut-il en être autrement ? C’est un immense COUP DE CŒUR !!!

« Nègre c’est tout ? c’est un peu court, jeune homme ! Vous auriez pu dire… Voyons… tel un géographe : « Africain, Antillais, Créole ». Tel un peintre : « Marron, mélanoderme, moricaud » ? Ou tout simplement : « noir », si vous aviez eu la sobriété, l’élégance ou simplement le vocabulaire qu’un homme, entrant dans mon café se doit d’avoir. Ne l’ayant pas, je me vois, par conséquent, dans l’obligation de vous indiquer la porte. »

Résultat de recherche d'images pour "Edmond de Léonard Chemineau, d’après la pièce d’Alexis Michalik"

          Et le film… ah le film d'Alexis Michalik est également une franche réussite!!! Courez le voir avant que toutes ces mauvaises salles de cinéma l'oublient. Les acteurs sont dans l'ensemble excellents, jusque dans les rôles secondaires (Dominique Pinon en régisseur et Jean-Michel Martial en tenancier de café génialissime), j'ose émettre un mini-petit bémol pour le Cyrano qui manquait un peu de panache (mon Cyrano préféré reste Stéphane Dauch de la compagnie Le Grenier de Babouchka). Et ce Paris de 1897, quel plaisir pour les yeux! Bon, Edmond ne fait que renforcer mon amour incommensurable pour Cyrano!

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