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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 18:58

Chien-Loup

           Eté 1914 : A Orcières, dans un village escarpé du Lot, le tocsin sonne le début de la guerre, les hommes s’en vont et les femmes se retrouvent à accomplir toutes les tâches aux champs. Joséphine, la femme du médecin, est la première à se savoir veuve. Un dompteur allemand (et ses huit fauves) est de passage et, pour fuir l’enrôlement et l’arrestation, il se réfugie au sommet de la montagne. Mais cette guerre qui devrait être brève, dure… et la nourriture vient à manquer.

          Eté 2017 : Franck, poussé par sa femme Lise, accepte de passer quelques semaines dans cette maison à louer, perdue dans le Lot. Producteur de cinéma, il aurait préféré rester joignable, dans un endroit civilisé et peuplé. Or, sur le Mont d’Orcières, c’est tout le contraire qui l’attend : dans cette maison isolée, haut perchée, il n’y a ni voisins, ni commerces, ni réseau, ni âme qui vive… Si, un énorme chien vient accueillir le couple. Il faut bien admettre que le paysage est à couper le souffle, il faut bien admettre que ce chien qui semble sauvage, apprivoise très vite Franck à qui il obéit au doigt et à l’œil… Franck se laisse charmer mais il doit résoudre des problèmes de contrat avec ses associés, deux jeunes requins qu’il compte bien faire venir faire un peu de randonnée insolite sous un soleil de plomb.

         Soyons clair, net et précis : j’ai adoré ce roman et l’élève au COUP DE CŒUR. La distance temporelle qui sépare mais surtout lie ces deux histoires absolument fabuleuses, la tension qui règne dans ce roman, les descriptions sublimes de cette nature sauvage quasi surnaturelle, ce personnage citadin vite converti à la rudesse montagnarde, cette image de la Première guerre vue du côté paysan, l’omniprésence des animaux, … j’ai tout aimé ! Frais, puissant, enchanteur, ce roman mêle les genres et les tonalités : suspense, contemplation, Histoire, nature writing, fable, aventure. Hybride est un chien-loup, hybride est ce roman où le manichéisme n’a pas sa place.

        De l’auteur, j’avais lu L’Amour sans le faire que j’avais aussi grandement apprécié. On trouve quelques ingrédients communs aux deux livres : la canicule, le prénom du personnage principal, l’isolement à la campagne, … Hâte d’en lire d’autres de Joncour !

« Il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. »

« La forêt est un espace de combat, la paix semble y régner mais dès lors qu'on s'y arrête un instant, on sent bien que s'active tout un royaume de vigilances, on pressent des milliers d'oreilles qui écoutent, de regards qui surveillent, la tension est palpable. »

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 10:51

Résultat de recherche d'images pour "cécile coulon le coeur du pélican"

            Anthime et sa sœur Héléna arrivent dans un nouveau collège. Fusionnels et solitaires, ils doivent cependant se trouver une place. Anthime a choisi le sport pour se démarquer, après avoir gagné les cross et les courses du secteur, il se laisse guider par Brice, un ancien athlète devenu ivrogne et se spécialise dans le huit cents mètres. Il devient très vite une vedette mais un jour, tout s’arrête : il se blesse et reste immobile. Meurtri par cet échec, décidé à tout arrêter, il met également une croix sur la fille qu’il souhaitait tant éblouir, Béatrice, et se contente de son admiratrice, Joanna. Les années défilent, Joanna et Anthime fondent une famille, le bonhomme prend du poids, se rabat sur la graisse et le sucre, devient sédentaire et veule. Lors de l’enterrement de Brice, alors qu’Anthime avoisine les quarante ans, il se fait moucher par un gars qui prétend qu’il n’est plus capable de rien. Anthime prépare en secret son retour dans le sport, et, à force de diète et de pédalage sur son vélo d’appartement, il se sculpte un nouveau corps. Il abandonne femme, enfants et maison pour s’astreindre à un objectif dément : traverser le pays en courant. Héléna l’accompagne, l’épaule, le soigne dans ce combat qu’on sait perdu d’avance.

          Très agréable à lire, ce roman oscille entre polar et tragédie. Une tension parcourt le livre, on devine que cet être pourtant lumineux et doué, a fait les mauvais choix et que la fin s’annonce cataclysmique.  J’ai beaucoup aimé la relation entre frère et sœur, ambiguë et respectueuse. Le portrait de ces adolescents secrets, fragiles et forts à la fois est également juste et réussi. Ce thème du sport est intelligemment développé – entre jouissance et torture, entre dépassement de soi et aveuglement. Mais je n’ai pas tout aimé dans le livre, la fin m’a paru incohérente, Anthime revient pour courir à travers tout le pays, bof bof, son road trip sur les chemins escarpés, à travers les hameaux abandonnés frise parfois le ridicule. Son absence d’amour pour Joanna qui se transforme en haine et son amour éternel pour Béatrice sont là aussi peu crédibles. Mais on passe un bon moment même si Cécile Coulon a écrit mieux : j’ai préféré Le roi n’a pas sommeil et beaucoup aimé Trois saisons d’orage

 

Anthime ado : 

« Un animal, jusqu’ici paisiblement endormi dans les ornières de sa chair, se réveillait, étirait ses pattes, ébrouait son pelage. Son squelette grandit aussi vite que ses muscles s’allongeaient. »

« Il voulait sentir ce vent caresser les poils clairs de ses avant-bras pour le reste de ses jours, il voulait gagner des coupes, des médailles, monter sur des podiums jusqu’à ne plus sentir l’attrait de la terre sous ses pieds, cette terre noire qu’il écorchait de ses chaussures, cette terre qu’il se mit à haïr le jour de sa victoire, parce qu’elle l’empêchait à présent de monter vers le ciel, de s’élever au-dessus de cette masse adolescente dont il ne comprenait ni les codes, ni le langage, ni les gestes. »

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 10:43

Résultat de recherche d'images pour "Oh les filles !  Lepage et  Michel 1"

Première et deuxième parties.

             Trois filles viennent au monde : Leïla dans un pays du Maghreb (avant de venir s’installer en France), Agnès dans une famille riche aux parents froids et distants et Chloé qui vivra seule avec sa mère célibataire. Alors que leurs préoccupations respectives pourraient les éloigner : l’intégration et le désir d’être la meilleure pour Leïla, la solitude d’être avec une nounou sans parents disponibles pour Agnès, les difficultés financières pour Chloé qui rêve de devenir danseuse, les trois filles deviennent amies. Elles grandissent, sont de jolies ados dans le second tome, se confrontent à la mort, au regard des garçons, aux études qu’elles réussiront ou non. Chloé parvient à intégrer le Ballet de Paris, Agnès rejette ses parents au point de s’enfuir avec un marginal et Leïla s’efforce d’être la meilleure au lycée pour pouvoir devenir gynécologue.

            Je me faisais une joie de retrouver le trait de Lepage mais je dois bien admettre qu’il est moins doué pour dessiner les humains que les paysages. J’ai souvent confondu Agnès et Chloé. Mais ce n’est pas le plus important. Ce diptyque met en lumière des jeunes filles au parcours plutôt atypique, prises aux difficultés de leur âge (sexualité, orientation, parents) et liées par une solide amitié. Ça a été agréable à lire, ma fille de dix ans m’a piqué le premier tome qu’elle a lu deux fois (dans le second, certains passages étaient censurés pour elle). On s’attache vite à ces êtres à la fois fragiles et forts, complexes et finalement très simples (personnellement, contrairement à l’idée qu’on s’en fait, je trouve la femme bien moins ambiguë et contradictoire que l’homme…) Donc : à lire sans s’attendre au chef-d’œuvre !

Résultat de recherche d'images pour "Oh les filles !  Lepage et  Michel 2ème partie"

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 09:09

Résultat de recherche d'images pour "scherbius et moi antoine bello gallimard"

           En panne de lecture ? Envie de légèreté intelligente (après le très remuant Lambeau) ? Antoine Bello vous conviendra parfaitement.

            Le Dr Maxime Le Verrier, jeune psychiatre en 1977, rencontre un patient bien extraordinaire, Scherbius, qu’il diagnostique comme souffrant d’un trouble de la personnalité multiple (TMP). En effet, Scherbius se crée -s’est créé- toute sa vie, différentes identités mais également différents parcours et de nombreuses personnalités. Le psychiatre place son patient sous hypnose et découvre sa vie : religieux, militaire, enseignant, diplomate, manutentionnaire, … tel un magicien, il a su revêtir les différents costumes, voyageant à travers le pays, multipliant les impostures et manipulant avec brio ses interlocuteurs. Après avoir raconté le personnage haut en couleurs dans une première édition, le psychiatre nous révèle, dans une deuxième édition qu’il s’est lui-même fait avoir par son patient.

             Le roman commence avec panache, et, malgré quelques coups de mou, il continue à nous impressionner puisqu’il ne présente pas moins de six éditions de la version originale de Maxime Le Verrier. Mise en abyme et manipulation des personnages et du lecteur par la même occasion amusent et font sourire. Je commence à connaître le style de Bello et à apprécier son imagination grandiloquente, parfois débordante, son souci du détail (il sait drôlement bien se documenter et Scherbius s’est même retrouvé dans des contrées très proches de chez moi). On peut lui reprocher quelques longueurs mais elles sont vite pardonnées parce qu’on voyage, on se cultive (ces TMP sont tout à fait passionnants !) on se distrait !

L’homme qui s’envola et Les falsificateurs restent mes romans préférés.

 

« Le banal l’assomme. N’étant heureux que dans le déséquilibre, il fabrique perpétuellement des drames dont il est le héros. Il a le don de broder une histoire à partir de n’importe quoi : un fait divers entendu à la radio, une date, un lieu. »

« Quand je suis las de moi-même, je deviens un autre, puis un autre, puis encore un autre. J’ai oublié d’où j’étais parti. »

« Son ennemi, c’est l’ennui. Il s’est interdit une bonne fois pour toutes de vivre deux fois la même journée, de se lever le matin en sachant ce qu’il fera le soir, de jeter un œil à la carte des desserts au début du repas. Son existence est une œuvre d’art, une fresque dont la véritable grandeur n’apparaîtra qu’avec le recul du temps. »

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15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 16:30

Résultat de recherche d'images pour "lançon le lambeau nrf"

                Philippe Lançon, journaliste, fait partie, le 7 janvier 2015, des rares rescapés de l’attentat perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo. Touché par balle, il a aussitôt fait le mort avant d’avoir face à lui l’image de la cervelle éclatée de Bernard Maris … Vivant mais éberlué, traumatisé, changé à jamais à l’intérieur comme à l’extérieur, il raconte ici sa très lente reconstruction, une sorte de restauration de celui qu’il ne sera jamais plus. Ses multiples interventions dans les mains expertes de Chloé, sa chirurgienne attitrée, les visites, la surveillance policière, les soignants grouillant autour de lui, les relations parfois détériorées avec ses proches, ses lectures, ses pensées, ses digressions, ses souvenirs… rien ne nous semble épargné… du 7 janvier au 13 novembre 2015.

             Cette lecture a été très éprouvante et j’en sors soulagée, d’une part d’avoir terminé le livre, d’autre part de savoir que l’auteur va plus ou moins bien, mieux en tous cas, que de son malheur, il a pu donner vie à ce livre si bien écrit, si intime et si bouleversant. C’est qu’en 500 pages, on a le temps de s’attacher à lui ! Personne ne peut rester indifférent à ce récit mais j’ai été d’autant plus touchée que mon père, à la suite d’un cancer, a subi le même genre d’opération, de contraintes (quel euphémisme), de métamorphose. Si l’hospitalisation a été moins longue pour lui, les conséquences en sont peut-être plus lourdes que pour Philippe Lançon.

            Evidemment thérapeutique, ce livre raconte les moindres détails de l’intimité de son auteur. Et je me suis demandé si, un jour, il ne serait pas amené à regretter cette mise à nu totale, cette description crue de son être physique et de ses pensées les plus profondes. Je retiendrai deux choses de cette lecture, j’espère en tous cas m’en souvenir longtemps : c’est le contact avec l’art qui a profondément aidé Philippe Lançon à surmonter les douleurs, les heurts et à reprendre goût à sa vie d’avant : la lecture (Proust et Kafka en tête), la musique classique, la visite des grands musées parisiens. Sa culture a été sa béquille. Ensuite, il n’a jamais exprimé ni haine contre les terroristes, ni questions philosophiques qui n’en sont pas et que j’ai si souvent entendues (et peut-être faites miennes…) du genre « Pourquoi moi ? ». Sincère, humble, honnête, l’homme a toujours su se montrer délicat et noble. Oserais-je rajouter que dans son extrême malheur, il a bénéficié d'un statut de privilégié, bien entouré, bien soigné ?... c'est dit. 

 « J’étais un blessé de guerre dans un pays en paix et je me suis senti désemparé. »

Avec les autres patients du service : " On se croisait parfois avec les potences dans le couloir, traînant les pieds et sans parler. Au mieux, un signe ou un petit salut. On n’avait pas gardé les vaches ensemble et on ne souhaitait pas le faire, le troupeau longeait la falaise quand il ne tombait pas dedans. Chaque visage était déformé, éborgné, tordu, tuméfié, bleui, bosselé, bandé. Pour un jour ou pour toujours, c’était le couloir des gueules cassées. Les uns finiraient par se ressembler de nouveau ; les autres jamais. "

Lors d’une rencontre avec François Hollande qui lui demande des nouvelles de sa chirurgienne qui lui a – apparemment – tapé dans l’œil : « Le meilleur de la vie, me dis-je, en regardant ses fins yeux luisants, presque bridés, c’est bien ça : ne pas oublier ce qui nous a plu, même un instant, et, si possible, oublier au maximum tout le reste, à commencer par tout le pathétique de la situation. Son insouciance fait mieux que rendre hommage à mon petit chemin de croix, ce dont je me fiche : elle me soulage.» Hollande aurait dit à Lançon « Eh bien ! Vous avez de la chance ! » parce qu’il voyait régulièrement sa chirurgienne…

Merci à Michaël pour ce prêt !

 

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 15:14

Résultat de recherche d'images pour "La route de Tibilissi de Chauvel – Kosakowski –"

              Dans des contrées montagneuses, enneigées et hostiles, Jake et son petit frère Oto voient leurs parents mourir sous leurs yeux, atteints par les flèches de leurs poursuivants, de dangereux archers dont on ne voit pas le visage. La dernière recommandation du père aux garçons « Partez vite… allez à Tibilissi » sera compliquée à suivre car la menace d’une guerre non identifiée, d’ennemis non nommés mais nombreux et diaboliques, va planer tout au long de leur périple. Oto retrouve ses deux amis aussi insolites l’un que l’autre : un robot baragouinant des mots compris seulement d’Oto et une créature à fourrure souriante. Le quatuor va rencontrer embûches, ennemis et protecteurs dans une croisade mystérieuse où certains hommes se révèlent aussi dangereux qu’une horde de loups.

           Quelle claque que cette BD ! Mêlant différents genres, différentes époques, la fin est une surprise totale, perturbante et marquante. La lumière est centrée sur ce petit garçon, Oto, touchant parce que désormais orphelin, attachant parce que courageux malgré les épreuves. J’ai du mal à parler de cet album tant il m’a plu, tant j’aimerais ne pas dévoiler la fin. Je n’en fais pas un coup de cœur même si on y est presque parce que ça reste très violent (il m’a fait penser au film The Revenant, c’est pour vous dire…) Enfin : lisez-le !

Résultat de recherche d'images pour "La route de Tibilissi de Chauvel – Kosakowski –"

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 19:23

Résultat de recherche d'images pour "livre audio messieurs bruxelles schmitt audiolib"

                 J’entretiens avec cet auteur des relations sur le fameux thème « Je t’aime moi non plus », tantôt charmée par certains de ses écrits, tantôt excédée pas d’autres. Voici un recueil de cinq nouvelles découvertes en livre audio (lues par l’auteur lui-même).

« Les deux messieurs de Bruxelles » :  Deux homosexuels profitent du mariage de Geneviève et Edouard pour sceller leur union, cachés au fond de la cathédrale Sainte Gudule. Jean et Laurent continueront à suivre de loin ce couple hétérosexuel, s’attachant de plus en plus à Geneviève, cette mère Courage qu’on retrouve en vieille dame accueillant une très belle surprise.

« Le chien » : un médecin de campagne prend sa retraite et vit reclus en compagnie de son chien, Argos. Lorsque son compagnon meurt renversé, le maître se donne la mort. Comment un homme peut-il à ce point s’attacher à un animal ? Retour en arrière pour raconter une enfance pendant la Deuxième guerre mondiale.

 « Ménage à trois » : un homme séduit la veuve d'un musicien et la femme finit par se demander si c’est elle qui l’intéresse ou son défunt mari. Mais le musicien en question n’est pas non plus n’importe qui !

« Un coeur sous la cendre » : Alba est l’heureuse marraine de Jonas, grand insuffisant cardiaque, qu’elle chérit peut-être plus que son propre fils, Thor. Quand ce dernier meurt, il est question de dons d’organes et d’analyser les sentiments d’Alba en profondeur. Et nous sommes en Islande et le volcan Eyjafjöll est en éruption…

 « L'enfant fantôme » : un couple très amoureux a du mal à avoir un enfant et finalement, on leur annonce un début de grossesse difficile puisque l’enfant à venir serait atteint de mucoviscidose. Le couple décide de mettre une croix sur le désir d’être parent mais quand il se fait secourir, en haute montagne, par une jeune fille alerte, jolie, vive, aimée et aimante… et atteinte par la même maladie, le couple se remet en question.

 

             Quel conteur ! Monsieur Schmitt parvient toujours à entourer ses personnages de tendresse, d’une délicatesse et d’une profondeur très pertinente (oui la profondeur peut être pertinente…) ça laisse rêveur, songeur, plongé dans une réflexion philosophique pas désagréable du tout. J’ai beaucoup beaucoup aimé. La voix de l’écrivain, les intonations qu’il maîtrise aussi bien qu’un comédien (et puis, c’est son oeuvre) rendent l’ensemble attachant. Les cinq nouvelles sont suivies d’un journal d’écriture où l’auteur nous révèle quelques secrets de rédaction tout à fait passionnants (et frustrants, certaines nouvelles ont été écrites si vite !) Je me souviens avoir tout autant aimé Concerto à la mémoire d’un ange (également un recueil de nouvelles découvert en livre audio). A noter que c’est un livre audio parfait pour apprivoiser ce nouveau mode de lecture… avis aux novices !

Lu dans le cadre du mois belge chez Anne :

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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 09:55

Résultat de recherche d'images pour "mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf"

           Absolument fan du « Jardin des délices » depuis que j’ai eu la chance de le voir au Musée Prado de Madrid, je me faisais une joie de lire ce roman.

           En 2013, au Prado, un malotru asperge de quelques gouttes de vitriol un coin du célèbre tableau de Bosch. Il s’agit d’un prêtre qui se fait appeler Baerle et qui ne veut parler qu’aux hommes. Entre deux restaurateurs (l’un beau et jeune, Keie, l’autre vieux et expérimenté, Nebrija) et une charmante psychologue peut-être un peu trop curieuse, l’enquête démarre. Pourquoi Baerle a-t-il commis ce geste fou ? Le fait est d’autant plus étonnant qu’on croit déceler, sous la peinture abîmée quelques lettres… y aurait-il un message caché dans le tableau ? Le prêtre a-t-il voulu détruire l’œuvre ou au contraire révéler un secret ? En tous cas, il a bien des choses à raconter. Il nous emmène en 1511, à Bois-le-Duc, aux Pays-Bas où Petronius, un jeune peintre, s’apprête à devenir un disciple du maître Bosch. Mais l’heure n’est pas à la sérénité, entre les cruautés de l’Inquisition et les visions originales des Adamites -ils seraient les premiers naturistes- (allez voir ce site, tout à fait sympa !), il vaut mieux se tenir à carreau. Petronius le souhaiterait mais il est mêlé malgré lui à une affaire qui le dépasse et sa tête est très vite mise à prix… Entre le XVIème et le XXIème siècle, l’auteur fait des ponts, compare et associe des personnages. Reste à résoudre cette énigme.

          Je n’ai pas été déçue à proprement parler, je me suis juste rendu compte que ce n’était pas du tout le genre que j’affectionne… on est en plein dans un style à la Da Vinci code qui n’est pas désagréable à lire, qui peut être passionnant mais qui ne me plaît pas ! J’en sors toute affligée. Pourtant, j’ai adoré qu’on me parle de cette peinture si fantasque aux mille interprétations possibles, aux détails plus insolites les uns que les autres. La plongée dans ce début de la Renaissance n’était pas désagréable non plus mais les complots à gogo, les trahisons romancées, les ellipses maladroites, les clichés un poil trop récurrents m’ont agacée agacée agacée ! L’écriture est aussi plate que les paysages hollandais. Et puis bon sang, un roman qui parle d’un tableau ne pourrait-il pas comporter un peu plus qu’une seule image (la 1ère de couverture est magnifique) très exceptionnellement ?

Dasola a bien plus apprécié que moi !

 

« Chaque pierre, chaque branche de ce tableau est dotée d’une signification. Le moindre élément de cette composition est porteur d’un savoir secret. Aux yeux du profane, le triptyque peut paraître diabolique. Seul l’initié peut le comprendre. »

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 18:11

Résultat de recherche d'images pour "malaterre gomont"

        

          Gabriel est un Français qui possède un domaine vaste et luxuriant, quelque part en Afrique équatoriale. L’album débute sur sa mort, une attaque violente et brève qui le laisse inerte devant sa jeep. Par de captivants retours en arrière, le lecteur découvre le passé du bonhomme qui, avec son profil à la Gainsbourg, s’est bousillé la vie à grands renforts de cigarettes et d’alcool. Marié à Paris, père de trois enfants qu’il abandonne momentanément pour vivre dans la débauche et les petites escroqueries, il récupère ses deux aînés et les emmène en Afrique, espérant faire prospérer son domaine. Mais, non seulement il est incapable de s’occuper de ses enfants mais il ne fait que s’endetter faisant de mauvais choix, rencontrant de mauvaises personnes. Les enfants vont grandir entre Afrique et Paris, tantôt vénérant un père hors du commun, tantôt détestant cet homme qui les abandonne si souvent.

            L’auteur de Peirera prétend nous surprend encore une fois. Formidable conteur, ce dessinateur hors pair nous emmène dans une nature verdoyante, abondante et sauvage où vont grandir deux adolescents déboussolés et pourtant très vite amoureux des paysages qui les entourent. Cumulant les défauts, le père est à la fois agaçant et attachant. Peu fiable, alcoolique, fumeur, menteur, trompeur, violent, colérique, il aime ses enfants à sa manière mais fait passer son domaine avant eux. J’ai beaucoup aimé la fin qui appelle à faire preuve d’indulgence et de tolérance. Absolument pas manichéen, l’album (inspiré de la vie de l’auteur) met en valeur la particularité d’une famille pas plus mauvaise ni meilleure qu’une autre. Tout y est, le plaisir de la lecture pour un texte bien écrit, le plaisir des yeux devant des planches de toute beauté. Bravo Monsieur Gomont !

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30 mars 2019 6 30 /03 /mars /2019 10:38

Romain Gary s'en va-t-en guerre par Seksik

              Wilno, 1925. Roman Kacew vit seul avec sa mère Nina. Son père, Arieh, a déjà déserté le foyer familial, tombant amoureux d’une jeune Frida. L’espoir qu’il revienne au foyer n’a pas tout à fait quitté Roman et sa mère surtout qu’Arieh ne parvient pas à avouer à son fils que Frida est enceinte. Nina, même si elle s’avère toujours être la championne de la débrouillardise, a du mal à joindre financièrement les deux bouts dans ce ghetto de Wilno où l’antisémitisme prend de plus en plus d’ampleur. Roman rêve devenir fourreur, comme son père, car « n’était-ce pas le rôle des fils de réaliser les rêves des pères ?» 

            Mon tort a sans doute été de lire ce livre peu après la relecture de La Promesse de l’aube. Toujours est-il qu’après le brillant, le triomphal, le monumental, ce livre m’a paru bien plat ! J’ai franchement été déçue par les personnages qui avaient perdu toutes leurs saveurs depuis Gary, par le contexte qui finalement ne m’a pas appris grand-chose que je ne savais déjà (peut-être que l’antisémitisme est plus présent que dans l’autobiographie de Gary ?... et puis le demi-frère de Roman – mort à vingt ans - est évoqué quelques fois.) Heureusement, heureusement qu’il y a les trente dernières pages qui sauvent le tout : Roman surprend par hasard le couple Frida-Arieh, comprend aussitôt que la jeune femme est enceinte et que son père est au comble du bonheur. L’image de héros flamboyant qu’il s’était bâti s’effondre aussitôt et on comprend mieux le silence dont il entoure la présence puis l’absence du père dans ses écrits. S’ensuit un épilogue poignant qui décrit les quelques instants d’Arieh en 1943. Interrogé par un officier allemand qui a déjà participé au génocide de dizaines de milliers de Juifs dans la ville, il nous montre qu’il pense encore avec fierté de son fils devenu soldat français.

« On lui reprochait parfois de ne pas avoir des préoccupations de son âge. Mais quand on a connu l’exil à six mois, la séparation de ses parents et la mort d’un frère, l’enfance était une terre inconnue, un continent lointain. Si Nina voulait qu’il s’exprime autrement, elle n’avait qu’à lui faire lire des contes pour enfants au lieu de lui glisser dès ses huit ans des romans de Tolstoï, Dostoëvski et Flaubert. »

« Le garçon ne savait plus à qui se vouer maintenant que son père l’avait trahi, qu’il était le père d’un autre enfant, le mari d’une autre femme. Son père s’apparentait à un Golem, le plus froid des monstres avait pris ses traits. »

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