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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 17:37

Résultat de recherche d'images pour "2 expressos de Kan Takahama"

         Benjamin est un dessinateur de BD français qui arrive au Japon pour retrouver une jeune femme qu’il a aimée, à Paris, 17 ans auparavant. L’indice qu’elle lui avait donné, le fait qu’elle vende « des choses qui sont utiles quand on fait ses adieux » rend Benjamin perplexe quand il se rend dans la petite ville morne de Gono-Ni. Il trouve refuge dans un petit café, le seul des environs, où il boit le plus mauvais expresso de sa vie. Et pour cause, le patron, Michihiko, y a mis du propolis… parfois il lui arrive de l’agrémenter de ginseng ou de champignon, cela donnerait des forces à ses petits vieux de clients mais rend surtout le café exécrable. De fil en aiguille, de problème en coups de blues, Benjamin reste chez celui qui est devenu son ami. Il lui apprend à faire du vrai et bon café, ils échangent sur leurs problèmes de couple respectifs. La femme de Michihiko l’a quitté pour retourner vivre avec sa mère, non loin de là. Benjamin, lui, ne perd pas de vue son objectif de retrouver la belle inconnue japonaise. La fin révélera une belle surprise, un peu loufoque.

             Léger et parfois drôle, cet album se lit aussi bien que se boit un excellent café ! Entre un looser japonais et un dessinateur français un peu paumé se noue une belle amitié qui n’exclut pas les remarques acerbes et une franchise déconcertante. Si le dessin n’a rien d’extraordinaire, certaines cases, hyperréalistes, attirent le regard. J’ai bien aimé cette histoire romantique qui se finit bien et qui permet de faire un joli pont entre la France et le Japon.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 09:41

Résultat de recherche d'images pour "loulou robert sujet inconnu"

            La narratrice est une jeune fille à peine sortie de l’adolescence. Enfant marginale, elle a fait le choix de quitter Metz et cette région morne du Grand Est pour gagner Paris et son université. Douée et solitaire, elle s’enferme dans son minuscule studio avant de se lier d’amitié avec son ermite de voisin, un homme de soixante-dix ans. Indécise face à ses choix d’études, inquiète pour sa mère atteinte d’un cancer du sein, accrochée à Sam son inséparable peluche, elle fait la rencontre d’un type un peu plus âgé qu’elle qui la subjugue instantanément. Le coup de foudre est réciproque mais si elle prend goût à la danse, aux sorties, à la compagnie des noceurs, lui ne la veut que pour lui, la garde jalousement sous sa cape. La passion dévorante finira par détruire les deux, sauf qu’elle a trouvé un refuge, une thérapie qui n’est autre que l’écriture.

           D’abord sceptique face à ces phrases très courtes, à ce style télégraphique et haché qui n’est que succession de  flashs, d’éclairs, d’images, je me suis rapidement laissée emporter par ce souffle, cette écriture de l’urgence qui colle si bien à cette adolescente qui découvre l’amour, son corps, la vie. Un roman qui claque et qui flambe, sans aucun dialogue. Une version moderne de « With or without you » en guise de récit initiatique ou comment l’amour exclusif et possessif peut détruire deux êtres… Un fil savamment tendu rend le lecteur assez accroc à cette jolie fille qui s’est perdue dans un amour qui l’a en même temps révélée. D’une puissance en crescendo du début à la fin, le roman se ferme et laisse le lecteur essoufflé et épuisé. On pourrait reprocher à l’auteur une certaine théâtralisation qu’accompagne ce style sec, précis et morcelé, mais c’est sa marque de fabrique, unique. Une lecture haletante et violente que j’ai finalement beaucoup, beaucoup aimée.

« J’étais l’enfant unique, me perdre n’était pas envisageable. A croire que ma mère n’avait jamais été ado. Qu’elle avait oublié qu’aller mal était courant, à cet âge, même si insoutenable. C’est ça être parent, tout oublier. Ne plus raisonner. Tout dramatiser. Anticiper le danger. N’exister que pour lui. A travers lui. »

La rencontre : « Il parle et passe sa main dans ses cheveux. Il a les doigts fins. Il rit. Ses dents espacées. Celles du bonheur. L’une d’entre elles cassée, aiguisée. Je veux m’y couper. Il me regarde. L’impression d’exister. De faire ma grande entrée.  J’explose l’univers pour ce moment.  La terre se craquelle sous mes pieds. Je fuse. Des vagues de chaleur m’éclaboussent. Je suis là pour te rencontrer et je ressens chaque morceau de moi pour te rencontrer. Mon cœur tape contre ma peau. Il veut sortir. Le reste fond. Le reste t’attend. »

L’idée d’une séparation : « Tu t’agenouilles et pleures à mes pieds : « ne pars pas, ne me quitte pas ! » Regards dans le vide ; le désert si tu n’es pas là. Plus rien. L’enfer vaut mieux que le néant. Avec toi, je suis vivante. »

 

Merci aux Matchs de la Rentrée Littéraire!           #MRL18

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 14:14

Résultat de recherche d'images pour "Le meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie poche"

           Le Dr Sheppard vit seul avec sa sœur. Tout sépare ces deux célibataires, il est solitaire et silencieux, intellectuel et plutôt renfermé. Elle adore les cancans, les bavardages, les rumeurs et les incidents en tout genre. Et il faut dire qu’elle a de quoi se mettre sous la dent : une veuve de ce petit village paisible de King’s Abbot est retrouvée morte… elle se serait suicidée suite à la mort de son mari… qu’elle aurait assassiné ! Mais ce n’est pas tout : Roger Ackroyd est lui-même retrouvé poignardé dans son bureau. Tout son entourage devient suspect, et le mystérieux voisin du Dr Sheppard qui n’est autre que Monsieur Hercule Poirot, s’aperçoit assez vite qu’aucun ne dit véritablement la vérité… Alors que le médecin enquête en même temps que Poirot, l’un des deux va plus vite que l’autre et l’un des deux ment à son tour… hum, voilà de quoi ménager un suspens qui ne sera levé qu’à la toute fin quand tous les masques seront tombés !

          Lu ou pas il y a des années, je ne saurais dire… en tous cas, ça fait un sacré moment que je n’avais pas lu d’Agatha Christie et ça faisait du bien de retrouver son univers. Une intrigue qui prend son temps, des personnages trop prudes pour être sincères, un univers so british, un crime qui n’effraie pas plus que ça, un Hercule Poirot sacrément futé et un brin mégalo, bien sûr que le roman regorge de qualités… mais quand on est habitué aux policiers contemporains, il faut avoue que ça traîne tout de même.

 

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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 15:07

Résultat de recherche d'images pour "Volkswagen blues de Jacques Poulin babel"

 

            Jack Waterman est un romancier qui n’aime pas les livres qu’il écrit. Un peu veule et maladroit, il emmène dans son Volks une jolie métisse élancée aux origines indiennes surnommée la Grande Sauterelle. Jack est à la recherche de son frère qu’il n’a plus vu depuis des années et qui lui a envoyé une mystérieuse carte postale. La Grande Sauterelle, grande lectrice, beaucoup plus futée que son compagnon de route, va l’aider à relever les indices de la carte et retracer le parcours de Théo, le mystérieux frère disparu. En partant de la Gaspésie, le Volks va sillonner le Canada, se rendre à Chicago puis suivre la piste de l’Oregon. De campings en hôtels, Jack et la Grande Sauterelle s’apprivoisent, se complètent, s’apprécient et se respectent. Avec un petit chat noir qui aime à se blottir dans la capuche de la jeune fille, ces voyageurs vont faire des rencontres qui les aideront à accéder à une voie plus sereine, plus sage. Ce n’est qu’à la toute fin qu’on apprend ce qu’est devenu Théo mais finalement le voyage valait peut-être plus que la destination finale.

            Ce roman traînait dans ma PAL depuis pas mal de temps et il me faisait un peu peur. J’ai eu bien tort de me méfier parce que je l’ai vraiment beaucoup aimé. Ce road trip à travers les Etats-Unis est non seulement une formidable ouverture vers les autres et le monde mais aussi une occasion de se retourner sur soi-même, son passé, sa vie à venir, qui on est vraiment. Une quête. Ce duo improbable extrêmement attachant est un bel exemple d’humanité et de tolérance. Certains passages sont drôles, celui où Jack rêve à l’écrivain idéal, celui qui trouve la première phrase de son livre à venir dans un bar, un soir, qu’il la note sur une serviette et que la suite lui arrive comme par magie. D’autres passages sont émouvants et l’écriture, tout en douceur, donne dans une simplicité admirable. Une belle découverte avec cet auteur québécois qui me donne envie de traverser l’Atlantique !    (J'avais moins aimé Chat sauvage)

 

La Grande Sauterelle : « je ne sais jamais à l’avance ce que je vais faire. » ; « Quand on est sur la route, je suis très heureuse. »

Jack : « Chaque fois que je vois un vieil homme au bord d’une rivière ou d’un fleuve, il faut que j’aille lui parler - c’est plus fort que moi. » ; « Ce que les vieux contemplent quand ils rêvent au bord ’est leur propre mort; je suis maintenant assez vieux pour le savoir. Et moi, je m’approche d’eux parce qu’au fond de moi, il y a une ou deux questions que je voudrais leur poser. Des questions que je me pose depuis longtemps. Je voudrais qu’ils me disent ce qu’ils aperçoivent  de  l’autre  côté  et  s’ils  ont  trouvé  comment  on  fait  pour traverser. »

 

« Ils  étaient  partis  de  Gaspé,  où  Jacques  Cartier  avait  découvert  le Canada, et ils avaient suivi le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs, et ensuite le vieux Mississippi, le Père de Eaux, jusqu’à Saint Louis, et  puis  il  avaient  emprunté  la  Piste  de  l’Oregon,  et,  sur  la  trace  des émigrants  du  19ème siècle  qui  avaient  formé  des  caravanes  pour  se mettre à la recherche du Paradis Perdu avec leurs chariots tirés par des bœufs,  ils  avaient  parcouru  les  grandes  plaines,  franchi  la  ligne  de partage des eaux et les montagnes Rocheuses, traversé les rivières et le désert et encore d’autres montagnes, et voilà qu’ils arrivaient à San Francisco. »

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 14:36

            Résultat de recherche d'images pour "bd espaces vides francisco"

           Je m’étais offert cette BD il y a quelque temps déjà, j’ai profité de l’été pour la découvrir enfin.

            Un soir de ratatouille, un père dessinateur raconte son passé à son fils de cinq ans et surtout l’histoire de sa famille : celle de son père, celle de son grand-père, son propre exil en Finlande. Il est question de guerre civile espagnole, d’anarchisme, de fuite vers l’Argentine. San cesse, le narrateur a voulu fouiller le passé combler ces « espaces vides » creusés par les oublis et les non-dits. Dessinateur de canards qui attaquent des chiens verts, il n’aime pas sa vie et sa conscience personnifiée par un gaillard costaud et tatoué, lui rend souvent visite pour mettre les points sur les i.

           J’ai bien aimé les dessins, le personnage –attachant- dans sa quête quasi obsessionnelle de son passé et de ses ancêtres mais les va-et-vient trop fréquents entre les différentes époques ont rendu la narration confuse et ne m’ont pas permis de m’accrocher à cette histoire où père, grand-père et fils se confondent. Bons points : une vision intéressante de la guerre d’Espagne, un traitement du passé assez juste (le comprendre sans forcément en faire une fixation). Un bilan un peu trop mitigé pour un album qui manque un peu d’élan et de force.

Je découvre le billet de Mo’ et, par la même occasion, que nous sommes d’accord sur cet ouvrage !

 

Résultat de recherche d'images pour "bd espaces vides francisco"

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 16:32

Résultat de recherche d'images pour "a son image de jérôme ferrari actes sud"

             Antonia est une jeune photographe qui, après avoir couvert un mariage, se promène dans les rues de Calvi et tombe sur une ancienne connaissance, Dragan, rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Ils discutent jusque tard dans la nuit avant qu’elle prenne le volant. Ce sont les dernières heures de vie d’Antonia qui meurt dans un accident de voiture. Retour sur son enfance, son adolescence pétrie de nationalisme corse, de sa passion pour la photographie qui l’a poussée à immortaliser autre chose que des banquets, des poupons et des fêtes de famille. Partie en ex-Yougoslavie, elle n’en reviendra pas indemne. Son parrain, curé, sera toujours là pour elle, empli d’un amour sincère, pur et profond ; c’est d’ailleurs lui qui orchestrera son triste enterrement.

             Le livre ne m’a pas déplu, cette virée en Corse, ce thème de la photo, cette confrontation avec la guerre, la liberté s’octroie cette femme, cette magnifique relation filleule-parrain. Pourtant, j’ai l’impression d’être passée à côté de certains passages, comme quand on regarde un film et qu’on sort de la pièce deux minutes et qu’on tente après vainement de reprendre le fil de l’histoire. C’est un roman qui demande du temps et de l’attention, qui ne veut pas être bringuebalé dans une valise ou un train (c’est du vécu).  Chaque chapitre décrit une photographie, sans donner une seule image autre que celle évoquée par les mots. Je n’y ai pas été sensible. Par contre, j’ai aimé le style et la langue de Ferrari, l’écriture est subtile et efficace, élégante et travaillée. J’y reviendrai.

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 15:31

Résultat de recherche d'images pour "helena fel blog"

            Hayley, 17 ans, part s’entraîner pour un tournoi de golf à quelques centaines de kilomètres de chez elle. Elle a le cœur en vrac parce qu’elle a surpris son petit ami dans les bras d’une autre la veille, lors d’une soirée alcoolisée. En panne dans le Kansas, elle trouve refuge dans une grande maison où la mère de famille, Norma, l’accueille bien volontiers. La voiture met du temps à être réparée, les deux femmes vont bien s’entendre, l’aîné de la famille, Graham, semble équilibré et désireux de prendre son envol. Tommy reluque ouvertement les jolies formes de Hayley. Et Cindy, la petite dernière aime bien jouer avec l’invitée. Tout ça va très vite tourner au cauchemar, Tommy ne pouvant retenir ses pulsions sexuelles et sa soif de sang (avec ce qu’il a vécu gamin, on pourrait presque lui pardonner !), Norma souhaitant protéger son fils avant tout… Se rajoutent à ces rencontres explosives des passés torturés, des amis qui n’en sont pas, de la drogue et de l’alcool. Cindy est là, au milieu de tous ces monstres, fillette muette et victime silencieuse.

          Bon bon bon… Dire que je n’ai pas pris de plaisir à cette lecture serait mentir, elle est réellement addictive et prenante. Le style m’a tout de suite surprise, pas dans le bon sens, c’est assez plat et sans intérêt majeur. Les personnages sont bien décrits et tout à fait cohérents mais emplis d’une telle violence qu’elle constitue la marque de fabrique de l’auteur, semble-t-il. J’ai bien aimé cette immersion dans un Kansas monotone, clos et torride. Ni subtil ni raffiné, ce roman bestial, glauque et haletant pourra combler les non-lecteurs et les amateurs de sensations fortes. On pourrait même rajouter qu’une réflexion sur la résilience et une autre sur l’amour maternel enrichissent cette intrigue finalement parfaitement maîtrisée. J'ai évoqué Vann récemment, s'il fallait comparer, c'est tout de même -et de loin- Vann que je préfère. 

 

La jeune femme se retrouve séquestrée par Norma : « Hayley tira sur la chaîne des menottes le plus fort qu’elle put, en dépit de la douleur insoutenable qu’elle ressentait aux poignets, avec l’impression que le métal commençait à cisailler sa chair. La chaîne ne cèderait pas. Et, bientôt, Hayley n’aurait plus assez de force pour simplement lever les bras. Mais elle réessaierait plus tard. Elle ne pouvait faire autrement, réessayer, encore et encore. » (un passage d’une douceur incroyable comparé à d’autres !)

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29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 08:21

Résultat de recherche d'images pour "Les gens honnêtes - quatrième partie - de Durieux et Gibrat"

Suite et fin de cette série très sympathique.

           Le village enterre le père de Ducousso, un homme peu apprécié. Alors que la mère de Philippe rencontre une adoratrice de Mitterrand, Philippe se prend un pain par un défenseur de la chasse. Il accompagne Ducousso à Paris rencontrer un photographe avec qui il fera le voyage en Transcapie. Une violente tempête ravage la région et noie les livres de la librairie qui se retrouvent disséminés un peu partout dans le village. Si Philippe pense encore et toujours à sa chère Camille partie à l’autre bout du monde, il apprécie aussi la compagnie d’Isabelle. A 57 ans, sa vie est encore faite de surprises et de retournements de situations.

          Cette série est délicieuse ! Prônant la simplicité de la vie, le droit à une deuxième chance (et  même une troisième, une quatrième, …), elle promeut aussi la fidélité dans les relations amicales et familiales. Une image absolument charmante : les villageois, après l’orage, rassemblent les livres éparpillés dans les rues et lisent dans une joyeuse cacophonie des extraits de Flaubert, Quignard, Montaigne, Hornby…  Je le répète, si vous avez aimé Les Beaux étés, jetez un œil aux Gens honnêtes qui appartiennent, de près ou de loin à la famille Faldérault. Durieux a fait le boulot tout seul pour ce dernier opus et il ne s’est pas mal débrouillé même si mon tome préféré reste le 2ème

« Je vois les chahuts et les belles choses de ma vie. J’ai circulé à travers tout avec ma démarche de guingois. J’ai fait comme j’ai pu avec ce que j’étais. »

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 18:38

             Caitlin est une pré-ado de douze ans qui n’a qu’une seule passion : les poissons. Alors que sa mère qui bosse dur pour un salaire de misère ne peut la chercher que tard après l’école, que de papa, il n’y en a pas, Caitlin passe son temps libre à l’aquarium de Seattle. Elle y rencontre un vieux monsieur avec qui elle partage sa passion. Un lien particulier va s’établir entre ces deux-là, à tel point que la mère de Caitlin va appeler la police de crainte qu’on abuse de sa fille… avant de découvrir l’identité de cet homme. Je n’en dirai pas plus mais la mère fait revivre certains moments douloureux de son passé à sa fille qu’elle aime tant, ces petits jeux macabres constituent l’acmé qui sera suivie, ensuite, de moments plus doux.

             De David Vann, je n’avais lu que le terrible et terrifiant Sukkwan Island et Désolations qui se passe en Alaska. J’ai été étonnée de lire une histoire citadine, dans un environnement quasi « normal ». Les poissons ont bien évidemment une grande importance dans ce roman mais je ne crois pas qu’on peut qualifier le texte de « nature writing », c’est bien de rapports humains et familiaux dont il s’agit, d’une petite fille seule et perdue, de sa maman qui fait l’effet d’une boxeuse qui a dû lutter toute sa vie pour finalement n’avoir qu’une existence minable et qui voit son passé douloureux lui balancer une énième claque et simultanément un beau cadeau. La ville et le climat de Seattle semblent presque aussi hostiles qu’une cabane en Alaska. Si les métaphores ichthyennes m’ont un peu noyée parce qu’elles sont très présentes, ces rencontres dans un aquarium entre un enfant et un vieillard m’ont charmée et, à partir de la révélation de leur lien familial, tout s’intensifie. On retrouve la violence propre à Vann, ces moments-chocs qui acculent le lecteur, le laissant transi et essoufflé. Et il faut dire que j’aime ça ! Si on rajoute quelques thèmes traités avec justesse : les relations familiales, le pardon, l’amour entre les enfants, la résilience… on obtient un roman très fort et marquant.

« Bienvenue dans le monde adulte, tu y entreras bientôt. Je travaille pour pouvoir travailler davantage. J’essaie de ne rien désirer dans l’espoir d’obtenir quelque chose. Je m’affame pour être moins et plus. J’essaie d’être libre pour pouvoir être seule. Et tout ça n’a aucun intérêt. Cette partie-là, ils ont oublié de la préciser. »

« J’aurais pu m’inscrire à une activité périscolaire, mais je choisissais délibérément d’aller voir les poissons. Ils étaient les émissaires d’un univers plus vaste. Ils représentaient le possibles, une sorte de promesse. »

 

Manou l’a lu et l’aimé aussi !

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 08:10

 

Résultat de recherche d'images pour "Qui a tué mon père d’Edouard Louis"

           Dans ce très court roman, l’auteur évoque son père, les carences affectives qu’il a subies pendant son enfance et son adolescence, la misère et la pauvreté culturelle de son milieu, la dureté de son père. A travers des souvenirs datés, il revient sur ses frustrations, ses manques, l’absence de reconnaissance paternelle. Ainsi, quand il avait improvisé un spectacle avec quelques autres enfants à même pas dix ans, il a vu son père tourner la tête pour ne pas le voir. Un père qui avait honte des attitudes féminines de son fils, qui a provoqué la violence dans un univers déjà violent. Un père qui, finalement, se retrouve seul et infirme après une vie pénible d’ouvrier.

           On peut nettement diviser cette harangue en deux parties : la première, pas vraiment étonnante ou novatrice  pour celui qui a lu Pour en finir avec Eddy Bellegueule, une sorte d’attaque en règle contre un père peu présent, incapable de faire preuve d’affection ou de soutien. La seconde partie fustige les politiciens au pouvoir, ceux qui ont, successivement, supprimé les aides sociales et, par conséquent, l’estime de soi du père d’Edouard Louis (Sarkozy, Chirac, Hirsch, Macron, etc.) Ces deux parties m’ont paru trop contradictoires pour être crédibles : la défense après l’attaque, la soi-disant reconversion du père, l’apitoiement du fils, je n’y ai pas adhéré. Je veux bien croire en la souffrance du fils, à qui on n’a jamais donné suffisamment d’amour mais ce virage politique des dernières pages m’a laissée pantoise. En outre, il faut bien admettre que ce discours de 85 pages, lu en même pas une heure, manque finalement de consistance. J’espère au moins qu’il aura eu ses vertus thérapeutiques pour l’auteur.

« Je voudrais essayer de formuler quelque chose : quand j'y pense aujourd'hui, j'ai le sentiment que ton existence a été, malgré toi, et justement contre toi, une existence négative. Tu n'as pas eu d'argent, tu n'as pas pu étudier, tu n'as pas pu voyager, tu n'as pas pu réaliser tes rêves. Il n'y a dans le langage presque que des négations pour exprimer ta vie. »

Absolument d'accord avec cette remarque et pourtant ce sont eux qui ne vont pas voter :

Une année, la prime de rentrée augmente de presque cent euros : « Chez ceux qui ont tout, je n’ai jamais vu de famille aller voir la mer pour fêter une décision politique, parce que pour eux la politique ne change presque rien. Je m’en suis rendu compte, quand je suis allé vivre à Paris, loin de toi : les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leur cause jamais de problèmes de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer. La politique ne change pas leur vie, ou si peu. Ça aussi c’est étrange, c’est eux qui font la politique alors que la politique n’a presque aucun effet sur leur vie. Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’était vivre ou mourir. »

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