
-Pourquoi le couple hétéro appauvrit les femmes et nuit à l’amour-
La BD s'est inspirée du livre du même titre de Lucile Quillet.
Avec ce sous-titre provocateur, l’autrice commence par énumérer un certain nombre de clichés de la relation amoureuse par le truchement du conte : papillons dans le ventre, séduction, demande en mariage, vie de couple, bisous et arc-en-ciel. Rapidement, elle nous explique que l’argent est au cœur de toute relation. L’homme doit-il payer la note du premier restaurant ? La femme peut-elle gagner plus que son conjoint ? Au-delà de ces considérations, on nous prouve que le couple hétéronormé serait une « grosse arnaque pour les femmes » puisqu’il lui imposerait de nombreuses charges : esthétique, sexuelle, contraceptive, domestique, mentale, psychologique qui l’épuiseraient et l’appauvriraient. Alors qu’une seule et unique charge repose sur les épaules de l’homme : la charge financière ; le « bon père » assure une protection matérielle et financière à sa famille mais les missions de la « bonne mère » sont bien plus larges et moins terre-à-terre (disponibilité, soin, écoute, présence, empathie, sacrifices). Si séparation il y a, la femme en sort encore une fois perdante.
Divisée en trois parties (« Avant le couple », « Pendant le couple », « Après le couple »), cette bonne grosse BD dépasse les évidences et éveille les consciences sur ce qu’on ne voit pas toujours. J’ai aimé qu’elle se documente (les références sont en fin d’album), qu’elle fasse un petit rappel historique et qu’elle mette le doigt sur ce qui fait mal. Par exemple, le risque de tomber dans la pauvreté pour une femme après un divorce est de + 34% si elle a deux enfants, de + 79% si elle en a trois. Pour le père qui n’a pas la garde après la rupture, le gain de niveau de vie avec deux enfants sera de +5.5% et de + 12% avec trois enfants. Environ 40% des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté (huit fois sur dix, ce sont des femmes). Pour résumer, la vie d’une femme reste toujours plus complexe que celle d’un homme. J’ai évidemment beaucoup souri à la lecture de cette BD dont les dessins rejoignent le propos – en humour et en clarté, notamment à la page qui imagine que si les mères faisaient grève, les hommes se ruineraient en uber eats, taxis, femme de ménage et frais de garde. Je regrette que tout tourne autour de l’argent (on peut tout de même imaginer que certaines femmes s’épanouissent dans l’éducation de leurs enfants sans chercher à faire carrière). Dommage également que les deux autrices n’évoquent pas les petites (et rares, oui !) avancées positives, ces couples qui parviennent à s’extraire de ce patriarcat si nocif pour tous. J’ai passé un très beau moment de lecture et je vais de ce pas prêter la BD autour de moi, femmes et hommes.
Marianne rassure Cupidon à la fin de l’ouvrage (il n’en peut plus de ce « bullshit job ») : « Mais enfin Cupi, ressaisis-toi ! On ne dit pas que l’amour est une arnaque... ni qu’aimer un homme nous appauvrit. C’est vivre dans un couple obéissant aux normes sociales qui nuit aux femmes et à l’amour ! Ce qu’on demande, c’est de se libérer des normes genrées pour s’aimer encore mieux, en étant encore plus soi-même, sans perdre son indépendance... » (par exemple : les hommes expriment leurs émotions, les femmes ne cherchent plus à transformer leur corps, la préoccupation comme le coût de la contraception seraient partagés dans le couple, on aurait des cours d’autonomie à l’école pour que tout le monde apprenne à gérer un budget mais aussi à repasser, cuisiner, faire le ménage, ...) [petite enquête perso : tous les élèves, tous les profs et tous les parents seraient « pour » ces cours réellement utiles !]
J’ai failli oublier : c’est encore une BD reçue via la Box « Kube dessinée ».
