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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 09:21

 

           Roman choisi au hasard dans ma bibliothèque, au rayon des « polars psychologiques ».

            Anne sort d’un divorce difficile. Insomniaque, elle se relève souvent à 3 ou 4 h du matin. La lumière allumée dérange son voisin, Mark, et pour cause, le type tue régulièrement des personnes avec qui il a des comptes à régler, une vengeance à assouvir. D’une part, Mark tente de se rapprocher de sa voisine pour savoir pourquoi elle veille si tard, tenterait-elle de l’espionner ? D’autre part, Anne aimerait se rapprocher de Mark parce qu’il est terriblement beau, séduisant et adorable. Le tueur cache bien son jeu et la jeune femme, naïve et un peu cruche, n’y voit que du feu.

           Je me suis rendue compte que j’avais déjà lu cet auteur avec Fête fatale qui m’avait paru un peu meilleur quand même. Les ingrédients sont les mêmes : un type parfait qui s’avère être … un parfait monstre. C’est gros, empli d’incohérences et de blancs, les portraits des personnages sont grossièrement esquissés et, la prochaine fois que je choisirai un livre au hasard, j’éviterai le nom de cet auteur. Donc, lecture de plage : ok, on peut même abuser du mojito avant de le lire…

           J’ai quand même relevé deux passages qui m’ont franchement fait rire (je ne crois pas que c’était l’objectif de l’opération !) :

  •           Anne, lors d’un premier rendez-vous avec son beau voisin, lui propose du cacao à l’eau et des crackers tartinés de margarine. Bon appétit !
  •           Le complice et ami de Mark, Emil, est un type obèse. Une alléchante description dévoile les talents du romancier : « A t’entendre, ça a l’air simple, dit Emil en repliant ses nombreux mentons comme le toit d’une décapotable pour faire naître un sourire d‘obèse. »

Dire que des millions de lecteurs se précipitent sur ce genre de livre…

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 19:58

 

 

-  La Sagesse des Mythes -

         Zeus cherche un être qui le représenterait sur Terre. Cet homme qui se doit être exceptionnel, bien entendu, n’est pas encore né. Le roi des dieux décide de s’accoupler avec la belle Alcmène en prenant l’apparence de son mari, Amphitryon. A son retour, l’époux, apprenant la vérité, entre dans une colère noire et veut tuer Alcmène, finalement sauvée par Zeus. Héraclès d’abord appelé Alcide est placé, le plus discrètement possible par Hermès, dans le lit d’Héra endormie. Le bébé tète le sein et la fameuse ambroisie qui doit le rendre immortel. C’en est trop pour Héra qui, furieuse, se venge : deux énormes serpents dans le berceau n’auront pas raison de notre héros en herbe qui les étranglera. Adulte, après avoir tué le lion de Cithéron qui décimait les troupeaux des alentours, Héraclès est invité par le roi Thespios qui, malin, lui envoie, cinquante nuits durant sa fille dans sa couche. Mais en réalité, Thespios a cinquante filles qui porteront donc toutes un descendant du héros. Héra n’oublie pas ses désirs de vengeance et, lorsqu’Héraclès est marié à Mégara (fille de Créon) et père de deux enfants, elle le rend fou et il assassine femme et enfants. C’est pour cette raison qu’Héraclès doit et veut se racheter : la série des douze travaux peut commencer…

        Comme le titre l’indique, l’album ne s’intéresse qu’à la jeunesse du héros, il ne faut pas vouloir y trouver un des fameux douze travaux. Qu’importe, la naissance, l’enfance et la jeunesse d’Héraclès (dont le nom signifie « gloire d’Héra ») valent bien tout un tome ! C’est passionnant et violent (pas du tout destiné aux enfants… même si ma fille l’a lu derrière mon dos !), la suite paraîtra bientôt, tant mieux !

 

« 17/20 »

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 18:28

 

          Au XVIIIème siècle, Effia et Esi sont deux sœurs ghanéennes qui ne se sont jamais connues. Leur mère, Maama, a dû abandonner la première après un incendie. Sa 2ème fille est née quelque temps plus tard. Chacune des filles va suivre son chemin, bâtir une famille, la plupart du temps dans la souffrance inévitablement liée à la condition d’esclave.

          Un même collier à pierre noire, des années de lutte pour défendre sa culture et son identité, un héritage noir lourd à porter, des Blancs tyrans et des Noirs victimes, un pont entre le Ghana et les Etats-Unis, une bataille âpre entre Fantis et Ashantis qui facilite la traite des Noirs, des champs de coton, le jazz, le gospel, la drogue, … et une histoire qui parcourt huit générations, plus de deux siècles.

        Roman d’une puissance inégalable, ce récit se découpe en chapitres qui pourraient presque se lire indépendamment, comme des nouvelles. Chacun des textes se suffit à lui-même, brosse des portraits authentiques et vifs de Ghanéens et de leurs descendants, et dégage une vigueur narrative magistrale. J’ai pris beaucoup de temps à lire ce roman parce que je tenais à faire les liens entre les personnages, à suivre attentivement cette longue et laborieuse marche vers la liberté et l’égalité. La romancière est d’origine ghanéenne et, venue en Amérique à l’âge de deux ans, c’est à la suite d’un voyage sur ses terres natales qu’elle a décidé d’écrire ce livre. Elle n’a que 27 ans !

        Les images fortes et marquantes valent peut-être mieux qu’un médiocre résumé :

Esi est enfermée avec des centaines d’autres femmes destinées à l’esclavage dans les cachots du Fort de Cape Coast, des êtres entassés les uns sur les autres au milieu d’une couche d’excréments.

Ohene Nyarko procure du travail à tous les villageois qui déposent d’étranges fèves violettes sur des feuilles de bananier : le cacao.

Akua, la Femme Folle avant d’être surnommée Femme Maudite, tue ses enfants dans l’incendie dont elle rêvait toutes les nuits ; jamais elle n’a trouvé le sommeil, jamais plus elle ne le trouvera.

Jo et Anna prénomment leurs enfants par des lettres de l’alphabet, et H est un homme vigoureux qui perdra son énergie dans des mines de charbon du nord-est des Etats-Unis.

Joecy, un Noir, est emprisonné pendant neuf ans pour ne pas avoir changé de trottoir quand une femme blanche est passée près de lui.

 

Face au christianisme : « Yaw se demandait pourquoi ils ne prêchaient pas d’éviter de faire le mal plutôt que de pardonner. Mais plus il gagnait en âge, mieux il comprenait. Le pardon était un acte qui intervenait après les faits, un avenir pour la mauvaise action à venir. Et si vous poussez les gens  à porter le regard vers l’avenir, ils ne voient peut-être pas le tort qui leur est fait dans le présent. »

« un négro libre, ça n’existe pas. »

« il savait dans sa chair, même s’il ne l’avait pas encore totalement enregistré dans son esprit, qu’en Amérique, le pire qui pouvait arriver était d’être noir. Pire que mort, vous étiez un mort qui marche. »

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 20:19

 

 

           En toute honnêteté, jamais je n’aurais lu ce livre si on ne me l’avait pas prêté. Et pourtant, la surprise fut bonne !

           « L’homme qui ment », c’est le père de Marc Lavoine, Lucien. Celui qu’il a passé sa vie à adorer et à détester. Il l’a aimé pour son charisme, sa grande gueule, son humour, son courage, sa classe naturelle. Il l’a détesté pour ses adultères à répétition, son alcoolisme morbide, son langage cru. Marc Lavoine est le 2ème enfant de la fratrie ; sa mère, Michou, attendant une fille après Francis, l’aîné, est si déçue qu’elle ne regardera même pas le bébé les premiers jours. Francis et Marc sont fans de leur père. Travailleur aux PTT (comme mon papa à moi !), cégétiste, communiste, bel homme, le papa s’occupe bien de ses garçons, les élève dans une certaine droiture tout en les ouvrant au monde et à l’aventure. Au bout de quelques années, Lucien va voir ailleurs. Il ne le fait pas qu’une seule fois, il ne le fait discrètement puisqu’il en parle à ses fils et que ces derniers le surprennent en pleine action plus d’une fois. Il arrive à gérer trois maîtresses en même temps. Toute sa vie, il sera attiré par la femme du voisin. Lorsque Marc, un soir, annonce à ses parents « je veux être acteur », la réponse « d’accord », simple et encourageante, permettra au garçon de gagner Paris dès le plus jeune âge. Ses parents vont divorcer, sa mère va se morfondre dans une solitude empreinte de nostalgie, son père va multiplier les maîtresses et les épouses jusqu’au jour de sa mort, survenue lors d’une chute.

          Je ne m’y attendais pas du tout mais j’ai beaucoup aimé ce texte qu’on sent authentique et loyal narrant la vie d’un homme à la fois grand et petit, sublime et misérable. Les sentiments ambigus et l’héritage si contrasté ont sans aucun doute poussé l’auteur à écrire ces pages. En lisant les quelques rares lignes de Marc Lavoine évoquant ses débuts de vie d’artiste, on se rend compte qu’il a toujours écrit et cela, avec humilité et sincérité. Ce n’est pas un livre sur lui mais un livre d’amour dédié à son père, à ses qualités et à ses défauts. Une petite chronique d’une enfance malgré tout heureuse, des années 60 et 70, quelque part, dans un gros bourg d’Essonne…

 

« Je n’avais pas les yeux assez grands pour te regarder, papa. Et puis tu me parlais des filles, ça me gênait et ça m’épatait. Tu parlais de fesses joyeusement, tu défendais ton point de vue, citant chansons ou poèmes. Gauguin était invité dans la conversation, « les filles, je les aime bien grasses et vicieuses. »

« Tu es tellement en moi, je suis tellement de toi que, même s’il faut du temps, la somme de nous finit par se répandre, c’est le chaîne du sang. »

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 20:48

 

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          Kyung est une jeune Coréenne, belle, jeune et élancée qui se retrouve « mariée par correspondance » à un vendeur et collectionneur de jouets, Monty Wheeler. L’action se passe au Canada, Monty est à l’aéroport pour chercher et découvrir sa future bien-aimée qu’il a choisie sur catalogue « Filles traditionnelles du Japon ! de Corée ! de Chine ! du Vietnam ! des Philippines ! de Thaïlande ! Laborieuses, loyales, obéissantes, mignonnes, exotiques, ménagères, filles simples ». Avec un tel postulat de départ, la suite avait des risques de s’avérer difficile. Pourtant, les premiers pas de Kyung au Canada se passent plutôt bien, la jeune felle est aussi docile et silencieuse que le vantait la brochure. Elle se rend cependant vite compte de l’étrangeté de son compagnon : puceau à 39 ans, il manque de caractère, il loue à ses jouets, à ses figurines mais aussi aux anciennes boîtes à déjeuner un véritable culte.

        Une fois mariée, la routine s’installe, les commères trouvent que le couple est joli et bien assorti. Kuyng, elle, s’ennuie à tenir la caisse du magasin de jouets. Un jour, une jeune cliente asiatique photographe lui propose de venir poser pour elle. Kyung, lorsqu’elle se rend compte qu’il faut faire des nus, refuse mais Eve se révèle persuasive et loue l’esprit de liberté qu’elle prône fièrement. Evidemment, les photos sur le thème de la femme et de la machine scandalisent Monty. De fil en aiguille, ce couple créé de toutes pièces va se déchirer et se heurter à des montagnes de questions et d’incompréhensions. Chacun va découvrir des facettes cachées de l’autre et, à chaque fois, la surprise sera mauvaise.

         D’une grande violence, cette BD en noir et blanc oppose deux univers, l’occidental et l’oriental, qui finalement se retrouvent dans le non-dit et l’hypocrisie. J’ai beaucoup aimé cette lecture riche et intéressante, et trouvé que ces deux êtres vivaient finalement incarcérés, l’un dans une vie médiocre faite de babioles et de revues porno, l’autre hantée par un passé sur lequel l’auteur a laissé planer le mystère. La femme est un jouet, l’homme est puéril et lâche, la vision de l’humanité n’est pas belle à voir…

 

17/20

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 20:52

 

 

           Bon sang, quelle lecture !

           Hazel et Fyveer sont frères. Ce sont des lapins qui vivent dans la même garenne du Hampshire avec des dizaines d’autres congénères. Leur vie routinière est faite de farfal (aller brouter au grand air), de vilou (ces animaux ennemis qu’il faut à tout prix éviter), de kataklop (les voitures, tracteurs et autres engins à moteur) jusqu’au jour où ils aperçoivent une immense pancarte (qu’ils ne peuvent évidemment pas déchiffrer : le pré est devenu terrain à bâtir) : Fyveer pressent le pire, il sait qu’il faut partir, et vite. Hazel, n’écoutant que la confiance qu’il porte à son frère, rassemble le plus de lapins pour fuir au plus vite. Certains sont récalcitrants mais une petite poignée suit les deux frères. L’évasion commence et lorsqu’on n’est qu’un petit lapin vulnérable, c’est compliqué : de traverser une rivière, de creuser une niche pour la nuit, de fuir les prédateurs. Après moult dangers et obstacles, la petite troupe dont Hazel a naturellement pris la tête, rencontre une garenne parfaite : immense, elle abrite des lapins qui se nourrissent facilement et quand ils veulent, dans un pré où le danger n’existe pas. Il ne faut pas se fier aux apparences et ces êtres parfaits sont condamnés à un bien funeste destin. Guidé par Fyveer qui joue parfaitement les Cassandre, les lapins poursuivent leur chemin, bâtissent leur propre domaine jusqu’au jour où il leur faudra partir à la conquête de hases pour agrandir leur famille…

            Ce roman au style fluide est surprenant à plus d’un titre : on oublie vite que les personnages principaux sont des lapins (539 pages avec uniquement des rongeurs, il faut le faire quand même !), on entre dans leur univers sans problème ; cette épopée est une odyssée extraordinaire mais aussi une fable qui se veut évidemment métaphore du monde des humains ; la plongée dans cet univers animal est aussi un appel à notre conscience environnemental et écologique. Richard Adams réussit l’exploit d’attribuer des caractéristiques humaines à ces rongeurs sans en faire trop. Les lapins se reproduisent sans connaître l’amour, on suit leur conversation mais ils sont complètement en dehors des schémas de communication humains. Pragmatiques, plus francs, plus fidèles, ils s’assemblent pour combattre l’agresseur. Richard Adams a créé un microcosme bien particulier : les lapins ont leurs lois, leur langage, leurs légendes, leurs peurs, leur dieu. De nombreuses réécritures se mêlent et s’entrecroisent : réécriture du conte, de l’Eneide, de certains passages bibliques, d’un roman initiatique, d’un traité de politique, bref ça foisonne ! Une flopée de références m’a également accompagnée durant la lecture : Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome (pour l’ambiance bucolique peut-être ?), La Ferme des animaux, Alice au pays des merveilles, L’Odyssée, Le Vent dans les saules (dont une citation, d’ailleurs, est placée en exergue d’un chapitre)

           En attendant que vous vous décidiez à lire ce roman étonnant et insolite, je m’en vais farfaler !

 

« Les bêtes, a-t-il dit, ne se comportent pas comme les hommes. S’il faut se battre, elles se battent ; s’il faut tuer, elles tuent. Elles ne passent pas leur temps à inventer des moyens d’empoisonner l’existence des autres créatures ou de leur faire du mal. Elles sont pétries de bestialité et de dignité. »

 

            Et je finirai avec cette très belle remarque de Dostoïevski qui ouvre le chapitre 21 : « Aimez les animaux : Dieu leur a donné les rudiments de la pensée et une joie innocente. Ne la troublez donc pas, ne les tourmentez pas, ne les privez pas de leur joie, ne vous oppose pas la volonté divine

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 15:29

              Gladwyn, la quarantaine, est un homme d’affaires occupé mais heureux en amour : marié depuis plus de quinze ans avec Blithe, il vit une existence paisible, confortable et rassurante. Lorsqu’il rencontre Lara, une jeune artiste tombée à vélo et qu’il lui a fallu secourir, c’est le coup de foudre. Il amène la jeune femme à l’hôpital et s’assure que tout va bien. Pendant quelques semaines, cette rencontre va hanter ses pensées jusqu’au jour où il reçoit une carte où elle le remercie. Il décide de la revoir, elle succombe à son charme et ce qui devait arriver arriva : ils sont amants… sans que Gladwyn n’ait évoqué l’existence d’une femme et d’un fils. Les prétextes de la surcharge de travail et l’éloignement permettent à Gladwyn de mentir à la fois à Lara mais aussi à Blithe qui n’y voit que du feu. Les amoureux partagent occasionnellement un petit appartement à Londres et, même si la culpabilité donne parfois des sueurs froides à Gladwyn, il arrive à concilier ses deux vies jusqu’au jour où il apprend que Lara est enceinte…

            Histoire assez classique d’un homme qui trompe sa femme, l’intrigue est pourtant assez judicieusement menée pour qu’on ait sans cesse envie de connaître la suite. Les questions pratiques, l’évolution des sentiments et la duplicité de Gladwyn permettent de créer un certain suspens pas désagréable. On s’attache à lui au début de son histoire d’amour mais sa lâcheté et son manque de loyauté finissent par agacer. J’ai pris du plaisir avec cette lecture divertissante (après James Joyce, j’en avais besoin), mais j’ai trouvé la fin cousue de fil blanc et certains personnages peu crédibles car trop stéréotypés : l’épouse modèle qui prépare tous les soirs de bons petits plats, le gros méchant paysan de voisin qui vient embêter la vulnérable Lara… Beaucoup ont vanté cet auteur, je ne suis pas absolument certaine de vouloir retourner la lire un jour même si le roman fait partie de ceux qu’on peut emporter dans un train, sur une plage, dans une salle d’attente sans craindre de ne pas pouvoir se concentrer…

 

Une des nombreuses fois où Gladwyn craint de se faire pincer : « Alors qu’il montait lentement l’escalier, Gladwyn se plaisait à constater que les choses étaient revenues à la normale. Pas de dégâts. La mauvaise conscience avait vaincu les assauts de la tentation : il avait eu de la chance. Bien décidé à ne plus jamais jouer avec le feu, il choisit un vieux pull que Blithe lui avait offert des années plus tôt, puis redescendit. Il avait faim. »

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 07:49

                   

  

  -  La Sagesse des Mythes -

           Après Thésée, je continue ma petite découverte des mythes version BD.

           Une guerre sans merci affronte les Troyens et les Grecs. Pourquoi tant de haine a-t-on envie de demander ? L’origine de ce conflit n’est pas à chercher du côté des mortels mais des déesses. Au mariage de Pélée et Thétis, Zeus n’a pas souhaité inviter Éris, la déesse de la Discorde, mais cette dernière, fort vexée, a pointé le bout de son nez en apportant une magnifique pomme d’or « destinée à la plus belle femme de cette assemblée ». Héra, Athéna et Aphrodite se sentent immédiatement visées et elles se disputent déjà titre et pomme. Zeus se dégonfle et ne veut pas trancher, il envoie Hermès trouver « un ingénu qui servira de juge ». Le hasard (mais pas tout à fait le hasard…) tombe sur Pâris, un jeune berger qui se laisse convaincre par Aphrodite, déesse de l’Amour, qui lui promet, en échange, la plus belle femme du monde, la fameuse Hélène.

         Peut-être est-ce là le seul livre qui a été lu par les quatre membres de ma famille. J’étais la dernière à passer et je me demande bien ce que mes enfants ont pu comprendre de l’intrigue. La chronologie est bouleversée et, pour une fois, je trouve que ce n’est pas l’idée du siècle, la complexité et la multitude des personnages rendant déjà l’histoire assez compliquée. Théâtralisé, le récit met en scène des personnages parfois un peu trop lisses ou trop prévisibles (les déesses sont hyper sexy, les héros archi balaises). J’ai bien aimé l’ensemble mais, bémol de taille, on attend le cheval de Troie tout en sachant qu’il ne viendra point puisqu’il s’agit d’un tome 1 et qu’il y en aura 3… Puisque le tome 2 n’est prévu que pour septembre, je vous conseille d’attendre parce qu’il faut bien admettre qu’on reste sur notre faim à la dernière planche même si, ô merci, des tableaux et diverses œuvres autour du thème nous sont présentés en fin d’album (et, avec le texte explicatif de Luc Ferry, c’est très bon).

 

« 16/20 »

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 18:01

 

Encore une belle découverte Gallmeister !

           Stoney Calhoun est un pêcheur émérite. Il travaille dans une petite boutique d’articles de pêche qui propose aussi à ses clients de leur servir de guide pour mieux appâter truites et bars, tenue par sa maîtresse, la formidable Kate « à la beauté spectaculaire ». Mais Calhoun n’est pas un homme ordinaire : il a perdu la mémoire suite à un accident de montagne, est resté des mois allongé dans une chambre d’hôpital avant de rejoindre, à l’instinct, le Maine, et de tomber amoureux de Kate, cette femme mariée à un homme grabataire.

           Calhoun accueille Green, un client aux allures de riche, cherchant un guide pour pêcher la truite. Calhoun n’ayant aucune envie de crapahuter avec ce type snob qui ne lui revient pas, refile le job à Lyle, l’autre employé du magasin. Sauf que son copain ne reviendra jamais de cette virée. Des recherches sont menées pour remettre la main sur ce Green resté introuvable. C’est alors que des réminiscences du passé surgissent dans l’esprit de Calhoun : plutôt que de vrais souvenirs, des sentiments, des impressions, des compétences voient le jour : Calhoun se montre très doué lorsqu’il esquisse le portrait de Green destiné à la police, il fait preuve d’une extrême précision dans son récit, il s’avère être un athlète doué d’une force et d’une impatience incomparables. Et finalement, c’est lui tout seul, avec son fidèle chien Ralph, qui va résoudre cette énigme.

          Ce roman, premier tome d’une trilogie, se lit avec plaisir non seulement pour son enquête policière, mais aussi et surtout, pour cette atmosphère américaine qui empeste le poisson. Voilà un livre qui fait apprécier les appâts, les lançons, les mouches, les soies, tout ce vocabulaire propre à la pêche ! Le personnage de Calhoun est délicieusement croqué aussi, il faut bien l’admettre, cette aura de mystère qui entoure son passé laisse présager le meilleur dans les tomes à venir. Seule petite ombre au tableau : l’histoire d’amour entre Kate et Calhoun qui, malgré l’apparente modernité de l’attitude de la femme, renvoie un peu trop aux fantasmes masculins (ses cheveux noirs de jais descendent jusqu’aux fesses et c’est elle qui désigne la chambre quand elle veut assouvir ses besoins…) En tous cas, nul doute : je lirai la suite !

 

« Lorsqu’elle lui demanda ce qu’il se rappelait, il essaya de lui décrire les crevasses dans son esprit, ces curieux moments de clarté qui lui venaient parfois, les êtres qui entraient et sortaient furtivement de sa tête, des gens connus et oubliés qui surgissaient brusquement dans ses pensées. »

 

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 21:07

 

               

                Nous sommes en Angleterre, en mars 1924. Ce n’est pas un dimanche ordinaire puisqu’il s’agit du « dimanche des mères », ce jour unique dans l’année où les maîtres donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère. Pour Jane Fairchild, la domestique orpheline, ce jour est particulier pour d’autres raisons : elle reverra une dernière fois son amant, Paul Sheringham. La bonne entretient, depuis plusieurs années, une liaison évidemment clandestine avec ce jeune homme de bonne famille destiné à se marier quinze jours plus tard. Il s’agit donc de leur dernier rendez-vous sensuel. Pour marquer l’occasion, Paul fait entrer Jane par la grande porte, dans la fastueuse maison familiale temporairement désertée par ses occupants. Après des adieux quasi muets, Jane va errer, nue, dans cette vaste demeure, attirée par la bibliothèque. Elle va prendre son temps pour quitter les lieux, à la manière dont Paul, pourtant en retard, a pris son temps pour rejoindre sa fiancée.

                    Ce roman est à part pour bien des raisons. Il se dégage immédiatement une atmosphère étrange et oisive, les deux amants sont longuement décrits nus à se regarder, à s’explorer une dernière fois, dans une chambre luxueuse dans un moment qui paraît figé et qui va résonner longtemps pour Jane. Ce tableau à la fois grave et frivole permet des va-et-vient dans la chronologie en nous projetant même dans l’avenir de Jane, lorsqu’elle sera nonagénaire. J’ai absolument et entièrement adoré les deux premiers tiers de ce roman : l’ambiance surannée d’un univers engoncé dans ses principes côtoie l’interdiction, le secret, la liberté incarnée par cette jeune femme fière d’être orpheline et sans attaches, « d’être née indigente », passionnée de lecture. J’aurais pu m’arrêter là, à cette relation illégitime teintée de résignation ironique, à ces silences torrides, à ces deux êtres que tout oppose réunis par la chair. L’auteur a fait le choix de nous projeter dans le futur de Jane, émettant l’idée que cette journée a bouleversé ses desseins en les rendant exceptionnels puisqu’elle sera écrivain, et je trouve que ça brise un peu ce moment suspendu si plein de charme. L’écriture est belle, aussi sensuelle que les beaux amants, aussi serpentine que les pensées cachées des protagonistes. En bref, j’ai adoré ce court roman et, même si j’apprécie beaucoup Downton Abbey, je trouve un peu réducteur de comparer ce texte magnifique à la série.

 

 

Lorsque Jane s’en va, nue, parcourant couloirs, hall et chambres : « Elle n’avait rien de particulier à faire, sauf dans la chambre du premier où ce qu’elle avait à faire était déjà fait. Et pourtant, d’une manière générale, sa tâche incontestable semblait consister à imprégner de sa présence, intruse et dévêtue, cette maison, qui était sienne sans l’être. Elle s’exécuta donc. Glissant de pièce en pièce. Elle regarda, mémorisa, mais, en secret, laissant aussi une part d’elle-même. Se dire que, si choquante que fût sa visite – elle était à poil ! -, personne ne saurait ni ne devinerait jamais qu’elle avait été ici semblait lui donner des ailes. Comme si sa nudité lui conférait non seulement l’invisibilité, mais aussi l’impunité. »

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