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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 15:08

 

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Voilà un livre que j’ai lu il y a à peine cinq jours et qui n’est pas resté dans mon esprit. Pourtant j’apprécie l’œuvre de Sepulveda, mais ce roman ne m’a pas du tout convaincue. Il y est question de politique chilienne et d’actions révolutionnaires. Les personnages frôlent  l’image d’anti-héros, ils jouent les braves mais sont plus ridicules que courageux. Il s’agit de trois sexagénaires qui attendent « le Spécialiste » qui les a convoqués pour braquer une banque. Le plus cocasse c’est que ce Spécialiste meurt le plus bêtement du monde. Scène de ménage dans un appartement, la femme s’emporte et jette par la fenêtre ce qui lui tombe sous la main : le tourne-disque. C’est cet objet qui mettra fin aux jours de notre héros révolutionnaire qui passait sous les fenêtres de la meurtrière malheureuse.

« Il reçut le coup, s’arrêta, vacilla, sentit disparaître la pluie et la nuit de Santiago, s’adossa à un mur puis son corps vaincu, attiré par un appel urgent du sol, commença à s’affaisser, il porta les mains à sa tête pour y chercher une réponse qui n’arriverait jamais et, finalement, tomba sur le côté. Son crâne montrait une ouverture qui laissait échapper des flots de sang et aussi l’intimité grisâtre cachée pendant soixante-cinq ans sous la calotte de calcium. »

Rendez-vous manqué pour moi mais ce roman aux résonnances picaresques ne manquera pas de plaire à certains d’entre vous, j’en suis sûre !

 

Et puisqu’on voyage encore, Santiago, pour le plaisir des yeux :

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 17:46

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Le livre a obtenu le prix du Polar Jeunesse au Salon de Montigny-lès-Cormeilles en 2007. C’est mérité.

 

         C’est la disparition de son père de cœur qui pousse le narrateur, un homme d’une cinquantaine d’années, à se remémorer un fait de son enfance. Un drame et un scandale.

Retour en arrière. Rentrée scolaire 1965. Gabriel Orthis est instituteur, il a été nommé à Saint-Clémentel pour remplacer Mattéo, « une vraie peau de vache », parti à la retraite. Gabriel Orthis se distingue immédiatement des enseignants que les enfants de 7ème avaient connus auparavant : pas de blouse grise, pas de bonnet d’âne, ni punition ni coups ; la méthode du « nouveau » consiste à faire apprendre des choses aux enfants tout en s’amusant. Une rumeur va rapidement troubler la quiétude d’un village : Gabriel Orthis préfèrerait les hommes ! Ô scandale ! Les esprits sont encore obtus dans les années 60. L’instituteur se fait traiter de « pédé » et la définition d’un homosexuel pour certains villageois est simple : « un malade mental qu’il faudrait enfermer dans une maison close ». Le principal intéressé vit tant bien que mal les ragots de son entourage. Il continue à faire le métier qu’il aime tellement.

Survient alors un drame. Dominique Maréchal, un copain de classe de Rémy, le narrateur, disparaît un samedi de mai. « …le corps de Dominique fut découvert dans un bois des environs. Il avait été jeté derrière un épais fourré, puis sommairement recouvert de feuilles et de branchages. Personne ne connaissait encore les circonstances du drame, mais tout le monde déduisit très vite qu’il avait été assassiné à coups de pierre ou peut-être de gourdin sur le crâne. »

Le garagiste Boutté qui n’a jamais pu supporter les orientations sexuelles du maître d’école, porte immédiatement les soupçons sur lui et c’est devant un groupe de parents d’élèves qu’il l’interroge sur son emploi du temps du samedi après-midi, le moment de la mort de Dominique. Décontenancé, Gabriel Orthis refuse de répondre et s’attire ainsi la malveillance d’une bonne partie des villageois.

Les policiers prennent le relais en l’interrogeant. L’instituteur n’a pas d’alibi, il était chez lui en train de lire, dans sa maison isolée. L’enquête continue et ce sont les élèves qui sont questionnés. Oui, ils aimaient leur maître qui était très doux avec eux ; le narrateur confirme que l’instituteur lui avait déjà posé une main sur la tête… Il n’en faut pas beaucoup plus pour perquisitionner le domicile du maître.  Aucune preuve n’y est trouvée. Pourtant, la banquette arrière de sa voiture est maculée d’une tache noirâtre qui s’avère être du sang. L’excitation des villageois grandit encore un peu plus. L’analyse du sang révèlera qu’il ne s’agissait que du sang d’un lapin acheté à une fermière des environs.     

« Retour donc à la case départ, la piste de l’instituteur se refermait… »

Pourtant, « ils étaient bien peu nombreux ceux qui croyaient en l’innocence de Monsieur l’instituteur. Par principe d’abord : « C’est pas parce qu’on n’a rien trouvé, qu’il n’y a rien ! » ». Le pauvre homme reçoit des lettres de menaces, l’oncle du petit Dominique va jusqu’à tirer des coups de fusil sur sa maison.

Revirement de situation lorsque l’instituteur se fait arrêter et menotter pendant qu’il faisait la classe. Insulté par les villageois. C’est monsieur Pasquier qui aurait vu l’instituteur dans sa voiture près de l’endroit où le petit corps d’enfant a été découvert. L’interrogatoire de Gabriel Orthis dure, et c’est un homme épuisé et découragé qui finit par avouer un crime qu’il n’a pas commis. Il signe le procès verbal. Le commissaire lui-même n’y croit pas mais les villageois sont satisfaits, il n’y a que le petit Rémy, le narrateur qui, seul, mène son enquête. Il refait le chemin qu’aurait parcouru Dominique et comprend les causes de la mort de son copain : il retrouve un morceau du tissu de la chemise de Dominique dix mètres en contrebas d’un mur que le garçon avait l’habitude d’escalader. C’est vrai que le gamin était casse-cou.

Courageux, c’est à vélo que le narrateur accomplit les dix-sept kilomètres qui le séparent du commissariat. Une convocation intimidante de Pasquier lui fait tout avouer : le garçon est tombé sous les yeux du bonhomme qui l’a cru mort. Il s’est affolé, s’est imaginé qu’on pouvait l’accuser à cause de la grosse marque qu’il avait à la tempe, s’est mis en tête de cacher le corps, l’a embarqué dans sa voiture avant de le dissimuler un peu plus loin.

On ne prend pas la peine de prévenir immédiatement Gabriel Orthis qui, désespéré, se pend dans sa cellule. Il ne meurt pas, remercie Rémy : « Dans ses yeux, je lus que quelque chose s’était cassé en lui. Je ne me trompais pas ; j’appris longtemps plus tard qu’il avait eu à endurer les affres d’une profonde dépression ». C’est dix ans plus tard que les deux hommes deviennent amis, que Gabriel Orthis devient même le parrain des enfants du narrateur qui assiste à ses dernières minutes de vie.

« Il tenait ma main entre les siennes. Puis il a dit quelque chose, dans un souffle. Je crois que c’est « Merci, Rémy ». Son étreinte s’est légèrement raffermie. Enfin, il a fermé les yeux et s’en est allé. Gabriel Orthis était un ange. L’amour et l’innocence tombés du ciel ».

L’excipit du roman le prouve : Gabriel Orthis est un peu trop, seulement moi, décrit comme un être frôlant la perfection, et le manichéisme (lui et le narrateur sont un cran au-dessus de tous les villageois et des policiers) m’a dérangée. Mais c’est un roman pour les jeunes, il reflète l’injustice que peuvent subir certains « marginaux », l’esprit étriqué de villageois ayant peur de « l’étranger », la vie carcérale. Un roman édifiant donc, même si les traits sont légèrement grossis ; le suspense ménagé par l’auteur rend sa lecture très agréable.         

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 08:46

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Je n’aime pas tellement quand on écrit « sur » quelqu’un après sa mort. Mais étant fan de Gainsbourg, littéralement fascinée par le personnage et par l’artiste qu’il était, je me suis laissé tenter par cette biographie partielle écrite par sa première épouse, l’inconnue du grand public.

Je n’ai pas appris grand-chose. De petits éléments par-ci par-là, des anecdotes – certaines sont pertinentes, mais Lise passe tout de même dix chapitres sur trente-deux à raconter sa vie, et ça m’a profondément ennuyée.
Que garder alors de cet étalage de souvenirs ? Voici quelques morceaux choisis :

      Lise est sa première épouse mais aussi celle avec qui il a gardé contact (autre manière de dire qu’il a couché avec elle) pendant toute sa vie, même pendant la période Jane, même quand Jane l’a quitté. Le soir de leur divorce (c’est Lise qui souhaite la séparation), ils font, sur sa volonté à lui, un mariage gitan, ils mêlent leurs sangs et se jurent d’être toujours là, l’un pour l’autre. « Dès qu’il se sentait trop seul, qu’il suffoquait d’angoisse, il m’appelait, toujours de la même façon : « C’est moi, viens tout de suite. » Et je courais… »

      Elaeudanla Teiteia, c’est elle, elle s’était choisie comme pseudo, Laetitia.

      Serge sait très bien jouer le macho. Un soir, il la menace « A quoi ça sert que je t’aie donné mon nom si tu ne fais pas mon lit ? ». Cette parole lui vaudra une première séparation physique ; Lise s’installe dans une chambre en face de la sienne.

      Contrairement à ce qu’il a affirmé, Gainsbourg se serait servi d’un dictionnaire des rimes et d’un dictionnaire des synonymes pour écrire ses chansons.

      Sa première chanson s’appelle « Défense d’afficher ».

      Son œuvre picturale, malgré son immense talent, n’était pas très abondante. « Je sais peindre, mais je n’ai rien à dire ».

      Il a eu la chance d’avoir une chambre dont le placard donnait sur une salle de concert, ce qui lui permet d’assister aux répétitions des plus grands musiciens. « En écouter travailler les plus grands, il apprend énormément sur la composition, sur la manière d’enregistrer un disque, de diriger un orchestre, de préparer l’accompagnement d’une chanson. Il découvre tous les secrets de fabrication de la musique et essaie aussitôt de les transposer sur le vieux piano de notre chambre. »

      Serge est amoureux de l’esthétique. Dans son appartement, rien n’est confortable, mais chaque objet a sa place, doit être à cet endroit et nulle part ailleurs. Jane aussi fait partie du décor, affirme Lise.

      Lise peint aussi, n’a pas voulu qu’il consacre du temps à des « chansonnettes » mais aurait préféré qu’il se jette corps et âme dans la peinture. C’est l’un de leurs principaux sujets de dispute.

      Il n’a jamais plaqué aucune femme, il s’est toujours fait ou laissé quitter.

      Il lisait à haute voix du Constant, du Bossuet, du Catulle ou encore Aragon et Apollinaire (un vrai bonheur que ça devait être, de l’écouter !!!)

 

Le livre, écrit au présent, est maladroit et transpire l’amateurisme mais, pour moi, il a l’avantage d’évoquer Gainsbourg.

Entre les lignes, Lise nous fait comprendre qu’elle a été la femme de sa vie, lui-même aurait qualifié leur relation de « pérenne ».

Lise dit qu’elle n’a jamais été bavarde, qu’elle aurait pu avouer au grand jour leur relation, qu’elle aurait pu s’enrichir sur le dos de leur secret. Elle ne l’a pas fait, certes. Mais pourquoi aujourd’hui alors ? Ces biographies qu’on nous livre « après » me semblent toujours malhonnêtes puisque le principal intéressé n’est plus là pour se défendre, répondre, se justifier.

D’autres lecteurs verront peut-être en Lise un être d’une remarquable humilité, la fidèle, celle qui a su être là pour « Lulu », celle qui est restée dans l’ombre sans profiter des attraits des lumières de la gloire.

 

 

 null Lise Lévitzky

 

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 15:04

 

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Après Projet oXatan, je m’étais promis de lire un autre Colin. C’est chose faite avec ce roman fascinant qui allie suspense, Histoire et fantastique.

Paris, le 23 décembre 1942. Adrien vit seul avec sa grand-mère immobilisée en chaise roulante. Rusé, il sait contourner les nombreuses restrictions causées par l’Occupation. Un jour, il intercepte un étrange message destiné à son grand-père, Joseph Berthelot, mort dix ans auparavant : « Aux temps maudits de l’Exode, vous avez aidé les nôtres. Une fois encore, nous faisons appel à vous… » Signé : Leydamoon du peuple Annwyn. »

Intrigué, le jeune garçon court au rendez-vous fixé au parc des Buttes-Chaumont.  Il y rencontre trois étranges créatures petites et pâles : Téthys, Mérak et Leydamoon, leur chef ; « leurs oreilles étaient pointues, leur longue chevelure grisée ondulait en reflets plus sombres, et leurs vêtements semblaient venir d’un autre âge ». Ce peuple pacifique se nourrit des rêves des humains mais la situation s’étant dégradée petit à petit, la Première Guerre Mondiale a fait fuir certains Annwyns conduits par leur reine, Titania. D’autres sont restés, pensant que « les humains retrouveraient leurs esprit ». C’est sans compter leurs ennemis jurés, les Siths, des Annwyns qui ont trahi les leurs et se sont associés aux Nazis. Si les derniers Annwyns quittaient la Terre pour rejoindre le pays des fées, Ti-nan-Og, les Siths perdraient tous leurs pouvoirs.

Adrien promet d’aider ses nouveaux amis. Avec eux, il retrouve les plans de la formidable machine (conçue par son grand-père, Monsieur Fischer un marionnettiste et le baron de Martelle) qui permettra aux « enfants de la lune » de rentrer chez eux. Les Siths, les Nazis et les collabos leur mettront des bâtons dans les roues. La victoire ne se fera pas sans heurts puisque la grand-mère d’Adrien perd la vie et que lui-même finit par tuer un homme. Des éléments complètement abracadabrantesques animent l’intrigue : un crocodile, Kronos, veille fidèlement le manoir du baron de Martelle. Il y a aussi ce projet terrifiant des Siths : ressusciter des ptérosauriens, ces immenses oiseaux préhistoriques. « Lorsque ces animaux meurent, il arrive qu’une petite parcelle de vire reste coincée à l’intérieur de leur corps. C’est une parcelle minuscule, mais cela peut suffire à les faire revivre … quand on connaît la magie (…). Les Siths s’emparent de ce petit bout de vie fossilisé et y injectent des substances mauvaises pour le faire grandir. A partir de fragment, ils parviennent à reconstituer le corps tout entier. Le résultat est un désastre ».

Adrien s’apparente à un petit Tintin cavalant dans les rues de Paris, bravant courageusement l’ennemi et s’improvisant chasseur de fantômes. Tout finit bien, Adrien sera adopté par le richissime baron mais la note pessimiste persiste jusqu’au bout : les Annwyns ne reparaîtront plus jamais, « l’humanité avait abandonné ses rêves ».

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 08:33

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Un vrai coup de cœur ! J’ai adoré ce petit roman empli de douceur et de poésie.
L’histoire : Fanny Morin, 15 ans1/2, est amoureuse de Loïc Carneau, 18 ans moins trois mois. Malheureusement, le garçon déménage, s’éloigne de cette banlieue parisienne pour le sud de la France. La déchirure de la séparation contraint Fanny à prendre une décision terriblement audacieuse : elle rejoint son amour, va parcourir les 800 kms seule et sans prévenir personne.


La fugue se découpe en 6 chapitres :

1.     Le voyage en train de Fanny ; les pensées, les peurs, la détermination de la jeune fille. Tout ce qu’elle quitte :

-      ses études, « elle y pense, bien sûr. Comme à un saut de haies trop hautes qui va durer trois ans au mieux, un épuisant parcours où déjà elle s’échine, donne le meilleur d’elle pour obtenir à l’arraché  peut mieux faire, tout juste passable. Et parfois même  insuffisant. »

« Trois années de galère en attendant le bac. Bac : bateau à fond plat servant à passer d’une rive à l’autre. Elle rit, d’un battement de cils, d’une ombre de fossette. Il a pris l’eau, son bateau à fond plat ! Il vient de s’envaser pile entre les deux berges ! »

- sa mère… « Fanny croit la voir, toute seule à présent, dans l’appartement trop grand. Ca la chiffonne. Ca fait quelques faux plis sur son bonheur tout neuf. Elle n’a pas envie d’y penser, pas du tout. Elle ne veut pas de ce froid, cette banquise : sa mère, seule, avec son regard toujours triste. »

- la banlieue, « pauvre enfer quotidien, méchante usure. Féro-cité. Adver-cité. Vora-cité. »

 

2.    La mère de Fanny, Lucie, qui « n’a pas entendu le Fannyvari matinal » découvre une lettre posée sur le lit de sa fille, s’inquiète et s’interroge : « Avant ce Loïc, dont le nom est écrit partout en marge des cahiers, des feuilles de classeurs, des agendas. Voleur. Pirate. Ce mauvais prestidigitateur, qui a changé sa fille en embryon de femme. Qui a transformé ses moues, ses rires de bébé, en feulements de petite panthère agressive, qui tourne en rond sur ses envies de liberté. » « Où s’est-elle enfuie, à présent, la chevrette ? Longe rongée, porte poussée, petits pieds furtifs qui descendent sans bruit l’escalier, trottinent dans la nuit vers d’autres prés. Gourmandise de liberté… »

3.    Loïc, qui a loué un petit studio à l’insu de son père chômeur, sur sa paie d’apprenti. Contrarié et exalté à la fois, il aime Fanny et a besoin d’elle : « Si Fanny ne lâche pas sa main, si elle garde toujours dans les yeux cette ferveur pour lui, il deviendra un grand parmi les grands. Il le sait. Il en est sûr autant qu’il est sûr de l’aimer. Fanny le pousse vers le haut, lui bricole des ailes immenses, le déploie. »

4.    Jacques Morin, le père de Fanny, routier, se remet en question, chose qui lui arrive rarement, se sent mauvais père, « de passage chez lui, comme en terre étrangère » car souvent absent. Désemparé, furieux, angoissé.

5.    Retour sur Lucie et l’étape qui suit le choc de la découverte. Elle appelle son mari, sa copine, les copines de sa fille et finalement le père de Loïc. Enquête.

6.    Une très jolie lettre, celle de Lucie pour sa fille Fanny, celle qui ne juge pas, qui respecte le choix de sa fille. Une lettre que j’ai trouvée admirable et très courageuse. « On n’a pas envie de tomber dans le drame, de venir te chercher de force. Tu nous en voudrais. Et nous, on se sentirait ridicules. Je suis sûre que Loïc et toi, vous vous aimez vraiment. » L’enveloppe contient aussi deux billets de train non datés, des bonbons et un petit cadeau du papa. Une lettre qui rapproche au lieu d’éloigner, qui donne au petit oisillon son envol.

Je crois que les nombreuses citations le prouvent, j’ai beaucoup aimé l’écriture de l’auteur. Ce style fait de néologismes, d’analogies, d’associations d’idées, de jeux de sonorités qui le rapproche parfois du rap ou du slam, m’a séduite.

 

Encore deux exemples :

« Une lune pâle, qui s’est levée par mégarde en plein jour, la suit. Lui fait son cinéma de lune, cache-cache les arbres, saute-mouton les collines, les ponts. Le train va. Il va sa route de ferraille. Tangue et balance, se penche dans les courbes. »

« Il lui a donné la moitié gauche de la lune, parce que c’est le côté du cœur. Elle lui a offert l’océan Pacifique, pour le bleu pareil à ses yeux, et puis parce que c’est loin. »

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 14:49

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Un homme, dont l’épouse s’est suicidée quelques heures auparavant, revient sur sa vie de couple, repense à leur relation, analyse son comportement à elle mais surtout ses propres gestes et idées.

Cette nouvelle tragique écrite à la première personne retrace les méandres de l’esprit d’un homme qui pensait bien faire, un homme qui ne comprend pas le suicide de sa femme puis, par ses réflexions et ses introspections, qui parvient à faire la lumière sur ce qu’il s’est passé.

Prêteur à gage, cet ancien officier congédié de l’armée, s’est mis en tête d’épouser une jeune fille de 16 ans, par compassion mais aussi par orgueil. Il prône la sévérité et fait barrière aux rires, aux excès de joie et d’innocence que la jeune épouse exprime les premiers temps : « Mais moi, cet enthousiasme, tout de suite, je l’ai accueilli par une douche froide. Et, mon idée, elle était là. Ses enthousiasmes, j’y répondais par le silence, un silence indulgent, certes … mais, quand même, elle a vu tout de suite que nous avions une différence,  et que j’étais une énigme. » Très vite, une distance sépare les deux êtres, ils font chambre à part, elle vaque à ses occupations, il ne la dérange pas. Mais la présence d’un revolver dans la maison tentera la jeune femme, sans passer à l’acte, elle pointe l’arme sur la tempe de son mari endormi. Celui-ci le sait, cet acte avorté le bouleverse et de l’indifférence froide, il passe à la passion brutale et charnelle. « Et elle croyait bien, elle y croyait que tout allait vraiment rester comme ça : elle à sa table, moi à la mienne, et nous comme ça, jusqu’à soixante ans. Et là, soudain, je reviens, son mari, et son mari qui a besoin d’amour ! Oh le malentendu ! Oh mon aveuglement ! »

Le texte de Dostoïevski reste ouvert aux multiples interprétations : le mari est-il simplement maladroit ? Est-il un véritable tyran ? Quelle est la part de responsabilité de la jeune femme ?

Un huis clos intense et psychologique signé par un grand maître ! 

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 17:55

        Le blog souffre d'une absence de connexion internet à domicile. Je me débrouille comme je peux, batifolant sur d'autres ordis, mais j'en ai ras-le-bol.
    

       Sachez qu'il existe encore des endroits en France, pas nécessairement reculés, perdus ou isolés qui n'ont pas de connexion Internet. C'est notre cas. Aucun fournisseur d'accès ne peut nous satisfaire, la Wimax ne passe pas non plus, notre dernier espoir reste la parabole.

      Donc, amis lecteurs, je lis toujours, j'écris toujours des billets, je lis toujours vos commentaires, mais je viens de manière plus espacée sur le blog.

 

J'entame ma 9ème rentrée sans connexion et j'avoue que c'est difficile.

 

 

 

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J'ai des envies de ça ...

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 14:26

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En quête d’une pièce à jouer par une petite troupe d’amateurs, je suis tombée, un peu par hasard, sur celle-ci, fort sympathique.

Maud est une richissime quadragénaire qui convoque ses anciens copains de jeunesse dans sa grande propriété de Touraine. Il y a Henri, l’homme à femmes, marié à une jeunette de 20 ans ; Louis, l’éternel alcoolique aigri par la vie, Isabelle, l’épouse d’Henri, décrite comme une « oie » qui ne pense qu’à rejoindre ses amis de Saint-Tropez ; Edmond, un prof petit et gros, et Sylviane, la dame de compagnie de Maud qui en a ras-le-bol de sa maîtresse.

Maud s’ennuie et après avoir parcouru le monde et collectionné les amants, a trouvé un nouveau jeu : retrouver sa jeunesse, revivre ses 20 ans. Elle contraint donc ses amis à refaire les pique-niques et les balades d’antan qu’elle avait scrupuleusement notés dans son journal intime à l’époque. C’est drôle et léger mais ça ne fait pas rire tout le monde, les répliques se font de plus en plus grinçantes, Louis avouera d’ailleurs que « la jeunesse, c’est aussi dangereux à réveiller qu’un tigre ! ».

Maud n’a en réalité qu’un objectif : retrouver son ancien amour, son seul véritable amour, Jean-Loup. Il apparaîtra tel le Messie tant attendu dans le dernier quart de la pièce mais se révèlera décevant : homme d’affaires plein aux as, imbu de sa personne et finalement peu désireux de retrouver ses 20 ans.

La pièce se veut tragique quand on retrouve Maud, les veines tranchées. Elle survit et, plus sereine, reste avec Louis, le constant, le fidèle.

Des registres différents, des personnages pleins de défauts, une époque omniprésente, celle des années 60 et un ton grinçant, sarcastique et finalement, terriblement juste.

 

La difficulté est de trouver des acteurs qui aient tous entre 40 et 50 ans…

 

« Maud

Ta sciatique… c’est la famille des « iques » ici. Louis est alcoolique, Edmond hépatique, Sylviane  a une sciatique, et toi Henri… qu’est-ce que tu as, Henri ?

Louis

Henri est sympathique. C’est une maladie grave. Et toi, tu es dynamique, c’est une maladie grave aussi, pour les autres. »

 

« Louis

Tu es heureux quand tu te réveilles à l’aube et que ton cœur te chuchote que tu vas mourir un jour ? Tu es heureux quand tu te pèses sur ta balance ? Tu es heureux quand ta femme t’ennuie ou que tes enfants te déçoivent ? Tu es heureux quand tu te vois dans une glace ? »

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 14:21

 

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       Un roman initiatique qui a pour thème l’enrôlement d’un jeune dans un mouvement d’extrême droite.

Banlieue parisienne. Alex Barbeau est en quatrième, il a déjà redoublé, il est « nul » à l’école, n’a pas d’amis mais un père chômeur et une mère qui lui crie dessus. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un ado mal dans sa peau et influençable. Par hasard, il rencontre Stéphane, Ludo et Eric, trois jeunes qui le défendent contre une bande de voyous, celle de Marco et d’Ahmed qui clament haut et fort que la cité leur appartient.

Les trois jeunes appartiennent au P.N.F., un parti d’extrême-droite. Alex est flatté d’avoir des amis et même s’il n’est pas forcément d’accord avec eux, « il n’a aucune envie de gâcher leur amitié pour des trucs sans importance ».

Les trois racistes tentent d’inculquer un certain savoir au collégien : les Juifs, « c’est les pires, lui a raconté Ludo, parce que tu vois, les Arabes, au moins on les reconnaît, alors que les Juifs, ils nous ressemblent. Heureusement, Henri, le mec pour qui on colle les affiches, il m’a donné deux ou trois trucs pour les repérer : la plupart ont un gros nez. D’autres ont les oreilles décollées et une grosse bouche. Et puis, surtout, c’est leur nom qui les trahit,  des trucs qui finissent en Berg ou en Mann ou bien Cohen aussi. »

Alex va s’intégrer à la bande par étapes successives : il commencera par se faire tondre le crâne puis se procurera bomber kaki et Doc Marteen’s. Il s’essaiera à la bière malgré son dégoût, il les aidera à coller des affiches et distribuer des tracts. Le but est de faire la pub pour le meeting de M. Migrault, le représentant du P.N.F. dans le secteur.

Alex ne s’est « jamais senti aussi bien »… jusqu’au soir où il assiste au tabassage d’une petite vieille de son immeuble par ses trois compères. Parce qu’elle s’appelle Rosemberg, un nom juif. En cachette, Alex aide la vieille dame à se relever et à regagner son appartement.

Il commence à culpabiliser, et, l’esprit torturé et sans trop savoir pourquoi, il suit la vieille dame quelques jours plus tard. Le voyage est long et l’amène à Paris où la femme le reconnaît et l’invite à le suivre dans un resto juif. Il apprend là-bas qu’Hannah Rosemberg a été déportée à dix ans, qu’elle n’a jamais revu ses parents et que « comme beaucoup, elle a brûlé au fer à repasser les numéros tatoués sur son bras. Pour s’aider à oublier ».

Alex quitte ses vêtements kaki et se laisse à nouveau pousser les cheveux. Il ira jusqu’à défendre les contre-manifestants le jour du fameux meeting. Son professeur de français l’aide aussi à ouvrir les yeux grâce à un joli texte de Louis Chédid, « Anne, ma sœur Anne » dédiée à Anne Frank.

Une histoire édifiante qui conviendra sans doute à tous les collégiens. J’ai déjà lu beaucoup de livres pour la jeunesse dont le thème était la tolérance et la lutte contre le racisme, mais c’est le premier qui pointe aussi directement du doigt la politique d’extrême-droite. C’est clair et direct.

Une petite explication du titre quand même : c’est le jeudi et uniquement ce jour-là qu’Alex croisait la vieille dame dans les escaliers. Le jeudi où les trois racistes l’ont frappée était un jeudi « particulier ».

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 14:40

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La lecture de Deuils de miel  m’avait donné envie de découvrir plus amplement cet auteur. J’ai retrouvé les mêmes ingrédients dans ce thriller : suspense, écriture trépidante, angoisses ancestrales qui affleurent à chaque page mais cette fois-ci plus que pour le premier roman lu, j’ai été gênée par les horreurs décrites. On parle de mort d’enfant, de tortures que subit une femme enceinte, de sujets morbides et crus. C’en était un peu trop pour moi.


L’histoire maintenant : deux intrigues parallèles qui se rejoignent. Deux hommes s’amusent à rouler tous feux éteints en pleine nuit pour se procurer de grosses doses de frissons. Tout à coup c’est le choc, ils ont percuté un homme qui portait un sac de sport. Mort sur le coup. Les deux chauffards découvrent alors deux millions d’euros à ses côtés. Un des deux réussit à convaincre l’autre de cacher le cadavre et d’emporter le magot.  Quelques heures plus tard, la police découvre une petite fille disparue quelques jours auparavant, morte mais dont le corps est disposé et maquillé comme une poupée. Pas de sévices, aucune torture. La seconde histoire rejoint la première puisque l’homme fauché par la voiture n’est autre que le père de la fille retrouvée morte, il apportait la rançon demandée par les ravisseurs.

Par la suite, il sera question de dissection et de taxidermie. La « Bête », le tueur, est une femme en quête d’immortalité. A la manière des animaux empaillés sur lesquels elle s’entraîne, les humains qu’elle kidnappe sont destinés à garder leur apparence physique … pour l’éternité …

La petite histoire d’amour finale entre le brigadier Lucie Henebelle et son collègue n’était pas indispensable je pense, mais hormis ce petit écart, Franck Thilliez s’efforce d’éviter les clichés. Les flics n’incarnent pas forcément la loyauté et la justice, et dans le premier polar lu, j’avais déjà apprécié ces ambiguïtés. Le jeune auteur n’oublie jamais sa région de prédilection à savoir le Nord de la France ; chaque page en est imprégnée.

 

Le réalisateur Alfred Lot a adapté le livre au cinéma en 2007. Je ne l'ai pas vu.

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