Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 22:11

                                                nideve[1]

     C’est  l’histoire de trois destins qui se croisent : « Une rencontre entre trois personnes qui ne se connaissaient ni d’Eve ni d’avant… ». Un petit garçon, Ben, celui justement qui a détourné l’expression ; une vieille dame surnommée Marquise et Franck un jeune homme solitaire.

    C’est Ben qui ouvre le bal. Il aime le cinéma qui est pour lui un refuge. En effet, ayant perdu son papa dans un accident de voiture, il ne trouve plus de réconfort au sein du cocon familial : sa mère s’est remariée avec « l’Autre », une brute sans cœur qui les bat tous les deux. Quant à sa mère, faible et fragile, elle a reporté son attention sur l’alcool… Ben est très malheureux. Il parvient plus ou moins à se confier à une vieille dame rencontrée dans une salle obscure, « ses yeux perçants de chat persan, sa bouche trop rose, son nez trop poudré et ses joues trop fardées » l’impressionnent. Elle a un chauffeur et un domestique et s’habille « comme pour aller à un bal ».

   C’est lorsque Ben, un soir de grand désespoir, tente d’enjamber le parapet d’un pont pour se jeter dans la Seine, qu’intervient le troisième protagoniste, Franck. Ben a sauté, Marquise l’a imité pour le secourir mais c’est elle qui très vite sombre avant d’être sauvée par Franck. Les trois êtres hors du commun se retrouvent pour mieux recoller les morceaux de la vie du plus jeune. Ils se rendent aussi compte que cette alchimie à trois fonctionne bien, leur fait du bien.

    Un livre qui mêle plusieurs thèmes (peut-être trop ?) : la collaboration durant la 2ème guerre, l’amitié, l’alcoolisme, la maltraitance, la responsabilité parentale, la perte d’un être cher, et j’en oublie sans doute encore.

J’ai apprécié ce livre touchant qui convient à tout âge, sans pour l’autant l’adorer.

      Yaël Hassan est un écrivain que je découvre avec ce livre, elle est déjà l’auteur de nombreux bouquins pour la jeunesse, a récolté une bonne dizaine de prix et vagabonde de salons du livre en salons du livre. Son blog est .

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 00:25

Pour les lectures dans l’esprit de Noël, faudra repasser !

    Pour une fois, je vous livre la quatrième de couverture : « Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre... ». Vous l’avez compris : humour noir, très noir. Et l’auteur réussit avec brio à nous faire rire avec un sujet tabou.

9782266179270[1]C’est la famille Tuvache qui gère le magasin. Elle est comparable à la famille Adams, il y a Lucrèce la mère, Mishima le père, Marilyn la fille, Vincent le fils et… et le cadet (Alan) qui est si « différent ». La boutique marche du tonnerre, les clients se succèdent, apprécient la variété des suicides possibles. Un petit échantillon :

-      Une corde avec un nœud coulant déjà fait (et très solide !)

-      Un poison de contact : « l’acide d’anguille bleue, du poison de grenouille dorée, étoile du soir, fléau des elfes, gelée assommante, … »

-      Le tanto : un sabre court mais très aiguisé, fourni avec un kimono de samouraï pour faire un hara-kiri dans les règles de l’art.

-      Une pomme empoisonnée livrée avec un kit de peinture. Le top tendance est de peindre la pomme avant de la manger ; le petit tableau retourne à la boutique dont les murs en comptent déjà 72 !

-      Un parpaing en ciment muni d’un anneau et d’une chaîne que l’on cadenasse à la cheville. « Vous vous mettez au bord du fleuve. Vous le jetez devant vous et, hop, vous êtes entraîné au fond et c’est fini ». Ces parpaings servent aussi à la défenestration (car, par des nuits de tornade ou d’ouragan, des gens au corps léger étaient retrouvés accrochés à des réverbères, échoués dans des branches d’arbres ou étalés sur le balcon… !). Mishima, le vendeur : « Moi, souvent le soir, soulevant le rideau de notre chambre, je les regarde tomber des tours de la cité. Le parpaing à une cheville, on dirait des étoiles filantes. Lorsqu’ils sont nombreux, les nuits de défaite sportive par l’équipe locale, on croirait du sable qui coule des tours. C’est joli. »

-      Le « baiser de la mort » ou Death Kiss : le cadeau offert par la famille à Marilyn pour ses 18 ans : un poison à s'injecter, sans danger pour elle, qui tuera tous ceux qui l’embrasseront (à la manière des animaux venimeux).

    Mais Alan chamboule cet équilibre, ce monde noir, triste et morbide ; il a un gros problème : il voit la vie en rose ! Il est optimiste et joyeux ! Quand ses parents ont le dos tourné, il jette les bonbons empoisonnés, il chantonne des chansons gaies dans le magasin et c’est lui qui a remplacé le liquide nocif de la seringue de Marilyn par du sérum glucosé. Son père finit par l’envoyer en stage de commando suicide : le garçon est malheureusement très vite renvoyé parce qu’il passait son temps à raconter des blagues…

Le livre est drôle du début à la fin, grinçant, décalé et finalement, vraiment délicieux.
Une jolie découverte! Un nom d'auteur à retenir !

Partager cet article
Repost0
9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:13

    Fallait bien que ça arrive un jour... Timothée, mon fils, m'a demandé, aujourd'hui, dans la voiture, de but en blanc (pas de conversation à ce sujet les 4 dernières années ) :

" Danaé, comment elle est sortie de ton ventre?"

Voilà, démerdez-vous avez ça ! J'avoue avoir bredouillé un truc un peu confus avant de parvenir à dire qu'elle était sortie entre mes deux jambes suspect-1-.gif...


   Et mon petit garçon ne répond rien! Je me retourne dix fois (toujours en roulant - nuit qui tombe et épais brouillard), je lui demande si ça va... puis il me dit "elle est sortie par les pieds alors?"
Je lui explique que non, c'est par la zézette... qu'il y a un petit trou qui devient très grand quand le bébé doit sortir !!! Riez, riez, vous auriez dit quoi, vous? Il m'a prise au dépourvu le gaillard! Je lui demande une nouvelle fois si ça va (en me disant "ça y est il est traumatisé à vie, il va faire des cauchemars toutes les nuits, il ne s'approchera plus d'aucune fille... ) et il me dit "je suis un peu fatigué".
Bon, ouf, une réponse qui semble appartenir au monde de la réalité, sans trace apparente de séquelles irréversibles...

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 09:13
   J'ai adoré cet auteur aussi bien dans son oeuvre théâtrale que narrative, jusqu'à ce que je lise Lorsque j'étais une oeuvre d'art, un gros navet d'après moi, je me suis demandée s'il s'agissait bien du même auteur qui avait écrit La Part de l'autre ou L'Évangile selon Pilate.
Petite déception aussi pour ce roman.


      Le sumo qui ne pouvait pas grossir
est le cinquième volume du "Cycle de l'invisible" qui en comptera huit. Trois thèmes : le sport de lutte japonais (comme le titre l'indique), la religion bouddhiste et le passage de l'adolescence à l'âge adulte qui s'accompagne de réflexions sur la spiritualité justement.
     Le texte s'apparente à une fable. Jun, 15 ans, vend des cochonneries dans les rues de Tokyo. Il a quitté ses parents très tôt : un père qui s'est suicidé et une mère qui est un "ange", elle aime tout le monde, chaque personne a droit à autant d'égard que son fils qui voudrait être celui qu'elle aime le plus.
C'est donc sur les trottoirs japonais que Shomintsu "recrute" cet adolescent chétif au langage fleuri. Le vieillard, maître du sumo, ne cesse de lui répéter "Je vois un gros en toi".
Jun finira par rejoindre Shomintsu et les lutteurs adipeux avant d'y cueillir une petite leçon de bouddhisme :



" - Pourriez-vous m'aider à maîtriser mes pensées et mon corps?
- Assieds-toi sur le sol en face de moi, bascule le bassin vers l'avant, redresse la colonne vertébrale, concentre-toi sur la verticalité de ta posture.
- Voilà.
- Ne creuse pas le ventre, ne te contracte pas, inspire et expire en douceur.
- Voilà.
- Laisse passer les pensées avec la respiration, laisse-les apparaître et disparaître.

- Elles se bousculent au portillon mes pensées, elles coulent en torrent.
- Maîtrise le flot.
     Après une semaine d'application, puisque j'arrivais à songer plus calmement, il ajouta une tâche :
- Maintenant, tente de ne penser à rien.
- A rien?
- A rien.
- Comme si j'étais mort?
- Non, comme si tu étais une fleur ou un oiseau de printemps. Ne pense plus avec ta conscience personnelle, pense avec une autre conscience, celle du monde, pense tel l'arbre qui bourgeonne, telle la pluie qui tombe
."

    J'avoue ne pas avoir été réceptive à ce genre de précepte, je n'ai pas vraiment senti en moi l'arbre qui bourgeonne ou l'oiseau du printemps.
Bon, s'y prendre  à 15 fois pour lire une centaine de pages n'est peut-être pas l'idéal non plus (merci les conseils de classe, les bulletins, les réunions...)
Le style enfantin m'a gênée ... avec une impression d'un bouquin écrit en deux temps trois mouvements ...
Partager cet article
Repost0
28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 16:12
     Conseillée par beaucoup beaucoup, je me suis enfin procurée cette BD... et je dois dire que je ne vois pas trop pourquoi elle mérite tant d'ovations!


    Les vacances d'hiver de quatre gugusses : Lapinot, Pierrot, Richard et Titi. La trentaine, une vie amoureuse un peu bancale, des remarques bêtasses et des petites galères à la pelle.

     Il y a Richard, le gros frimeur qui entraîne les autres sur toutes les pistes, Titi, celui qui veut toujours aller en boîte, Pierrot l'intello qui est capable de réciter la première phrase de La Raison Pure de Kant et enfin, Lapinot, le trouillard de la bande, qui, avec les filles,  "ne se sent pas d'entamer une relation maintenant"... et qui chausse du 88 (!)

   Je connaissais (quand même) déjà les têtes de ces personnages, est-ce d'ailleurs pour cette raison que la BD ne m'attirait pas? Il est clair que les tronches des types sont uniques.

    Je donne sans doute l'impression de n'avoir pas aimé du tout, non, j'ai été déçue, je n'ai pas trouvé ça exceptionnel ni hilarant, mais je lirai la suite.
Il s'agit d'ailleurs du "zéroïème tome", en route pour le premier alors...


Le site de l'auteur : http://www.lewistrondheim.com/
Lewis Trondheim se distingue aussi par le fait qu'il refuse d'accorder des interviews aux journalistes, arguant que tout est dit dans ses œuvres. Pour ses autographes, il a pris pour habitude d'accompagner sa signature et ses dessins personnalisés de la mention « Approximativement ».
Partager cet article
Repost0
27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 09:42

 Michel Quint utilise les mêmes ingrédients : une citation d'Apollinaire en guise de titre, un récit enchâssé, un enchevêtrement d'histoires liées également à l'Histoire, un va-et-vient passé/présent avec une petite lucarne rose ouverte sur l'avenir et des surprises en veux-tu en voilà...

    Le narrateur est montreur de marionnette mais aussi ludothérapeute, il se rend dans les hôpitaux pour distraire, voire soigner les enfants malades. C'est au chevet de Louis, un adolescent plongé dans le coma, qu'il se rend cette fois-ci. A travers ses marionnettes, Suzy et Momo, il raconte sa propre vie. Une vie faite de mensonges, de blessures, de pertes d'êtres chers mais aussi de retrouvailles.
    Enfant, le narrateur n'a pas connu sa mère,le seul héritage qu'elle lui a laissé, c'est cette marionnette, Suzy, qui lui ressemble tant. Le père, quant à lui, se montre maladroit dans l'éducation de son fils (il lui trouve un "ami de location" qu'il soudoie pour que son fils ne soit pas seul) mais aussi dans ses amours (il ne sait pas séduire cette belle Algérienne, Aïcha).
Le narrateur, lui, n'aime que la fille d'Aïcha, Halva. Aïcha lui offrira Momo, fabriqué par ses soins avec un peu de ses propres cheveux. "Et j'ai pas pu, mes yeux sont devenus comme quand je les ouvrais sous l'eau dans la baignoire, j'ai écrasé Momo sur mon coeur, et je suis monté d'une traite à ma chambre. Et j'ai présenté Momo à Suzy. Tout de suite, pas à me tromper, ils se sont aimés, Suzy sur mon bras gauche, Momo sur le droit. Ils ont rien dit, juste tendu les bras et leurs mains se sont touchées, et Suzy s'est laissée aller contre Momo ; et voilà, pas la peine d'en dire plus..."
Le narrateur apprendra aussi  que son père militait pour l'OAS, que sa mère a manqué de l'assassiner... Fi du manichéisme, personne n'est tout bon ni tout mauvais dans ce livre.
Quint nous prouve une fois de plus, son profond respect pour les artistes, leur manière si subtile et si touchante de communiquer les sentiments...
   Je ne saurais dire pourquoi mais j'ai moins accroché avec ce livre-là, pourtant beau et touchant. C'était peut-être le livre de Quint de trop. Il faut savoir faire une pause même avec les meilleurs...

   Une petite remarque concernant les couvertures des éditions Joelle Losfeld, toujours simples et magnifiques... sauf que pour celle-ci, une petite erreur a été commise, Gardel, le narrateur maniait des marionnettes à gaines et non à fils (oui, oui, c'est très important... )

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 22:06

     Actualité déjà passée (suis pas fortiche moi dans cette catégorie!) : à Colmar, s'est tenu ce week-end le 20ème Salon du Livre. Nous nous y sommes rendus en famille. Avec Danaé, c'était un peu sportif mais j'ai fait le plein de lectures, de rencontres littéraires et aussi de bruit et de chaleur!
Mon portefeuille ballonnant à l'aller criait à famine au retour, c'est dire!

Les voilà, les livres dont j'ai fait l'acquisition :
IMG_8458.JPG

11 livres  !

Petit récapitulatif :
- mon idole : Michel Quint. Il était longtemps seul à son stand (moi qui pensais qu'il y aurait foule... mon mari ne comprenant pas vraiment mon excitation), je n'osais pas l'approcher (no comment please), puis une ou deux bonnes femmes sont venues lui faire la causette, j'en ai profité pour feuilleter les livres que je n'avais pas encore lus (y'en a plus tellement), puis j'en ai choisi deux. L'écrivain m'a prise en pitié et m'a demandé si je voulais qu'il me les dédicace... et voilà, celle que j'aime le plus :


Bizarre de rencontrer l'auteur du livre que je suis en train de lire, L'Espoir d'aimer en chemin. Il a des airs assez bourrus, un visage rude et paternaliste... un regard vif. C'est drôle de savoir que tant de sensibilité sommeille en lui...
- Joseph Joffo : alors lui... lui!!!! il m'a bien eue! Première impression : des yeux clairs et un regard chaleureux, aimant, très humain. La suite m'a beaucoup plus déçue, sachez que le bonhomme de 78 ans est très "commercial" et prétentieux par-dessus le marché!  Je lui achète Incertain sourire dont j'avais entendu parler. Il me promet une dédicace "merveilleuse", me vantant son livre comme étant le meilleur depuis Un sac de billes, "les critiques m'ont comparé à Voltaire" (!!!), puis, puis... il prend un autre de ses livres, Le Partageet me dit "celui-là est sublime aussi", il prend à témoin une dame qui écoutait, ajoute que si j'avais un cadeau à faire pour Noël... et que vouliez-vous que je fisse? Avec un sourire gêné et contraint, je lui ai dit que j'allais me l'offrir à moi-même... et me voilà repartie avec deux Joffo pour 40 euros, le bougre! Que ces livres-là soient le summum du must, sinon... Ajoutons qu'il était un des seuls auteurs à encaisser lui-même son dû.
- j'ai discuté longuement avec les responsables du stand d'une librairie du théâtre située à Nice. Je leur ai acheté 4 livres, deux pour mes élèves (je débute un atelier théâtre en janvier) et deux pour ma troupe d'amateurs. Et je suis enchantée de cette rencontre : deux gars très sympa qui m'ont donné l'air d'être très compétents en ce qui concernent le théâtre et qui m'ont promis que, par mail, ils étaient tout à fait disposés à me donner des infos, à m'aider à trouver une pièce selon mes critères. C'est vraiment ce qui me manquait!
- Marie Desplechin m'a paru timide et plutôt réservée (si loin du personnage Joffo, bon pas le même âge non plus!), je lui ai dit que j'avais étudié Verte avec des 6ème (et que ça leur avait plu), elle s'est contentée d'un "Formidaaable!". Je lui ai acheté (au hasard) Dragons. Je vous tiendrai au courant.
- Enfin, Timothée a choisi Octave ne veut pas grandir d'Elisabeth de Lambilly et a eu droit à une dédicace personnalisée, un tigre dessiné par l'illustrateur Jérôme Peyrat. Bien sûr qu'il y avait d'autres livres pour enfants tentants, mais il fallait s'arrêter à un moment donné. D'autant plus que Timothée a passé plus de temps à profiter des petits spectacles réservés aux enfants que devant les stands de livres!
- le grand absent que j'aurais aimé rencontré : Yann Queffélec ! Et, apparemment, il n'a même pas daigné prévenir, ne s'est pas excusé, rien du tout... un peu déçue!
- j'ai vu Didier Daeninckx mais ne lui ai pas parlé et rien acheté... pas trop ma tasse de thé, vous
le savez...
- j'ai écouté un bout de la conférence d'Alix de Saint-André, une femme pas farouche, franche et assez rigolarde, que j'aimerais découvrir un jour à travers ses livres.
- j'en ai loupé plein d'autres et surtout je ne connaissais pas les 3/4 des écrivains présents!

Voilà, journée bien remplie! A l'année prochaine!

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 21:23

    Patraque, enrhumée et fatiguée, j’avais besoin d’une lecture « facile ». J’ai été plus que comblée avec ce livre de littérature pour la jeunesse.

    Comme le titre l’indique, Aurore, une adolescente de 13-14 ans, n’est jamais contente, elle n’aime pas son quotidien, elle trouve sa vie amoureuse misérable, ses résultats d’élève de 3ème sont désastreux, elle ne s’entend ni avec ses sœurs ni avec ses parents, ses amitiés sont vacillantes… C’est un plaisir de lire ces journal d’ado qui déteste le monde entier ! Ses mots sont drôles et parfois très justes.



Un petit assortiment :

>  Le 11 novembre : « Congé. Les bus sont décorés de petits drapeaux et tout le monde est content de ne pas aller bosser. C’est la fête de la Première Guerre Mondiale. Un million de morts, un jour de vacances. A sept millions, je me demande si on a la semaine. »

>  « Maman me regarde depuis deux jours avec des sourires inquiétants. Je me demande ce qui lui prend. Elle a peut-être une gastro de la tête. »

>  Discussion autour de Noël, des différentes religions. Samira, une amie d’Aurore : « Noël chez toi, c’est juste un soir. Chez moi, j’en prends pour vingt-huit soirs d’affilée. Un ramadan, c’est vingt-huit gros repas du soir, sans compter les vingt-huit gros repas du matin. »

>  Nouvel An : « La vraie question est : pourquoi les gens s’excitent comme des mouches, tous les soirs à la même date. Ils devraient le savoir, à force, que la soirée est interminable, le repas immonde, et que ça se termine toujours par la ronde des baisers. Qui a inventé ce rituel stupide ? Qu’il se dénonce et qu’il s’explique. Quel intérêt d’embrasser en masse des gens qu’on évite d’habitude d’embrasser séparément ? Si encore on pouvait embrasser des types pris au hasard dans la rue… Mais sa famille… Sa propre famille ? Est-ce que ce n’est pas un peu malsain ? Une chose est sûre : il était super orphelin l’inventeur des baisers du Nouvel An. Et fils unique. »

>  Après des notes catastrophiques, Aurore a brusquement décidé de se mettre au travail et a récolté un 16 en histoire : « Dans le fond, l’histoire, c’est assez simple. Il suffit d’apprendre. Franchement, je suis un peu déçue. Je ne pensais pas que c’était si bête. »

>  « Je ne peux pas dire que je n’aime pas mes sœurs. Mais elles sont différentes. Elles pourraient être martiennes. Parfois, je me dis que j’aurais préféré avoir un chien. Est-ce que des parents se posent ce genre de questions ? Pour l’année prochaine, chéri, à ton avis, une fille ou un chien ? ».

>  « Si Dieu existe, Il n’est pas au courant de grand-chose (…) et s’Il était au courant, ça se saurait. Il y a longtemps qu’Il nous a zappés. A mon avis, Lui aussi, Il trouve les infos flippantes. »

>  Avant le premier rendez-vous amoureux d’Aurore : « C’est fichu. J’ai un bouton, en haut à gauche, sur le front. Inutile de faire des efforts de costume. J’y vais en fille normale, habits normaux, chaussures normales, bouton normal. Au moins, on ne pourra pas me reprocher d’en faire trop. »

>  « 1er mai : fête du travail. Résultat : personne ne bosse. Quand même, faire des fêtes sous le seul prétexte qu’on a du boulot, c’est un manque de respect pour ceux qui n’en ont pas. Un jour, moi aussi je chercherai du boulot et personne ne voudra m’en filer. Ce jour-là, j’inventerai la fête du chômage : une fois par an, tous les chômeurs auront le droit d’aller bosser. Pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui se marrent. »

>  A propos de Julien, un amour de vacances : « Julien s’en va demain. Dans un sens, je suis désespérée. Dans un autre sens, j’en ai un peu marre de passer mes journées entières avec la même personne. Comment font les gens qui se marient, c’est la question. Ils travaillent toute la journée et ils vont au cinéma le soir, je ne vois que ça. Ou alors ils divorcent, c’est l’alternative. »

 
Bien sûr que je me suis souvent retrouvée dans ces lignes !

Il existe une suite intitulée Toujours fâchée. Le journal d'Aurore 2 et un 3ème tome : Rien ne va plus. Le Journal d'Aurore 3.

J'avais déjà lu Verte de Marie Desplechin, lu et étudié avec des 6ème. Ca avait très bien marché. Cet auteur a le don de savoir parler aux enfants et aux ado... sans pour autant ennuyer les adultes!

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 14:04
Yann Queffélec a obtenu le prix Goncourt 1985 avec son excellent roman, Les Noces barbares.

La dégustation (publié en 2003) mêle plusieurs thèmes : les dangers de l'alcool, la collaboration sous la Seconde Guerre mondiale, l'amour.
    Michel, 50 ans, est producteur du "château-bellevue", un vin renommé. Il tombe amoureux et épouse Ioura, 20 ans. Ce n'est pas la différence d'âge qui crée le fossé entre ces deux êtres mais le passé de Michel. C'est un ancien collabo chargé de réquisitionner les condamnés aux camps.
Quant à Ioura, "sa mère avait connu les camps, mais Ioura vivait dans un camp, elle aussi, lorsqu'elle habitait chez cette écorchée vive - aucune intimité, aucune vie privée, dévotion permanente au malheur de la tribu. Juifs, ils étaient juifs, condamnés à traîner derrière eux à tout jamais la fumée des crématoires." 

   Ioura est sur le point de devenir oenologue, elle passe le concours, ce "tournoi porte-couilles" réservé traditionnellement aux hommes. Certains passages sont une véritable ode au vin, alléchante et enivrante :
"Le serveur lui présenta le verre n°3, belle couleur de mûre ou de pif de cow-boy écrasé par une pouliche de bastringue. Elle approcha son nez et reconnut à coup sûr un américain, mais un deuxième choix. Du picrate, aurait dit Michel. Quelque vin massif de Nappa Valley, surmusclé, dressé comme une bête de concours, issu d'une vinification gonflette. Elle but une demi-gorgée, mâcha pour la forme et déglutit distraitement.
- Un beau parleur, déclara-t-elle avec emphase. Il a la puissance du cabernet sauvignon, un avant-goût de chêne à merrains, la fantaisie du fruit rouge, le tonus de l'alcool. Certes il est agréable au nez mais le goût précipité nuit à la bonne lisibilité des sensations. En fait, un ensemble aromatique chargé masque la finesse du cabernet. Le bois veut signaler la qualité d'un vieillissement en tonneau, le fruit rouge veut flatter les gosiers profanes, l'effet de brouillage est significatif. Outre la standardisation du goût, il cache peut-être un défaut majeur, comme le stress hydrique d'une vigne ayant subi les coups de chauffe, ce qui est la caractéristique de régions comme Nappa Valley. C'est donc un vin d'outre-Atlantique mal vieilli, d'où cette impression de comestible confit, façon chutney
".
En dire tant sur une seule gorgée m'a toujours épatée!

Le roman part un peu dans toutes les directions, Queffélec n'est pas tendre avec ses personnages et les liens qu'il tisse entre eux ne sont pas clairs : entre Michel et Ioura, haine ou amour? Rancoeur ou pardon?

Le roman est à lire si on aime le vin, si on aime aussi les descriptions de l'auteur, à la fois cruelles, réalistes, terrifiantes et sans appel.


Partager cet article
Repost0
16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 16:13

Je suis en passe de devenir une fan de Quint!

   L'auteur nous prouve, une fois de plus, qu'il adore les poèmes d'Apollinaire. Comme "Effroyables jardins" et "Aimer à peine", "Et mon mal est délicieux" est une citation du poète extraite de "Marie".

    Une histoire d'amour triangulaire.
Max aime Luz mais Luz n'a d'yeux que pour Gérard Philippe.
Non, c'est plus joli que ça. Le narrateur écoute le récit de Max Klein devenu vieux (oui, Quint est un adepte des récits enchâssés). Ce Max raconte une ancienne histoire d'amour qui le hante encore. Enfant, il tombe amoureux d'une gamine de chiffonniers qu'il compare à Chimène. "Sa peau bise de gitane adolescente aux trouées de sa robe trop grande pour elle, trop lâche du décolleté, ses manières de dévoyée, jamais coiffée, nu-pieds, brûlante et belle, belle, noiraude aux zyeux bleus, rien ne collait avec mes tenues à l'amidon, mes dégaines de grand cul. On n'était pas du même monde. mais j'aurais donné tous mes univers de gosse de riche pour qu'elle m'ouvre son pauvre enfer. Chimène des bas-fonds, Rodrigue des beaux quartiers".
    Ce conte cruel parfumé au jasmin nous transporte dans le monde du théâtre, Luz "ne connaissait, ne voulait que cette pièce : Le Cid, tragi-comédie de Pierre Corneille." Elle s'invente des représentations et Max lui donne la réplique jusqu'au jour où elle tombe amoureuse de la gueule d'ange de Gérard Philippe qu'elle croit rencontrer un soir de 1940. Tous deux font une promesse, il reviendra jouer Le Cid  pour elle, quand il sera un comédien célèbre. Luz ne vit alors plus que pour Gérard dont elle garde toutes les coupures de presse, toutes les photos, tous les articles.
Max se tait, aime la gitane en silence. Mais la jeune fille  est atteinte de monoplégie crurale, son corps s'affaiblit, sa vue baisse. Max, pour elle, "monte" à Paris et devient comédien pour approcher la star et rapporter à son "éternelle fiancée" tous les potins. Mais Gérard Philippe revient et joue Rodrigue... cependant, les apparences sont trompeuses.
Je n'en dis pas plus, la fin est touchante, bouleversante même. Un homme qui n'oublie pas le baiser d'un soir, prénomme sa fille Chimène pour "payer une dette de bonheur".

Michel Quint trouve les mots qu'il faut pour picoter notre corde sensible. C'est beau, c'est tendre, c'est humain.
"Parce que avec du vif, sincère, sans fard, sans frime, ta vie dans tes paumes ouvertes, tu m'as dit aussi l'humanité nue. Pas l'idéal, celle des religions et des philosophies, ni la créature politique, mais celle qui a mal aux dents, qui essaie d'aimer à grande douleur et immenses espoirs, malgré son gros nez, malgré la maladie, les préjugés, malgré les gloires savoureuses et les bravos, la ballottée d'histoire, l'oubliée des guerres et des destinées jolies, la minuscule, celle qui trahit et tue, et celle qui a peur, l'innocente et l'héroïque ordinaire, celle qui veut enfermer l'univers dans son poing fermé et ne peut y tenir un papillon."

Si je ne me retenais, je citerais tout le livre.

Et une furieuse envie de relire Le Cid

Partager cet article
Repost0