Depuis quelques semaines, vous trouvez la vie trop joyeuse ? Les gens qui vous entourent vous aiment, vous leur rendez bien et cette dimension trop prévisible de la vie commence à vous agacer ? La littérature française, quant à elle, vous paraît optimiste, limpide, sans surprise, toujours trop gaie ? J’ai la solution pour vous !
En quelques répliques, Marie Ndiaye nous transporte dans un univers sombre et féroce. Trois femmes : Mme Diss et ses deux belles-filles, Nancy et France. La scène se joue devant la maison du fils de Mme Diss, en pleine campagne, sous un soleil de plomb. La plus âgée n’est ici que pour réclamer de l’argent à son fils. Nancy, l’ex-femme du même type, est là en quête d’informations. Elle a abandonné son enfant à son père, l’enfant – Jacky – est mort mystérieusement. Mme Diss lui raconte alors, sur le ton indifférent de celle qui s’en fiche que le père a longuement maltraité son fils avant de l’enfermer dans une cage avec des vipères. France, elle, admire ouvertement Mme Diss mais elle reste sous la domination tyrannique de son mari (le fils de Mme Diss) qui n’apparaîtra jamais mais sera bien présent par son despotisme, voire son vampirisme. La métaphore du repas glisse discrètement le long des pages. Si le père a tué son fils, s’il l’a « mangé », c’est pour mieux revivre, pour puiser force et vitalité dans cet acte meurtrier.
Cette lecture plus qu’inquiétante m’a donné froid dans le dos. La pièce porte bien son titre. Tout n’est que venin, perfidie et cruauté ! Qu’est-ce qu’on est loin du théâtre classique ! Cette pièce a quelques traits de famille avec le théâtre de Beckett, mais j’ai eu bien plus de mal à adhérer au style froid qui met en valeur les rapports de soumission et de persécution entre les personnages. Œuvre riche mais troublante, déstabilisante mais philosophique.
Quelques répliques :
« NANCY. – Et … mon pauvre garçon ?
MME DISS. – Par une certaine chaleur de la voix le père a du faire de moi son associée plus que je ne le pensais.
NANCY. – Tu battais le petit Jacky ?
MME DISS. – Je ne le battais pas mais je ne trouvais pas déshonorant qu’il fût battu, comme, semblait-il, il ne souffrait pas. S’il ne souffrait pas.
NANCY. – Il devait bien souffrir. »
Notons que Marie Ndiaye a été, en 2009, l'auteur francophone le plus lu !



Nos deux héros sont physiquement opposés mais unis par une harmonie esthétique assez remarquable.
Toumaï, quant à lui a rejoint les siens mais il n’est pas reconnu comme tel : il ne sait pas chasser, il ne se retrouve pas dans leurs mentalités, on l’appelle « Blanc-Noir » et le chef du village l’exhorte à s’en aller « Tu pensais que les Blancs étaient les méchants, que c’étaient eux qui nous réduisaient en esclavage (…) entre « frère de couleur » nous nous réduisons en esclavage (…) Toumaï, demain à l’aube, tu partiras. Tu n’as rien à faire ici. » Nos deux apatrides souffrent donc chacun de leur côté, vivant dans le cruel manque de l’autre. Pendant que Toumaï se lie d’amitié avec Mbissine qui est elle aussi rejetée par sa différence (elle ne peut avoir d’enfants), Blanche fuit son vieillard de potentiel époux ; plusieurs cases sans texte se font l’écho de sa solitude dans la savane hostile. Mais si les hommes la méprisent, les animaux l’acceptent et, comme par miracle, elle est recueillie par une famille de lions. Ceux-là même qui attaqueront ses poursuivants et qui lui permettront de retrouver son Toumaï. Les deux amants sont dans la même situation qu’à la fin du tome 1 : seuls, rejetés de tous, unis par leurs différences et comme protégés par le sort./http%3A%2F%2Fmyboox.f6m.fr%2Fimages%2Flivres%2Freference%2F0005%2F07%2F9782210755383FS.gif)
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