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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 18:02

 

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C’est toujours pareil avec les séries : le premier tome est bien accrocheur, le deuxième  un peu négligé et le troisième carrément bâclé. J’ai ressenti cela pour Millenium en tous cas.

La première partie de ce tome 3 est d’un ennui total. Heureusement que je n’avais rien d’autre à faire qu’à écouter en voiture… si j’avais eu le bouquin en main, j’en aurais abandonné la lecture très certainement. Ce début est vraiment sans intérêt. Lisbeth Salander est à l’hôpital (encore une fois, ne lisez pas ce qui suit si vous voulez découvrir la trilogie dans un avenir plus ou moins proche). Elle se fait ouvrir le crâne pour en sortir une balle ( !), son père, Zalachenko, espion et meurtrier (qui a tenté de tuer sa fille… qui elle-même a essayé de mettre fin à ses jours), est couché dans une chambre à 15 mètres de la sienne (re- !). Pendant ce temps-là, Mikael Blomkvist fait son joli cœur et mène l’enquête avec toujours trois trains d’avance sur la police. Les Méchants tentent de s’en sortir en faisant tuer Zalachenko pour brouiller les pistes et en effaçant toutes les traces prouvant l’existence de la « Section ».  Et puis c’est tout. Des heures d’écoute pour ça.
           La seconde partie est, elle, beaucoup plus excitante. Et ça commence avec le procès de Lisbeth, tout simplement jubilatoire puisque tous ses motifs d’accusation sont mis à mal les uns après les autres par son avocate,
Annika Giannini, qui n’est autre que la sœur de Super Blomkvist ; et les salauds de l’histoire sont tous accusés par la justice de maints délits et crimes. Le roman se clôt par l’ultime vengeance de Lisbeth puisqu’elle retrouve celui qui est son frère, Ronald Niedermann, et le cloue littéralement au sol. C’est dans une ancienne briqueterie que le duel oppose les deux protagonistes et Lisbeth, faute d’être en possession d’une arme, cloue les pieds du géant au sol à l’aide d’une cloueuse. Victoire donc pour la jeune femme, mais à quel prix : ravagée aussi bien physiquement que moralement par son passé et les horreurs qu’elle a pu connaître, elle se retrouve seule (on pouvait espérer des retrouvailles plus chaleureuses entre elle et Mikael, mais non, il lui a préféré une fliquesse.) et toujours irrémédiablement asociale.

Des histoires secondaires se greffent sur la principale : celle d’Erika Berger, par exemple, qui quitte son poste de rédactrice en chef de « Millenium » pour un autre journal où elle se fait harceler par un ancien camarade de lycée (à quoi ça rime ? faire du remplissage de pages ?).

Et, pour ceux qui ont suivi ma très fine analyse pointue de La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, on « hoche » toujours autant la tête dans ce dernier tome mais avec plus de nuances : tantôt pensivement, tantôt brusquement…

Le dernier CD est suivi d’un entretien avec l’éditeur qui est aussi le traducteur de Millenium, Marc de Gouvenain (oui, celui qui traduit si bien). Il affirme que la trilogie est une « comédie humaine », il est sans doute dans le vrai. L’auteur nous offre un panel assez large de la société suédoise actuelle, nous décrit souvent avec précision ses mœurs, ses habitudes et ses manières de penser. L’écriture et la vivacité de l’intrigue (enfin pas tout le temps non plus… voir plus haut) fait également penser aux séries américaines. Enfin, le succès des trois livres est très certainement dû au personnage central, celui de Lisbeth, à la fois Fifi Brindacier (c’est Stieg Larsson lui-même qui dit s’en être inspiré), et James Bond au féminin (grâce et élégance mises à part). Son mental et son intelligence s’opposent à son physique de mini-crevette.

La rumeur d’un quatrième tome perdu et retrouvé dans l’ordinateur de feu Stieg Larsson semble être infondée. Il souhaitait pourtant écrire dix tomes !

Pour conclure, cette trilogie m’a procuré beaucoup de plaisir, et si certains passages m’ont lassée, aucun ne m’a profondément agacée. Lisbeth est une sacrée nana qu’on aimerait avoir comme copine, surtout pas comme ennemie.

Cette lecture m’a surtout donné deux envies : celle de découvrir la Suède et celle de lire d’autres auteurs scandinaves…

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 01:49

 

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Relecture très attentive de ce roman puisque je vais le donner à manger à mes ouailles… Cette deuxième rencontre fut aussi délicieuse et bouleversante que la première.

C’est l’histoire d’un  garçon, le narrateur, qui voit sa vie ternie par deux choses : il est de constitution et de santé fragiles, à son grand désespoir, il ne cesse de se comparer à ses parents, si beaux, si forts, si musclés ; et surtout, le petit jeune homme s’est créé un frère imaginaire. La première phrase du livre le prouve : « Fils unique, j’ai longtemps eu un frère » (je ne vous dis pas ma joie quand une de mes élèves trouvait que c’était « paradoxal » !). Ce frère imaginaire est aussi son opposé, il est costaud et sportif, il ne craint rien et souvent le défie.

Avec tout ça, le narrateur ne se sent pas au top. Il sent qu’il lui manque une pièce pour comprendre le puzzle de sa vie. C’est Louise, une voisine et amie qui révèle la clé de l’énigme : Tania et Maxime, les parents du narrateur, ne se sont pas rencontrés dans des circonstances aussi qu’idylliques que le petit garçon l’imaginait…

C’était pendant la Seconde Guerre Mondiale. Maxime avait une jolie épouse discrète, Hannah, et un fils à son image : athlétique. Le frère d’Hannah, Robert, était, lui, marié à la très belle et sculpturale Tania. La rencontre eut lieu le jour du mariage de Maxime. Il résista et détourna le regard plusieurs fois mais ne put s’empêcher d’être en admiration devant sa belle-sœur. La guerre faisait rage et les Juifs étaient pourchassés. La famille au grand complet décida de fuir Paris pour une petite propriété en zone libre située à Saint-Gaultier. Le départ se fit en deux phases : les hommes partirent en éclaireurs ; Robert manque à l’appel, il a été mobilisé sur le front de l’Est. Tania, sans mari, les rejoignit très vite. Hannah se laissa envahir par la jalousie, elle avait surpris les regards gênés entre son mari et sa belle-sœur et les savoir ensemble la plongea dans une grande détresse.

Le drame survient le jour du départ des femmes. Hannah et Simon se font contrôler par des Allemands dans un café. La mère ne donne pas sa fausse identité mais ses vrais papiers, et ne cache pas que Simon est son fils. Son acte suicidaire est sans appel, ils seront arrêtés puis gazés à Auschwitz le lendemain.

A Saint-Gaultier, la nouvelle freine tout désir entre Tania et Maxime. La douleur est grande mais le deuil cicatrise les plaies et Maxime trouve finalement consolation dans les bras de Tania qu’il ne quittera plus. Robert ne rentre pas non plus de la guerre. Le narrateur naîtra de cette union insolite et honteuse.

Tenant la vérité dans ses mains, il sera enfin libéré de ce frère trop présent et il permettra à son père de se délivrer d’un grand poids, à savoir, le sort de son fils (Maxime ne savait pas si sa souffrance avait été longue ou non)

Un secret est un roman autobiographique. Le narrateur, tout comme Philippe Grimbert, choisit la voie de la psychanalyse, espérant délivrer d’autres personnes d’un secret enfoui trop longtemps.

L'inavouable, l'indicible : « Je tentais d’imaginer les sentiments de ma mère face à la nouvelle : l’ennemi dont elle avait fui la menace devenait un allié, balayant le seul obstacle qui se dressait entre elle et mon père. Tout devenait possible, si Hannah et Simon ne devaient pas revenir. »

Les dernières lignes : « Des années après que mon frère avait déserté ma chambre, après avoir mis en terre tous ceux qui m'étaient chers, j'offrais enfin à Simon la sépulture à laquelle il n'avait jamais eu droit. Il allait y dormir, en compagnie des enfants qui avaient connu son destin, sur cette page portant sa photo, ses dates si rapprochées et son nom, dont l'orthographe différait si peu du mien. Ce livre serait sa tombe »

L’authenticité, la simplicité et l’humilité de ce livre m’ont particulièrement plu et touchée. Ce n’est pas seulement un roman sur la guerre mais aussi un roman d’amour, les deux sont imbriqués, l’un n’est pas le prétexte de l’autre.

Le roman a remporté le Goncourt des Lycéens en 2004 ; certains le savent, ce Goncourt-là a pour moi plus de valeur que l’autre, donc…

… il ne me reste plus qu’à découvrir l’adaptation cinématographique …

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 22:29

 

 

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J’ai été surprise d’assister à un nouveau bond chronologique. Emy qui avait fui le Prince Jarawal à la fin du tome 2, est désormais grisonnante, sa fille Kamala est une magnifique brune d’une vingtaine d’années et l’histoire se poursuit encore une fois de mère en fille.

Kamala, étudiante et accompagnée de son amoureux, Jay, mais aussi d’une bande de hippies (nous sommes en 1965, normal !), sillonne les montagnes népalaises en direction du Katmandou. Une confrontation avec les mercenaires locaux, les Gurkhas, tourne au drame puisqu’un des amis hippie tue accidentellement un policier. Kamala est accusée de complicité et Emy, sa mère, vient implorer la clémence et l’aide de Jarawal. Son ancien amant préfère pourtant rester sourd à son appel au secours jusqu’à ce qu’il apprenne que Kamala est sa fille…

Encore une fois des images magnifiques et un bel instant de dépaysement. J’ai cependant été moins touchée par l’histoire elle-même, le scénariste va décidément trop vite dans le temps. Il passe aussi du coq à l’âne dans certaines planches et il faut parfois revenir en arrière pour bien comprendre de quoi on parle.
J’ai quand même trouvé beaucoup de plaisir à revoir le Taj Mahal et à m’enrichir des coutumes et des croyances venues d’ailleurs.

Un petit exemple à travers cette jolie légende népalaise :

« Les Népalais racontent qu’au début des temps la lune était toujours ronde. Une nuit que Ganesh rentrait chez lui, le ventre alourdi de gâteaux et de sucreries, il trébucha et s’étala de tout son long. La lune qui l’observait ne pu s’empêcher d’éclater de rire. Alors, Ganesh se mit en colère et pour la punir, il cassa une de ses défenses et la lança vers elle. La lune fut mortellement blessée et cessa d’éclairer la terre. Bien vite, les dieux et les hommes en eurent assez de ces nuits obscures et implorèrent la pitié de Ganesh… qui accepta de pardonner à la lune mais exigea qu’à intervalles réguliers, elle se fasse discrète avant de retrouver sa rondeur. »

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 15:15

 

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Je cherchais un livre drôle et divertissant. Ma première expérience teuléenne (Suspect avec Le Magasin des suicides  m’avait vraiment plu. Je me suis dit que ce livre-là devait être dans la même veine. J’en ai pris pour mon grade. C’est une grosse claque ce bouquin, oui !

Le début est trompeur, moi j’ai cru à une farce, un récit burlesque avec des personnages comparables aux Deschiens (en pire).

 Les Nicolle sont une famille de paysans normands ignares, vulgaires et brutaux. La mère, Suzanne, est enceinte du troisième. Le ton est donné dès la 4ème page : « Je n’aime pas l’enfant que je porte ». Le père, à la naissance, s’exclame : « Merde, c’est une fille ! ». Il faut dire que ça commence mal pour ce petit être déjà même avant sa naissance. Le bébé, dans le ventre, donna un coup de talon à un mufle à la foire de Saint-Luc de Gavray. La bête s’agita, fut à l’origine de bousculades puis l’affolement se généralisa, certains fêtards furent piétinés.

Catherine, la petite fille en question, est élevée dans la crasse, l’absence d’affection et l’humiliation. Ses surnoms (donnés par les parents…) : « c’te grosse vache » et « grosse futaille » l’incitent à rêver à un avenir meilleur. Cet espoir, elle le place dans la nationale qui passe juste à côté de leur ferme mais surtout, elle admire les camionneurs qui la font soupirer d’amour. Elle connaîtra d’ailleurs son premier orgasme en courant après un camion dans un short très moulant et trop petit.

Le livre va crescendo. Après un début très folklorique, on tombe rapidement dans le glauque : le frère aîné frappe sa mère mais, chez le coiffeur, se fait faire la même tête qu’elle, et finira par se pendre … et on termine par l’horreur. Pas d’autre mot ! Catherine se voit enfin accepter par un chauffeur routier qui l’épousera. Pas de bol, elle tombe sur le pire du pire, il la bat, l’offre à ses copains comme un jouet sexuel et l’humilie avec sa nouvelle maîtresse (en lui piquant des épingles dans les fesses sous les yeux de ses enfants à elle ! … entre autres !).

La fin du livre est terrifiante, elle m’a donné la nausée. Catherine, qui se fait appeler Darling, a trois enfants qu’elle a abandonnés pour mieux fuir son mari (enfin !) et on retrouve ces petits enfants, tous plus ou moins atteints de méchanceté et de démence. L’histoire semble se répéter.

Le roman se présente comme un dialogue entre Darling et Jean Teulé lui-même… et l’histoire dramatique de cette pauvre fille serait authentique !

On ne peut pas rester indifférent à cette biographie. Darling est un croisement entre une Gervaise malheureuse et une Cosette monstrueuse. Elle est la victime mais aussi parfois la responsable de ses déboires. L’écriture est à son image, crue et familière. Les phrases sont courtes et parsemées d’interjections. Les quelques commentaires en italiques de Jean Teulé, commentaires neutres et parfois froids, rendent le texte encore plus tragique. Il y a du Rabelais là-dedans, en plus cynique peut-être.

Roman naturaliste et pessimiste, il nous donne finalement une bien belle image de notre vie à nous, confortable et douce. Est-ce là le but de Jean Teulé ?

Il m’a aussi fait penser à certains romans d’Afrique noire, chez Monénembo, où l’on gratte la couche sale pour y découvrir quelque chose de pur. Le rôle de martyre, Darling le tient à merveille. Elle se veut certainement une figure de proue des souffrances féminines « Des filles comme moi, le siècle en a plein ses tiroirs ».

Le mariage de Darling et Joël constitue certainement l’acmé du roman. Ses parents, Suzanne et Georges sont (malheureusement) présents :

« Suzanne – mouche à merde – virevoltait de groupe en groupe et débitait la même rengaine dans un petit rire de fourmi :

-      Vous savez que ma fille est une morue ? Si, si je vous assure… il n’y a que…

-      Tiens, v’là la putain ! dit Georges, les deux mains dans ses poches, en tenue de maquignon comme s’il allait visiter une étable.

Darling, enceinte de presque cinq mois, arrivait au bras de Joël au milieu de la place ensoleillée ».

 

 

 

Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or…

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 22:10

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Deuxième voyage pour moi dans les pages de cette série colorée aux accents hindous.

Emy Gilmore et le Prince Jarawal se rendent en Inde à la recherche de Mr Lowther, l’expéditeur du journal intime d’Amélia, la mère d’Emy ; journal auquel il manque mystérieusement des pages. La maison de Mr Lowther semble cependant inoccupée depuis longtemps, la cabane sur pilotis qu’il avait louée est vacante et son gardien est retrouvé assassiné. C’est un jeu de piste dangereux qui conduira le couple au monastère de Lhakna où la mère d’Emy s’était réfugiée avant de mourir. Les mésaventures rapprochent la jeune femme et le Prince dans tous les sens du terme. Alors que les Américains bombardent le Japon, les amoureux retrouvent enfin Mr Lowther et c’est pour apprendre que le père d’Emy, Thomas, s’est fait empoisonner et que le père de Jarawal, le maharadjah, a été accusé de meurtre par les Anglais avant d’être disculpé. La bande dessinée se termine par l’annonce de la grossesse d’Emy qui fait le choix de fuir l’Inde et son amant, Jarawal.

Le premier tome de la série m’avait plu, celui-ci m’a enthousiasmée. Que ce soit dans un palais digne des Mille et une nuits, dans le monastère bouddhique au sommet de l’Himalaya ou sur les rives du Gange, le lecteur ne peut que s’émerveiller devant les planches qui sont des chefs d’œuvre picturaux. Ca grouille de partout, la vie afflue, les courbes sont sensuelles et douces, un vrai plaisir des yeux (et le beau Prince n’est pas en reste !)

Le scénario, quant à lui, est rondement mené par Maryse. L’intrigue est captivante, on en veut plus, toujours plus. C’est donc avec un réel engouement que je vais me jeter dans le tome 3 !

 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 21:52

 

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Premier roman pour moi de ce Prix Nobel de Littérature.

Australie. Paul Rayment est « l’homme ralenti ». Pourquoi ? Il s’est fait renversé, à soixante ans, par un chauffard alors qu’il était à vélo. Résultat : une jambe en moins. Commence alors une longue période de convalescence où l’homme rumine, pense aux manques de sa vie : il aurait voulu avoir un fils, il aurait voulu réussir sa vie sentimentale… Quand Marijana Jokic, une infirmière croate débarque avec son entrain et son efficacité, l’homme ralenti tombe amoureux. Pour conquérir le cœur de Marijana, il est prêt à tout et propose ainsi de payer les études de son adolescent de fils. L’infirmière mariée a trois enfants et Paul veut bien les prendre tous sous son aile. Il va jusqu’à avoir une sérieuse discussion avec le mari de son employée. S’acheter une compagnie, profiter des derniers instants de vie, oublier ce corps mutilé sont les objectifs plus ou moins explicites de Paul.

L’irruption d’Elizabeth Costello tel un ange protecteur venu secourir le vieil homme agace d’abord l’invalide. Elle est entrée dans son appartement sans prévenir, s’y est installée, connaissant visiblement des grands pans de sa vie. Lorsqu’il la questionne, voilà ce qu’elle trouve à dire : « Désolée. Je m’impose, je le sais. Vous êtes venu à moi, c’est tout ce que je peux dire. Vous m’êtes arrivé – un homme avec une jambe fichue, pas d’avenir, et une passion inconvenante. C’est ainsi que ça a commencé. Où nous allons à partir de là, je n’en sais rien. » Puis, il finira par accepter la présence de cette étrange femme surgie de nulle part et qui sait tout.

 

La lecture est un rendez-vous entre un lecteur et un livre. Parce que c’était lui, parce que c’était moi… Le rendez-vous fut bâclé ce coup-ci. J’ai eu un mal fou à terminer le roman, j’attendais quelque chose qui ne venait pas. La fin m’a plus que tout dépitée. Certains passages m’ont heureusement raccrochée à l’intrigue comme une bouée après un naufrage mais l’ensemble m’a paru subtilement étrange, désagréablement noir et presque oppressant. J’ai cru entrapercevoir des traits d’ironie par-ci par-là mais bien trop fugaces à mon goût. Dommage pour moi !

Un dernier petit extrait pour se mettre du baume au cœur :

« il n’est pas nécessaire que l’amour soit réciproque du moment qu’il y en a assez dans la pièce où on se trouve. »

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 22:28

 

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C’est l’intégrale d’India Dreams que j’espère lire, j’ai commencé par un premier tome bien aguicheur. Il m’a plu.

Londres, 1944. Emy se voit offrir le journal intime de sa mère, Amélia, disparue 16 ans plus tôt. C’est à contrecœur (elle déteste l’Inde, pays qui lui a pris ses parents), que la jeune Londonienne fait un bond de 14 ans en arrière.

1930. Amélia, accompagnée de sa fille Emy, rejoint son mari, Thomas, capitaine de l’armée des Indes, à Khalapour, au Radjasthan. Le pays la surprend :

« Toute cette foule ! C’est … C’est tellement déroutant !... Je ne sais pas si je pourrai jamais m’y adapter !

-      Les Indes agissent bien souvent sur les Occidentaux comme une sorte de révélateur… Ici est livré au grand jour tout ce qu’ils essayent d’occulter chez eux ! la misère, la mort et la sensualité ! »

Emy s’est fait un jeune ami en Inde : Jarawal, mais Amélia a du mal à trouver ses repères, la chaleur l’incommode, les coutumes et les croyances la perturbent, sa fille pense avoir vu une incarnation de Ganesh, une femme nue à dos d’éléphant… Elle ne voit que trop rarement son mari retenu par son travail.


Le tome se clôt par l’annonce de la mort de Thomas.

 

Malgré la menace implicite qui plane déjà sur ce premier opus, le scénario ne m’a pas plus enchantée que ça mais je demande à lire la suite ! Le graphisme est, quant à lui, relativement classique mais très dépaysant par le sujet traité. L’Inde et ses mystères, l’Inde bouillante de vie et de mort.

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 23:56

J’ai été taguée par Irrégulière (merci !). Il s’agit de clamer haut et fort son amour pour 15 auteurs, comme ça, spontanément, d’un beau cri du cœur. Non, la consigne (soyons respectueux des consignes, s'il vous plaît) parle de « 15 auteurs qui vont ont marqué ».

          Herman Hesse

Emile Zola                  Vladimir Nabokov

Tonino  Benacquista

 Michel Quint                   

Stefan  Zweig        Charles Baudelaire

André Gide

          Eric-Emmanuel Schmitt

Nancy Huston                       John Irving

Hector Malot           Jean Anouilh

                Balzac               Alexandre  Jardin

 

Petites explications:

-          Herman Hesse est un souvenir de lecture troublant, intense et … inoubliable. Je recommande à tous Demian, un chef d’œuvre.

-          Je mettrais Zola et Balzac dans le même sac. Années lycéennes et universitaires et découvertes des Classiques par excellence. Je dévorais les Zola et m’émerveillais du génie balzacien…

-          Baudelaire se passe de tout commentaire, il reste le meilleur des meilleurs.

-          Je n’ai lu que Lolita de Nabokov mais j’en garde un souvenir très précis, très poignant. J’avais 18 ans et je lisais, assise sur le banc d’un square…

-          J’ai presque tout lu des deux auteurs contemporains et médiatisés, Eric-Emmanuel Schmitt (qui m’a quand même déçue une fois) et Tonino Benacquista.

-          Je suis fan de Michel Quint, c’est mon petit chouchou et ceux qui suivent ce blog l’auront déjà remarqué…

-          John Irving fut mon chouchou, lui, il l’est toujours un peu mais je l’ai quelque peu délaissé. Mais quand on parle d’écrivain qui m’a marquée, il a toute sa place.

-          Zweig ou le talent à l’état pur. Je suis en totale admiration devant ses textes, que dis-je, je les vénère !

-          André Gide, c’est moi. Je ne sais expliquer ce lien avec cet écrivain sauf que je le comprends, je rentre chez moi quand je le lis…

-          Alexandre Jardin c’est pour le fun mais j’avoue avoir dévoré je ne sais combien de fois Le Zèbre. Bon, j’étais jeune, hein… mais ça me laissait rêveuse !

-          Hector Malot, c’est mon enfance, Sans famille fut mon premier coup de cœur.

-          Nancy Huston est peut-être mon coup de cœur le plus récent, tout en douceur et en puissance à la fois, tout en féminité (d’ailleurs, c’est la seule femme de la liste !)

-          Je n’oublie pas les dramaturges avec Jean Anouilh et j’aurais pu en citer tant d’autres dans le genre théâtral.

C’est un peu frustrant quand même cette liste, 15 noms … et les autres ?

Etant donné le succès de ce tag sur la blogosphère, je risque de faire chou blanc mais je tague Mirontaine, Zelda, Yspaddaden, Alex-Mot-à-mots et Lilibook !

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 02:54

         

         Ça faisait quelques mois que cette BD trônait dans ma bibliothèque, j’en appréciais la couverture sans pour autant l’avoir réellement examinée.
Je m’attendais à quelque chose de doucement poétique, proche de l’univers du conte.

Tu parles, quel choc !

        La bande dessinée nous présente un petit peuple étrange. « Petit » au sens littéral du terme : ces êtres doivent mesurer tout au plus trois centimètres et ils évoluent autour … du cadavre d’une fillette !

Pas de surprise affichée pourtant, les horreurs nous sont montrées comme quelque chose d’ordinaire. Le pire, c’est que les tons sont pastels, les couleurs claires, les personnages m’ont fait penser ceux des livres de la comtesse de Ségur, l’environnement très végétal n’est pas sans rappeler un certain Eden… mais voilà, les enfants (parce que ces êtres sont des enfants) se mangent entre eux, s’enterrent vivants, dépècent une souris, se mentent et se trompent dans un monde dénué de principe. Pour ma part, la surprise a fait place au malaise puis à l’écœurement.  Je me suis souvenue des épisodes de la Quatrième Dimension. C’est noir, glauque tout en décalage et sans orientation explicite.

Je ne sais pas si le terme existe, mais « conte d’horreur » résumerait assez cet opus délirant et absurde. A ne surtout pas mettre entre toutes les mains.
Mais l’originalité est indéniable, donc, à découvrir… oui.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 13:36

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« Zakhor. Al Tichkah. Souvenez-vous. N’oubliez jamais. »

 

 Julia est une journaliste d’origine américaine qui a « tout pour être heureuse » : une adorable  fille de 11 ans, Zoë ; un mari canon, Bertrand ; des amis à la pelle ; un boulot sympa ; une vie rythmée par des allers-retours entre France et Etats-Unis. Des recherches pour un article couvrant la rafle du Vel d’Hiv vont bouleverser cette vie tranquille. Julia comprend d’abord que l’Etat français avait une grande responsabilité dans cette hécatombe, elle remarque aussi que la plupart des Français ignoraient complètement cette page de l’Histoire et enfin, elle découvre une histoire saisissante, celle de Sarah.

Sarah est une fille de dix ans, Juive, qui est arrêtée avec ses parents par la police française le 16 juillet 1942. Jeune et naïve, elle pense qu’ils vont vite revenir à la maison, et pour préserver son jeune frère, Michel, elle l’enferme dans un placard secret, lui épargnant ainsi l’arrestation et lui promettant de revenir très vite. Vous devinez la suite. Après avoir été parqués au Vélodrome d’hiver, à Paris, Sarah et ses parents sont emmenés dans le camp de Beaune-la-Rolande où on sépare parents et enfants. L’horreur à l’état brut. Sarah se retrouve seule avec d’autres enfants, qu’on affame, à qui on rase la tête, qui en arrivent à se battre pour un croûton de pain. C’est grâce à la clémence d’un seul policier français qu’elle parvient, avec Rachel, une fille de son âge, à s’échapper de ce camp. Sarah n’a qu’une idée en tête : sortir son petit frère du placard.  Les deux fillettes sont recueillies par un vieux couple, Geneviève et Jules. Rachel est pourtant au plus mal, le médecin qui la soigne la dénonce et Sarah se retrouve encore une fois seule. Elle convainc le couple de la laisser aller à Paris pour libérer son frère et ils finiront par l’accompagner. La découverte du petit cadavre constitue l’acmé du livre : « La serrure finit par céder. Et la porte du placard secret s’ouvrit. Une odeur de pourriture la frappa comme un coup de poing. Elle s’écarta. Le garçon recula, effrayé. Sarah tomba à genoux. Un grand homme aux cheveux poivre et sel surgit dans la pièce, suivi de Jules et Geneviève. Sarah était incapable de dire un mot. Elle ne faisait que trembler, les mains plaquées sur les yeux et le nez pour couvrir l’odeur. » Le garçon dont on parle dans cet extrait n’est autre que le beau-père de Julia, le père de Bertrand.

Le roman est constitué d’une alternance de chapitres dédiés tantôt à Julia, tantôt à Sarah. Leurs chemins se croiseront par l’intermédiaire de William, le fils de Sarah, mais Julia ne verra jamais celle qui fut l’objet de tant de recherches puisqu’elle apprend que Sarah s’est donné la mort. Elle avait refait sa vie, fui la France pour les Etats-Unis en espérant mettre une croix sur son passé. Mais comment oublier une chose pareille ? Elle a choisi de partir sans rien révéler de son enfance à sa famille.

C’est Julia qui tient le rôle de messagère, elle fait le lien entre sa belle-famille qui a vécu dans l’appartement de Sarah après l’arrestation (on réquisitionnait les logements vides en deux temps trois mouvements sans se poser de questions sur les anciens occupants) et le fils de Sarah.

C’est du lourd, un livre qu’on le lâche pas et qui ne nous lâche pas.

Le dernier tiers du livre (la fin mise à part) m’a moins touchée, j’aurais voulu parler ici de l’excès de romanesque, des ficelles bien trop évidentes de l’intrigue, du pathos qui marche à tous les coups mais finalement, (malgré cette prétérition), je ne ferais pas ma chipoteuse. Nous avons là un livre fort, très fort, qui marque au fer rouge. Authentique et important je dirais, il représente le devoir de mémoire.

Une question reste en suspens, celle que je me suis posée déjà bien souvent, celle qui ne trouve pas non plus de réponse dans le livre : qu’a-t-on fait des coupables et des bourreaux ? Ces Allemands, ces Français à l’origine de toutes ces monstruosités ? Que sont-ils devenus ? Qu’ont-ils raconté à leurs enfants et leurs petits-enfants ?

Je crois qu’avec l’adaptation filmique qui s’en est suivie, cette œuvre de Tatiana de Rosnay a l’immense mérite de sortir des cendres un pan honteux de l’Histoire de la France. On a parlé du Vel d’hiv en 1994-1995, donc plus de 50 ans plus tard…Je fais aussi partie des personnes qui pensent qu’il faut se souvenir pour ne plus reproduire les mêmes erreurs. Et les mêmes erreurs ne sont pas loin d’être commises encore et encore, aujourd’hui en France, le plus souvent dans l’indifférence la plus totale.

Deuxième roman de cet auteur (non, je ne féminise pas les noms !) pour moi, bien plus marquant que ma première lecture.

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