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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 23:00

            Evidemment que je ne commente pas tous les albums et petits livres que je lis à mes enfants sur ce blog. Je n’en finirai jamais. On lit de tout ici. Du bon, du beau, du moins bon parfois. J’aimerais cependant vous parler d’une petite collection qui tape dans le mille, qui nous ravit tous les trois à chaque fois, le fiston de cinq ans, la fifille de deux ans et la maman de « bip » ans !

Petite sélection de trois livres :

            Une lettre pour Lily …la licorne ! de Christian Ponchon et Rébecca Dautremer. Un album qui était d’actualité il y a quelques jours encore. C’est Victor le facteur qui fait sa tournée. nullIl a une lettre pour Lily la licorne. Il est motivé, le gentil facteur, mais il ne sait où se trouve cette Lily. Tous les animaux qu’il croise sur son chemin l’envoient chercher ailleurs… le mouton lui dit d’aller voir le cochon qui lui dit d’aller voir la vache et ainsi de suite, jusqu’à ce que Victor le facteur tombe sur une licorne bien étrange, « un cheval avec une corne brillante sur le chanfrein » qui n’est autre qu’un entonnoir. Cette extravagante Lily lui demande de lire la lettre qui lui est destinée et… c’est un dessin de poisson ! « Car c’est aujourd’hui le premier avril ! Un jour où tout peut arriver, même de rencontrer un bel animal mystérieux qui n’existe que dans les histoires… ». La première lecture se termine par une vraie surprise, on a tous bien ri parce que l’imaginaire se même à la réalité. Bien sûr qu’une licorne n’existe pas mais les personnages sont tout de même des animaux qui parlent !

 

            Je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrivede Debi Gliori. Cet album-là est le chouchou de mon fils. Il est simple et pourtant essentiel. C’est une maman qui dit à son petit renard de fils qu’elle l’aimera quoi qu’il arrive. nullCa étonne un peu le garçon qui lui demande ce qu’il en serait s’il devenait un ours, un alligator, un hanneton ou encore une mouche… Mon fils s’est beaucoup identifié au renardeau. Eh oui, je passe souvent des journées à le gronder beaucoup, eh oui, ça ne m’empêche pas de l’aimer encore et toujours… Le refrain répété sans cesse de ce joli album est une déclaration d’amour à n’en plus finir…

 

 

 

           Le Géant aux oiseauxde Ghislaine Biondi et Rébecca Dautremer est mon album préféré, à moi. J’aime tout : les illustrations et le texte d’une poésie touchante. C’est un géant qui est très grand, très gros et surtout très seul. Tout le monde se moque de sa différence et le rejette. Jusqu’au jour où quelque chose, dans la forêt, atterrit aux pieds de Rodolphe, le géant. nullC’est un oisillon perdu que le géant recueille et réchauffe dans le creux de sa main et dans un coin de sa chemise.

« Rodolphe et son ami ne se quittent ni d’une semelle

 ni d’un battement d’ailes

et les jours s’égrènent au fil de cette douce complicité de l’amitié. »

L’oisillon grandit, aura à son tour des enfants et tous les oiseaux du coin trouveront refuge dans la chemise de Rodolphe pour faire leur nid. Rodolphe est toujours grand et gros mais il est enfin heureux. Le thème de la différence est subtilement traité et on ne peut qu’être touché par cet oisillon qui se blottit dans cette main démesurée.

 

 

            Concluons : Jamais de déception avec cette collection qui a aussi l’avantage d’être abordable (4.94 euros l’album). Rébecca Dautremer est une artiste de talent, ses illustrations et peintures d’une finesse, d’un réalisme et d’une précision incroyables m’émeuvent terriblement. Son site officiel parle de lui-même, allez le découvrir, c’est ici.

 

Ne suis-je pas gentille de faire de la publicité à l’œil ? J

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 09:40

 

 

            C’est avec un réel plaisir que je me suis replongée dans une lecture d’Anouilh, un dramaturge que j’aime beaucoup. Cette pièce en deux actes est à la hauteur de son talent.

            Le ton est donné d’entrée de jeu : c’est l’Auteur qui parle. « Ce qu’on va jouer ce soir, c’est une pièce que je n’ai jamais pu écrire. J’en ai écrit beaucoup d’autres, que vous avez eu l’indulgence d’applaudir, depuis bientôt trente ans… ». C’est donc une pièce inachevée qui nous est proposée. Un policier dans lequel la cuisinière d’une maison appartenant à un comte a été tuée. Un commissaire intervient pour questionner le personnel et les tous les habitants de la maison. On entre alors dans cette maison par l’intermédiaire de ce décor sur deux étages (la cuisine et l’étage des pauvres en bas ; le salon des riches en haut), mais on entre aussi dans le quotidien de leur vie. Comme l’Auteur n’a pas pu écrire la suite de la pièce, ce sont les personnages eux-mêmes qui la poursuivent, à leur façon.
            Jolie réflexion aux accents pirandelliens sur l’écriture, sur le lien entre l’auteur et ses personnages. L’Auteur s’attendrit devant ses personnages, doute, s’interroge et les interroge mais il ne semble plus maîtriser la situation à partir d’un moment. « Qu’est-ce que vous voulez faire avec des personnages comme ça ! » ; « Ah ! je me demande bien pourquoi je l’ai inventé, celui-là ! » ; « C’est bien simple, je ne sais plus où on va ! », le Commissaire lui  répond : « Soyez énergique. Intervenez. Montrez-leur le canevas de la pièce. » L’Auteur, piteux : « Je n’en avais pas ». Ou encore : « Qu’est-ce que vous racontez, Madame ? Et d’abord qui vous a permis de parler ? C’est insensé ! Je vais boire un café pendant l’entracte, je reviens… et ils parlent ! »

            C’est délicieux, j’ai toujours aimé les mises en abyme, sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, je trouve cela vertigineux, on ne sait plus trop où on en est, la magie de la fiction est parfois brisée, on la relance, elle est entrecoupée de réflexions, il y a quelque chose d’intime dans ce procédé, presque d’indécent, l’écrivain se met à nu…

            Chez Anouilh, le talent ne s’arrête pas là. Le lecteur-spectateur assiste à une tragédie mais aussi à une comédie. On pleure et on rit, on passe, en l’espace de quelques répliques de la compassion à la légèreté.

            Et le style d’Anouilh !!! Il m’a toujours épatée. On nous apprend depuis tout petit qu’il vaut mieux éviter les « il y a », les « on » ou les « ça » à gogo, et chez Anouilh, ces petits mots très courants aspirent à créer une phrase simple, sobre et touchante. Vraie.

            Lorsque le séminariste demande à Adèle si ce n’est pas trop dur de se lever la première, l’hiver, elle lui répond : « Un peu. Au moment où on cherche les allumettes et où on allume la lampe qui sent le froid. Et puis, quand le petit bois a commencé à prendre dans le fourneau ; il y a un moment ou on est bien. On a presque peur que les autres s’éveillent. Les autres qui descendent, c’est la journée qui va recommencer. »

            Malgré les interventions de l’Auteur, l’intrigue se dessine, elle se fait tantôt policière, tantôt philosophique, tantôt sociale. Des thèmes comme la paternité, la relation maître-domestique, la condition de la femme ou le déterminisme social sont évoqués avec justesse dans cette « grotte » aux multiples sens, où on peut opposer les ténèbres à la lumière, le caché à l’apparent. D’où la phrase du commissaire « Il s’agit d’y voir clair, mais de ne pas y voir trop clair ».

Je pourrais citer les ¾ des répliques mais je vous offre mes préférées :

-         Réplique de Marie-Jeanne, la cuisinière, qui ne sert que le mauvais café aux riches et garde le bon pour le personnel : « ils auront vécu  toute leur vie sans savoir ce que c’était du café frais… Il y a des trous comme ça, dans la vie des riches… »

-         Le Petit : « Elle est morte maintenant. Et je ne dis jamais rien sur les morts. » Le Commissaire : « Tu sais, les morts, c’est des anciens vivants. Un salaud mort, ça ne fait pas un saint ».

-         Le Comte qui explique à son épouse que les classes sociales ne doivent pas se mélanger : « Je vous avais dit qu’il ne fallait jamais descendre en bas.  Chacun doit jouer son rôle là où le sort l’a placé. Le sort vous a placée dans les salons du premier étage ; quand vous avez besoin de quelque chose, ma chère, sonnez. C’est juste ou c’est injuste, mais il est malsain de se le demander. Sonnez, voilà tout. On montera. Mais ne vous préoccupez jamais de ce qui se passe dans les sous-sols. »

 

La Grotte, publiée en 1962, est une des Nouvelles pièces grinçantes.

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:15

 

            Je m’approche du genre de la science-fiction avec prudence et timidité et, pour l’instant, ne m’aventure que dans les œuvres pour la jeunesse. J’avais cependant donné ce roman à lire à certains de mes 4èmes  et je l’ai lu moi-même avec grand plaisir.

            L’ouvrage débute sur une image très poétique que le titre a reprise : un déluge de feu s’abat sur l’humanité, notre Terre, Gaïa, souffre, se révolte, « pleure toutes les larmes de son corps et engendre des océans dans lesquels s’abîment les continents. Elle s’arrête juste à temps pour ne pas sombrer dans son propre chagrin, dans sa propre furie, et fait naître du fluide de ses entrailles les contours d’un continent destiné à ses enfants survivants… s’il y en a. Tel un grain de poussière illuminé flottant dans l’océan des larmes de Gaïa, une bulle de vie se dirige au gré du vent, de la mer et de ses courants, vers ce petit bout de terre vierge et sauvage. »

            L’Archebulle est donc créée, cocon protégé du reste du monde et hautement surveillé par des vigiles. Natanae est une adolescente forcée de suivre sa mère qu’elle n’aime pas (et qui ne l’aime pas) suite au décès de son père. Elle déteste ce beau-père violent, Ramo, mais découvre avec ravissement, une demi-sœur, Thynie, 2 ans, et se sentira immédiatement le devoir de la protéger. Non loin de là, dans un autre quartier plus favorisé de l’Archebulle, se morfond Morphée, un adolescent épris de liberté et de culture. Il va souvent lire des poèmes et des pièces de théâtre dans la bibliothèque de son père, la Premier Dirigeant des Novi Electi, les « rois » de la bulle. Il surprend d’ailleurs une conversation qui lui fait comprendre que l’Archebulle  a établi un contact avec l’extérieur, avec le continent qui ne serait plus contaminé comme ce fut le cas jadis.

            Evidemment, sur un fond de comparaison avec Roméo et Juliette, Natanae et Morphée se rencontrent, leur différence les rapprochant. Ils décident de fuir l’Archebulle en emmenant la petite Thynie. Même si les dernières images de l’épilogue fleurent bon l’état sauvage, le retour à la nature splendide et primitive, j’aurais voulu en savoir davantage sur ces terres inhabitées, ça doit être mon côté Robinson…

            Un beau roman en tous cas, qui a bien plus à mes élèves. Ramo le beau-père qui va jusqu’à tenter un viol sur Natanae les a terriblement choqués.

            Pour le peu que mon expérience dans ce genre littéraire m’ait appris, le thème du complot est redondant : un monde futuriste où l’on nous cache quelque chose… à suivre pour vérification !

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 11:02

 

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            En voyant le nombre d’auteurs pour cette BD, je me suis dit que ça ne pouvait être que bon… on a les critères qu’on veut, hein… !?   J

Deuxième surprise : les premières planches qui ne se passent pas du tout en Egypte comme pourrait le faire croire la couverture.
Troisième surprise : l’introduction, très tôt dans la BD, du surnaturel, mais subrepticement…

            Fin XVIIIème siècle, la flotte française quitte le territoire pour rejoindre l’Egypte. Au bord du navire : la famille Delorme. Le père qui a perdu son épouse, la fille, Cléo, rebelle et effrontément séduisante et le fils, Julien, le mal-aimé. Suite à une tempête au cours de laquelle se produisent des phénomènes plus qu’étranges, Youssouf avoue à Célo que sont histoire personnelle et familiale est liée à la Grande Histoire égyptienne, celle de Seth et Maât entre autres. A partir de là, le rythme du scénario s’accélère, les rebondissements vont de pair avec les digressions et les retours en arrière.

            Si ma première impression fut excellente - les premières planches m’ont captivée, la fin de ma lecture se teinta d’une légère déception. La trame se fait parfois trop artificielle, la fin trop Disney. C’est d’ailleurs assez drôle, en lisant, je n’arrêtais pas de penser aux dessins animés de mon enfance, comme Les Cités d’Or ou beaucoup plus récemment, Mulan. Les personnages aux grands yeux de biche, les expressions de surprise, les gros nez ronds…  Dans mes recherches sur la toile, je trouve les mêmes comparaisons (pour l’originalité, on repassera donc !). Les couleurs comme le reste d’ailleurs, m’ont plu puis je m’en suis vite lassé : légères, presque pâles, elles semblent glisser sur la page, toute en délicatesse.

            Une jolie BD en somme, qui, sans être un coup de cœur, nous embarque dans une histoire fantastique (aux deux sens du terme). A conseiller aux grands enfants souvent assez gagas de la mythologie égyptienne. (Dommage qu’elle ne soit plus au programme en 6ème, d’ailleurs ! … parenthèse refermée).

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 10:25

 

On m’avait dit que ce polar était bon… mais c’est carrément de la bombe !

            Il s’agit de la suite de La Cité des Jarres  quoi qu’on puisse très bien lire ce roman indépendamment. On en apprend un peu plus sur le commissaire Erlendur et sur sa fille notamment qui restera dans le coma toute la durée du livre.

            Le début de la quatrième de couverture est déjà en mesure de fasciner le lecteur : « Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d'une fête d'anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain. Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d'Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. »

            Comme dans le premier opus, l’intrigue tourne autour de faits passés mais il reste des survivants au drame… Je n’ai pas tellement envie de résumer le polar mais sachez qu’il est question de violence conjugale, de réflexions diverses et variées sur l’amour, la paternité, … je n’ai d’ailleurs jamais lu un polar qui s’interrogeait tant sur des sujets universels. Erlendur mène l’enquête doucettement, partagé entre son désir de faire avancer une histoire sordide et celui de veiller sa fille alitée et inconsciente. L’homme est tiraillé entre son propre passé, le présent, les démêlés de l’affaire en cours… on se demande d’ailleurs comment il fait pour tenir sur ses deux jambes. Le lecteur s’attache à lui, comprend ses failles et ses faiblesses grâce aux petites bribes qui nous révélées sur son passé.
Quant à l’intrigue policière en tant que telle, on passe de la révolte à la compassion ; le réalisme des portraits est saisissant et se mêle à une forme de poésie et même de philosophie. J’adore ! Indridason, avec simplicité et talent, nous accroche à la page.

A lire de toute urgence !

            Un petit extrait qui prouve bien qu’on est loin des polars purs et durs, froids et empreints de machiavélisme…

 

Erlendur « pensait à ces enfants qui ne connaissent jamais vraiment leurs parents. Qui ne parviennent jamais à savoir qui ils sont en réalité. Ces enfants qui faisaient irruption dans la vie de leurs parents quand celle-ci était déjà à moitié écoulée et qu’ils ne savaient rien d’eux. Qu’ils ne voyaient en eux rien d’autre que la figure du père, de la mère, celle de l’autorité ou encore la figure tutélaire. Et ne découvraient jamais le secret qu’ils conservaient ensemble ou chacun de leur côté, ce qui avait pour conséquence de rendre les parents aussi étrangers à leurs enfants que tous les autres gens croisés sur leur chemin. »

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 17:01

 

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            Je ne sais plus chez qui j’avais lu un billet qui avait attiré mon attention sur cet album … un peu sans savoir de quoi il en retourne. Ce sont les aléas des différentes lectures de la blogosphère, on apprécie, on note, on ne sait plus pourquoi on a apprécié, et à la réception : surprise, surprise ! C’est un plus aussi, me direz-vous…

            Je reçois un album par la Poste, tout bêtement, je le lis à mes enfants et pendant cette dite lecture je me rends compte que ça ne leur ai pas vraiment destiné. Rien de bien méchant mais mon fils de cinq ans trouve que les dessins manquent de couleur et ma fille de deux ans se borne à répéter « la fille » qu’elle retrouve d’une page à l’autre. Ca m’apprendra à ne pas partir en éclaireur…

            Bien sûr que cet album est joli, simple et touchant. Il évoque une « enfant silence », une fille qui ne parle pas à l’école, qui cache un lourd secret car « elle vit dans la maison des loups ». L’album évoque la maltraitance tout en douceur, à pas feutrés, en silence presque. Une petite fille qui est partagée entre l’amour pour ses parents et leur cruauté, la peur qu’elle ressent à leur égard.

Mon fils n’a pas eu de mal à comprendre que la fille était triste, le graphisme de ses grands yeux en détresse est révélateur. Le rouge, présent à chaque page trouve sa force dans sa polysémie : sang, amour, brûlure ? On ferme le livre la gorge serrée. Pourtant, l’auteur a su semé une graine d’espoir car la fille s’est mise à parler et l’œuvre se clôt sur l’image d’une poupée souriante, elle, symbole d’une enfance sans heurts ni coups.

            Je n’ai pu m’empêcher de penser à certains de mes élèves qui luttent, souvent seuls et à armes inégales, contre des adultes et ainsi, grandissent bien trop vite.

Ne cherchez ni la gaité ni le réconfort dans cet album aux dessins sublimes. Ne le mettez pas entre toutes les mains non plus.

 

 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 22:16

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Découverte en livre audio.

Il y en aurait à dire sur cette œuvre ! Commençons par le commencement…

            J’ai d’emblée été déçue par la voix de la lectrice. Il faut dire que je m’étais habituée à une voix d’homme lors de mes précédentes expériences livraudiesques (néologismons…), n’est-ce dû qu’à cela ? En tous cas, la voix de celle que je ne nommerai pas m’a gênée par ses sonorités légèrement rocailleuses, ses accents âpres. Je m’attendais à plus de douceur. Bon.

            Ensuite, j’ai presque immédiatement regretté de ne pas avoir lu le livre, plutôt qu’écouté. Je crois que c’est une grande œuvre d’une indéniable qualité, riche et dense, qui mérite une concentration accrue, une attention plus soutenue que celle que j’ai pu fournir entre deux ronds-points, partagée entre les préoccupations domestiques de mon chez-moi et les tracas professionnels…

            Plusieurs mots me sont venus à l’esprit : contemplation du passé d’abord. Cette œuvre ne bouge pas, l’héroïne (elle mérite assez mal cette appellation d’ailleurs) est tournée vers sa vie d’enfant et d’adolescente, elle fait revivre ses souvenirs à l’occasion de l’héritage que lui a légué sa grand-mère Bertha : une maison. Et là, le talent de l’auteur nous apparaît dans toute sa puissance : on y est dans cette maison, son plancher grince sous nos pas, les livres de la bibliothèque sont face à nous. On peut aussi s’asseoir à la petite table de la cuisine avec Iris, la narratrice. L’écriture a un pouvoir d’évocation assez particulier, rare.

            « Secrets » pourrait aussi résumer ce livre : la narratrice en déterre une importante quantité, elle fouille, elle creuse dans sa mémoire pour en extraire des tabous et des non-dits familiaux, et c’est la maison elle-même qui permettra cette re-découverte du passé.

            « Deuil » : la résurrection des souvenirs permet à Iris de faire son deuil, sans aucun doute. Il paraît même que c’est un processus inévitable. Mais le deuil est aussi un hommage, un hommage à toutes les femmes de la famille, car si l’écriture est féminine, les personnages le sont aussi. Des femmes toutes différentes : la passionnée, la pudique, l’électrique, la honteuse… Le deuil permet aussi à Iris d’assumer pleinement sa vie de femme actuelle dans les bras de Max.

 

            Mon avis est partagé : je ne remets pas en doute les qualités de l’œuvre, l’écriture est ciselée, sublimée, les descriptions et les évocations du passé sont d’une justesse remarquable. Cependant, si je suis en admiration devant ce style pur et exemplaire, un sentiment de malaise m’a envahie à plusieurs moments. Immobilisme - voilà le terme que j’aurais finalement eu envie d’utiliser pour qualifier ces retours incessants dans le passé. Comme une mouche prise au piège dans une toile d’araignée, éternellement prise au piège… Iris, elle aussi est piégée par son passé, elle s’y enferme comme dans cette maison. Et la fin m'a donné le vertige au mauvais sens du terme.

 

Le livre est un florilège de sentences dédiées à la mémoire et aux souvenirs. A collectionner !

 

« Les souvenirs sont des îles qui flottent dans l'océan de l'oubli »

« L’oubli partagé est un lien aussi fort que les souvenirs communs, peut-être même plus fort. »

« L'escalier n'était ni en haut ni en bas, ni dedans ni dehors.
Il était là pour assurer en douceur mais avec fermeté la transition entre deux mondes. Ainsi s'explique sans doute la prédilection des adolescents pour ce genre d'endroit, leur penchant à s'installer dans les escaliers comme celui-là, à se tenir dans l'entrebâillement des portes, à s'asseoir sur des murets, à s'agglutiner à des arrêts de bus, à courir sur les traverses d'une voie ferrée, à regarder du haut d'un pont. Passagers en transit, consignés dans l'entre-deux. »

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 15:02

 

           

            Un western. Vous savez, l’univers des mecs aux jambes écartées, des flingues, des putes, des shérifs et des saloons… eh ben non, cet album ne s’arrête pas à ces clichés, il va bien au-delà, il est tout simplement génial.

            Un mystérieux inconnu débarque à Westwood City, une ville du Kansas menée  d’une main de fer par le shérif Jude Shanton. Il amène avec lui deux cadavres ce qui lui confère tout de suite respect et crainte. Il ose même défier le shérif à la réputation terrifiante et va jusqu’à coucher avec sa prostituée préférée… défigurée par une sombre histoire de vengeance. Ce n’est que vers la fin de la BD qu’on apprend la véritable identité du bel inconnu. Je ne vous raconte pas le dénouement, il est sensas’ !

Mais mon coup de cœur se dirige surtout vers le graphisme. C’est réaliste et onirique ; le dessinateur a sorti le grand jeu : paysages sublimes, grandes cases, dégradés de couleurs, … du lisse, du surprenant, du beau. Quelle pureté dans le trait, quelle originalité !

Je suis ravie d’être tombée complètement par hasard sur ce petit chef-d’œuvre !

 

  

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 09:51

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Erik Orsenna nous offre, une fois encore, l’éloge d’un petit pan de la langue française.

            J’avais lu Si on dansait ? en 2009 ; La Révolte des accents  vient chronologiquement juste avant. Les ingrédients sont toujours les mêmes : une adolescente amoureuse des mots, une île, des personnages de conte. Jeanne obtient un job d’été un peu particulier : elle prête son excellente vue à un gardien de phare devenu aveugle. Observant ainsi de loin une représentation de Roméo et Juliette, elle assiste également au(x) drame(s) de l’île : les épices de Mme Rigoberta ont disparu et, par la même occasion, les accents qui ornent nos mots. Jeanne part à la recherche des accents et sa quête la mène en Inde. Elle y retrouve son frère, Tom, qui, contre toute attente, lui permet de retrouver les accents disparus.

            Je m’étais un peu lassée de ces récits qui ont quelque chose d’un peu redondant mais j’avoue que c’est avec grand plaisir que j’ai lu ce court texte agrémenté d’illustrations –même pour l’édition de poche, c’est extra. Orsenna nous conduit dans son univers, un univers tout doux, empli de candeur et de couleurs. Un monde de l’enfance où les cinq sens sont titillés. J’ai aimé ce parallèle gastronomie/langue française, tout à fait opportun, d’après moi ! « la blancheur du riz sans épices ressemble au grand désert d’une journée sans il était une fois ».

Moi qui me bats aussi quotidiennement contre les oublis des accents, vous pensez bien que je me suis sentie épaulée dans ma lutte de tous les jours… Certains élèves oublient tous les accents, tout simplement. Ca m’a toujours dérangée. Orsenna nous propose quelques dialogues dénués d’accent, c’est laid, difforme, c’est « fade » et « insipide ». « Leur absence éteignait les mots. On aurait que notre langue française avait, soudain, perdu tout élan, tout éclat, toute lumière ».

            Une défense des accents subtile, un brin surannée et délicieusement enfantine. Au-delà de cette apologie des signes diacritiques, l’auteur nous prouve, à chaque page, son talent de poète et son incroyable faculté de créer des images, des rapprochements, d’éveiller ou de réveiller notre amour du français.

« Grâce à la musique, on voit plus clair, plus loin qu’avec les yeux. On dirait que les notes prennent le regard sur leur dos et l’emportent au loin, là où il a besoin de voir. »

« M. Henri, notre quasi-centenaire, le roi de nos musiciens, se tenait devant la boutique. Il souriait. Comme toujours. Sur son visage, on aurait dit qu’une guerre avait éclaté jadis entre le sourire et les rides. Les rides progressaient d’année en année. Mais le sourire (pour combien de temps ?) continuait de sortir vainqueur. »

« Il était une fois...

Je ne sais pas vous, mais moi, dès que j'entends ces quatre mots, je ronronne, je m'abandonne, je prends la mer ou je m'envole, je m'étends, je m'agrandis, je ne suis plus Jeanne, je deviens qui on veut, un Esquimau, une Tahitienne, un éléphant, une fourmi rouge, un arbre du voyageur… ou Dieu lui-même.
 »

 

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 13:49

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             Voilà un bouquin qui traînait dans ma PAL depuis un moment, je l’avais reçu : « Livre offert pour deux Livre de Poche achetés »… est-ce dû à sa gratuité (on est bête parfois, hein ?) mais il ne m’intéressait pas plus que ça. Je n’ai jamais rien lu non plus de cet auteur, pour moi c’était les fourmis et les fourmis, mouarf, bon, non.

             Quelle surprise ! Avant d’en parler plus amplement, voilà l’incipit : « Je me présente. Je suis un livre et je suis vivant. Je m’appelle « Le Livre du Voyage ». Je peux, si vous le souhaitez, vous guider pour le plus léger, le plus intime, le plus simple des voyages. Hum… Puisque nous allons vivre quelque chose de fort ensemble, permets-moi tout d’abord de te tutoyer. » Le tutoiement du lecteur, ce n’est pas une nouveauté, mais Werber réussit à nous embarquer dans son voyage. Il nous demande d’abord de nous relaxer, il s’y prend bien… puis il nous prend par la main et nous fait décoller. Certains moments sont vraiment sympa. On se prend pour un aigle aux ailes transparentes et aux pouvoirs immenses.

L’auteur se donne alors pour ambition de survoler l’espace et le temps mais aussi nos rêves et nos angoisses, nos souvenirs et nos faiblesses, nos enfants et nos aïeuls, l’amitié, l’amour, la mort… Tour d’horizon complet !

              Commençons par le positif : j’ai été emmenée, vraiment, je suis rentrée dans le jeu docilement et sans résistance, j’ai réussi à me détendre, j’ai découvert de nouvelles contrées, j’ai appris aussi, j’ai été touchée et j’ai souvent eu l’impression que ce livre avait été écrit pour moi seule.

            Le négatif ? Le livre m’a fait penser à ces messages qu’on reçoit sur Internet, vous savez, de jolies images, une musique reposante et des leçons de courage, de bonheur de confiance : toi aussi tu es fort, toi aussi, tu peux, etc. Werber joue un peu sur la facilité. Mais ce qui m’a le plus gênée c’est qu’il a réveillé en moi des angoisses profondément enfouies, il nous emmène par exemple au centre de la galaxie, nous fait réfléchir sur le Big-Bang, le vide, l’idée de fin : « Tu te places au-dessus du trou noir. Et toute la galaxie tourne autour de toi. Tu mets tes bras en spirale (…) Au bout du temps, il y a le Big-Bang. Aux confins de l’espace il y a encore le Big-Bang. Est-ce donc la limite de l’univers explorable ? Demande-le directement à la lumière. Elle te répond que tu n’as exploré qu’un seul univers espace-temps », j’avoue que ces idées-là ne m’excitent pas du tout, elles m’effraient, elles m’inquiètent. Je suis donc passée à un état de quiétude et de sérénité à une sorte de malaise qui ne s’est pas dissipé à la fermeture du livre. Le type a beau nous dire « tu n’as rien à craindre », il nous laisse là, avec des interrogations auxquelles, forcément, il ne sait pas plus répondre que le commun des mortels.

Je rajouterais que Werber emploie un ton légèrement hautain (euphémisme) pour nous parler, il est au-delà de Dieu, ses ambitions sont osées et parfois déplacées. La présentation des phrases semblable à celle des versets abonde encore dans ce sens.

               Je pense cependant que certains trouveront ce livre sublime et, malgré mes réticences, j’en recommande la lecture. C’est court, 160 pages pour faire le tour de l’univers et de l’Histoire du monde, ça relève de l’exploit…

 

Les extraits que j’ai trouvé jolis et agréables :

Rencontre avec un sage : « Il retient une grimace puis, au comble de l’agacement, te traite de "petit imbécile". Signale- lui que tu te sens précisément un "imbécile", mais dans le vrai sens étymologique du terme. Autrefois, "im-bécille" signifiait "qui n'a pas de béquille". Un imbécile est quelqu'un qui n'a aucun tuteur, aucun bâton, aucune béquille pour le faire tenir droit. Il trébuche mais, au moins, il avance, et il avance seul. Imbécile, c'est en fait le plus beau compliment que tu pouvais recevoir. »

 

« … cette théorie antique qui prétend que, jadis, les êtres humains avaient deux têtes, quatre bras, quatre jambes et qu’ils ont été séparés. « Depuis, on est tous à la recherche de notre moitié perdue. »

 

« Tu sais, vivre des aventures originales, c’est bien. Mais se rappeler qu’on a vécu une aventure, ce n’est pas mal non plus. C’est un peu comme les lasagnes réchauffées le lendemain. C’est encore meilleur. »

 

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