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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 18:27

Alors que  Le perroquet de Flaubert ne se prêtait pas tellement à une lecture sous-le-soleil-les-doigts-de-pieds-en-éventail-dégoulinant-de-crème-solaire, ce roman policier convient tout à fait à la plage !

Le commissaire Mistral doit démasquer un meurtrier qui a ressurgi alors qu’on n’avait plus entendu parler de lui depuis quelques années. Il s’agit du Magicien qui doit son surnom à sa manière de procéder : il attire de jeunes garçons d’une dizaine d’années en leur faisant un tour de magie bluffant puis les viole dans une cage d’escalier sombre d’immeuble avant de les tuer.

Si on suit l’enquête de Mistral et de ses collègues policiers qui rêvent de coincer ce malade mental, on accompagne aussi le tueur en série qui vient de sortir de prison (d’où son absence de quelques années). Il donne facilement le change en se faisant passer pour un homme malingre et insignifiant. Le boulot de plombier qu’il accomplit avec efficacité lui permet aussi de traquer ses futures proies.

C’est un roman policier assez banal. Le suspens (qui n’est pas non plus insoutenable) rend a lecture plutôt addictive, accessible et rapide. L’écrivain est un flic, commissaire de la police judiciaire à Paris, c’est un aspect intéressant puisqu’il ne nous raconte pas n’importe quoi sur la vie et le travail des policiers (en tous cas, c’est ce que j’ose espérer !). Il doit d’ailleurs y avoir un poil d’autobiographie avec ce personnage du commissaire Mistral, décrit comme un père de famille relativement ordinaire.

Comme je le disais, une lecture légère et facile, pas si terrifiante qu’il n’y paraît. Le roman a reçu le prix des Lecteurs « Goutte de Sang d’Encre », que je ne connais absolument pas !

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 17:36

Le roman Sans famille d’Hector Malot a été ma première émotion de lecture. Cette histoire d’orphelin sillonnant la France me fascinait quand j’étais enfant. J’en ai gardé un tel souvenir que relire le livre me fait peur. J’ai trouvé une autre solution avec cette BD.

Rémi, un enfant habitant dans une ferme isolée, est le narrateur. Jusqu’à l’âge de huit ans, il pensait que celle qui s’occupait tendrement de lui  jours et nuits était sa vraie mère, avant d’apprendre la triste nouvelle : c’est un enfant trouvé. Celle qu’il appelle « Mère Barberin » l’a recueilli quand il était bébé, trouvé par son mari, Jérôme, sous un porche parisien. Jérôme, rêvant d’une récompense en regardant les riches langes et linges qui enveloppent le nourrisson, a gardé l’enfant mais, huit ans plus tard, sans argent, il veut s’en débarrasser. Un artiste ambulant, le signor Vitalis, entend parler de ce garçon trouvé et propose de le recueillir dans sa « troupe ». Moyennant quelques sous, Jérôme accepte rapidement en cachant la vérité à son épouse. Vitalis accompagné de M. Joli Cœur un singe adorable, de Capi un petit chien blanc et de deux autres chiens, Dolce et Zerbino, prend Rémi par la main. Rémi s’époumone à appeler sa « maman », il se sent seul mais deux éléments vont lui apporter un peu de réconfort : la gentillesse de Vitalis qui lui promet souliers, culotte de velours, veste et chapeau, et Capi, qui vient se blottir doucement dans les bras du garçon.

J’ai encore une fois craqué ! La douceur de l’histoire et du texte est magnifiée par le dessin, tout en nuances, aux couleurs claires et tendres. L’innocence du regard de Rémi face au visage empreint de sagesse de Vitalis fait mouche et les petits animaux les entourant ne font que compléter ce tableau original. Non seulement j’ai bien envie de continuer cette série (et de la faire découvrir à mes enfants puisqu’il s’agit d’un album destiné à la jeunesse) mais je souhaite aussi relire ce beau roman qui m’a tant fait rêver…

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 17:44

Il me tardait de découvrir cet auteur à l’écriture particulière (oui, je le sentais avant de le lire !).

Julian Barnes nous livre une biographie insolite de Flaubert. Il s’intéresse à quelques parties de la vie de l’écrivain, quelques éléments qui l’ont marqué. Il s’interroge par exemple sur le perroquet qui a été à l’origine de celui qui a inspiré Flaubert pour écrire sa nouvelle « Un cœur simple ». Puisqu’il en trouve un à Rouen, au musée Flaubert et un autre à Croisset dans la maison où Flaubert a vécu, il se demande quel est celui qui a servi de modèle à l’écrivain. Donc il enquête … Il va aussi contredire le réquisitoire qui affirme que Flaubert haïssait l’humanité, qu’il détestait la démocratie, qu’il n’était pas patriote, qu’il avait tué des animaux, … point par point, Barnes le défend en affichant des arguments plus ou moins fiables. D’un autre côté, il nous propose une version de Louise Colet, celle qui a été la maîtresse de Flaubert, et là on découvre un homme capricieux, parfois cruel, manquant de tact et prenant du plaisir à humilier sa compagne.

Une donnée importante fait toute la richesse de ce livre qu’on ne peut qualifier de roman ni d’essai, c’est l’humour de l’auteur, un humour anglais subtil et incisif, omniprésent à tel point qu’on se demande si le critique déteste le célèbre écrivain  ou s’il l’adore… je pencherais plutôt pour la seconde option. Je crois que c’est un acte d’amour, un hommage qui tente de révéler les points faibles comme les qualités de Flaubert. Et Flaubert apparaît comme un homme, comme les autres, et un écrivain de grand talent (il écrivait avec une facilité déconcertante !)

La structure du livre m’a paru difficile à saisir mais, pour ma défense, ce fut une lecture de plage, au sens propre du terme, et, se concentrer au milieu des « schhh » des vagues, des « plouf plouf » des enfants, des grains de sable s’immisçant entre les pages, ce fut drôlement difficile.

Découverte du second perroquet : « Puis je l’ai vu. Blotti au sommet d’une haute armoire, il y avait un autre perroquet. Également vert étincelant. Également, d’après la gardienne et l’étiquette de son bâton, le perroquet même que Flaubert avait emprunté au musée de Rouen pour écrire Un cœur simple. J’ai demandé l’autorisation de descendre le deuxième Loulou. Je l’ai posé soigneusement sur l’angle d’une vitrine et j’ai enlevé son globe de verre. »

Une réflexion sur la couleur des yeux des personnages…  (Car ce cher Gustave aurait donné différentes couleurs d’yeux à Emma Bovary !) : « Yeux bruns, yeux bleus. Cela est-il important ? Non pas : est-il important que l’auteur se contredise ? Mais leur couleur est-elle importante ? Je suis désolé pour les romanciers quand ils doivent mentionner la couleur des yeux des femmes : il n’y a pas beaucoup de choix et, quelle que soit la couleur décidée, on risque la banalité. Ses yeux sont bleus : innocence et honnêteté. Ses yeux sont noirs : passion et profondeur. Ses yeux sont verts : violence et  jalousie. Ses yeux sont bruns : sûreté et sens commun. Ses yeux sont violets : le roman est de Raymond Chandler. Comment éviter tout cela sana la musette d’une parenthèse sur le caractère de la dame ? Ses yeux sont de la couleur de la boue ; ses yeux changeaient de teinte en fonction des verres de contact qu’elle portait ; il ne l’avait jamais regardée dans les yeux. »

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 16:56

Quelle jolie surprise que cette BD !

Fin du XIXème siècle. Dans un bistrot de marins, le capitaine O’Murphy raconte la surprenante rencontre qu’il a faite avec deux de ses matelots. Un jour que leur bateau était pris dans une tempête, ils virent au lointain un « navire arborescent », un bateau sur lequel se dressait un arbre magnifique. Lorsque le calme revint, une chaloupe fut mise à la mer et le capitaine accompagné de deux marins, grimpa jusqu’au pont de ce mystérieux bateau. « Les racines de l’arbre plongeaient dans les entrailles du bateau et avaient depuis longtemps soulevé et vrillé ponts et barrots ».

Oh surprise, l’arbre leur parle et leur raconte son histoire. Autrefois potier, Amédée fut enrôlé de force sur un bateau. Il se fait, tant bien que mal, à la vie de marin mais des pirates attaquent l’embarcation et Amédée devient leur prisonnier… ou plutôt leur jouet qu’ils humilient, maltraitent et rabaissent sans cesse. Finalement abandonné sur une île déserte, Amédée joue les Robinson avant de s’approcher de l’arbre géant de cette île. Passant sous l’arbre, il ne remarque pas que quelque chose lui est tombé dans les cheveux. Une petite bosse se forme. Amédée la gratte jusqu’au sang sans parvenir à la supprimer. Une plante minuscule grandit au sommet de son crâne. Malgré les efforts de l’homme pour la couper, la plante pousse de plus bel au fur et à mesure qu’Amédée s’affaiblit. Recueilli par des pirates chinois, c’est le plus vieil homme du bateau qui va s’occuper d’Amédée ou plutôt de son bonsaï, en le coupant, en l’effeuillant, en l’élaguant. Ce soin tout particulier rend au jeune homme force et vitalité, et même bien plus… il devient immense et invincible. Les lames pénètrent dans sa peau mais ne laissent qu’une petite plaie chaude et sous les plombs, une plaie froide se referme doucement sans le blesser réellement. Amoureux d’une belle Chinoise, Amédée connaît son instant de gloire et a même la possibilité de se venger de ses anciens bourreaux.  Lorsque l’heure de la mort est venue pour Amédée, le vieux Chinois le fait enterrer au centre d’un vaisseau, ne laissant émerger que la tête. Et le bonsaï est devenu l’arbre que le capitaine O’Murphy a pu serrer contre lui.

Quelle belle image que cet arbre planté au centre d’un bateau ! Cette histoire qui pourrait être un conte nous emmène dans des contrées exotiques, anciennes et imaginaires. C'est un beau rêve! Le rouge et le bleu, comme sur la couverture, sont très présentes. Minuscule bémol bien plus petit qu’une feuille de bonsaï : les dessins, assez hachurés, auraient pu être plus précis.

 A découvrir !

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:17

 

 

J’avais noté ce titre qui avait plu à de nombreux lecteurs. Je pense que vous procédez aussi ainsi : on note, on oublie, on ne sait plus de quoi ça parle, on emprunte ou on achète, on lit et là… la surprise est parfois grande !

Roy, 13 ans, est parti avec son père, Jim, passer une année particulière sur une île quasi inhabitée, en Alaska. Il n’avait pas vraiment envie de « perdre » une année de son adolescence à jouer à l’aventurier mais, fils de divorcés, il savait que son père tenait à cette escapade.

La vie dans la cabane sur l’île est semée d’embûches. Il faut pêcher, chasser, faire un abri pour la nourriture, faire face aux attaques d’ours, subir la cohabitation avec le père. Roy se rend surtout compte que son père n’est pas fort psychologiquement, il pleure toutes les nuits, lui raconte ses déboires amoureux (il a déjà divorcé deux fois parce qu’il ne sait pas rester fidèle) ; ils se perdent souvent dans la forêt ou dans la neige par sa faute. Roy soupçonne même Jim de s’être jeté intentionnellement d’une falaise pour en finir. Dans ce fatras, le jeune garçon voudrait rentrer chez lui, retrouver sa mère et sa sœur mais il sait que ce désistement rendrait son père trop malheureux.

L’isolement, les conditions de vie à la dure, cette relation père-fils en font un roman intéressant qui prend pourtant une toute autre tournure après ce qui pourrait être considéré comme un séisme de magnitude 9, une tragédie, un événement affreux et ignominieux que je ne révélerai pas ici… Quand on lit ce passage juste avant de dormir, bon courage pour la nuit ! C’est insensé un revirement de situation pareil !

Crions-le haut et fort : âmes sensibles s’abstenir ! j’ai adoré l’atmosphère inquiétante de ce roman, ce père un peu fou qui a cette idée complètement tordue d’emmener son fils loin de tout et ce fils bien plus mûr que le père qui doit conjuguer adolescence avec solitude. Mais alors le gros choc du milieu de roman, je ne m’en suis pas encore remise ! Finalement, l’auteur s’en sort bien, la fin est cohérente même si on ne peut s’empêcher de rester crispé un bon moment après avoir refermé le bouquin…

« Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc naturel de South Prince of Wales et à environ quatre-vingt kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. »

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 20:43

Après la révélation de la fin du tome 3 : Serge aime les hommes, Marie est bouleversée, elle essaye malgré tout une approche mais Serge la rejette. A bout d’idées, elle va se confesser au curé. Paniqué, le curé s’en va se défouler en tapant du marteau sur le bateau de son ami Noël. Ils seront, avec l’aveugle qui va les rejoindre, quatre hommes ivres de ne savoir quel choix faire. Serge s’est attaché au village et aimerait rester pour ne plus être un « survenant » mais il ne peut épouser Marie. Bien grisés, les hommes concoctent un plan : faire répandre la rumeur qui dirait que Serge « ne peut pas dans le lit » à cause d’un obus qu’il se serait pris pendant la guerre. La question du mariage avec Marie devient donc délicate. La jeune femme en question rit en apprenant ce burlesque stratagème mais elle n’en demeure pas moins meurtrie et pour se consoler, … va dans les bras d'un petit jeune du village, Marceau. 

Bon, je vous ai tout raconté mais ce n’est pas une raison pour ne pas lire cet album. La série devient de plus en plus intimiste en faisant un gros plan sur le cœur de Marie mais aussi sur celui de Serge. Et ces deux-là ne sont pas compatibles même s’ils s’entendent très bien. On sourit tendrement, on s’émeut. Encore une belle réussite que cet opus.

Ma bibliothèque m’a fait croire que la série s’arrêtait au tome 4… et je découvre avec bonheur qu’il me reste quatre autres petits bonheurs à déguster. Youpi ! Je fais cependant une pause et je retrouverai le village après la rentrée.

Un petit extrait… pour une fois que Serge s’énerve : « T’as chialé parce que je voulais partir et maintenant, tu chiales parce que je veux pas partir !!! Je vais te dire Marie, je crois que ce que tu ne supportes pas, c’est ce que je suis : un fif ! une tantouze ! ça te dépasse, ça ! D’ailleurs tu comprends tellement pas que tu as essayé de me faire rentrer dans le droit chemin… ça marche pas comme ça, Marie ! Malgré tout le sentiment que j’ai pour toi, et dieu sait si j’en ai, je ne peux pas changer ! »

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 10:40

Ma bibliothèque comporte si peu d’œuvres théâtrales pour adultes que je me rabats sur les pièces destinées à la jeunesse.

            Quatre personnages : La Voix, Elle, Lui et La Mère. « Elle » représente le souvenir d’une jeune fille que « Lui » a rencontré dans son enfance. Elle tente de s’imposer à Lui, elle toque à la fenêtre de sa maison, elle s’assoit à la table avec Lui. La Mère est l’élément perturbateur qui essaie de faire en sorte que la rencontre n’ait pas lieu.

Très imagée, cette pièce m’a semblé bien trop courte pour être appréciée. Elle ne me paraît pas non plus très appropriée à un public jeune : comprendrait-il vraiment de quoi il s’agit ? saura-t-il goûter à cette jolie écriture si poétique et symbolique ?

« Elle : Et pourtant, qu’est-ce qu’il cherche d’autre que moi, là-haut, chaque fois qu’il lève la tête et qu’il réfléchit ? Il me guette, j’en suis sûre. Comme un petit oiseau qui descendrait du ciel et qui viendrait l’emporter … Si seulement je pouvais retenir un instant son regard dans ma voix ! »

             Une nouvelle policière de Dorin que j’avais bien aimée : Cœur de pierre.

 

 

 

Cinquième participation au challenge théâtral d‘Eimelle.

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 22:03

Un garçon prénommé Jack vient d’avoir cinq ans. Le maigre nombre de ses cadeaux, les repas étranges et la pièce minuscule  où il se trouve indiquent que la situation est particulière. Et le lecteur ne tarde pas à comprendre que Jack est séquestré, avec sa mère, dans un petit local où il est né et dont il n’est jamais sorti. Sept ans auparavant, sa mère a été kidnappée par « le Grand Méchant Nick » qui l’a violée à de nombreuses reprises. Elle s’est retrouvée enceinte, a accouché seule puis a élevé seule Jack à qui elle a toujours fait croire que seule « la Chambre » existait. Les livres et la télé, ce ne sont que des histoires. A bout de force, malade, la mère décide, pour les cinq ans de son fils, de lui expliquer la vérité et de tout faire pour que Jack puisse s’évader…

Si vous voulez lire le livre, n’allez pas plus loin. La mère réussit à faire croire à son bourreau que l’enfant est mort. Elle l’a enroulé dans le vieux tapis en lui expliquant qu’il devait feindre une rigidité cadavérique. Nick emmène le cadavre qui n’en est pas un dans son pick-up et Jack réussit à s’extirper du tapis pour s’enfuir.

La seconde partie commence ici. C’est l’apprentissage de la vraie vie, du « dehors », de la vie en communauté, des aliments à foison, des chaussures à mettre aux pieds, de la pluie, des escaliers, de l’ardeur du soleil, de la gestion de l’espace si grand… Le sauvetage du fils et de sa mère (car le coupable a été arrêté) a été médiatisé. La mère  craque, le fils est perdu, les deux doivent apprendre à vivre avec une famille qui croyait la première morte et qui ignorait l’existence du deuxième.

C’est Jack qui est le narrateur et son langage d’enfant m’a agacée dès les premières pages : il s’assoit sur « Monsieur Rocking-chair », il regarde « Madame l’Heure », il se catapulte sur « Madame Couette » et il regarde « Madame Télé ». J’ai bien cru que je ne tiendrai pas et pourtant, je me suis laissé emporter par cette histoire passionnante, par ces personnages hors du commun : une mère-courage qui a tout fait pour que son enfant se sente bien, et un garçon qui pense que ce qu’il vit est complètement normal. Addictif, le roman ne se contente pas de raconter l’enfermement des deux personnes, il évoque aussi longuement la reconstruction, la dimension psychologique de cet événement sordide, la relation très forte entre une mère et son fils. Jack n’a connu que la Chambre et malgré toutes les attractions du « dehors », il veut y retourner. Sa mère, quant à elle, a perdu le goût de vivre et doit aussi apprendre à son fils à prendre une petite distance.

Un livre émouvant, juste. Au-delà de cette histoire personnelle qui s’est inspirée de faits réels médiatisés qu’on connaît tous, une réflexion sur ce qui nous entoure, sur les chances de notre quotidien insuffle son énergie au roman. Découvrir pour la première fois les oiseaux, un marché, un musée, les vitraux des églises, les flaques de pluie, un marché, un ballon de foot… ou tout simplement la vie dans toute sa diversité, son mouvement, ses aléas.

Je remercie Carolinette qui m’a gentiment chuchoté de lire ce livre surprenant. Elle avait raison !

 

Les premières lignes : « Aujourd'hui, j'ai 5 ans. Hier soir j'en avais 4 quand j'ai été me coucher dans Petit Dressing, mais abracadabra ! Il fait encore nuit et je me réveille dans Monsieur Lit avec mes 5 ans. Avant, j'avais 3 ans, et 2, et 1 an, et encore avant 0 an. "Est-ce que j'ai eu des moins que zéro ?

- Hein ?" Maman s'étire (...)

"Quand j'étais au Ciel. Est-ce que j'avais moins 1, moins 2, moins 3... ?

- Mais non, les chiffres n'ont commencé que quand tu es tombé de là-haut.

- Par Madame Lucarne. Tu étais triste avant que j'arrive dans ton ventre.

- Bien vrai." Maman se penche pour allumer Madame Lampe qui fait la lumière, rapide comme l’éclair : clac ! »

 

La découverte du » Dehors » : « c’est tout silencieux sauf des bruits aigus dans les arbres, je crois que c’est des oiseaux mais je vois rien. Le vent fait swish-swish dans les feuilles. J’entends un enfant crier, peut-être dans un autre jardin derrière la grande haie ou alors il est invisible. La figure dorée du bon Dieu se cache derrière un nuage. J’ai plus froid. Le Dehors arrête pas de changer sa lumière, sa chaudeur et ses bruits : je sais jamais comment ça va être la minute après. Le nuage a l’air un peu bleu-gris : est-ce qu’il va faire pleuvoir ? Si la pluie commence à me tomber dessus, je courrai dans la maison avant qu’elle me noie la peau. »

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 12:30

 

Comme j’avais hâte de me retrouver dans ce petit village de Notre-Dame-des-Lacs !

C’est la fin de l’hiver qui signifie aussi le retour des hommes. C’est avec stupéfaction et indignation qu’ils découvrent la présence de Serge et l’existence d’un restaurant. Les femmes redécouvrent la rustrerie de leurs maris et la comparent au charme et à la finesse d’esprit de Serge. Jaloux, les hommes boycottent à la fois le restaurant et le Magasin Général. Lorsque Serge se prend un gnon, il veut partir mais Marie refuse et désespère.
Deux clans s’opposent au village : les hommes et les femmes. Par chance, Gaëtan a appris à cuisiner aux côtés de Serge et nourrit les hommes.

Rien ne va plus : la cabane où vivait Serge a été mise à sac et le curé avoue à Noël, celui qui se construit un bateau, une crise de vocation devant l’éparpillement de ses ouailles. Lorsque Serge secourt une femme sur le point de mourir, il remonte dans l’estime des villageois, mais la fin de l’album révèle  à Marie une surprise de taille.

Le deuxième tome était un conte de fée, l’arrivée de ce Serge improbable, sa générosité, son envie de faire découvrir un ailleurs aux habitants du village ont donné un élan de vie, contrarié, dans ce tome-là, par le retour des hommes et leur refus de voir un étranger s’imposer parmi eux. Que de « Hostie ! » et de « Tabarnak ! » prononcés ! Chacun se fâche, revendique ses droits… sauf ce doux Serge, qui cache bien son secret !

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 15:19

Je ne suis pas une grande fan des récits qui racontent souffrances, malheurs, maladies, résurrections. C’est surtout parce que j’ai une certaine affection pour le slameur que j’ai pris ce livre en main.

GCM, de son vrai prénom Fabien, a plongé dans une piscine dont le niveau de l’eau était trop bas.  Hélicoptère, réanimation, et au final : tétraplégie. Il raconte sa sortie de réanimation et son entrée dans un centre dédié aux handicapés : tétraplégiques, paraplégiques, grands brûlés ou encore amputés.  Arrivé en plein été, Fabien ne savait ni marcher, ni tenir seul une fourchette, ni même uriner ou déféquer tout seul. Lorsqu’il quitte le centre, quelques mois plus tard,  il sait faire quelques pas  à l’aide de béquilles, il a acquis de plus en plus d’autonomie.

L’artiste raconte son quotidien, les rencontres qu’il fait, la journée laborieuse et souvent trop longue (un copain parlait de trouver tous les moyens pour « niquer une heure », la faire passer le plus vite possible), le personnel soignant, les autres patients, les efforts et la grande lutte pour s’en sortir (les premiers mois sont décisifs), les déceptions, les dépressions et les espoirs. De tous ses potes du centre, Fabien est celui qui s’en est le mieux tiré… si on peut dire ça. Le jeune homme rêvait de faire une carrière dans le sport, ce projet est désormais complètement exclu. Mais son voisin de chambre, lui, est condamné à resté allongé, le plus souvent sur le ventre pour éviter les eschares.

Ce livre est une grosse claque, une énorme secousse qui nous fait dire « Putain, qu’est-ce que je suis bien, dans ma vie ! ». Grand Corps Malade raconte ce qu’il a vécu avec sobriété, avec humilité, avec humour aussi. Etrangement, les patients du centre ne sont presque que des hommes, généralement, entre 20 et 30 ans, souvent issus des banlieues parisiennes. Le centre est un microcosme qui est comparé, à la fin du récit, à une prison. On est obligé d’y rester…

Ce qui paraît étrange, c’est que Fabien n’évoque jamais sa carrière à venir, comme si ce livre n’était qu’un unique hommage au personnel soignant, qu’un regard tourné vers les personnes handicapées. Et pourtant, on entend son slam à chaque page, sa voix grave qui raconte posément les choses telles qu’elles sont et telles qu’elles ont été. Un beau livre, touchant mais aussi revigorant, qui offre une vision différente des « personnes à mobilité réduite » (voilà bien un euphémisme que Fabien n’a pas utilisé dans son livre !)

Même faire pipi demande assistance… : « Six fois par jour, on se retrouve donc en tête à tête avec une infirmière qui, à l’aide de compresses et de gants stériles, enfonce dans notre pénis une sonde de trente centimètres. La sonde, dans son voyage intérieur, atteint la vessie, et l’urine est aussitôt vidée dans une poche plastique.

Alain, un tétra très cultivé d’une soixantaine d’années, surnomme nos infirmières « les femmes aux mille verges ». Il est vrai que, dans une carrière de plusieurs années à notre étage, une infirmière en aura vu des vertes et des pas dures…

Les paraplégiques, qui ont l’usage de leurs bras et de leurs mains, peuvent se sonder seuls après une petite formation. Mais les tétras doivent partager ce moment avec une tierce personne… détail supplémentaire à accepter.

Puisque le mieux est de prendre la chose avec le sourire, il n’est pas rare de croiser dans notre couloir des patients roulant à la recherche d’infirmières disponibles en criant : « Bonjour, mademoiselle, c’est pour un sondage ! »

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