Ce livre sommeillait dans ma PAL depuis pas mal de temps. Je me disais que je ne l’aimerais pas, qu’après avoir lu Rien ne s’oppose à la nuit, je serais déçue (difficile d’égaler un tel bouquin !), eh bien, j’ai eu tort, grandement tort !
Mathilde est une femme d’une quarantaine d’années qui ne vit que pour deux choses : ses trois garçons qu’elle élève seule depuis que son mari est décédé dix ans plus tôt, et son boulot. Bossant dans une grande boîte, c’est son travail qui l’a aidée à refaire surface, à se faire belle, à vouloir (re)devenir une conquérante. Elle a donc accumulé les heures, a sacrifié des week-ends et des soirées pour être la meilleure. Son directeur, Jacques, vexé par une seule petite remarque au cours d’une réunion où Mathilde a habilement suggéré qu’il puisse avoir tort, écrase petit à petit celle qui était devenue sa directrice adjointe. Cette violence silencieuse, ce harcèlement latent, Mathilde ne peut y faire face. Ce sont des réunions auxquelles elle n’est plus conviée, ce sont des dossiers auxquels elle n’a plus accès, des pots auxquels on a oublié de l’inviter… le lent processus d’humiliation, d’exclusion va rendre Mathilde dépressive. Pourtant, Mathilde, par désespoir, est allée consulter une voyante qui lui a prédit que sa vie changerait le 20 mai.
Thibault est un médecin urgentiste qui parcourt les rues de Paris pour soigner les gens. Il est las de côtoyer la misère, de se frayer un passage dans les bouchons, de répéter sans cesse les mêmes gestes, les mêmes paroles apaisantes. Ce jour-là, le 20 mai, il éprouve à la fois du soulagement et de la déception. Il vient de quitter sa maîtresse qu’il aimait, elle qui ne lui offrait que quelques nuits de sexe sans jamais aucune marque de tendresse ni d’affection. Il est fier d’avoir eu le courage de la quitter mais elle lui manque déjà…
La tension du livre réside dans la possibilité de rencontre entre ces deux êtres épuisés et abîmés par la vie. Les deux font le même rêve : « une femme/un homme à qui il/elle demanderait : est-ce que tu peux m’aimer ? Avec toute sa vie fatiguée derrière lui/elle, sa force et sa fragilité. »
Non seulement, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture mais j’ai aussi trouvé que le ton était très juste, les clichés absents, la subtilité omniprésente. Un regard contemporain sur l’entreprise, les relations homme-femme, la ville (quelle diatribe … on en vient à adorer la campagne !). Le titre est polysémique, il est question des tracas du métro mais les « heures souterraines » peuvent aussi désigner ces creux présents dans chaque vie, ces heures passées dans l’ombre et dénuées de tout espoir. Etrangement, la fin ne m’a pas déçue et j’y ai vu, malgré tout, une once d’optimisme. A lire !
« Elle aurait dû raconter les rendez-vous annulés à la dernière minute, les réunions déplacées sans l’en informer, les soupirs excédés, les remarques piquantes sous couvert d’humour, et ses appels qu’il ne prend plus alors qu’elle le sait dans son bureau. Des oublis, des erreurs, des agacements qui, isolés les uns des autres, relevaient de la vie normale d’un service. Des incidents dérisoires dont l’accumulation, sans éclat, sans fracas, avaient fini par la détruire. Elle a cru qu’elle pouvait résister. Elle a cru qu’elle pouvait faire face Elle s’est habituée, peu à peu, sans s’en rendre compte. Elle a fini par oublier la situation antérieure, et le contenu même de son poste, elle a fini par oublier qu’elle travaillait dix heures par jours sans lever la tête. Elle ne savait pas que les choses pouvaient basculer ainsi, sans retour possible. Elle ne avait pas qu’une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d’y remédier… Elle est la cible aujourd’hui et il ne reste plus rien…. Elle se tait parce qu’elle a honte ».

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