J’avais aimé Lisières et Je vais bien ne t’en fais pas, lire d’autres romans d’Adam figure à mon programme annuel.
Paul Anderen vit seul avec sa fille Manon, 4 ans, et son fils Clément, 9 ans. Pourquoi ? Son épouse, Sarah, a disparu un an auparavant. La police pense qu’il s’agit d’une banale fuite avec un amant ; Paul, malgré son mauvais caractère et toutes ses tares, a du mal à y croire. Les trois survivent à la manière de naufragés. En apnée, ils essayent de retrouver un semblant de quiétude en allant s’installer à Saint-Malo, la ville qui a vu grandir Paul.
Paul donne des cours de conduite dans l’auto-école de son frère pour se faire un peu d’argent, Manon accumule les bêtises à l’école et ne peut dormir seule dans son lit, Clément affiche sans cesse un masque d’indifférence, rien ne semble l’atteindre. L’anarchie règne, Paul boit et a du mal à cadrer ses enfants, à obéir aux règles exigées par la société, l’école, le travail. Il rencontre Justine en lui donnant un cours de conduite, elle disparaît mystérieusement du jour au lendemain…
Les défauts, plus que visibles, abondent dans ce roman, les personnages frôlent parfois la caricature, la fin est quelque peu prévisible, le personnage central est agaçant par moments (d’accord, les enfants connaissent un drame, leur vie est chamboulée mais quelle éducation leur donne-t-il !!! quelle quantité d’alcool descend-il !!!). Tout est très romanesque, voire grandiloquent, et pourtant, j’ai adoré ce roman, je me suis encore une fois plongée dans cette écriture à la fois puissante et subtile d’Olivier Adam. Les descriptions de la Bretagne, de la mer déchaînée, de ce décor à l’image de l’état intérieur de Paul sont une raison à part entière pour lire ce bouquin.
De multiples échos retentissent entre ce livre et les Lisières, même personnage torturé et impulsif qui a du mal à vivre… avec sa vie ; même schéma familial : épouse absente, enfants chéris à l’extrême ; mêmes errances.
« L’impasse était déserte. J’ai marché vers le large et c'était comme s'enfoncer dans la nuit pour ne plus jamais revenir. Tout sentait la pluie, l'iode et la terre gelée. Sarah se tenait là, invisible et mouillée, je sentais sa présence auprès de moi, sa main dans mon cou, ses doigts frigorifiés qui jouaient sur mon ventre. L'escalier plongeait dans le vide, le vent sifflait dans les herbes accrochées à rien. J'avançais vers des flots invisibles et perdus dans le ciel noir, le ventre tordu et la poitrine serrée dans un étau. Il s'est mis à pleuvoir, des gouttes lourdes comme des balles, je me suis laissé trouer, transpercer, je me suis laissé laver de fond en comble, jusqu'à ce que Sarah s'en aille, son visage et son corps, et l'empreinte que creusait son absence. »
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