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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 22:03

Un garçon prénommé Jack vient d’avoir cinq ans. Le maigre nombre de ses cadeaux, les repas étranges et la pièce minuscule  où il se trouve indiquent que la situation est particulière. Et le lecteur ne tarde pas à comprendre que Jack est séquestré, avec sa mère, dans un petit local où il est né et dont il n’est jamais sorti. Sept ans auparavant, sa mère a été kidnappée par « le Grand Méchant Nick » qui l’a violée à de nombreuses reprises. Elle s’est retrouvée enceinte, a accouché seule puis a élevé seule Jack à qui elle a toujours fait croire que seule « la Chambre » existait. Les livres et la télé, ce ne sont que des histoires. A bout de force, malade, la mère décide, pour les cinq ans de son fils, de lui expliquer la vérité et de tout faire pour que Jack puisse s’évader…

Si vous voulez lire le livre, n’allez pas plus loin. La mère réussit à faire croire à son bourreau que l’enfant est mort. Elle l’a enroulé dans le vieux tapis en lui expliquant qu’il devait feindre une rigidité cadavérique. Nick emmène le cadavre qui n’en est pas un dans son pick-up et Jack réussit à s’extirper du tapis pour s’enfuir.

La seconde partie commence ici. C’est l’apprentissage de la vraie vie, du « dehors », de la vie en communauté, des aliments à foison, des chaussures à mettre aux pieds, de la pluie, des escaliers, de l’ardeur du soleil, de la gestion de l’espace si grand… Le sauvetage du fils et de sa mère (car le coupable a été arrêté) a été médiatisé. La mère  craque, le fils est perdu, les deux doivent apprendre à vivre avec une famille qui croyait la première morte et qui ignorait l’existence du deuxième.

C’est Jack qui est le narrateur et son langage d’enfant m’a agacée dès les premières pages : il s’assoit sur « Monsieur Rocking-chair », il regarde « Madame l’Heure », il se catapulte sur « Madame Couette » et il regarde « Madame Télé ». J’ai bien cru que je ne tiendrai pas et pourtant, je me suis laissé emporter par cette histoire passionnante, par ces personnages hors du commun : une mère-courage qui a tout fait pour que son enfant se sente bien, et un garçon qui pense que ce qu’il vit est complètement normal. Addictif, le roman ne se contente pas de raconter l’enfermement des deux personnes, il évoque aussi longuement la reconstruction, la dimension psychologique de cet événement sordide, la relation très forte entre une mère et son fils. Jack n’a connu que la Chambre et malgré toutes les attractions du « dehors », il veut y retourner. Sa mère, quant à elle, a perdu le goût de vivre et doit aussi apprendre à son fils à prendre une petite distance.

Un livre émouvant, juste. Au-delà de cette histoire personnelle qui s’est inspirée de faits réels médiatisés qu’on connaît tous, une réflexion sur ce qui nous entoure, sur les chances de notre quotidien insuffle son énergie au roman. Découvrir pour la première fois les oiseaux, un marché, un musée, les vitraux des églises, les flaques de pluie, un marché, un ballon de foot… ou tout simplement la vie dans toute sa diversité, son mouvement, ses aléas.

Je remercie Carolinette qui m’a gentiment chuchoté de lire ce livre surprenant. Elle avait raison !

 

Les premières lignes : « Aujourd'hui, j'ai 5 ans. Hier soir j'en avais 4 quand j'ai été me coucher dans Petit Dressing, mais abracadabra ! Il fait encore nuit et je me réveille dans Monsieur Lit avec mes 5 ans. Avant, j'avais 3 ans, et 2, et 1 an, et encore avant 0 an. "Est-ce que j'ai eu des moins que zéro ?

- Hein ?" Maman s'étire (...)

"Quand j'étais au Ciel. Est-ce que j'avais moins 1, moins 2, moins 3... ?

- Mais non, les chiffres n'ont commencé que quand tu es tombé de là-haut.

- Par Madame Lucarne. Tu étais triste avant que j'arrive dans ton ventre.

- Bien vrai." Maman se penche pour allumer Madame Lampe qui fait la lumière, rapide comme l’éclair : clac ! »

 

La découverte du » Dehors » : « c’est tout silencieux sauf des bruits aigus dans les arbres, je crois que c’est des oiseaux mais je vois rien. Le vent fait swish-swish dans les feuilles. J’entends un enfant crier, peut-être dans un autre jardin derrière la grande haie ou alors il est invisible. La figure dorée du bon Dieu se cache derrière un nuage. J’ai plus froid. Le Dehors arrête pas de changer sa lumière, sa chaudeur et ses bruits : je sais jamais comment ça va être la minute après. Le nuage a l’air un peu bleu-gris : est-ce qu’il va faire pleuvoir ? Si la pluie commence à me tomber dessus, je courrai dans la maison avant qu’elle me noie la peau. »

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 12:30

 

Comme j’avais hâte de me retrouver dans ce petit village de Notre-Dame-des-Lacs !

C’est la fin de l’hiver qui signifie aussi le retour des hommes. C’est avec stupéfaction et indignation qu’ils découvrent la présence de Serge et l’existence d’un restaurant. Les femmes redécouvrent la rustrerie de leurs maris et la comparent au charme et à la finesse d’esprit de Serge. Jaloux, les hommes boycottent à la fois le restaurant et le Magasin Général. Lorsque Serge se prend un gnon, il veut partir mais Marie refuse et désespère.
Deux clans s’opposent au village : les hommes et les femmes. Par chance, Gaëtan a appris à cuisiner aux côtés de Serge et nourrit les hommes.

Rien ne va plus : la cabane où vivait Serge a été mise à sac et le curé avoue à Noël, celui qui se construit un bateau, une crise de vocation devant l’éparpillement de ses ouailles. Lorsque Serge secourt une femme sur le point de mourir, il remonte dans l’estime des villageois, mais la fin de l’album révèle  à Marie une surprise de taille.

Le deuxième tome était un conte de fée, l’arrivée de ce Serge improbable, sa générosité, son envie de faire découvrir un ailleurs aux habitants du village ont donné un élan de vie, contrarié, dans ce tome-là, par le retour des hommes et leur refus de voir un étranger s’imposer parmi eux. Que de « Hostie ! » et de « Tabarnak ! » prononcés ! Chacun se fâche, revendique ses droits… sauf ce doux Serge, qui cache bien son secret !

»   18/20   »

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 15:19

Je ne suis pas une grande fan des récits qui racontent souffrances, malheurs, maladies, résurrections. C’est surtout parce que j’ai une certaine affection pour le slameur que j’ai pris ce livre en main.

GCM, de son vrai prénom Fabien, a plongé dans une piscine dont le niveau de l’eau était trop bas.  Hélicoptère, réanimation, et au final : tétraplégie. Il raconte sa sortie de réanimation et son entrée dans un centre dédié aux handicapés : tétraplégiques, paraplégiques, grands brûlés ou encore amputés.  Arrivé en plein été, Fabien ne savait ni marcher, ni tenir seul une fourchette, ni même uriner ou déféquer tout seul. Lorsqu’il quitte le centre, quelques mois plus tard,  il sait faire quelques pas  à l’aide de béquilles, il a acquis de plus en plus d’autonomie.

L’artiste raconte son quotidien, les rencontres qu’il fait, la journée laborieuse et souvent trop longue (un copain parlait de trouver tous les moyens pour « niquer une heure », la faire passer le plus vite possible), le personnel soignant, les autres patients, les efforts et la grande lutte pour s’en sortir (les premiers mois sont décisifs), les déceptions, les dépressions et les espoirs. De tous ses potes du centre, Fabien est celui qui s’en est le mieux tiré… si on peut dire ça. Le jeune homme rêvait de faire une carrière dans le sport, ce projet est désormais complètement exclu. Mais son voisin de chambre, lui, est condamné à resté allongé, le plus souvent sur le ventre pour éviter les eschares.

Ce livre est une grosse claque, une énorme secousse qui nous fait dire « Putain, qu’est-ce que je suis bien, dans ma vie ! ». Grand Corps Malade raconte ce qu’il a vécu avec sobriété, avec humilité, avec humour aussi. Etrangement, les patients du centre ne sont presque que des hommes, généralement, entre 20 et 30 ans, souvent issus des banlieues parisiennes. Le centre est un microcosme qui est comparé, à la fin du récit, à une prison. On est obligé d’y rester…

Ce qui paraît étrange, c’est que Fabien n’évoque jamais sa carrière à venir, comme si ce livre n’était qu’un unique hommage au personnel soignant, qu’un regard tourné vers les personnes handicapées. Et pourtant, on entend son slam à chaque page, sa voix grave qui raconte posément les choses telles qu’elles sont et telles qu’elles ont été. Un beau livre, touchant mais aussi revigorant, qui offre une vision différente des « personnes à mobilité réduite » (voilà bien un euphémisme que Fabien n’a pas utilisé dans son livre !)

Même faire pipi demande assistance… : « Six fois par jour, on se retrouve donc en tête à tête avec une infirmière qui, à l’aide de compresses et de gants stériles, enfonce dans notre pénis une sonde de trente centimètres. La sonde, dans son voyage intérieur, atteint la vessie, et l’urine est aussitôt vidée dans une poche plastique.

Alain, un tétra très cultivé d’une soixantaine d’années, surnomme nos infirmières « les femmes aux mille verges ». Il est vrai que, dans une carrière de plusieurs années à notre étage, une infirmière en aura vu des vertes et des pas dures…

Les paraplégiques, qui ont l’usage de leurs bras et de leurs mains, peuvent se sonder seuls après une petite formation. Mais les tétras doivent partager ce moment avec une tierce personne… détail supplémentaire à accepter.

Puisque le mieux est de prendre la chose avec le sourire, il n’est pas rare de croiser dans notre couloir des patients roulant à la recherche d’infirmières disponibles en criant : « Bonjour, mademoiselle, c’est pour un sondage ! »

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 21:31

 

Deuxième tome de cette série québécoise. Je précise qu’on peut lire ce tome magnifique indépendamment du premier même si les personnages sont les mêmes.

            Marie a hébergé un « survenant ». Un homme à moto venu de Montréal est resté coincé par la neige dans le petit village. Marie lui a tout naturellement offert l’hospitalité mais les bigotes du coin jasent. En attendant que la route soit à nouveau accessible, c’est dans la remise que Marie installe son protégé, Serge Brouillet. Le nouvel arrivé n’hésite pas à mettre la main à la pâte et se porte volontaire pour tuer le cochon. Il faut dire qu’en tant que vétérinaire, il sait y faire.

Pourtant, les animaux ne sont pas la passion première de Serge. Il continue à épater les habitants du village en leur concoctant de petites merveilles dignes du Maxim’s parisien dont le chef est d’ailleurs son meilleur ami. Marie n’en revient pas qu’on s’occupe d’elle pour la première fois de sa vie, qu’on la fasse rêver.

De plus en plus proche de Serge, Marie accepte de le soutenir dans son projet fou : créer un restaurant ! « La Raviole » est prête à accueillir du monde et, puisque personne n’a jamais mis le pied dans un restaurant, les habitants sont tirés au sort et c’est à tour de rôle qu’ils sont invités à déguster foie gras, croquants de l’empereur, grignotins des anges ou encore charlotte au chocolat. Les plats sont accompagnés des vins les plus fins. Tout le monde se régale et s’extasie devant ces nouveautés.

On sent bien qu’entre Marie et Serge il y a un début de quelque chose. La tenancière du Magasin général prononce d’ailleurs cette très belle phrase : « Vous savez, Serge… j’ai passé une journée… j… je… Quand j’étais une petite fille, les journées étaient de même. » Feu son mari guette et c’est en voix off qu’il la rouspète « Tabarnac ! Où est-ce qu’on s’en va, là !?! Tu l’as laissé faire son restaurant dans mon magasin général ! »

C’est un COUP DE CŒUR ! Ces gens qui découvrent la finesse de la gastronomie française et québécoise, ce cocon enneigé qui semble inattaquable, cette histoire d’amour balbutiante et pudique, ce patois si adorable… Bon sang, mais que c’est bon !

Après des mois de désert où plus aucune lecture ne m’enthousiasmait, je sens que je tiens le bon bout ! Alors, pourquoi ne pas attribuer la note de 20/20 ?! C’est partiii !

 

»   20/20   »

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 14:05

Roman découvert en livre audio – 7h15 d’écoute.

            Le roman commence par un décès, celui de Charles Stern, l’oncle du narrateur (Paul). L’homme n’était pas très aimé, son frère en particulier, Alexandre, le détestait. Sa mort déclenchera chez ce père vieillissant un regain d’énergie. Il se met à faire ce qu’il n’a jamais osé, il séduit l’ex de feu son frère (pour l’épouser quelques mois plus tard). Le narrateur assiste à cette crise d’adolescence à retardement et, en même temps, voit son épouse, Anna, sombrer dans une profonde dépression. C’est pour ces raisons qu’il accepte de se rendre aux Etats-Unis où un contrat l’appelle pour quelques mois, il s’agit d’écrire le scénario d’un film pour la Paramount.

            La vie aux Etats-Unis est bien différente de celle que connaissait Paul à Toulouse. Il rencontre Selma Chantz, le sosie parfait de sa femme Anna jeune ! La belle ne mettra que peu de temps à finir dans le lit de Paul. Il croit détenir un semblant de bonheur avec elle mais culpabilise de laisser son épouse hospitalisée en France. Lorsqu’il découvre que Selma se drogue, que les Hollywoodiens qui l’entourent ne jurent que par le kombucha, (ce champignon plongé dans du thé vert qui produit au bout de quelques jours une substance qui serait un élixir à tous les maux … bon appétit !), quand il se rend compte que tout n’est que frivolité et vanité, il rentre doucement chez lui, au sens propre comme au sens figuré.

            Ce roman est délicieux. Plein d’humour, il dresse le portrait d’hommes et de femmes à la dérive, qui font de leur mieux pour maintenir le cap. Pour que la vie soit  à peu près supportable, un certain nombre d’ « accommodements » sont donc nécessaires.

Le personnage principal et narrateur est remarquable par son immaturité, son père devient aussi narcissique et mauvais que le frère qu’il a si peu aimé, Anna, l’épouse silencieuse et discrète se remet bien vite de sa crise de neurasthénie. Pour couronner le tout, l’action se passe en  2008, souvenez-vous, cette année où un certain président français s’est amouraché d’une chanteuse, où les scénaristes se sont tous mis en grève à Hollywood (sauf notre Paul !). Dubois raconte tout ça avec brio, avec un humour subtil et grinçant. N’épargnant personne, l’auteur évoque les thèmes de la vieillesse et de l’amour avec un talent qui m’a fait penser à  La vie en sourdine de David Lodge que j’avais aussi écouté en livre audio et que j’avais tant aimé.  Les traits de ressemblance sont nombreux. A lire, pour réfléchir et bien rire.

« Elle laissa glisser sa jupe, se retourna, saisit ma bite, replia une jambe et c’est ainsi que pour la première fois, je pénétrai Selma sous les yeux du kombucha, sur le comptoir de la cuisine. Le nez collé sur l’immonde, cette crêpe noyée, éclairée par les lumières de la rue. Je pouvais voir flotter des filaments et même discerner quelques microorganismes en suspension dans le jus de fermentation, et immergée dans ce cloaque, souveraine, la mère en gésine plus grosse et ventrue que jamais, quasi parturiente, qui semblait m’observer, me juger, m’évaluer, la mère que j’entendais presque me dire « tu t’y prends mal. »

« Les accommodements raisonnables que nous avions tacitement conclus nous mettaient pour un temps à l'abri d'un nouveau séisme, mais le mal était toujours là, tapi en chacun de nous, derrière chaque porte, prêt à resurgir. »

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 12:08

Alors que j’avais aimé  Est-ce ainsi que les femmes meurent,  Avec vue sur la mer ou encore  Jésus le dieu qui riait, j’ai été moins conquise par ce roman.

New-York. John l’Enfer, un Cheyenne grimpe sur les parois des gratte-ciel. Pourquoi ? Parce que c’est son métier, laveur de carreaux. Un métier à hauts risques car les accidents sont fréquents et fatals. C’est en bas que John rencontre une belle aveugle, Dorothy Kayne. Avec un Polonais, Ashton Mysha, ancien marin, il va s’occuper d’elle. Le ménage à trois est particulier, John est amoureux de Dorothy mais c’est avec Ashton que la jeune femme couche… à contrecœur.

Le personnage principal de ce roman est la ville elle-même, une ville qui souffre, une ville dont les bâtiments s’ébrèchent, une ville où tout se détraque. Une de preuves les plus impressionnantes, ce sont les chiens. Dans une première phase, ils ont quitté en masse leurs maîtres pour se réfugier dans les montagnes voisines de la ville et dans une deuxième phase, ils sont revenus pour envahir New-York, de manière parfois agressive, adoptant un comportement illogique et pourtant intelligent.

Des personnages atypiques, une ambiance de fin du monde et des réflexions prophétiques pour un livre écrit en 1977 et qui a reçu le prix Goncourt la même année. Et justement… c’est un Goncourt, avec tout ce qu’un Goncourt peut avoir de soporifique et d’opaque. Il m’est arrivé de relire plusieurs fois la même phrase sans la comprendre pour autant ! Je me suis plutôt ennuyée malgré l’animation, les couleurs, les bruits, les odeurs newyorkaises que Decoin sait si bien retranscrire. J’ai regretté de ne pas aimer ce livre, j’y ai pourtant mis tout mon cœurJ, je ne nierai en aucun cas la qualité d’écriture de Decoin ni certains passages, très beaux. John a une petite maison qu’il va devoir rapidement hypothéquer (pour payer la caution qui lui permettra de sortir de prison) mais dans un premier temps, il accueille Dorothy et, pour qu’elle soit à l’aise, il parfume les murs de sa maison, comme l’explique l’extrait ci-dessous (que j’aime vraiment beaucoup !)

« Cette nuit, John l’Enfer ne dormira pas : il travaillera sa maison comme une pâte à pain.

Et d’abord, puisque cette fille n’y voit pas, offrons-lui des odeurs. Que la maison tout en bois sente le navire à trois, quatre ou cinq mâts : que miss Kayne ne quitte pas le parfum rugueux d’un béton d’hôpital pour retrouver, plus loin, le relent d’un autre béton. Ici, il faut que ça pue franchement la cale, le grand large. A cet effet, John a acheté douze bouteilles de rhum, de ce rhum gras et bon marché dont les Portoricains arrosent les crêpes et flambent les bananes ; il les débouche, en répand le contenu sur les murs de sa maison : le bois retiendra les principes alcooliques, mais restituera les effluves essentiels ; il faut ensuite introduire, dans les interstices des parois, des gousses de vanille fendues par le milieu. »

« Le douzième laveur de carreaux qui s’écrase en moins de six mois. Tous des Indiens. Je le croyais pourtant différents de nous autres, insensibles au vertige ? Oui, ça se passe dans leur oreille interne. Maintenant, si ça se trouve, ils s’adaptent. Et ils en meurent. »

« Un pigeon, un soir, se posera sur la poitrine du Cheyenne. Un pigeon ou un cormoran. Et l'homme laissera faire. Ce serait beau qu'un oiseau vienne comme ça pondre sur moi, pendant que je lui ressemble. »

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 20:12

Depuis le temps que je voyais se multiplier des billets sur la blogosphère au sujet de cette série… l’été se prête très bien à la lecture de séries BD, donc allons-y !

Dans ce premier tome, on s’embarque dans un petit village québécois, Notre-Dame-des-Lacs. Félix vient de mourir. Félix, ce n’était pas n’importe qui puisqu’il était gérant de la seule épicerie du village, le « Magasin général ». C’est donc sa veuve, Marie, qui reprend le flambeau, qui « chauffe » le camion alors que son mari ne lui avait montré qu’une seule fois comment faire, qui approvisionne le magasin, qui subvient aux besoins de tout le monde (des craies et de l’encre pour l’institutrice, du tissu pour une villageoise, des clous, du fil de fer et du grillage pour les bricoleurs du coin, …). Elle a du mal à suivre la cadence et demande de l’aide au simplet du village, Gaétan.

La cadre spatio-temporel fait tout l’intérêt de cette BD. Ce magasin est le pilier du village, le centre névralgique d’un endroit qui fleure bon la rusticité et l’authenticité. Chevaux, canards, chapeaux de paille, maisons faites de quelques planches, linge qu’on lave à la rivière… Les personnages, aussi, sont attachants. Hormis Marie la courageuse, il y a le nouveau curé qui ne fait pas la morale à ceux qui ne viennent pas à l’église, il y a Alice, enceinte, qui attend son draveur de mari, il y a encore les poivrots du village qui profitent du camion de Marie pour aller se saouler à la taverne de la ville.

C’est un bien beau voyage que nous proposent là Tripp et Loisel. Les dessins reproduisent bien cette vie à la campagne québécoise, le trait est précis et soigneux, les visages plutôt rudes et disgracieux, les couleurs assez ternes, comme pour montrer que la vie ne fait pas de cadeau à ces Québécois.

Une belle découverte qui n’est qu’un début puisque trois autres tomes m’attendent !

»   17/20   »

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 14:20

 

Les années 60, à Milan. Deux hommes, Roberto et Antonio, ont un point commun : ils ont tous les deux assisté à un braquage, enfant. Roberto avait huit ans et ce petit délinquant est resté en admiration devant le vol spectaculaire de millions d’une fourgonnette de banque. Antonio, lui, avait treize ans et, si  ce hold-up l’a marqué, c’est parce qu’il veut arrêter les malfaiteurs et devenir policier. On suit la fin de l’adolescence et le début de la vie d’adulte de ces deux personnages centraux. Si la vision de la vie les sépare, certains éléments les réunissent, notamment l’amour.

Ce roman est dense et ne se contente pas d’être une simple histoire de braquage (même s’il y en a, des braquages, à la pelle !). On est dans la « ville rouge », cette ville italienne en colère, en ébullition. Le roman début un des soirs où on ferme officiellement les bordels. Il sera aussi question des événements marquants des années 60 : le premier pas sur la lune, les Beatles, les Rolling Stones, la mini-jupe, le premier jour où l’adultère n’est plus considéré comme un délit, le football, la vie carcérale. L’auteur est journaliste et la chronique qu’il nous offre de Milan dans cette période de changement, est passionnante. J’ai également savouré la description des vols à grande échelle : banques, bijouteries, manipulations de la police, braquage de deux banques voisines, mais aussi les règles à respecter en prison, les épreuves à passer (Roberto se fait tabasser par le Molosse contre qui il ne peut rien. Couvert de sang, il mettra un point d'honneur à ne pas le dénoncer, ce qui lui permettra de sortir grandi dans l'estime de son bourreau). 

Sans parler de réelle « panne » de lecture, je traverse une période plutôt ardue où lire et me concentrer m’est difficile et ce roman coup de poing mais aussi nostalgie, m’a réveillée, m’a fascinée, m’a fait rêver. Si vous aimez l’Italie et que vous avez joué aux gendarmes et aux voleurs étant gamin, faites un détour par ce roman.

« En Italie, on respire un parfum de revanche. Pour ses habitants, l’Europe représente encore un monde de rêve – s’y déplacer en avion reste un privilège -, un lieu où, malgré la croissance vertigineuse de leur PIB, ils ne peuvent se libérer de leur image de bohémiens géniaux. En bref, pour se sentir occidentale et à la hauteur, l’Italie avait besoin d’une grande affirmation, et ce soir elle l’a obtenue grâce au football. Une entreprise historique, un événement rare pour un pays qui six mois plus tôt a basculé dans la peur avec la bombe de la piazza Fontana. »

Je remercie Dialogues Croisés pour ce voyage immobile (comme dirait Giono…)

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 15:36

Je m’étais promis de lire la suite d’ Autobio 1  : c’est chose faite !

L’auteur nous raconte toujours et encore ses déboires face à l’envie plus ou moins grande d’être écolo. Il évoque aussi son premier tome, l’accueil qui en a été fait et les séances de dédicace.

            Pedrosa fait les courses au supermarché bio et après avoir gardé son calme devant les « soya saucisses, les saucisses cocktail au soja », il ne s’énerve pas en payant 143.09 euros ses quelque cinq, six produits… Les mauvaises herbes l’embêtent toujours autant et il teste l’eau bouillante pour les éradiquer. Entre le gîte qui ne fonctionne qu’à l’électricité et dont le spa est bourré de produits toxiques et le paysan qui vend d’étranges radis poilus que personne ne sait comment cuisiner, notre dessinateur est un peu perdu. Etre écolo, c’est cher et même si son premier chèque lui permet de se payer un superbe matelas « fabrication artisanale, latex naturel, coutil en coton bio, laine non traitée pour la face hiver », il commet le péché absolu d’aller au Portugal en voiture.

J’ai lu la BD d’une traite, les petites histoires et les illustrations m’ont encore amusée, mais j’ai moins bien aimé cet opus et peu ri. C’est un peu caricatural et même si je sais que la BD ne milite pas non plus pour les Verts, elle fait des écolo des gens un peu abrutis ou en tous cas, bien « à part »…

J’ai bien aimé la dernière planche, Pedrosa discute avec son fils :

« Ben si tout change, que plus personne ne pollue ou ne détruit l’environnement, t’auras plus rien à raconter…

Oui, ça n’aura plus aucun intérêt

Et tu n’auras plus de travail ?

Je ferai autre chose… Mais tu sais, la « société écolo », c’est pas pour demain. T’inquiète pas. Euh… Mais qu’est-ce que je viens de lui dire, là ?? »

 

»   15/20   »

 

 

 

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 14:27

En lisant le titre, on pourrait s’attendre à un récit d’aventure. Point du tout, c’est du comique !

La deuxième de couverture nous apprend (ou m’apprend, à moi, en tous cas, puisque je n’avais jamais entendu parler de cet auteur…) que Robert Benchley est « un maître de l’humour décalé et absurde, il est l’un des écrivains les plus drôles qu’ait produits l’Amérique. »

Puisque trois expéditions par les airs vers le pôle nord avaient déjà été lancées, l’auteur-narrateur, accompagné de quelques acolytes, décide d’y aller… à vélo ! Le départ de New York est médiatisé, les hommes ont des bicyclettes Radley dernier modèle, on a presque envie d’y croire quand « après avoir décollé avec succès du trottoir situé devant les bureaux de Life au 598 Madison Avenue, New York City, nous avons progressé lentement jusqu’à la 59è Rue. Là, nous avons découvert que la roue arrière du lieutenant-colonel Connelly était toujours cadenassée » ! Les obstacles et les ennuis continuent mais on comprend surtout que nos anti-héros sont de moins en moins motivés, ils se cherchent toutes les excuses du monde pour faire des pauses. Le summum est l’arrivée du fils du narrateur, Bobby, qui, à 7 ans et sur un tout petit vélo, les sème très vite. Le garçonnet dit que les hommes sont trop gros pour avancer vite.

C’est drôle, c’est frais, c’est une apologie de la nonchalance et du laisser-vivre qui m’a fait penser à  Trois hommes dans un bateau, en plus énergique. L’expédition polaire à bicyclette est suivi d’un second récit, La Vie sportive aux Etats-Unis, qui, avec son titre ironique, évoque d’abord les porteurs de valises puis le sport d’observation (des chantiers, des vitrines de grands magasins) et enfin celui de la sieste !

Je remercie mon intuition qui m’a fait choisir ce petit livre au hasard dans ma bibliothèque municipale. En quête d’humour et de sourires, n’hésitez pas : l’autodérision, l’absurde et l’exagération (les deux extraits qui suivent prouvent que l’auteur manie très bien l’hyperbole !) sont au rendez-vous !

 

La valise du narrateur semble être la plus lourde du monde : « la mienne, avec à peu près deux cols et un tube de crème à raser dedans, se met aussitôt à enfler et à se conduire comme la pierre angulaire d’un immeuble de vingt étages. »

Lorsque la valise est très lourde : « Je m’excuse auprès du porteur qui la dépose dans le train et me sens obligé de lui donner un pourboire qui suffirait amplement à fonder une école pour Noirs dans sa ville natale. »

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