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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 10:27

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Sans certitude, je crois que c’est parce que ma bibliothèque municipale en a fait un coup de cœur que je me suis procurée ce roman.

            Pauline vient de se faire plaquer. Mariée, mère de trois enfants en bas âge et parfaitement heureuse, elle découvre que son mari la trompe depuis quelques mois déjà, et avec sa meilleure amie à elle. Il la quitte. C’est la déchéance, la chute, le désespoir total, la « doulhaine » comme elle l’appelle, ce mélange de douleur et de haine. Elle a envie de tuer son mari, de se tuer mais la présence de ses enfants la retient. Comble de chance, de malchance ? Son ex-meilleure amie se fait étrangler dans son appartement et meurt (j’ai d’ailleurs eu du mal à comprendre ce choix de l’auteur : le meurtrier est mis sous les verrous et on n’entend plus parler de lui. Pourquoi avoir voulu faire disparaître la nouvelle compagne de l’ex-mari ?). Bref, le tableau est noir, très noir. La mère de Pauline, psy de métier, vient à sa rescousse et la secoue sans la consoler. Pauline finit par se rabattre sur les sites de rencontre, sans succès d’abord. Elle rencontrera Max, un homme bien plus âgé qu’elle qui deviendra un ami et confident. Elle sortira doucement la tête de l’eau lorsqu’elle recommencera à travailler.
            Le ton est larmoyant à l’excès, Urien manie la métaphore (filée de préférence) à merveille et le texte, sur un thème tristounet, devient comique et cynique. J’ai beaucoup souri pendant la lecture de ce roman, qui, même s’il est plutôt léger, dissèque bien les souffrances de la femme trompée et délaissée.

Une belle découverte en définitive, un style intéressant, à suivre…

 

Ø  L’explication du titre : « Imaginez une balançoire. Pas celle qu'on accroche aux arbres et sur laquelle on monte seul en agitant les jambes, non : celle constituée d'une longue planche reposant en son centre sur un point d'appui surélevé. C'est le poids des personnes assises en vis-à-vis qui permet d'alterner les envolées. Les hauts et les bas. En admettant que les personnes en question soient d'un poids comparable, d'une carrure équivalente, et surtout dotées du même coup de reins, on obtient un certain équilibre ; un balancement, sinon agréable, du moins régulier, qui permet de se croire installés, tranquilles, lancés pour la vie.
Tu parles.

Car soudain, vous regardez ailleurs ou vous ne regardez rien, peut-être éblouie par le soleil qui brillait si fort ce jour-là et vous réchauffait, vous faisait sentir foncièrement vivante et heureuse, confiante et aveugle. Vous ne regardez pas et alors, au moment même où, comme à votre habitude, vous ne doutez de rien, votre vis-à-vis disparaît, s'escamote d'un coup. Vous vous retrouvez brutalement les fesses dans le sable. Et le cœur dans la gorge. Il n'y a plus personne en face, le jeu est fini. L'arrière-train cuisant, vous vous souvenez à ce moment précis que, quand vous étiez enfant, ce genre de balançoire était également désigné sous le terme de tape-cul.

Votre partenaire a sauté en plein vol, il s'est jeté de la balançoire, vous laissant seule et meurtrie, la tête emplie de questions, le ventre plein d'appréhension, déjà tordu des réponses à venir. »

 

Ø  Un matin comme tant d’autres … : « Et bien sûr, ce matin, je me réveille morte, comme prévu. Comme chaque matin, en fait, depuis qu’il m’a quittée. Rien de neuf sous le soleil qui brille dehors comme s’il s’en foutait.
          Toutefois, sans revenir complètement à la vie, je ne peux guère me permettre de rester trop longtemps décédée : ce soir, je récupère en effet un lot de trois enfants avides de retrouver leur mère et prêts à lui faire payer, par divers caprices et sautes d’humeur, l’explosion de la bulle familiale. Et peu importe qu’elle – leur mère – ne soit pour rien dans ce rime ordinaire. 
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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 20:17

C’est un blog qui n’existe plus qui m’a donné envie de lire ce court roman.

Au milieu du XVIIème siècle, la mort de Madame de Sainte Colombe laisse deux petites filles et un mari malheureux seuls. Monsieur de Sainte Colombe est inconsolable au point de ne plus quitter sa viole, devenue son unique occupation. Le violiste excelle dans son art et la renommée de sa musique court jusqu’au roi Soleil qui demande à l’écouter à la cour. Sainte Colombe refuse cet honneur, il s’isole de plus en plus n’acceptant qu’une seule chose : jouer de la viole avec ses deux filles devenues violistes elles aussi.

Le chagrin dure tant qu’il voit, à plusieurs reprises, sa femme apparaître devant lui, lui parler. Marin Marais, un jeune violiste, demande un jour à être son élève. Sainte Colombe se montre froid et dur, arguant que Marais est doué, que son archet est léger et bondissant, que « sa main gauche saute comme un écureuil et se faufile comme une souris sur les cordes » mais « je n’ai pas entendu de musique ». L’élève sera renié lorsqu’il aura accepté de jouer devant le roi. C’est Madeleine, la fille aînée de Sainte Colombe qui prend le relais, lui donne des cours et… devient sa maîtresse. Il l’abandonne mais revient à elle quand elle est sur son lit de mort. Unis par l’amour pour cette jeune femme amaigrie et mourante, Marais et Sainte Colombe se réconcilieront en partageant les morceaux de viole dont Sainte Colombe seul avait le secret.

Ce petit roman est grand par son écriture si subtile, sa poésie, l’émotion qu’il dégage. Cet homme emprisonné dans sa peine ne sait s’exprimer que grâce à la musique. C’est l’artiste maudit qui ne crée que dans la tristesse et le désarroi, c’est celui qui refuse de s’ouvrir au monde visible et se laisse engluer dans le monde invisible.
Un beau moment de lecture qui m’a donné envie de découvrir le film aux sept Césars.

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 22:12

 

Marie est une femme mariée, prof et mère d’un petit garçon prénommé Martin. Elle en marre, marre de son mari, de ses élèves, parfois même de son fils. Et un jour, sur le trajet des vacances, sur une aire d’autoroute, elle prend la poudre d’escampette. Elle couche avec le premier routier qui passe et qui l’emmène à Nice. Là-bas, vidant son compte en banque, elle boit, dépense sans compter et rencontre Lestaque, un peintre richissime. Elle pose nue pour lui avant de partir en prenant soin de lui piquer une somme rondelette pour fuir en Italie. Les rencontres se suivent, rien ne dure, seul  le mot « liberté » persiste…

 

De son côté, se remettant douloureusement de la « fugue » de sa femme, le mari délaissé refait sa vie. Marie, elle, finit par attendre, rongeant son frein sur l’aire d’autoroute qui l’avait vue disparaître…

 

Même si le sujet est similaire à celui de Lulu femme nue de Davodeau (et que de ressemblances !  le thème de la nudité, la solitude, les errances sur la plage, l’apparente absence de regrets), il m’a encore une fois fort intéressée. Ne nous voilons pas la face, chacun de nous a eu envie, ne serait-ce que quelques secondes, de partir, fuir, tout oublier de sa vie, de son passé. Si l’héroïne s’éclate quelque temps, on comprend qu’elle s’ennuie aussi très vite et que les relations basées sur le mensonge (parce que, bien sûr, elle n’avoue à personne qu’elle a quitté mari et enfant sur un coup de tête) n’ont pas la vie dure.

 

Un thème intéressant, des cases qui bien souvent se passent de texte, une sensibilité délicate pour des images parfois crues : j’ai bien aimé ! Petit bémol : ces rencontres avec des millionnaires qui paraissent si faciles… et peu crédibles ! Et il y a encore de quoi faire avec ce thème de la femme qui fuit son foyer !

 

Un petit extrait où Marie explique qu’elle ne comprend pas un mot d’italien : « que dalle ! mais tu sais quoi ? Hé ben, c’est génial, de pas comprendre, ça me berce. […] J’adore qu’on me parle sans que la signification des mots puisse m’atteindre, celle logorrhée qui résonne à mon esprit comme la carte d’une pizzeria. Je ne veux surtout pas comprendre. »

 

»   16/20   »

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 15:50

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            C'est un peu par hasard que j'ai découvert l'auteur, son blog et son roman pour la jeunesse, J'ai passé l'âge de la colo.
            C'est dans un tout autre registre que celui des joyeusetés de l'adolescence que nous emmène cet auteur de talent.

            Louisa est une jolie jeune femme métisse vivant à Paris. Célibataire, elle est plutôt solitaire ; sa mère est décédée quelques mois plus tôt et son père, elle ne l'a jamais connu. Sa vie se voit chamboulée le jour où elle reçoit une lettre d'un notaire lui apprenant que son père est décédé, qu'elle a un frère dont elle ignorait l'existence et que les deux enfants héritent d'un joli pactole. Mais il y a une condition à l'obtention de l'énorme somme de 450 000 euros. Le frère et la sœur qui ne se sont jamais vus doivent vivre ensemble un mois. Pour Louisa qui a toujours rêvé d'avoir une famille, c'est une chance mais aussi une peur.

            Matthias, le frère inconnu, ne semble pas emballé par cette histoire de cohabitation et de fortune. Il l'invite tout de même chez lui, dans un petit village près de Puy-en-Velay, au centre de la France. Le dépaysement, pour Louisa, est total. Matthias n'a ni portable, ni ordinateur, il est rustre, bien plus âgé qu'elle contrairement à ce qu'elle s'imaginait, il vit seul et ne semble pas vouloir créer un quelconque lien avec cette citadine curieuse.

            Les choses vont pourtant s'améliorer petit à petit, Louisa se rendra compte que frère et sœur ont des points communs, et chacun va apporter à l'autre un peu de positif, un peu de douceur, un peu de sociabilité.

 

            J'ai lu ce roman comme un conte, une belle histoire sur les liens de sang mais aussi une apologie de la nature au détriment de la vie . Les personnages quoiqu'un peu caricaturaux sont touchants et ce voyage dans la Haute-Loire est d'une fraîcheur incroyable ! Cette ode à l'espoir et à la reconstruction, sur fond de références littéraires, mettrait en joie n'importe quel lecteur. A découvrir !

 

Merci à Sophie et un merci encore plus spécial pour la gentille dédicace !

 

« (…) la vie commune, Louisa le savait pour l'avoir déjà expérimentée, pouvait n'être qu'un rapprochement de deux solitudes qui, bien qu'additionnées, ne se départaient nullement de leur essence. »

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 21:43

Depuis que j’ai lu Lydie que j’ai adoré au point de nommer l’album Mon Album Préféré d’entres tous, le nom de Zidrou m’attire forcément. Et pourtant, j’ai retardé cette lecture par peur, justement, d’être déçue.

Le Sénégal. Il était une fois est le nom d’un marionnettiste qui va de village en village pour raconter des histoires d’amours, de monstre, de jalousie, de vengeance. Il a la particularité de ne plus avoir de main et il est accompagné d’un petit singe blanc. Ce singe, Toubab, était autrefois un redoutable et gigantesque yéti. Souffrant d’être seul, il a parcouru de nombreux pays chauds qui l’ont fait petit à petit fondre, avant de trouver en la personne de Il était une fois, un ami pour la vie.

Si Il était une fois n’a plus de mains, c’est parce qu’elles lui ont été coupées par le chef de la police qui sévit dans sa région à la manière d’un dictateur. Ça ne lui plaisait pas qu’on raconte des histoires sur la place du village… Inconscience ou conviction ? Il était une fois revient sur les lieux du drame et tente de refaire vivre ses marionnettes. Le chef de la police lui coupe les pieds. C’est son ancien amour qui va soigner et s’occuper de Il était une fois. Autour d’eux, les personnages se succèdent, se présentent pour raconter leur vie.

On est en Afrique noire, l’imaginaire a une place prépondérante (les vautours se tapent la discute avec un squelette, par exemple), il est associé aux démons et aux angoisses qui hantent les habitants qui savent pourtant aussi profiter de chaque seconde de la vie. Entre vie et mort, cet album fascine par son pouvoir surnaturel ; les couleurs chaudes permettent un voyage instantané au pied du baobab, auprès du jeune Golkiper et de son petit engin fabriqué à partir de canettes Sprite. La tragédie côtoie l’amour sur fond de peurs ancestrales.

Cet album, très original, rend hommage à l’Afrique et se distingue par son dessin sublime, ses paysages éclairés par un soleil de plomb. J’y ai même retrouvé un morceau de la magie qui m’a tant plu dans Lydie … je ne vous en dis pas plus mais il est question de vie après la mort et d’immortalité…

Un petit extrait qui m’a fait rêver :

«  Il était une fois un éléphant qui, plus que tout, aimait contempler le monde qui l’entourait. Il regardait les nuages paresser dans le ciel… il regardait le vent chatouiller les herbes de la savane, le soleil suer dans le ciel… il les regarda tant qu’il finit par prendre racine. Ses pattes, sa queue, sa trompe même, s’enfoncèrent dans le sol. Son corps massif se fit tronc. Ses oreilles se firent branches. La prochaine fois que ta route croisera celle de l’un de ces éléphants très lents que l’on appelle « baobab », colle ton oreille contre son flanc. Tu entendras, son sourd d’un lourd tambour, battre le cœur de l’éléphant qui aimait tant regarder passer le temps. »

»   17/20   »

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 13:14

 

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J’avais beaucoup entendu parler de cet auteur norvégien (oui, encore un Scandinave diront certains - avec raison !) mais il se trouve que la découverte de ce polar est tombée dans une petite panne de lecture. Je n’étais donc pas des plus ouvertes ni des plus tolérantes. En bref, je me suis ennuyée ferme, ce qui n’est pas vraiment l’effet recherché pour un roman policier.

L’inspecteur Harry Hole, surnommé Holy, Norvégien, se rend en Australie pour enquêter sur la mort d’une Norvégienne, jetée du haut d’une falaise. Il débarque dans un pays qu’il ne connaît pas, apprend à connaître son étrange collègue aborigène, Andrew, et se rend compte qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Il tombe aussi plus ou moins amoureux d’une véritable beauté. Tout ça en quelques jours.

Certes, j’ai aimé la découverte de ce pays finalement si peu présent en littérature (enfin, celle que je lis en tous cas, balancez-moi des titres que je me cultive un peu). Du suspense, je n’en ai pas vraiment trouvé, certaines annonces qui pourraient être capitales sont faites avec une banalité qui rejaillit sur la lectrice désabusée que j’ai été. Il y a quand même pas mal de revirements mais l’image du flic pas parfait (il est alcoolique), seul et solitaire, qui n’arrive pas à exprimer ses sentiments, le pauvre, est tellement rebattue que je me suis lassée.

Ne prenez pas mon billet pour argent comptant, le bouquin est bien écrit, le cadre spatial original et il pourra plaire à un grand nombre. J’ai d’ailleurs relevé plusieurs passages intéressants (dont celui ci-dessous), preuve que mon ankylose n'était pas totale.

 

Une définition du métier de policier ? « Qu’est-ce qui les anime ? Qui accepterait de traverser tant de souffrances juste pour que d'autres puissent accéder à ce qu'ils croient être la justice ? Les imbéciles, Holy. Nous sommes dotés d'une bêtise si énorme que nous croyons pouvoir arriver à quelque chose. On nous transforme en passoires, on nous fout en l'air, et un jour, on saute dans la mer, mais dans l'intervalle, notre infinie stupidité nous pousse à croire que quelqu'un a besoin de nous. (…) Nous sommes condamnés à être des faiseurs de bien pour le restant de nos jours, et condamnés à l'échec. »

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 21:12

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« Le chemin des écoliers »

J’ai sauté sur l’album dès qu’il s’est trouvé disponible à la bibliothèque. Que c’est bon de retrouver petite Mamette !

La maman de Mamette qui l’a laissée à ses parents, n’est toujours pas revenue. C’est en voulant montrer la Tour Eiffel à sa biquette que Mamette se perd en forêt. Elle est recueillie par la Mariote, une étrange guérisseuse qui lui applique une compresse de bouse sur son entorse. Le fils de la pseudo sorcière est amoureux de Mamette en secret.

Un autre en pince pour la jolie brunette : c’est Jacques, le pêcheur qui lui apprend aussi l’école buissonnière. Car Mamette se rend à l’école du village pour la première fois. En plus des calculs et des leçons de morale, elle doit apprendre à marcher longtemps pour rejoindre la sévère Mme Chignole mais aussi à jongler entre travaux de la ferme et devoirs (nos élèves actuels devraient en prendre de la graine !).

Un délice. Pour celui qui a vécu enfant à la campagne (c’est mon cas), cet album est un bijou de souvenirs.  La liberté des sentiers, l’odeur du foin, les vaches en dans les prés, les bruits étranges de la nature, les courses dans les hautes herbes, les menus bricolages avec deux branches de bois, les errances sous le soleil… Frôlant la caricature, Nob nous offre un panier empli de rusticité et d’authenticité. Toutes les couleurs y passent, les traits sont précis et… on y est, tout simplement.

»   18/20   »

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 20:25
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Lucy, une fillette à l’âge indéterminé, accompagne sa tante Giuseppina quelques semaines en cure thermale. Elles sympathisent très vite avec deux autres femmes, Lucia et Emma. Les trois femmes veulent être plus belles grâce à cette cure, elles se rendent compte que la magie n’opérera pas. Elles souhaitent aussi s’offrir une parenthèse de calme et de sérénité, bien au contraire, les secrets, les angoisses, les problèmes les plus profonds rejaillissent.
Le roman dure le temps de la cure. Sarcastique et ironique, l’auteur nous fait entrer dans un univers exclusivement féminin où la tyrannie de la beauté et de la jeunesse est mise à mal. Mais il est aussi question d’identité, d’amour, de féminité et de masculinité.
Pour moi, qui dit cure dit La Montagne magique de Thomas Mann (étudiante, j’ai été très marquée par ce livre), j’aime les endroits à part, un monde centré sur soi-même et coupé des autres… Bref, j’ai apprécié le thème de ce livre, j’ai aimé son traitement cynique, ce huis clos où une enfant s’ennuie, observe et juge ce qui l’entoure avec un regard bien plus mature que les adultes qu’elle examine à la loupe. Ce qui m’a plus dérangée, c’est le changement de narration, tantôt c’est Lucy qui parle, tantôt Lucia… ça change tout le temps sans prévenir et on s’y perd un peu. Certains passages sont très forts, parfois philosophiques, d’autres trop plats. La qualité inégale de ce court roman m’a donc empêchée de l’apprécier pleinement mais il est original pour qui a envie de faire, comme les curistes, une parenthèse.
 
« Pourquoi une femme se rend-elle dans une station thermale ? Pour se faire plus belle aux yeux d’un homme ou tromper sa solitude. Certes, mais il y a la duperie, que toute femme connaît. Les cures thermales ne servent à rien, elles ne changent pas le visage, n’éliminent pas le ventre. Il vous suffit d’aller à la piscine, de vous asseoir dans le jacuzzi et de vous coller à un jet d’eau afin d’éviter de heurter les surfaces immenses de vos voisins, il vous suffit d’observer les vastes cuisses qui se plongent en titubant dans l’eau, les bouclettes délavées qui dépassent des bonnets de bain, pour vous dire que les cures de leur ont pas fait grand-chose et qu’elles ne vous feront pas grand-chose non plus. »
Merci à Dialogues Croisés !
 
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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 17:38

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J’ai lu ce roman ado, trop tôt sans doute, j’en ai gardé un souvenir fugace de fantaisie, de folie, de bizarrerie.

Nous sommes dans un monde à part, un monde où l’on trouve des raies sur les trottoirs,  où l’on converse avec une souris grise accoudée au verre à dents, où il sort des truites et des anguilles des robinets, où être cuisinier est bien plus noble que d’être agrégé de mathématiques, où les recettes de cuisine sont si farfelues qu’elles feraient pâlir les plus modernes et gastronomiques chefs étoilés (« de la queue de bœuf broyée et un bol de punch aux aromates avec croûtons beurrés d’anchois »… au petit-déjeuner !), un monde où les pédérastes ont des « culottes spéciales à braguettes en arrière », où l’on paye en doublezons son sirop de câpres, où la cravate est un être vivant bien difficile à nouer.

Colin est un jeune homme riche qui n’a pas besoin de travailler (et heureusement car le travail est considéré comme une humiliation et un gâchis de temps : il y a tellement d’autres choses plus intéressantes à faire…), il aimerait vraiment tomber amoureux, il veut une femme à lui tout seul. Alise lui plairait bien mais elle est déjà avec Chick, son meilleur ami. Chick est un fan absolu de Jean-Sol Partre, un écrivain et philosophe à la mode. Colin rencontre alors Chloé, une belle jeune femme brune qui lui plaît tout de suite. Sans tarder, ils se marient.

Lors du voyage de noce dans un paysage mouvant et plutôt hostile, Chloé attrape froid et tombe malade. Un nénuphar pousse dans son poumon droit. Pour la soigner, il faut entourer Chloé de plantes et de fleurs et ne lui donner que deux cuillerées d’eau par jour. Colin se ruine en achetant toutes ces fleurs. Il doit désormais chercher du travail. Chick, quant à lui, se laisse complètement submerger par son engouement pour Partre, il dépense tout son argent prévu pour un éventuel mariage avec Alise en livres, pantalons et autres produits ayant appartenu à Partre, etc. Alise, ne supportant plus cette monomanie, supprime Partre avec un arrache-cœur. Chloé, ravagée par la maladie finit par mourir. Ruiné, Colin ne pourra lui offrir un enterrement digne de son nom. La fin du roman voit s’éteindre tous ses personnages.

Pour moi, ce roman est divisé en deux parties, la première (que j’adore) est fantasque, drôle, déjantée, l’univers poétique où nous emmène Vian brise les codes de la réalité et frôle la science-fiction et le fantastique. Pourtant, si on connaît un peu le surréalisme, l’œuvre n’est pas si étonnante que ça.  La seconde partie m’a paru plus terre-à-terre, plus proche des préoccupations actuelles, Chloé est atteinte d’une maladie grave, Colin est perdu, Alise et Chick connaissent des difficultés de couple,… la part de barjot s’efface devant la tristesse, les dures réalités de la vie et l’angoisse de la mort. L’histoire d’amour tient une grande place dans cet univers où le blanc prédomine et où l’eau ne porte pas bonheur…

Une œuvre indispensable.

Il me tarde de découvrir l’adaptation cinématographique de Gondry !

Le fameux pianocktail : « A chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l'œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l'eau de Selbtz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d'unité, à la noire l'unité, à la ronde le quadruple unité. Lorsque l'on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée - ce qui donnerait un cocktail trop abondant - mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l'air, on peut, si l'on veut, faire varier la valeur de l'unité, la réduisant, par exemple au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d'un réglage latéral. »

« Il était si heureux que ça lui faisait beaucoup de peine »

« Les gens perdent leur temps à vivre, alors, il ne leur en reste plus pour travailler »

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 19:55

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Conquise par la trilogie marseillaise, je continue mon voyage dans l’œuvre dramatique de Pagnol avec cette très jolie pièce en quatre actes. Trois décors, bien différents : celui d’une salle de classe, un petit salon chez Mlle Suzy et enfin un bureau américain chez M. Castel-Bénac pour les deux derniers actes.

Topaze, homme naïf et honnête par excellence, est un maître d’école modèle : il est juste, il se plie en quatre pour que ses élèves réussissent, il cumule et cumule les heures de travail. La pension où il travaille est dirigée par M. Muche, un homme cupide, ravi quand Topaze lui ramène de nouveaux élèves (et des sous par la même occasion) et contrarié quand une mère d’élève se plaint des mauvaises notes de son fils. Topaze se fait d’ailleurs renvoyer de la pension pour cette raison, il n’a pas voulu gonfler les notes pour faire plaisir à la mère… Un peu nigaud, Topaze pensait qu’Ernestine, la fille de Muche, en pinçait pour lui parce qu’elle lui laissait corriger ses copies !

Que va faire Topaze, désormais privé de sa passion, l’enseignement ? Suzy, maîtresse d'un conseiller municipal, Régis Castel-Bénac, ne le laisse pas longtemps sans emploi. Elle fait croire à Topaze qu’il va être directeur d’un cabinet d’affaires alors qu’en réalité, il ne servira que de prête-nom. Lorsque Topaze s’aperçoit qu’il n’est qu’un homme de paille utilisé pour camoufler des affaires douteuses, il devient à son tour négociateur coriace. L’agneau est devenu loup.

C’est avec un grand plaisir que j’ai lu cette pièce, le comique de caractère fonctionne à merveille, le retournement de situation final est jouissif mais ce que j’ai le plus particulièrement aimé, c’est le premier acte, cette vieille salle de classe, la tenue désuète de l’instituteur, la dictée de Topaze, quel délice, quel bonheur !! «Des moutons... Des moutons... étaient en sûreté... dans un parc; dans un parc. (Il se penche sur l'épaule de l’Élèveet reprend.) Des moutons... moutonss... (L’Élève le regarde ahuri.) Voyons, mon enfant, faites un effort. Je dis moutonsse. Etaient (il reprend avec finesse) étai-eunnt. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas qu'un moutonne. Il y avait plusieurs moutonsse.»

Allez, un autre extrait, juste pour le plaisir :

La méthode éducative un peu particulière de Tamise, un autre enseignant de la pension Muche …

TAMISE Alors, vous avez choisi un bouc émissaire, un pauvre enfant qui paie pour tous les autres?
PANICAULT (choqué). Ah! permettez! Duhamel, c'est pour la musique seulement. En cas de boules puantes, je punis le jeune Trambouze. Quand ils ont bouché le tuyau de poêle avec un chiffon, c'est Jusserand qui passa à la porte. Et si je trouve un jour de la colle sur ma chaise, ce sera tant pis pour les frères Gisher!
TOPAZE Mais c'est un véritable système!
PANICAULT. Parfaitement. Chacun sa responsabilité. Et ça n'est pas si injuste que ça peut en avoir l'air; parce que, voyez-vous, un élève qui a une tête à boucher le tuyau du poêlе, il est absolument certain qu’il le bouchera et, neuf fois sur dix, c'est lui qui l'aura bouché.
TOPAZE. Mais la dixième fois?
PANICAULT (avec noblesse). Erreur judiciaire, qui renforce mon autorité. Quand on doit diriger des enfants ou des hommes, il faut de temps en temps commettre une belle injustice, bien nette, bien criante: c'est ça qui leur en impose le plus!

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