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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 13:41

Voilà un one-shot plutôt long (128 pages) que je ne connaissais pas du tout et qui, pourtant, mérite qu’on s’y intéresse.

Madie est une jeune femme pleine d’entrain. Médecin généraliste, elle est à l’écoute de ses patients, très souvent disponible. En couple avec Edouard, tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes sauf que… Madie apprend que son ex, l’amour de sa vie, Frédéric, est toujours vivant alors qu’elle le croyait mort depuis des années, terrassé par le paludisme. C’est parce que Frédéric a appris que son père n’est pas son père biologique qu’il a pris la poudre d’escampette et s’est fait passer pour mort. Madie se met à sa recherche, au grand désespoir d’Edouard.  

Si Madie est en quête de son ancien amour, c’est surtout qu’elle est à la recherche d’elle-même, de ce qu’elle veut vraiment, de ce qui la guide, de ce qui la pousse à vivre. Elle n’est plus sûre de ses sentiments pour Edouard, elle ne sait pas si elle veut avoir des enfants, elle ne sait plus rien. On la suit dans sa course vers Frédéric jusqu’en Belgique et ce personnage quasi central dans la BD brille par son absence.

Les sentiments des personnages sont subtilement décrits, la quête identitaire est au cœur de cet album aux dessins intéressants et l’intrigue est suffisamment bien menée pour qu’on n’ait, à aucun moment, envie de refermer la BD. J’apprécie beaucoup la couverture, bien représentative de l’album avec une Madie qui semble surprendre son image dans une vitrine, une image banale, qu’elle ne (re)connaît pas… à qui n’est-ce jamais arriver ?

»   18/20   »

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 11:21

Souvent croisé dans les librairies ou sur la blogosphère, ce petit livre ne me disait rien… il faut dire que la tête de la Reine d’Angleterre en couverture n’attire pas tout le monde ! Et pourtant : lecture jubilatoire !

La reine adore promener ses chiens. Un jour, par hasard, ils prennent la poudre d’escampette, attirés par quelque chose dans une cour intérieure du palais située près des cuisines. La reine les rejoint et tombe sur un bibliobus de la commune de Westminster. Intriguée, elle emprunte un livre et fait en même temps la connaissance de Norman, un grand lecteur travaillant dans les cuisines du palais. C’est ainsi que la reine se met à aimer la lecture et qu’elle décharge Norman des corvées de vaisselles pour le nommer page au service de la reine. D’abord plutôt adepte des lectures « faciles », la reine s’attaque à des auteurs plus ardus comme Marcel Proust ou Henry James : « la lecture fonctionnait au fond comme un muscle qu’elle avait fini par exercer. Elle pouvait à présent lire ce roman sans difficulté et avec un grand plaisir, riant à certaines remarques qui n’étaient pas vraiment des plaisanteries et auxquelles elle n’aurait même pas fait attention autrefois. »

Ce qui, en apparence, pourrait être un passe-temps ordinaire, constitue un véritable problème pour l’entourage de la reine et les sommités rencontrées. Car les livres lui prennent tout son temps, elle arrive de plus en plus souvent en retard à ses rendez-vous, prend de plus en plus de plaisir quand elle doit faire de longs trajets en train ou voiture car elle peut lire, parle bien trop souvent de ses lectures à des interlocuteurs qui n’y connaissent rien. Son secrétaire particulier envoie Norman faire des études très loin de Londres.

La reine regrette de ne pas avoir lu avant, elle a passé sa vie à côtoyer des grands écrivains et aimerait maintenant pouvoir les questionner sur leur œuvre. La lecture lui permet aussi d’être sur un pied d’égalité avec le commun des mortels : face à ces pages, elle est anonyme ; elle comprend mieux les autres, « elle en savait plus long sur les sentiments des autres et […] elle était en mesure de se mettre à leur place ».

La dernière étape de ce long cheminement consiste à écrire car si la reine a d’abord recopié quelques citations, elle s’est mise ensuite à noter des réflexions qu’elle se faisait au cours de ses lectures pour finalement écrire son propre livre. L’annonce de ce grand pas en avant suscite autour d’elle méfiance et stupéfaction.

Ce petit roman est délicieux, drôle, décalé et parfait pour ceux… qui aiment lire ! La reine apparaît dans son intimité, on a accès à ses pensées et elle devient un personnage attachant. Les références littéraires fleurissent et on ne peut que s’identifier à la reine dans son engouement croissant pour la lecture, on la plaint aussi souvent, que de protocoles à respecter ! Bouh ! Reste à savoir si la reine réelle (parce que, bien sûr, il y a de la fiction dans le personnage du livre) a lu le roman… Je redoutais le dénouement et la petite chute est cependant bien trouvée.

J’ai adoré et il me tarde de lire d'autres titres du même auteur!

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:27

 

On retrouve Aya en train de pouponner Bobby, le bébé d’Adjoua et de Moussa. Oui, sauf qu’il apparaît de plus en plus clairement que Bobby ressemble comme deux gouttes d’eau à Mamadou, un dragueur insouciant, qui, contrairement à Moussa, est sans le sou.

Bintou, la copine d’Aya, se laisse embobiner par celui surnommé « Le Parisien » parce qu’il est passé par la capitale française, qu’il vit dans l’hôtel le plus cher de la ville et qu’il semble être riche. Bintou s’offre à lui comme le ferait apparemment n’importe quelle habitante de Yopougon face à un homme qui la fait rêver… Hervé, le cousin de Bintou, sous l’impulsion d’Aya, réussit de mieux en mieux dans ce qui est devenu sa passion : la réparation de voitures. Il est également question de l’élection de Miss Yopougon sur laquelle tout le monde fantasme sauf Aya qui refuse de se présenter mais préfère voyager avec son père. Ce voyage soi-disant lui vaudra bien des surprises, de nombreuses jeunes femmes semblant vraiment très proches de lui…

Ce deuxième tome est du même acabit que le premier, les personnages attachants sont délicieusement naïfs (surtout les filles !), tous espèrent la même chose : argent et amour. Aya, seule, semble être une petite fleur perdue, plus lucide, belle et intelligente, généreuse et à l’écoute des autres.

En annexe, un kit de survie : le petit lexique, la recette du « Kédjénou de poulet » et des astuces pour « attacher votre bébé au dos »

J’avoue tout de même (au risque de paraître faire la fine bouche) que, par rapport à tout le bien dont on dit de cette série, il me manque un petit quelque chose pour qu’elle devienne un coup de cœur, alors je m’interroge sur la suite : la lirai-je ?

»   17/20   »

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 10:11

J’ai commencé ce court roman comme un recueil de nouvelles car c’est effectivement à cela qu’il s’apparente. C’est le jour de l’Epiphanie, dans une rue de Lyon, la rue Pareille. Voilà le point commun de chacune de ces histoires. Des êtres à la dérive, pourrait-on rajouter, malmenés par la vie moderne. Il y a une vieille émigrée italienne qui passe doucement son temps dans les supermarchés à déplacer les objets, il y a l’agent de sécurité qui l’observe sur son écran de contrôle et qui se demande ce qu’il fait là avec son Bac+7. Il y a aussi Angèle qui appelle les gens chez eux (vous savez, les coups de fil super pénibles !) et qui craque en agressant un interlocuteur. Il y a Jean-Albert dont le métier se résume à virer des gens. Il le fait sans état d’âme et avec une efficacité effrayante.

Susanna, une artiste, fait le lien entre tous ces personnages. Elle observe ce microcosme comme un tableau qu’elle aurait créé, un film qu’elle aurait réalisé.

Dans cette peinture de la société contemporaine, les personnages apparaissent comme des pantins qu’un créateur manipule à son gré, ça m’a fait penser à la Quatrième Dimension, souvenez-vous de cette série télévisée où la réalité et nos références habituelles étaient mises à mal. C’est un peu pareil dans ce roman que j’ai trouvé très réussi malgré une deuxième partie un peu plus confuse et plus décousue. Pessimisme et noirceur certes, mais justesse avant tout.

« Elle est partie. Il l'a quittée. La phrase exacte importe peu, les corps des amants ont cessé de s'épouser, les routes si peu s'unissent, ce ne sont qu'embranchements et carrefours, imprévus, inévitables, ta peau se sépare de la mienne et n'y laisse aucune trace, quelle était son odeur, je ne sais déjà plus. »

Une courte citation extraite de la dernière page. Un concept artistique étrange : une pièce remplie de ballons. On y entre, les ballons se collent au visiteur. « On a l’impression qu’on n’en sortira jamais. […] Peut-être que la peur, c’est rien qu’un ballon stupide. »

Je remercie Dialogues Croisés qui m’a permis de découvrir ce roman paru le 22 août dernier.

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 15:38

 

Aya doit être la série BD qu’on m’a le plus souvent conseillée.

Aya est une belle jeune fille qui vit dans un quartier populaire d’Abidjan, Yopougon (« Yop City » pour les intimes). Elle se différencie de ses copines parce qu’elle veut faire de longues études (son père est d’ailleurs scandalisé quand elle lui dit qu’elle aimerait être médecin) et ne veut pas « gazer » (sortir, s’éclater en boîte). En effet, les adolescentes sortent, font le mur, retrouvent leur génito (jeune homme qui a de l’argent à gaspiller) sur la place du marché, appelée aussi « l’hôtel aux mille étoiles ». La vie est insouciante, chacun semble faire ce que bon lui semble, il arrive qu’une jeune fille fricote avec le père d’une amie ou qu’un génito couche avec la copine de sa « freshnie » (= jolie fille). Parfois, ça dérape : Adjoua est enceinte de Moussa. A l’annonce de la grossesse, elle se fait frapper par son père et lorsque Moussa, tremblant, l’annonce à son père, patron d’une société de bière locale et plein aux as, il se fait battre aussi. Le mariage se fait dans la quinzaine et on comprend, vers la fin de l’album, que la jeune mère a pris le parti de choisir le père…

La grande réussite de cet album, c’est l’immersion immédiate dans l’ambiance de la Côte d’Ivoire. On mange africain, on parle africain, on chante africain. Le voyage est sublime, coloré, vivant et même agrémenté de plusieurs touches d’humour. En fin d’album, un lexique plutôt utile et des recettes !

A suivre…

Merci à Julie pour ce prêt !

 

Aya ne veut pas finir en « séries C » : « Coiffure, couture et chasse au mari

 

« Arrête de m'embrouiller avec ton français ! Tu crois quoi ? que c'est toi seule qui as la cervelle de tout le quartier pour parler gros français compliqué ? »

 

»   17/20   »

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 15:26
                     
J’avais envie de littérature russe comme on peut parfois avoir envie d’une glace au citron (pas plus tard que hier soir !). Envie de fraîcheur, d’ailleurs. Je n’ai pas été déçue.
Une courte première partie du roman nous permet de suivre les pérégrinations d’un chien. On se trouve dans les pensées de ce chien nommé Charik (ce nom, pour votre culture, est l’équivalent russe de Médor), on l’accompagne dans ses errances dans la grande ville, ses difficultés à trouver de la nourriture, ses mauvaises rencontres… jusqu’au jour où un mystérieux bienfaiteur lui donne du saucisson de grande qualité (car un chien s’y connaît en saucisson !) et l’emmène avec lui.
« Il claqua des doigts. Vous suivre ? Mais je vous suivrai jusqu’au bout du monde ! Vous pouvez m’envoyer vos bottes de feutre dans les côtes, soyez tranquille, je ne broncherai pas. »
Mais cette générosité débordante cache quelque chose. En effet, après avoir engraissé le chien, l’avoir traité come un coq en pâte… il l’utilise comme cobaye. Le bienfaiteur n’est autre que Filip Filippovitch, un très réputé professeur spécialisé dans le rajeunissement. Il opère Charik en lui greffant l’hypophyse d’un homme fraîchement décédé. La survie de Charik après cette opération hors normes est plus qu’incertaine. Et pourtant, Charik, petit à petit, reprend des forces, perd ses poils, se met sur ses pattes arrière… La métamorphose est spectaculaire et rapide, en un mois il parvient à prononcer quelques mots puis quelques phrases. Vous l’aurez deviné, Charik devient un homme tout en ayant gardé son « cœur de chien ».
Charik devenu Charikov est un être revendicateur, il mène à Filippovitch la vie dure, il le harcèle, ne cesse de négocier avec ruse ses droits. Il boit et se range aux côtés des prolétaires. Il ne reste donc plus qu’une solution au docteur et à son associé : se débarrasser de cet être plus mauvais que la normale…
Ce court roman (une nouvelle ?) est à la fois drôle, loufoque et intéressant. Le  fantastique permet d’ouvrir la réflexion sur les pouvoirs de la médecine, sur l’expérimentation scientifique, sur le totalitarisme. L’écriture est étonnamment fluide, les changements de point de vue la rendent vivace. On s’attache à Charik tout comme on va se mettre à détester Charikov.

            C’était ma première approche de cet auteur russe. La bonne nouvelle, c’est que deux autres de ses romans m’attendent dans ma PAL ! 
 
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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 17:17

Cet album me faisait de l’œil depuis bien longtemps pour deux raisons : le dessinateur, d’abord, dont j’avais adoré le coup de crayon dans  Sambre, ensuite le titre car je croyais naïvement (mais pas complètement à tort) qu’il s’agissait d’un album dédié à la peinture.

            Période postrévolutionnaire, dans les années 1793-1794. Robespierre, s’il prône le changement apparaît tout de même comme le nouveau monarque. Il ordonne, il exige. Et réclame au peintre David un tableau représentant l’Être suprême, le symbole de la Raison qui viendrait remplacer le Dieu religieux, renié par les révolutionnaires. Oui mais trouver un modèle, l’image de cette notion abstraite de l’Être suprême n’est pas chose aisée, et c’est le jeune Jules qui, d’après David, s’approchera le  plus de cet Invisible.

Comme on le sait, toute cette histoire finira mal, les rêves de Robespierre partiront en fumée, et, acte tragique par excellence : David ira récupérer la tête guillotinée de Jules pour recomposer son modèle…

Le dessin est sublime, le coup de crayon d’Yslaire est unique, les couleurs toujours proches du noir et du rouge correspondent parfaitement à cette période historique sanglante. La reconstitution des tableaux de David est fort intéressante (l’album commence sur l’histoire de « La Mort de Marat », peint par David en 1793). On assiste aussi à la création du musée du Louvre, sous le nom de « Muséum central des arts de la République » ou encore à l’élaboration du tableau « La Mort de Bara ».

Pourquoi ne mettre que 16/20 alors ? La manière dont l’intrigue est menée m’a déplu, j’ai trop eu l’impression d’avoir affaire à une démonstration de tous les talents d’Yslaire (et qu’ils sont nombreux !) au détriment du scénario, pourtant écrit par Jean-Claude Carrière qui est aussi l’auteur de La Controverse de Valladolid.

»   16/20   »

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 17:49

Après la lecture de  En un monde parfait, je m’étais fait la promesse de ne pas laisser cet auteur sur le bord de la route (on dirait qu’elle a besoin de moi !). J’ai profité de la sortie de son dernier roman pour redécouvrir le style de Laura Kasischke.

Holly se réveille, un matin de Noël, dans sa maison des Etats-Unis. Elle a dormi trop longtemps après avoir abusé, la veille, du lait de poule au rhum. Elle secoue son mari, Eric, qui lui non plus n’est pas encore levé et qui doit se presser de chercher ses parents à l’aéroport. Holly n’est pas fan des matins de Noël car ça fait une bonne dizaine d’années qu’elle est obligée d’inviter les mêmes convives. Depuis l’adoption de sa fille, en fait.

Sa fille adoptive, Tatiana, a été recueillie par Holly et Eric dans un orphelinat de Sibérie. Ils ont beaucoup de chance, c’est une fille, désormais adolescente, d’une grande beauté, avec de grands yeux et de magnifiques cheveux. Elle est aimante et adorable mais, ce matin de Noël, elle fait preuve d’une étonnante insolence et adopte un comportement étrange… tout est d’ailleurs étrange, ce jour-là. Il neige des quantités phénoménales qui empêchent non seulement le retour d’Eric mais également la venue des invités. Holly traîne et n’arrive à rien, se laissant hanter par cette phrase entêtante : « Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux ! ». Le tête-à-tête inattendu avec sa fille prendra des tournures pernicieuses.

A travers des digressions et des retours en arrière qui permettent au lecteur de comprendre, doucettement, l’histoire de la famille, le passé d’Holly et sa rencontre avec sa future fille, ce thriller psychologique m’a littéralement scotchée à la page. Le rythme du début est lent, et comme j’avais déjà pu m’en apercevoir pour En un monde parfait, ce qui est raconté semble banal, quotidien mais une once d’angoisse s’infiltre entre les mots, angoisse qui grandira au fil des pages. L’écriture est hypnotique, elle nous prend à la gorge comme dans un conte maléfique. Voilà un livre qu’on n’oublie de si vite ! Kasischke est effectivement un grand auteur au talent incontestable ! A lire !

« Tous les secrets ne devraient pas être révélés. Tous les mystères ne devaient pas être résolus. »

« Etait-ce en Sibérie que la chose sur le poing d’Eric avait commencé de germer, de pousser juste sous sa peau ? Holly se rappelait vaguement qu’une de ces infirmières à l’orphelinat Pokrovka n°2, peut-être Theodota elle-même, avait jeté un regard appuyé vers sa main, secouant la tête, essayant de lui communiquer quelque chose en s’exprimant lentement et prudemment en russe, sans qu’Eric ni Holly ne comprennent un mot. »

Et cette thérapie un peu particulière pour oublier les événements négatifs de sa vie : « Elle avait demandé à Holly de porter un élastique en caoutchouc autour du poignet et lui avait dit que, chaque fois que les derniers jours de Janet ou le suicide de Mélissa lui venaient à l’esprit, Holly devait faire claquer l’élastique contre sa peau, et penser à autre chose. Et c’était incroyable, mais cela avait fonctionné. »

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 10:18

Suite de la première partie où on avait laissé la famille Garnier en pleine stupeur devant la statuette de Marie pleurant des larmes de sang.

Il a été décidé, en famille, de montrer la statuette au curé de la paroisse, qui va faire analyser le liquide rouge. Alors que la grand-mère l’accompagne, les petits-enfants commencent à voir dans la moindre de leur réussite scolaire un miracle de la Vierge Marie. Ils lui construisent même un autel en lego. Mamie Emilie en profite pour ressortir, du fond de la vieille armoire, les « jolies choses pour décorer le reste de la maison », jolies choses religieuses, bien sûr… Papy Edouard va noyer son mécontentement dans l’alcool et les parents espèrent secrètement gagner au loto grâce à la statuette.

Emilie n’a pas pu s’empêcher d’ébruiter la nouvelle, car c’est bien du sang humain qui jaillit de la figurine, et les gerbes de fleurs, les attroupements de badauds devant la maison, les questionnements sans fin se multiplient, et ça énerve tous les membres de la famille Garnier.

L’album s’achève sur l’accident d’Edouard qui, en voulant subtiliser la statuette posée au-dessus du buffet, est tombé dans le lave-vaisselle ouvert. Son hospitalisation adoucit l’attitude de chacun mais les frères Tanit et Guido viennent tout de même du Vatican, envoyés par la Commission des miracles, pour faire analyser l’objet en question. Petite surprise finale que je tairai…

C’est un album jubilatoire par son humour, son second degré, la satire de la famille et de la religion. La tournure que prennent les événements n’est pas celle que j’avais imaginée (toujours ravie d’être surprise !) J’ai plus facilement adhéré au graphisme que pour le premier volet, la priorité est faite à l’expression des visages auxquels on ne peut s’empêcher de s’attacher.

»   18/20   »

Bonne rentrée à tous !

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 08:10

Ça fait bien trois ans que je n’avais plus mis les pieds dans l’univers de Michel Quint. Les retrouvailles avec cet auteur que je considérais comme un de  mes préférés, furent savoureuses.

Lille, un mois d’avril étonnamment caniculaire. Jules, trente-deux ans, considéré par sa mère comme un bon à rien, tombe amoureux de la jolie Lisa alors qu’il pose du parquet dans les parties communes de son immeuble. Lisa, elle, s’adonne à une activité un peu particulière puisqu’elle colle des affichettes avec la photo de son frère disparu, Sébastien Arnoux. Jules abandonne tout pour l’aider. La police se moque de cette histoire de disparition puisque le type en question n’a plus donné signe de vie depuis trois jours seulement, qu’il est adulte, riche, beau et célèbre (joueur de foot dans l’équipe de France junior). Oui, mais Lisa, même si elle n’était pas très proche de son frère adepte de la luxure et des parties fines, sait qu’il s’est passé quelque chose de grave.

On retrouve effectivement le cadavre de Sébastien, repêché dans la Deûle quelques jours plus tard. Parce qu’il était ivre et qu’il avait la braguette ouverte, la police conclut à un accident stupide, le footballeur serait tombé dans l’eau en voulant faire pipi… Pourtant, Lisa et Jules sentent que cette mort n’est pas le fruit du hasard. Les personnages secondaires vont éclairer leur lanterne : Monsieur Dimanche, le protecteur des prostituées et son douloureux passé ; Emma, la cousine de Jules, homosexuelle et retrouvée dans des situations compromettantes sur des photos dans l’ordinateur de Sébastien ; l’oncle et la tante de Jules toujours si étrangement proches de la mère de Jules…

Ce roman qu’on devine policier au fur et à mesure qu’on avance dans l’intrigue, est riche par la diversité de ses thèmes : l’amour (et j’adore quand Michel Quint parle d’amour… d’ailleurs ce petit Jules, bricoleur- dégaine de voyou – grand lecteur – cruciverbiste, devrait plaire à plus d’une !), la prostitution, la quête d’identité (Jules n’a jamais connu son vrai père et toute son existence a résonné comme un reproche dans la bouche de sa mère), la corruption… Mais Michel Quint rend surtout hommage à un fait divers tragique : en 2010 et 2011, quatre corps de jeunes personnes ont été retrouvés noyés dans la Deûle, à Lille. Avant la découverte de la mort, il y a la disparition accompagnée de la sourde angoisse pour les proches.

J’ai aimé ce livre, cette alliance d’amour et de tragique, cette course contre la montre dans un Lille torride, j’ai aimé retrouver l’écriture de Quint qui n’affectionne pas beaucoup les virgules, ce mélange d’argot et de langage soutenu, ces mots, ces métaphores, ces comparaisons avec lesquels il jongle si bien. Tout ne m’a pas plu, les passages sur le foot ou la Camorra notamment m’ont plutôt ennuyée mais le style est si enlevé, poétique à souhait qu’il fait oublier ces détails et nous emmène… par-dessus les étoiles !

 

> « Si le sentiment est devenu une fonction glandulaire, on est tous morts ! »

> L’engouement pours les usines désaffectées : « C’est curieux, maintenant, que le travail manque, les petit-bourgeois, les nouveaux riches raffolent des lieux où le prolétariat urbain a usé sa vie. Comme s’ils avaient besoin d’un monument pour se souvenir aujourd’hui que le boulot est devenu souvent virtuel, rarement salissant, que la classe ouvrière s’est éteinte. Les mains ne servent plus à rien, elles ne sont plus bonnes qu’au macramé, à l’art du bouquet, à cuisiner joli, singer les maîtres queux, et se fourrer les doigts dans le nez. »

> Jules parle de sa relation avec Lisa :« Elle est devant moi, sur fond de la brumasse de dehors, saloperie de printemps, j’entends son souffle soucieux et la vois désorientée. Et qu’elle commence à se reposer sur moi, si si, je sens bien une sorte de confiance en mes capacités qui lui vient doucement, un type qui pose du parquet c’est du solide. Flatteur mais je ne suis pas à la hauteur, maman me le répète assez, et puis je suis lucide. L’occuper, je peux, surtout ce sera un alibi pour ne pas la quitter. Pas que je l’aime, pas i vite, la foudre c’est du roman, j’ai juste bizarre dans le jarret quand je la regarde et du plaisir à savoir qu’elle existe, Lisa. Le plus souvent, je suis dans la doublure de la vie qui va. »

 

 

Mon préféré de Michel Quint : Et mon mal est délicieux

 

 

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