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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 21:20

Enfin, enfin, je découvre l’écriture de cet auteur tant vénéré par certains et effectivement, je n’ai pas été déçue !

En 2001, lors d’une visite au Louvre, Gillian tombe sur une œuvre qui la laisse complètement interdite : « une sculpture en bois, primitive, anguleuse, apparemment féminine, le visage long et brutal, les yeux vides, une balafre en guise de bouche » qui lui permet de se remémorer ses vingt ans : alors étudiante américaine, elle était amoureuse de son professeur de littérature, Andre Harrow. La situation pourrait sembler banale mais en réalité, la plupart des étudiantes d’Andre étaient attirées par lui. L’épouse du professeur, la mystérieuse et fantasque Dorcas, passait pour une originale, sculptrice excentrique, elle exposait des totems féminins au corps obscène et déformé. A partir du moment où Andre lui offre son premier baiser et où Dorcas vante la beauté de ses cheveux, Gillian sera plus qu’envoûtée par le couple.

Alors que Gillian obtient toutes les faveurs de Dorcas et Harrow, elle soupçonne les autres étudiantes d’être passées par là aussi et de ne pas en être ressorties indemnes : l’une tente de se suicider, une autre refuse toute nourriture, une troisième allume des feux sur le campus… L’aura du couple s’apparente à un pouvoir malfaisant et satanique, et seule Gillian saura y mettre fin.

L’écriture est d’une fluidité qui empêche le lecteur de reposer le livre et l’intrigue est tout autant captivante ! La domination absolue qu’exerce le couple sur les jeunes filles m’a fascinée. Entre autres images, je retiendrai la requête du professeur de lettres : après avoir demandé à ses ouailles d’écrire des poèmes, il leur ordonne d’écrire et de lire à voix haute des pages de leur journal intime. Les filles rivalisent de détails intimes, sexuels et sordides pour plaire, par leur originalité, au grand professeur.

Bien sûr que j’ai envie, maintenant, d’approfondir l’œuvre de Joyce Carol Oates !

« Dans l'amour de loin, il faut inventer tant de la vie. Dans l'amour de loin, on apprend les stratégies du détour. »

« Elles avaient été droguées .Comme moi.
Elles avaient été amoureuses. Comme moi.
Elles garderaient toujours leurs secrets. Comme moi.
Nous sommes des bêtes et c'est notre consolation. »

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 21:49

 

Suite et fin des aventures de Julien et Cécile !

Si vous tenez à lire le diptyque, ne lisez pas le paragraphe qui va suivre.

            On avait laissé Julien, à la fin du tome 1, transi de froid, caché dans la grange de Cécile, persuadé qu’elle couchait avec Paul. Quand elle tombe nez-à-nez avec lui, elle manque de faire une crise cardiaque, c’est normal, elle le croyait mort ! Elle joue à l’infirmière, cache Julien dans son propre lit (au plus grand plaisir du patient !) et fait appel à Paul pour le soigner. Julien finit par admettre qu’il n’y a qu’une belle histoire d’amitié et de confiance entre Paul et Cécile. Mais Cécile, qui a perdu sa grand-mère, doit rejoindre Paris et Julien doit encore une fois s’exiler dans le pigeonnier de l’école. La guerre n’est pas encore finie mais la Résistance prend de plus en plus d’ampleur et c’est en écoutant les messages codés à la radio (« Le gentleman de la paroisse court autour du grand canal » ou « l’Irlandais est au pavillon de Sèvres ») que Julien ne cesse d’envoyer des lettres à sa bien-aimée. Paul, qui est devenu son ami, lui propose de venir cacher dans son refuge armes et munitions appartenant à la Résistance. Alors que collabos et résistants se heurtent de plus en plus violemment, Cécile de retour au village, exprime son amour pour Julien de la manière la plus directe qu’il soit…

            Quelque deux, trois pages avant la fin, je me demandais comment l’auteur pouvait trouver un dénouement satisfaisant. Eh bien, je vous assure qu’il l’a trouvé, la chute est retentissante et les deux dernières planches de toute beauté. Comme pour le premier tome, on s’attache à cette BD, à ses personnages qu’ils soient essentiels ou secondaires (la tante Angèle est formidable, Basile prend toute son importance à la fin de l’album), on vit dans ce petite village, on boit un coup au bistrot des « Tilleuls », on aimerait rencontrer Maginot, cet ami imaginaire de Julien. Quelle belle réussite, quel beau mariage entre cette intrigue si bien ficelée qui mêle amour, Histoire, aventure et humour, et ces dessins magnifiques. Encore un bel exemple de BD qui ne peut que plaire à tout le monde, notamment aux non-initiés.

 

Paul qui apporte « le fourbi » des résistants chez Julien :

Où est-ce que je peux poser ça ?

Je ne sais pas…, là, tiens, il y a encore une petite place près du poêle.

Heu… ce sont des grenades incendiaires. T’as pas un autre endroit ?

Ce qui est bien avec toi, c’est que tu as toujours des idées de cadeaux originales. C’est jamais la cravate de mauvais goût ou le porte-cigarette en argent, mais là, des grenades incendiaires… t’es pas raisonnable. Comment t’as su que ça me ferait plaisir ? 

 

 

»   19.5/20   »


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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 17:09

Plébiscité par les bloggeuses (car c’est bien d’un roman féminin qu’il s’agit), ce livre à la première de couverture douteuse (m’enfin, chacun ses goûts) se découpe pour moi en deux parties :

            Une petite ville des Etats-Unis fin des années 40. Tout le monde se connaît, personne ne quitte vraiment ce cocon, personne n’y entre sans se faire remarquer. C’est le cas de ce fameux « vagabond » qui n’a de vagabond que le nom puisqu’il débarque dans un vieux pick-up avec une mallette pleine de billets. Charlie Beale, s’il vient d’ailleurs et si personne ne connaît son passé, fait tout son possible pour se faire accepter. Il va proposer ses services au boucher de la ville, Will, et, grâces à ses talents, se fait embaucher. Il se prend d’affection pour sa femme Alma et pour leur fils de cinq ans, Sam.  Le nouveau boucher est de plus en plus apprécié, par les Noires qui viennent vite faire leurs courses tôt le matin avant de céder leur place aux Blanches qui elles aussi prisent de plus en plus la viande préparée et coupée par Charlie. Tout pourrait donc être au mieux, c’est dans compter l’arrivée de l’Amour… Charlie croise un jour le regard de Sylvan, cette belle blonde à l’histoire particulière. En effet, issue d’une famille très pauvre, Sylvan a été littéralement achetée par un riche Blanc obèse, Boaty, qui aime l’exhiber en public sans l’aimer pour autant. Entre Charlie et Sylvan, c’est le coup de foudre immédiat. Leurs rencontres sont rares et ne peuvent se faire qu’en présence de Sam qui constitue leur alibi. Charlie emmène Sam à l’abattoir y tuer des bêtes et sur le chemin du retour, il s’arrête chez Sylvan, en l’absence du mari, la culbute dans la chambre conjugale, pendant que Sam dessine à la cuisine en grignotant des biscuits.

Sam a promis à Charlie de taire ce qu’il voit et entend toutes les semaines, pourtant les rumeurs galopent dans la petite ville, les amoureux sont de moins en moins discrets et Boaty commence à comprendre qu’il est cocu. La menace qui pèse sur sa famille et la violence de Boaty contraignent Sylvan à stopper la liaison… et surtout à porter plainte pour viol contre Charlie. Pour le boucher, c’est la lente descente aux enfers. Renié de tous les habitants de la ville, celui qui était tant apprécié quelques mois auparavant va commettre l’irréparable.

Dans la première moitié du roman, on comprend bien qu’un drame, voire une tragédie se joue lentement, inexorablement. Le narrateur, qui n’est autre que Sam devenu adulte, nous plonge au cœur de cette ville où Blancs et Noirs ne s’assoient pas à côté, où le Dieu vénéré dans les églises n’est qu’un Dieu vengeur qui sévit… Mais que l’entrée en matière est longue ! La seconde partie et surtout la fin relève un peu le niveau par des envolées lyriques qui ne peuvent que toucher le lecteur ayant un minimum de sensibilité. Ce petit garçon, d’abord, témoin de l’amour, témoin de la haine, qui se voit offrir une somptueuse fête d’anniversaire pour ses six ans avant de manquer de mourir noyé. Ensuite, ce qui m’a sans doute le plus émue, c’est le remerciement discret des habitants du village envers Charlie, cet hommage muet final est de toute beauté. Il y a aussi cette formidable couturière, Claudie, une Noire qui, grâce à ses talents inégalables, rassemble toutes les femmes de la ville, toutes couleurs de peau confondues pour leur confectionner les plus belles tenues. Symbole de liberté, elle sera aussi la confidente de Sylvan. J’ai moins compris certaines réactions : celle des parents de Sam qui sentent leur fils en danger et le jettent dans la gueule du loup, celle de Charlie qui a tellement besoin de la présence de Sam quand il va batifoler avec Sylvan, celle enfin de Sylvan qui préfère sa famille qu’elle ne voit plus à l’amour de sa vie. Les principes mêmes de la tragédie : une voie sans issue.

La longueur de ce billet prouve que j’ai aimé ce roman peut-être bien  plus que je ne veux l’admettre…

La surprise d’anniversaire de Charlie pour Sam : « Le petit saule était recouvert de centaines de chewing-gums Bazooka, tous éclos dans la nuit, depuis les frêles rameaux trempant dans l’eau jusqu’aux plus hautes branches. Un arbre à chewing-gums, sorti de nulle part, du jour au lendemain. Sam savait que les Bazooka coûtaient un penny pièce, aussi fut-il abasourdi par la fortune que son unique friandise, plantée la veille, avait rapportée en une seule nuit. »

L’histoire d’amour… : « Rien d’autre. Les cœurs qui s’arrêtent et qui, en même temps, accélèrent leur cadence dans l’instant de la possession, tellement attendu, et tellement inattendu quand il arrive, puis cette ruée, partout à l’intérieur. Il n’est jamais rassasié d’elle, un seul baiser ne suffit pas à la sentir tout entière. De la langue il goûte son parfum et sa peau, dessous, propre, lavée par son baiser incessant, et elle qui se retourne, se tord et bouge sous lui comme de l’eau, lui balayant l’oreille de sa douce haleine, l’étouffant de désir. Et lui dans l’urgence de tout lui dire, de sa vie, de son cœur et de sa mémoire, de ne lui dire non pas avec des mots mais avec son corps, avec chaque centimètre carré de sa peau qu’il lui offre dans un élan d’un tel optimisme, avec ce qu’il espère être de la douceur mais qu’il reconnaît comme une forme d’égoïsme. »


 

 

Grand Prix des lectrices Elle  - Roman 2013.

 

 

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 15:21

 

 

Qu’il est bon de retrouver un auteur qu’on aime ! Il me tardait de lire ce diptyque de Gibrat qui signe ici textes et dessins.

Deuxième guerre mondiale, sous l’Occupation. Dans le petit village aveyronnais de Cambeyrac, Julien, pour éviter l’embrigadement dans le STO, saute du train qui l’emmène en Allemagne et retourne au village où sa tante, Angèle, le cache. C’est elle qui va lui apprendre une nouvelle aussi étrange que bienvenue : le train en partance pour l’Allemagne a été bombardé, les papiers d’identité que Julien avait perdus ont été retrouvés sur le corps d’un autre et Julien… est tout simplement déclaré mort. Ne pouvant plus se cacher chez sa tante, il va se réfugier dans le grenier de l’école où Angèle donne cours aux enfants.

L’idée de départ est d’emblée terriblement séduisante et romanesque, Julien va assister à ses propres funérailles, il va épier, du haut de son grenier, la place principale du village, et va surveiller celle qu’il aime, Cécile. De son mirador, il va savoir qui est celui qui collabore, qui est celui qui résiste, il va maudire Paul, un médecin qui fait du gringue à la belle Cécile. Le 31 décembre 1943, un événement va chambouler ce précaire équilibre : Angèle se casse une jambe, Julien ne peut donc plus compter sur elle pour lui fournir des vivres et le chauffage de l’école et, comble de malheur, une congère vient lui bloquer l’accès à l’école. Julien est donc condamné à rester dehors, tapi dans le froid. Lui vient alors l’idée de trouver refuge chez Cécile… mais il reconnaît, devant sa maison, « sous une épaisse couche de neige, les courbes amollies de la voiture de Paul ».

Ce premier tome est passionnant, on a l’impression de regarder un petit film, c’est une vraie réussite tant pour les images qui, par leur réalisme, rendent ce petit village vivant, que pour le scénario qui nous prend aux tripes. Deux petites remarques concernant Cécile : même si un baiser a été échangé avec Julien, on ne connaît pas grand-chose de leur relation passée, et, elle ressemble énormément à Jeanne, l’héroïne du Vol du corbeau.

Le suspense reste entier à la fin du tome et ne demande qu’à se jeter sur le second… ce que je vais faire !!!

 

»   18.5/20   »

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 12:44

Y a-t-il encore des personnes dans l’assemblée qui n’ont pas lu ce thriller ? Elles doivent être rares ! Etant donné le nombre de pages, j’avoue avoir eu quelques réticences dans un premier temps… vite balayées !

Amy est une belle jeune femme mariée à un beau jeune homme. Mariés depuis cinq ans, ils sont, en apparence, un couple amoureux, mignon, uni, … parfait. Pourtant, le jour même de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît. Son mari, Nick, retrouve la maison sens dessus dessous, la table basse brisée, l’ottomane renversée, le fer à repasser toujours branché et au milieu de la scène, une paire de ciseaux, « bien tranchants ». Même si Nick appelle la police qui conclue vite à un meurtre (des taches de sang – celui d’Amy – ont été mal camouflées), le lecteur sent que le bonhomme a quelque chose à se reprocher. Des doutes planent sur son innocence, et Nick, qui ne se sentait plus amoureux de sa femme, a du mal à cacher sa quasi indifférence.

L’alternance des chapitres consacrés à Nick puis à Amy permettent au lecteur de se faire une idée de ce couple complexe et peu ordinaire. Chacun a ses secrets, chacun se montre différent de ce qu’il est en réalité et celui qui paraît le plus coupable l’est peut-être le moins !

Sans en faire un coup de cœur, j’ai beaucoup aimé cette lecture, complètement addictive. L’auteur nous mène en bateau, nous envoie sur de fausses pistes et les renversements de situation et les grosses surprises évitent l’ennui. Les 570 pages défilent vitesse grand V, et, en plus d’être un très bon thriller, le roman propose quelques réflexions intéressantes et très justes sur le couple et l’image qu’on peut donner aux autres.

A lire absolument si on est en panne de lecture (ce qui m’était presque arrivé fin 2013 !), le suspense, le portrait tout en nuances et en méandres des personnages et la fluidité du texte en raviront plus d’un !

Juste après la découverte de la scène du « crime », Nick se réfugie chez sa sœur jumelle, Go : « Je n’ai pas écouté les conseils de Go sur l’alcool, j’ai vidé la moitié de la bouteille assis tout seul sur le canapé, et ma dix-huitième montée d’adrénaline s’est déclenchée juste au moment où je pensais que j’allais finir par m’endormir : mes yeux se fermaient, je remuais mon oreiller, mes paupières étaient closes, et là, j’ai vu ma femme, du sang coagulé dans sa chevelure blonde, en larmes, aveuglée par la douleur, qui rampait sur le sol de notre cuisine. Elle m’appelait : Nick, Nick, Nick ! »

           

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 16:16

Amarillo

Pour la petite histoire de l’achat de ce livre, je me suis précipitée pour le commander, dès sa sortie en novembre 2013, je l’ai reçu, et, faute de temps, je l’ai laissé reposer sur mon bureau bien en évidence. Ma fille de cinq ans l’a souvent feuilleté (elle feuillette tout livre qui lui tombe sous la main !) en me précisant qu’elle adorait ce chat et qu’elle aimait beaucoup cette BD. Enfin, au bout d’une bonne vingtaine de jours, je prends l’ouvrage en main, prête à le commencer… quand je me rends compte qu’il est écrit … en espagnol ! Eh oui ! Donc, si quelqu’un souhaite une version espagnole d’Amarillo, qu’il me fasse signe ! (bien sûr, mes maigres connaissances dans la langue de Cervantès m’ont contrainte à acheter la version française !)

                L’album s’ouvre sur deux personnages que nous ne connaissons pas, Chad et Abe, deux écrivains beatniks qui débattent de la qualité de leurs œuvres respectives (et citent Antonin Artaud, ce qui est pour le moins surprenant !). Les comparses sont aussi des voyous qui n’hésitent pas à voler la voiture que Blacksad avait promis de reconduire chez son propriétaire. Lorsque Abe avoue en riant qu’il a expédié le manuscrit du dernier roman de Chad au Tibet, Chad, furieux, le tue d’une balle dans la tête avant de fuir et de récupérer le courrier tant convoité en défonçant la boîte aux lettres. Blacksad part à la recherche des voleurs, va emprunter la voiture de sa sœur (qu’on rencontre pour la première fois, me semble-t-il) et va se retrouver dans un cirque qui plie bagage.

L’intrigue est, comme toujours, assez complexe et nous fait voyager et rencontrer pléthore de personnages. Les animaux sont encore une fois merveilleusement personnifiés… si bien qu’on oublie vite qu’ils ne sont pas humains ! Toute la palette de couleurs est utilisée, Blacksad est toujours si sympathique, charmant, sexy… et comme je l’ai déjà dit pour les précédents tomes, je trouve le scénario légèrement en-dessous des dessins, vraiment superbes.

 

J’aime bien la reprise de la phrase d’Artaud qui, dans une BD, a une dimension presque ironique : « Il n’est absolument pas prouvé que le langage des mots soit le meilleur possible ».

 

»   18/20   »

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 15:32

A lire les différentes critiques de ce court roman qui n’est constitué que d’une seule lettre, j’étais curieuse d’en connaître le contenu.

Un vieillard, Bjarni, parvenu aux termes de sa vie, écrit une dernière longue lettre (130 pages, la lettre !) à celle qu’il a tant aimée, Helga. Depuis sa maison de retraite, il se remémore sa vie de paysan islandais, le désamour de sa femme devenue stérile et aigrie, sa rencontre avec Helga, leurs relations charnelles et bestiales, l’enfant qu’ils ont eu et son refus à lui de la suivre à la ville, car Helga est mariée et le narrateur l’est aussi de son côté.

C’est l’histoire d’un amour impossible, d’un rendez-vous manqué puisque quand Helga veut, c’est Bjarni qui refuse et quand l’homme vient vers elle, c’est Helga qui lui ferme la porte. Mais c’est aussi une apologie de la campagne et de la nature. Enceinte de son amant, Helga lui avait proposé de fuir avec elle à la ville et d’y élever là-bas leur fille. Mais notre Islandais a préféré rester dans sa ferme à élever ses moutons, à admirer les vallons qui l’entourent en rêvant de la vie qu’Helga et lui auraient pu connaître ensemble.

Mon avis est mitigé parce que si j’ai aimé certains passages, surtout la fin et l’expression de cet amour qui dure jusqu’à la fin de la vie, la dichotomie ville/campagne m’a profondément agacée : en ville, ils sont tous tristes et idiots, et la campagne est un paradis terrestre. Le refus de s’épanouir pleinement dans cette histoire d’amour qui tendait les bras à l’Islandais est également discutable voire peu crédible. Enfin, la bestialité d’un amour charnel a pour moi des limites, et, quand elle prend les odeurs d’urine de bouc (ceux qui ont lu la lettre comprendront !), je suis coite ! Encore un livre à côté duquel je suis passée ! Le sot-l’y-laisse reste tout de même la peinture des paysages nordiques, la rusticité de leurs habitants et ce voyage qu’on s’octroie, sans bouger de chez soi.

« En qualité de contrôleur des provisions de foin, je suis venu voir si tu étais toujours bien en chair. Derrière la remise des machines, nous avions trouvé un recoin éclairé par les rayons de soleil qui filtraient entre les interstices des planches, de sorte qu’on pouvait y évaluer l’embonpoint avec exactitude à la lumière du jour. Cela devint notre petit jeu. Tu me demandais de t’examiner et je tâtais ton cartilage thoracique sans y trouver de nodosité, puis je te palpais les côtes les unes après les autres, vérifiais la plénitude de l’échine et enfin le bassin et les cuisses en descendant jusqu’au talon, ce qui te faisait frissonner comme un peuplier dans le vent ; je te palpais de mes doigts voluptueux et inspectais avec précision les protubérances de la poitrine et de la consistance de sa chair. »

« J’ai compris aussi que Dieu qui est aux cieux doit être en partie fabriqué par l’homme. Je crois bien qu’il existe, mais il ne doit guère être du genre à se laisser pousser la barbe. Il m’a semblé qu’il se manifestait plutôt dans les couleurs de l’automne ou dans l’arôme d’un bout de bois d’épave fraichement fendu, qui se scinde joliment en deux piquets de clôture destinés à vous survivre. »

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 20:26

    Voilà un livre encensé par la critique littéraire et pourtant peu présent dans la blogosphère.

            Dell a quinze ans, une sœur jumelle nommée Berner, des parents et une existence paisible à Great Falls, aux Etats-Unis. Ce jeune amateur du jeu d’échecs va pourtant voir sa vie basculer à partir du moment où son père prend une décision aussi risquée que stupide, celle de braquer une banque. Vivant d’expédients et d’escroqueries, le père s’est, en effet, vu menacer s’il ne payait pas une certaine (grosse) somme. C’est tout naturellement et sans peur aucune qu’il associe sa femme (assez veule et influençable) à ce projet qu’il est certain de mener à bien.

C’était plutôt prévisible : le plan échoue et les parents de Dell se font très vite embarquer par la police, condamnés à vivre des années et des années derrière les barreaux. Dell et Berner sont livrés à eux-mêmes : la sœur fidèle à son projet initial fuit et Dell se laisse emmener par une amie de sa sœur, au Canada. C’est le frère de cette amie, Arthur Remlinger, qui prend Dell sous sa coupe en lui fournissant l’hébergement, les vivres et un petit travail. Pourtant, Dell doit bel et bien apprendre à vivre et à grandir seul, sans affection, sans conseil et en assistant à des scènes cruelles.

Roman initiatique, Canada est un livre sur les aléas de la vie et les choix qu’elle suppose mais c’est aussi un roman sur la filiation et la fratrie (Dell ne va plus souvent revoir sa sœur). Une réflexion est aussi proposée sur la manière de grandir, de se forger sa propre personnalité, en dépit d’une enfance chaotique. Dell s’est épanoui, en tant qu’adulte dans sa vie de couple et dans sa vie professionnelle, sa sœur a toujours été une paumée. Les deux ont pourtant été bouleversés par le même événement. Le père de Dell le résume ainsi si sobrement : « Il se peut qu’il t’arrive certains désagréments, mais que ça ne t’empêche pas de vivre. »

Pourquoi n’ai-je pas aimé ? Certains passages sont longs, longs, longs, sans rien apporter de nouveau, ils m’ont semblé plats. Les personnages, même s’il faut concéder qu’ils sont originaux et loin des stéréotypes, sont opaques et distants. Ne vous fiez cependant pas à mon avis, tous ceux que j’ai lus sont extrêmement positifs (certains y voient un chef d’œuvre). Rencontre manquée !

Merci à l’amatrice de roquefort pour ce beau cadeau J.  Il ne te reste plus qu’à le lire pour te faire ton propre avis !

            « Mieux vaut considérer notre vie et les agissements qui y ont mis fin comme les deux faces d’une même médaille à observer dans son entier pour bien la comprendre, l’avers, normal, le revers, désastreux. Contraires si proches. Toute autre façon de voir risque de ne pas rendre justice à la part rationnelle et banale de notre existence, celle où tout avait un sens pour ceux qui la vivaient, part essentielle sans laquelle ce récit ne vaudrait pas la peine qu’on le suive. »

« à l’origine des événements les plus terribles, il n’y a parfois qu’une déviation infime de la vie quotidienne. »

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 11:59

Un an sans ce petit garçon, c’est trop long ! C’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé ce cher Pico Bogue !

Pico Bogue et sa sœur Ana Ana partent en vacances à la mer sans leurs parents, avec leur oncle Antoine. Le voyage se passe en engueulades dans la voiture et en achats forcés au rayon jouets de la station-service. La découverte de la mer est un bonheur pour les enfants, la cohabitation avec l’oncle s’avère parfois difficile, entre les enfants qui critiquent sa cuisine et se moquent de son gros bidon et lui, le pauvre, qui tente d’anticiper les accidents et les ennuis.

Est-ce que ça se résume, un Pico Bogue ? Mais non, allez le lire, découvrez par vous-même ce petit génie attendrissant et farceur, ces beaux dessins (que de ressemblances avec la folle toison du jeune homme et les vagues indisciplinées de la mer !) et les folles aventures de ces deux enfants extra-ordinaires !

Discussion entre l’oncle et Ana Ana, toujours perspicace :

  • T’as un gros bedon.

  • C’est méchant de faire remarquer aux autres leurs défauts physiques.

  • Ah mais pour moi, c’est pas un défaut physique ! … C’est un défaut de volonté.

     

    A table…

  • Ton plat, c’est mieux que du miel !

  • Ah oui ?!

  • Oui ! Le miel, c’est un truc recraché de l’estomac de l’abeille…

  • Mais ça, on dirait que ça a fait le transit intestinal jusqu’au bout.

A la fin de la BD, on en voudrait plus, encore et encore !

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 15:54


Voilà un petit ovni dans le monde littéraire puisqu’on peut le qualifier de « polar rigolo », en tous cas, c’est un très court roman policier à prendre au second degré.

Le narrateur est un « technicien de cérémonie », c’est-à-dire un employé municipal chargé de vérifier le matériel avant les inaugurations, cérémonies et fêtes publiques en tout genre : « Mon palpitant boulot consiste à aiguiser les ciseaux à couper les rubans, à astiquer la truelle pour pose de première pierre et à ajuster le casque de chantier sur la tête de l’Elu (un casque qui tombe sur les yeux ou qui reste perché sur le sommet du crâne comme un chou à la crème, rien de tel pour vous fusiller « l’image », le seul bien qui appartienne en propre à un homme politique) ».

Dans une ville imaginaire où les élus locaux sont encore plus bêtes que dans la vie réelle, on inaugure un tram, attention, pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du « TAPA », le « Tramway Automatisé sur Pneumatiques Alignés », un tram qui avance tout seul en bref. A l’effarement général, alors que Jean-Charles Toumini, président de l’Agglo, s’apprête à couper le ruban, le tram avance et écrase l’élu. S’ensuivent d’autres accidents dirigés contre les politiciens… et qui ne seront jamais résolus. A noter que la chute est savoureuse !

A la fois polar et satire d’une société où la magouille, le gaspillage à grande échelle et les faux-semblants sont rois, ce petit roman comporte des images de coupures de journal qui rendent l’objet original. Je n’ai pas été aussi emballée que Loo (http://unepauselivre.over-blog.com/article-un-trolley-nomme-desir-kolazo-117076004.html) chez qui j’ai pioché le titre, mais j’ai passé un moment agréable et divertissant.

L’auteur est un mystère à lui tout seul puisque la quatrième de couverture précise que « Le seul contact que l’éditeur ait eu avec Kolazô s’est fait par Internet, aussi bien pour la réception du manuscrit que pour l’autorisation de le publier. Mais qui se cache sous ce pseudonyme piquant. »

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