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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 09:50

Auto, Crapaud, Blaireau.

On avait découvert cette série en famille, mes enfants m’ont réclamé la suite du tome 1, que voilà !

On avait laissé Rat et Taupe, à la fin du premier tome, dans les bois sombres et inquiétants. Ils ont frappé à la porte de Blaireau et les voilà secourus par cet être étrange qui préfère vivre sous terre que parmi les autres. « Il semblait que rien du monde extérieur ne pouvait troubler la sécurité paisible de ce lieu. » Contre toute attente, nos deux amis sont effectivement très bien accueillis, ils dorment et mangent bien dans cette gigantesque galerie souterraine.

Lorsque Rat et Taupe quittent la demeure de Blaireau, ils se perdent dans la campagne enneigée et se retrouvent aux abords d’un petit village… d’humains ! Bien sûr, ils évitent les hommes « car leurs réactions sont tellement imprévisibles. Tantôt ils vous caressent, tantôt ils vous jettent des pierres… ».  C’est à ce moment-là que Taupe reconnaît l’endroit, l’odeur, la familiarité du lieu : il n’est pas loin de sa maison à lui ! Souvenez-vous que Rat l’hébergeait depuis quelque temps. Taupe a un peu honte de montrer sa toute petite maison recouverte de poussière à Rat mais celui-ci aime la petitesse de l’endroit, les couchettes superposées et aide son ami à tout nettoyer. Finalement, c’est Noël que Rat et Taupe fête dans ce petit cocon, entourés d’enfants !

Le dernier chapitre est plus mouvementé. Rat, Blaireau et Taupe décident d’aller dire les quatre vérités à Crapaud qui est complètement gaga de voitures, d’automobiles, de tout ce qui roule et qui a quatre roues. Enfermé puis en cavale, Crapaud va finir par voler une automobile … et par se retrouver en prison. Suite au prochain épisode !

Bien sûr que l’album est encore une fois de toute beauté, les paysages, les personnages, les couleurs sont un vrai spectacle pour les mirettes. Mes enfants adorent… et pourtant, il y a un je-ne-sais-quoi qui me dérange dans l’intrigue. Une distance que je ne parviens pas à combler, ce qui m’étonne d’autant plus que mes enfants aiment cette série malgré un vocabulaire qui n’est pas toujours à leur portée. Et moi, je reste en dehors. On verra bien ce qui se passera pour le prochain tome.

 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 19:45

Séduite par l’écriture et le style de l’auteur de Au revoir là-haut,j’ai eu très envie d’en découvrir un peu plus sur ce romancier. Je savais déjà que son roman lauréat au Goncourt était le seul à ne pas être un polar. Découverte en livre audio.

Alex est une jolie jeune femme sexy qui plaît facilement aux hommes. Un jour, elle se fait enlever dans la rue. Un promeneur est témoin mais personne de réclame la disparue. La police mène l’enquête : le petit Camille (1m45 !) au passé douloureux, Louis le richard, Armand le pingre. Ce qui peut surprendre le lecteur, c’est qu’on retrouve assez vite le bourreau d’Alex. Celui-ci a enfermé la jeune femme dans une cage suspendue à deux mètres du sol. Nue, elle a pour seule nourriture des croquettes pour animaux. Son tortionnaire veut la voir mourir à petit feu et lorsque des rats débarquent, attirés par l’odeur des croquettes, Alex sent que sa fin est proche. Lorsque la police est sur le point d’appréhender le coupable, ce dernier se tue en se jetant du haut d’un pont. Les enquêteurs mettent un certain temps à retrouver l’usine désaffectée où Alex est recluse et…, quand ils arrivent là-bas, la victime a disparu !

Pourquoi Alex s’est-elle sauvée ? Parce qu’elle a des choses à se reprocher ! Voilà le plus intéressant dans ce roman : on s’identifie à la victime qu’on plaint avant de comprendre qu’elle-même est une meurtrière. Un dernier retournement de situation nous permet de voir les faits encore différemment.

Certes, le thème de l’enlèvement et de la séquestration qui va avec a déjà été x fois traité dans les romans. Rien qu’ici, Twist, Miséricorde, Les Morsures de l’ombre ou encore Room ont déjà répandu leurs parfums de renfermé, de solitude et de supplice. Pourtant, Pierre Lemaitre se distingue, à la fois dans l’intrigue, subtile et plus psychologique qu’il n’y paraît au premier abord et dans le traitement des personnages aussi. J’ai retrouvé la dimension atypique qu’il aime leur donner, comme dans Au revoir là-haut. Ce ne sont pas être manichéens, en chacun d’eux, le mal se confronte au bien. La fin est bigrement bien réussie et le mot « vengeance » prend alors tout son sens.

 

Mention spéciale au lecteur Philippe Résimont dont j’ai beaucoup aimé la prestation. Le livre audio se clôt par une interview de l’auteur qui explique que ça lui fait bizarre d’entendre quelqu’un d’autre lire son propre livre, que lui-même lit beaucoup à haute voix mais qu’il ne l’aurait pas lu ainsi. Et je dois avouer que j’ai préféré la voix de Résimont à celle de Lemaitre (qui lit son Goncourt, paraît-il !). Encore une fois, le support audio pour le polar m’a paru excellent.

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 14:10

En pleine canicule, dans la cambrousse française, un Américain, Jimmy Cobb, tente de cacher un joli pactole, résultat d’un hold-up qui n’a laissé que deux survivants : lui et son poursuivant qui veut sa peau. Un endroit lui paraît idéal : en plein milieu d’un champ de blé ! Mais c’est sans compter l’œil affûté d’un môme, Chim, qui a tout vu. Jimmy, qui a aussi les flics aux trousses, court se planquer dans la ferme la plus proche, … mais quelle ferme ! Ses habitants sont plus dingues les uns que les autres ! Chim est le fils d’Horace qui le bat régulièrement avec sa ceinture. Il y a aussi Ségolène, un laideron blond complètement nymphomane qui court après les hommes pour se faire sauter, la femme d’Horace qui est prête à tout pour se débarrasser de son mari. Et Horace, cet homme ignoblement laid (le pléonasme n’a rien d’exagéré !) qui, après avoir frappé son fils, va se branler devant deux lesbiennes dans le camping d’à côté.

Le sang va gicler, des complicités odieuses vont se créer, et tout finira mal ! Le pire dans le plus affreux des mondes, voilà un court résumé de cette BD qui est une adaptation du roman de Jean Vautrin. J’avais lu Pauvres Zhéros, j’étais donc prévenue et pourtant, l’horreur, la vulgarité et la laideur des personnages de cette BD noire m’ont encore une fois frappée. Il faut s’accrocher ! En excluant les visages des personnages (on fait difficilement plus repoussant), j’ai beaucoup aimé les dessins, l’avalanche de couleurs vives qui sied bien à la violence ambiante. Amateurs d’une bonne claque visuelle, n’hésitez pas !

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 19:04

Si vous suivez un peu ce modeste blog, je lis les romans de Chalandon en respectant la chronologie de leur parution. Après Mon traître et avant Retour à Killybegs, voilà La Légende de nos pères, un roman sur la Deuxième Guerre mondiale, sur la vérité et la résistance.

Le narrateur, Marcel Frémaux, est biographe, un écrivain qui propose ses talents pour raconter la vie d’un homme, d’une femme, d’une famille. Lorsque Lupuline s’est présentée à lui, il a tout de suite su que cette rencontre-là était particulière. Ne portant que des chaussures rouges, jolie comme un cœur, la jeune femme demande au biographe de raconter la vie de son père, Tescelin Beuzaboc, et plus précisément, sa vie pendant la guerre. En effet, Beuzaboc a passé des soirées entières à raconter à la petite Lupuline ses exploits de résistant. Et la fillette devenue femme aimerait que tout cela soit consigné dans un beau livre qu’elle pourrait offrir à son entourage, qu’elle pourrait offrir à son père pour ses quatre-vingt-quatre ans. « Il a passé sa vie à hausser les épaules chaque fois qu’on lui reparlait de ça. Il dit qu’il a fait ce qu’il fallait, et que ce n’était pas la peine d’en faire toute une histoire. Et moi, je viens vous voir aujourd’hui pour vous demander d’en faire une histoire. »

Un peu troublé par le charme de Lupuline, Marcel se met à la tâche. Beuzaboc est d’abord réticent, il a du mal à s’ouvrir puis, dans la chaleur lilloise de l’été 2003, il se livre, raconte l’Anglais qu’il a caché, le train qu’il a saboté, sa jambe blessée à la suite d’un bombardement. Pourtant, Marcel sent une distance, un petit quelque chose qui le rend méfiant. Il se renseigne sur le contexte, les faits narrés, les amis de Beuzaboc pendant la Deuxième Guerre… et ne trouve rien ! Il comprend que le vieil homme ment et a menti toute sa vie à la petite fille.

Entre mémoire et mensonge, entre amour filial et fierté, l’intrigue se déroule doucettement, toute en subtilité, gagnée par la moiteur de la ville aux volets clos. Marcel a eu un père résistant, un père qui n’a jamais voulu raconter à un fils qui n’a jamais voulu savoir. Il n’est donc pas neutre dans cette histoire de passé réécrit, modifié, inventé.

C’est une très belle histoire, racontée en retenue, à tâtons, avec des phrases courtes et simples. Tantôt c’est le vieil homme qui mène le jeu, tantôt l’écrivain. La jeune femme est comme une fée qui virevolte entre les deux. Si j’ai beaucoup aimé ce livre, je n’ai toujours pas retrouvé l’enivrement que j’avais éprouvé à la lecture du Petit Bonzi.

 

Cette image de deux enfants jouant, grimpant sur un monument aux morts dédié aux héros de la Seconde Guerre. Le père de Marcel Frémaux en agrippe un : « Je me suis battu pour que tu aies le droit de jouer, a souri mon père. »

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 09:26

Depuis le temps que cet album m’aguichait, et dans les librairies, et sur les blogs ! C’est en famille qu’on a l’a lu, avec Grand Pioupiou de 8 ans et Pucinette de 5 ans.

Cerise, 11 ans,  tient un journal intime qu’elle appelle son « carnet ». La jeune fille est surtout très curieuse, elle adore observer ce qui se passe autour d’elle et a même une fâcheuse tendance à romancer le quotidien : ainsi, le maraîcher qui a perdu une jambe sous un tracteur devient un pirate dont la jambe a été dévoré par un terrible requin ! En fait, Cerise aimerait devenir romancière comme sa voisine, Madame Desjardins. Sa mère, qui l’élève seule, n’a pas tellement envie qu’elle côtoie plus les adultes que les enfants mais Cerise adore discuter avec l’écrivain.

Il y a aussi Line et Erica, ses deux meilleures amies qui se réfugient souvent, avec Cerise, dans leur cabane perchée au sommet d’un arbre et qui offre un point de vue sur toute la forêt.

Un jour, les trois filles sont intriguées par un homme qu’elles appellent très vite « Monsieur Mystère ». Couvert de peintures de toutes les couleurs, le vieil homme à l’air triste traverse seul la forêt avec un perroquet en cage. Cerise ne peut s’empêcher de mener l’enquête même si ça doit la conduire à mentir à sa mère. En suivant Monsieur Mystère, elle tombe nez-à-nez avec un mur, large et haut, en plein milieu de la forêt. Je crois ne pas trop en dire puisque le sous-titre le dévoile, derrière le mur se cache un zoo abandonné… abandonné, pas tout à fait puisque Monsieur Mystère s’acharne à le reconstituer grâce à ses talents de peintre.

On m’avait dit qu’il était magnifique ce livre, c’est un euphémisme ! Ce « zoo pétrifié » est un vrai bijou, le peintre, non seulement dessine les animaux plus vrais que nature mais il les fait évoluer. Lorsque c’est l’heure du repas, il efface son dessin et repeint les ours blancs en train de manger leurs poissons. Il peint les naissances et les morts des bêtes, bref, il peint la vie.

Le succès, chez nous, fut total. Ma fille s’est mise à dessiner la cabane dans l’arbre de Cerise, mon fils a immédiatement voulu relire l’album. Ça les a fait rêver !!! Pour la petite anecdote marrante, lorsqu’on a parlé de la BD, j’ai évoqué la voisine romancière et ma fille m’a reprise « non, elle ne s’appelle pas comme ça, elle s’appelle Mme Desjardins »! Ils ont aussi adoré voir la peinture de ce bébé tigre léché par sa maman.

Cette BD est une vraie réussite, dense, colorée, aux dessins magnifiques … Aurélie Neyret a un sacré talent ! A découvrir de toute urgence, à tout âge !

 

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 14:22

Vu le peu d’informations que je trouve sur ce livre et même sur ce romancier, je me demande comment le roman a pu se retrouver sur mon étagère de livres à lire… Mystère…

Philip Cavanaugh, le narrateur, est un parolier gay qui sort tout juste d’un fiasco : la comédie musicale qu’il avait montée avec sa meilleure amie, Claire, a été un échec cuisant. Gilbert, un de ses meilleurs amis, vient lui proposer un travail un peu particulier, il ‘agit en effet de jouer à l’espion en s’introduisant dans la maison de Peter Champion. Pourquoi Peter Champion ? Parce que c’est un milliardaire qui construit à peu près tout ce qu’il veut à New York et nos deux amis vont tenter de prouver que c’est illégal. C’est Boyd Larkin, un autre milliardaire véreux, qui tire les ficelles et dirige Philip et Gilbert. Comment faire pour s’introduire dans la famille Champion ? Proposer à Elsa, l’épouse de Peter, de faire un concert où elle exhiberait son talent de chanteuse. Oui mais de talent, Elsa, n’en a guère. La tâche s’avère donc difficile pour Philip et Claire (cette dernière n’est même pas au courant de la supercherie). Quiproquos et renversements de situation rythment le roman. On se cache, on ment, on planque des chewing-gums qui sont en fait des micros, on retourne sa veste…

Lorsque j’ai commencé le livre, j’ai failli arrêter ! Ces histoires de milliardaires américains encore plus bêtes que riches, cette foule de gays (un hétéro est clairement un intrus !), les noms propres des célébrités que je ne connais pas, cet humour qui est censé nous faire éclater de rire (la quatrième de couverture nous le promet, en tous cas) n’est pas du tout ma tasse de thé. Et pourtant…, et pourtant, je suis allée jusqu’au bout des 382 pages avec une rapidité déconcertante ! Il faut avouer que j’ai pris du plaisir à lire les mésaventures et déconvenues de ces personnages qui finissent toujours par s’en sortir avec le sourire (et une coupe de champagne !). Du (très) léger, du burlesque, du fantasque et du farfelu, voilà les ingrédients que j’avais déjà trouvés chez Tante Mame et qui sont ici, omniprésents. Des ressemblances avec Les nouvelles chroniques de San Francisco apparaissent également. Si je n’ai pas ri aux éclats, j’ai souri maintes fois.

 

Voilà le genre de description qui me fait habituellement fuir… le superbe yacht de Peter Champion : « Nous savions qu’il y avait une discothèque, un cinéma, un chenil, une pâtisserie, un salon de coiffure et un de massage, une piscine (avec piste de danse amovible en marbre), un gymnase (avec machines), une cuisine (avec chambre froide), un salon de réception (avec grand orchestre prêt à intervenir à tout moment), un pont promenade (avec jardin anglais), et une chapelle pour ceux qui se sentiraient enclins à remercier luxueusement le ciel de tout ce qu’il avait fait pour eux. (…) Chaque suite était équipée de couettes en chinchilla et de nécessaires de toilette en écaille de tortue, pour ne rien dire de l’ivoire des robinets, des dérouleurs de papier-toilette, et des poignées de trappes à serviettes périodiques usagées.»

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 20:45

Il est des BD qu’on oublie très vite, d’autres qu’on n’oubliera sans doute jamais… et La tendresse de pierres fait partie de cette seconde catégorie.

Ça commence très fort : « On a enterré un poumon de papa. » Et on assiste à l’enterrement de cet organe de la taille d’une petite voiture, porté par les membres de la famille. Après le poumon, on retire le nez du père. Cette fois-ci, pas de cérémonie ni de cortège, le nez sera porté autour du cou « comme une parure ». « Les hommes en blanc ont décidé que désormais il n’aurait plus besoin de bouche », les lèvres de papa sont donc enveloppées dans du coton et délicatement rangées dans un coffre, prêtes à être réutiliser.

Marion Fayolle met en scène la lente et sournoise maladie qui détruit insidieusement le malade qu’est son père mais aussi ses rapports avec les autres et son entourage. Ainsi, le père de famille devient l’enfant de la famille : plus du tout autonome, il faut le nourrir, le changer, le surveiller et le veiller. « Ça m’embêtait d’ailleurs un peu d’avoir soudain un papa plus jeune que moi. Si mon père était un enfant, mon existence était soudain difficile à croire. » La narratrice explique aussi que c’est comme si sa mère qui avait toujours parfaitement endossé ce rôle de mère, avait besoin de poursuivre son chemin de mère et que son époux deviendrait ainsi « le petit dernier de la famille ».

Le père a un besoin vital de son entourage. Ses exigences passent avant tout, l’un lui prête sa voix pour s’exprimer à sa place, l’autre une main pour saisir un verre : « Peu à peu, on devenait des extensions de son corps à lui. Tout ce qu’il ne pouvait plus faire, on le faisait à sa place. »

Lorsque les « soldats blancs » investissent la maison, d’intimité, il n’en est plus question. La fille se rend surtout compte que la maladie n’a pas changé son père, il est resté une pierre anguleuse et rugueuse, « on continuait à se couper les doigts et à se blesser si on l’enlaçait de trop près. » Enfin, les « hommes en blanc » annoncent la mort prochaine du père. Cette attente est comparée à celle d’un artiste patientant dans les coulisses, ne connaissant pas l’heure de son passage : « je trouvais étrange que tout soit aussi mal orchestré, mais je préférais ne pas faire de remarque. »

C’est un véritable coup de poing que cette BD, et pour différentes raisons : le thème abordé qui n’est pas facile, les dessins si particuliers, simplifiés, hachurés, symboliques pour la plupart, la dimension onirique et fantastique liée à un sujet tellement grave. Tout ça est d’une justesse effrayante. L’auteur met en image des tabous et des non-dits, la tyrannie du malade à qui il faut obéir, l’inversion des rôles enfants-parents, le soulagement de la famille quand l’heure est venue… C’est à la fois poétique, absurde et terriblement réaliste.

 

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 15:55

 

             J’avais beaucoup aimé la brièveté et les phrases choc de L’agrume. J’ai donc continué ma découverte de cet auteur à part avec ce très court livre (63 pages seulement !)

Comme le titre l’indique, l’auteur nous parle de son grand-père, et fait même parler son grand-père, mais pas uniquement : c’est toute la famille qui est passée au crible. Attention, ce n’est pas un récit mais une succession de souvenirs, d’anecdotes, de courtes descriptions, d’expressions que l’auteur a dites ou entendues, enfant. L’incipit nous plonge immédiatement dans cette famille un peu particulière où l’excentricité faisait place à des marques de tendresse : « Mon grand-père amenait ses maîtresses chez lui et faisait l’amour avec elles en couchant ma mère dans le même lit. Ma grand-mère, dont c’était le deuxième mari, demanda le divorce. Après avoir fait mine de vouloir se tuer avec un couteau de cuisine, il accepta gentiment. Ma grand-mère se remaria avec un gigolo, et mon grand-père épousa sa secrétaire qui avait trente ans de moins que lui. Comme voyage de noces, il l’envoya en vacances avec ma mère, car ses affaires le retenaient à Paris et qu’il ne pouvait se permettre de prendre du bon temps comme ça. »

Sans doute totalement autobiographique, ces courts paragraphes semblent avoir un seul objectif : rendre hommage à la famille, aux parents et grands-parents qui ont construit l’auteur, mot par mot, geste par geste, à coup de cadeaux, de colères, d’erreurs, de rires. Et finalement, on se retrouve dans ces petits riens qui font toute la différence. Chaque famille a ses habitudes, ses objets fétiches, ses personnages farfelus, ses phrases rituelles, ses manies. Un joli petit livre qui réclame qu’on s’en souvienne.

« Mon grand-père était très sévère sur la façon de se tenir à table. Il faisait des yeux exorbités si nous agitions nos couverts en parlant. »

« Je ne comprenais pas pourquoi on disait changer d’avis comme deux chemises. »

« Ma mère se souvenait de toutes les poésies qu’elle avait apprises en cours. »

 

« Un jour, en traversant la rue de la Chaussée d’Antin, mon père m’a dit qu’il était riche de cœur. »

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:16

            Dans un temps et un pays indéterminés, le fils du roi, tant attendu, vient au monde. La descendance est enfin assurée mais, alors que la nourrice donne le sein au prince, un curieux phénomène bouscule la vie des protagonistes : un corbeau perturbe la scène et l’enfant royal se retrouve avec la tête de l’oiseau. C’est la panique, la reine s’effondre, le roi crie à la malédiction et quand un papillon entre dans la pièce et que le bébé prend cette fois la tête d’un lépidoptère, le frère du roi prend les choses en main : des médecins sont chargés, sous la menace,  de trouver une solution. En attendant, le prince grandit et reste enfermé dans un donjon, on lui apporte la nourriture sans qu’on le voie, un précepteur, frère Aloïs, veille à le rendre aussi cultivé que possible et il n’a accès à aucun miroir. Pourtant, un jour, l’homme à tête alors de chat se voit dans le reflet d’un plateau. Furieux, il réussit à s’enfuir.

Dans son errance, le prince change plusieurs fois de visage et parvient à se cacher des hommes. Pourtant, l’un d’entre eux le reconnaît : c’est un des médecins qui a été exilé par le frère du roi et qui vit désormais en ermite. L’homme, sage et instruit, veillera un bon moment sur le prince et lui tiendra compagnie jusqu’à l’arrivée d’une troupe de comédiens ambulants. Les artistes intégreront le prince dans leur groupe qui connaîtra de plus en plus de succès grâce à ce comédien transformiste et protéiforme. Le hasard des représentations conduit le prince au château qui l’a vu naître et grandir. C’est là qu’il va découvrir le destin de ses parents, la cupidité et les mensonges de son oncle.

            Si la dimension fantastique surprend parce qu’elle surgit dès les premières planches, l’album est surtout truffé de références aux contes traditionnels : « Le Chat botté » ou « Barbe-Bleue » mais propose aussi d’intéressantes réflexions sur l’identité, le paraître. De petites phrases claquent comme un fouet. Et les dessins, …  les dessins !!! Un petit chef d’œuvre à chaque case, un travail tout en précision, des variations infinies de couleurs, c’est juste magnifique ! Je ne connaissais pas ce Monsieur René Hausman mais j’ai envie d’acheter tout ce qu’il a fait !

Bien sûr que cette BD est un énorme coup de cœur, c’est le genre de BD qui convainc tout le monde … même mon chat n’y est pas resté indifférent puisqu’il en a grignoté un coin bien avant que je la lise ! (véridique !)

 

« L’homme est ainsi. Il a peur de l’étrange, de l’inconnu. Alors il se fabrique des croyances faites elles-mêmes d’irrationnel et s’oblige à croire à ses propres fantaisies pour se rassurer ! Que tout cela est tellement contradictoire ! Tellement humain ! »

La vie « te ramènera vers le monde des hommes où tu t’apercevras très vite que, comme toi, tout un chacun porte un masque. Tu y verras des loups nombreux et des moutons encore plus nombreux ! »

« C’est ta chance de retourner dans le monde des hommes ! Tu ne peux vivre éternellement ici ! Frère Aloïs a rempli ta jeune tête de toute la poussière de ses livres ! Va la laver aux couleurs de la vie ! »

 

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 15:16

            Voilà un livre classé parmi les romans policiers mais que je qualifierais plutôt de « drame familial ».

A la fin des années 60, la famille Scott déménage : après avoir vécu vingt ans à Detroit, elle rejoint la région natale d’Arthur, le père de famille, au Kansas. Pour Celia, l’épouse qui aimait sa petite vie citadine, c’est un choc. Au bout de Bent Road, cette route étroite et dangereuse, niche un village aux traditions bien ancrées dans la vie quotidienne. Mais Celia, « l’étrangère » comprend vite qu’un secret plane autour de la mort de la sœur d’Arthur, Eve, survenue vingt ans plus tôt. Dans la famille Scott, il y a aussi le grand frère, Daniel qui, sans ami, va s’acoquiner avec l’infirme du village qui lui apprend à tirer à la carabine. En quelques mois, Daniel passe du statut d’adolescent à celui d’homme viril. Il y a aussi Elaine, la cadette, qui est bien la seule à s’intégrer rapidement à la vie du Kansas et son histoire d’amour avec Jonathon, l’homme à tout faire, y est pour quelque chose… Enfin, Evie, la fillette de la famille, découvre qu’elle a beaucoup de points communs avec sa tante Eve. Elle lui ressemble, elle aime porter les robes de sa tante et, pendant un (trop) long moment, son entourage lui cache qu’Eve n’est pas partie s’exiler très loin…  Il faut apprendre à vivre avec la famille restée au Kansas : la grand-mère Reesa ne voit pas d’un bon œil les manières de faire de sa bru Celia. Ruth, la sœur d’Arthur, a du mal à gérer ses propres problèmes car Ray, son mari, est un homme violent qui a épousé Ruth contre son gré. La tension latente prend de l’ampleur quand on apprend la disparition d’une fille de l’âge d’Evie, Julianne. Ray est immédiatement suspecté et le danger rôde comme un chacal autour de la famille… S’ajoute à cela le climat rude du Kansas, trop chaud et trop aride en été ou trop froid et trop glacial en hiver.

On obtient quelque chose d’étriqué et d’étouffant qui pourrait faire penser à un huis clos. Et ce silence qui a pesé si longtemps sur la famille et qui menace d’exploser à la figure de tous les protagonistes… Ambiance accablante et tendue ! Et pourtant, je n’ai pas adhéré complètement à ce roman, les personnages pullulent au début du livre et, personnellement, j’ai mis un petit temps à comprendre qui est qui : « Celia s’écarte pour la laisser passer. Pendant que Reesa et Artur suivent Ray vers la remorque, elle surveille son beau-frère en redoutant qu’il ne lorgne ne nouveau Elaine, mais non, il s’en abstient. Arthur s’est figé à la vue d’une petite remise construite de l’autre côté de l’allée. » Est-ce moi qui étais particulièrement fatiguée ? Ce qui m’a profondément dérangée surtout, c’est l’absence de transition entre les paragraphes. L’auteur ne connaît-il pas l’existence des connecteurs logiques et spatio-temporels ? Pour finir sur une note positive, car je suis persuadée que c’est un grand roman, la plongée dans cette région américaine où jalousie, aigreurs, mensonges et suspicions règnent en maître est d’une remarquable réussite, ce n’est pas anodin, Lori Roy est née et a grandi au Kansas.

Tête de lecture chez qui j’ai pioché l’idée a été bien plus enthousiaste que moi.

Un petit extrait pour frissonner :

 

« - C’est le vent. Juste le vent, répète sans cesse Celia dans sa tête, et à plusieurs reprises à voix haute.
           Reste qu’elle en doute. A Detroit, elle appréhendait les bombes incendiaires, les tanks et les jeunes nègres qui appelaient Elaine, mais aucun d’eux ne venait cogner contre les flancs de sa maison. Etant encore toute nouvelle au Kansas, elle n’est pas sûre de ce qu’elle doit craindre ici. Seule certitude, cette chose, quelle qu’elle soit, est en train de marcher dehors.  Frissonnant dans sa fine robe en coton sous laquelle elle n’a même pas enfilé de bas, elle se rapproche de la porte moustiquaire.
 »

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