Encore une fois, j’ai oublié mes sources mais, malgré de petites déceptions deci delà, je suis contente d’avoir découvert ce roman.
Rose est une centenaire qui vit à Marseille et qui nous raconte sa (forcément) longue vie. Elle a tout vécu, et c’est le cas de le dire ! Née en Arménie, elle a connu le génocide arménien et a vu toute sa famille mourir. C’est son petit fiancé de l’époque, Mustapha, qui l’a cachée dans un tas de fumier et qui, ainsi, lui a sauvé la vie. Lui, n’a pas eu cette chance puisque quand elle est sortie du fumier, elle l’a découvert la gorge tranchée. Elle n’avait que huit ans.
C’est ensuite son extrême beauté qui lui a permis d’avoir la vie sauve. Salim Bey, son maître turc la prostitue avant de la prêter à un ami obèse, Nazim Enver qui emmène la fillette alors âgée de dix ans sur un bateau. A Marseille, Rose réussit à s’enfuir. Elle devient une mendiante sous le jouc de Chapacan Ier. A 11 ans, elle mène enfin une vie un peu plus douce puisqu’un couple de fermiers, les Lempereur, la recueille et l’adopte.
En 1924, Rose a 17 ans et perd brutalement ses parents adoptifs. Les héritiers des Lempereur, Anaïs et Justin, débarquent à la ferme et considèrent d’emblée Rose comme une moins que rien, la traitant plus bassement que leurs chiens. Cette fois-ci, c’est l’amour qui sauve Rose : avec Gabriel, castreur, c’est le coup de foudre réciproque. Les deux tourtereaux s’enfuient pour Paris où un oncle du jeune homme les héberge à condition de rédiger pour lui un traité nazi. Rose et Gabriel acquièrent enfin leur indépendance, fondent un foyer, achètent un restaurant baptisé « La Petite Provence » et voient naître leurs deux enfants, Edouard et Garance.
Lorsque les Nazis prennent le pouvoir, Gabriel est suspecté d’être juif alors qu’à part son nom, rien ne le prouve. Lui et les deux enfants sont rapidement arrêtés et conduits au Vel d’Hiv. Himmler débarque un jour au restaurant de Rose et attiré par sa cuisine, la phytothérapie où désormais elle excelle mais aussi par les charmes de la jeune femme, il l’embauche en tant que cuisinière, ce qui lui permet plus facilement de la prendre pour amante… En pleine guerre et malgré son dégoût, Rose tente de survivre, à sa manière. Elle abandonnera un enfant de père nazi, elle partira vivre à New-York, elle rencontrera Sartre et Beauvoir après la guerre, elle tombera follement amoureuse d’un Chinois avant de préférer la compagnie d’une jolie femme. Rajoutons encore qu’épisodiquement, Rose prend un malin plaisir à éliminer les personnes qui lui ont causé du tort, c’est thérapeutique, elle se sent bien mieux après s’être vengée.
Je suis partagée, j’ai adoré certains passages, notamment la première moitié du roman. On se laisse très vite emporter par les aventures de ce personnage haut en couleur (un peu comme chez Teulé parfois !), toujours optimiste. C’es très romanesque, rocambolesque, dynamique. Deux gros points noirs cependant : la deuxième partie part dans tous les sens et dès que Rose s’est demandé si elle allait tuer Sartre ou non, j’ai décroché, agacée par le grotesque des situations. Autre point : malgré certaines critiques et une Rose qui nous répète qu’elle ne savait pas tout ce qu’il se passait pendant la Deuxième Guerre, l’auteur rend parfois les Nazis attachants, en tous cas, il nous en livre une image adoucie, et ça, c’est insupportable !
Enfin, si vous adorez qu’un personnage fictif se glisse dans l’Histoire (et la chamboule même quelque peu !), vous serez comblé en lisant ce livre mais aussi Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson !
Quelques citations que je n’ai pas pu m’empêcher de relever :
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« Ce sont nos folies qui nous maintiennent debout »
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« La générosité, c’est des cadeaux qu’on se fait à soi-même. Y’a pas mieux pour se sentier bien. »
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« Ici-bas, il n’y a que la vie et les livres qui nous permettent de la vivre mieux. C’est mon père qui m’a appris ça. Il est instituteur. Ma mère, elle, est maraîchère. Je tiens des deux. Du ciel et de la terre. »
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« Mon obsession est toujours de recycler, mes plats, mes déchets, mes joies, mes chagrins. »
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Prendre une autre femme, c’est « renouveler sa monture nocturne »…
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