
Chouchou d’Yv, cet auteur m’a aussi été conseillé par une amie.
Marc Lecas, soixante ans, père d’une fille recluse en hôpital psychiatrique, compagnon de Chloé, découvre de nouveaux pans de l’existence d’une manière insolite : il scrute à l’aide d’une loupe le tapis de son salon, il admire le flux de la circulation automobile depuis le pont d’une autoroute, il adopte le chat le plus obèse et le plus apathique qu’il trouve, il donne un coup de pied à sa vie en kidnappant sa fille Anne pour l’emmener au Touquet. Très rapidement, les choses dégénèrent : Anne tue sur son passage les êtres qu’elle croise comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, père et fille cachent leurs traces pour voyager en camping-car et rejoindre la ville d’Agen sans objectif précis.
Cynique, drôle, impertinent, picaresque, ce road-movie totalement insolite se distingue largement des autres romans. Certains passages mêlent le burlesque et le tragique : Marc s’est piqué au clou d’une statuette africaine qui semble lui avoir jeté un mauvais sort. Le doigt enfle, le lance, le fait souffrir au point de perdre la sensibilité des jambes… avec une folle de fille, vous imaginez la solution qui va être choisie ! Si Marc incarne parfaitement le rôle de l’anti-héros, on peut cependant se retrouver dans ce personnage qui perd pied dans son quotidien à travers cette satire brillamment brossée par un auteur qui a tout fait pour que je continue à le lire… très bonne pioche !
« Il avait passé une bonne heure accoudé à la rambarde du pont qui surplombait l’autoroute et, si la pluie ne s’était mise à tomber dru, il y serait sans doute encore. Bien des fois, alors qu’il circulait au volant de sa voiture, il avait remarqué ces individus, généralement solitaire, penchés au-dessus des grands axes routiers comme des busards mélancoliques. Cette occupation dérisoire l’avait toujours intrigué, parfois inquiété. De ces gens-là, tout était envisageable, un suicide ou un lancer de vélo, car la plupart en avaient un posé à côté d’eux. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien voir de là-haut ? Il s’était promis un jour de tente l’expérience et, aujourd’hui, il ne le regrettait pas. Ce n’était peut-être pas aussi paisible, à cause du rugissement des moteurs et des vapeurs d’essence, que de suivre au bord d’une rivière feuilles et brindilles portées par le courant, mais certainement plus grisant. La tête se vidait rapidement de toute pensée et on accédait alors à une sorte de stupeur méditative que le flux des véhicules accroissait jusqu’au vertige. »












