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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 15:42

 

            Depuis  Le Baron perché et Si par une nuit d’hiver un voyageur, j’ai toujours une tendre pensée pour l’écriture de Calvino, et, par cette lecture, j’allège (doucettement !) ma PAL.

            Charlemagne sillonne le royaume des Francs accompagné de ses paladins. Agilulfe en fait partie, c’est le « chevalier inexistant » : son armure, d’un blanc surnaturel, est vide. C’est un détail pour l’empereur qui, pourtant, ne l’aime pas, et s’en débarrasse en lui donnant Gourdoulou comme écuyer, ce jeune homme complètement fou qui se prend tantôt pour un canard, pour un poirier ou pour l’empereur lui-même. Raimbaut, une jeune homme qui veut venger la mort de son père, lui, voue une admiration sans bornes à Agilulfe qui, agacé par son impatience et sa fougue, lui montre qu’être paladin c’est aussi vérifier cuisine et rationnement, enterrer les morts et contrôler la coupe et l’approvisionnement du bois. Lorsque Raimbaut rencontre Bradamante, c’est le coup de foudre mais cette belle femme chevalier à l’armure pervenche n’a d’yeux que pour Agilulfe. Eh oui, les histoires d’amour sont compliquées, même au Moyen-âge. La narratrice, ça paraît étonnant avant la révélation finale, c’est sœur Théodora, elle rédige, depuis son  couvent, cette histoire rocambolesque écrite « pour faire pénitence. » L’épopée mènera Agilulfe en Ecosse ou encore au Maroc.

              Burlesque, absurde, intelligent, subtil et drôle, ce texte surprend et fait réfléchir, il n’est pas sans rappeler Don Quichotte et dénonce l’ineptie de la guerre tout en apportant une jolie réflexion sur l’écriture par le truchement de cette sœur Théodora, si délicieusement singulière ! A lire, vraiment !

« La guerre, en définitive, c’est moitié boucherie, moitié train-train ; pas la peine d’y regarder de si près. »

« Chaque page ne vaut que lorsqu'on la tourne et que derrière, il y a la vie qui bouge, qui mêle inextricablement toutes les pages du livre. »

Gourdoulou en traînant son mort :

" - Tu souffles certains vents cent fois plus infects que les miens, cadavre ! Il y a une chose que je ne comprends pas : tout le monde te plaint ; pourquoi ? Qu'est-ce qui te manque ? Avant, bon, tu te donnais du mouvement ; à présent, le mouvement, c'est toi qui le donneras aux vers que tu vas engraisser. Tu poussais, de tous tes ongles et de tous tes cheveux : désormais tu couleras, lymphe, et les herbes de la prairie monteront plus hautes dans le soleil. Herbe tu deviendras, puis lait des vaches qui viendront brouter l'herbe, sang de l'enfant qui aura bu le lait, et ainsi de suite. Tu vois bien que tu sais vivre mieux que moi, cadavre ! »

« La guerre durera jusqu’à la consommation des siècles, il n’y aura ni vainqueur ni vaincu, nous resterons là, plantés les uns en face des autres, pour l’éternité. »

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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 08:35

          Découvrir cet auteur faisait partie de mes résolutions 2018, en voilà au moins une de tenue !

          La Tamassee est une rivière impétueuse et sauvage qui sépare la Caroline du Sud de la Géorgie. Une fille de douze ans s’y noie sans que ses parents parviennent à la sauver. La Tamassee est une rivière protégée par une loi fédérale. Or les parents de la petite Ruth voudraient repêcher le corps de leur fille, les plongeurs n’y parviennent pas, il faudrait installer un barrage amovible, le temps d’une journée pour détourner le cours d’eau. Deux clans s’opposent : la famille et ses alliés qui veulent pouvoir faire décemment leur deuil et les habitants de la région, âpres défenseurs de la rivière, qui ne souhaitent pas qu’on y touche.  Au cœur de cette guerre devenue très vite médiatisée : Allen un journaliste qui a perdu femme et fille dans un accident de voiture et Maggie, la narratrice, photographe et native de la région de la Tamassee. Chacun arrive sur place avec son passé douloureux, un avenir titubant. Allen met en scène une photo du père de la victime, Maggie excelle à rendre l’image poignante. En partie grâce ) cette photo, le premier clan l’emporte : le barrage sera installé même si l’opération reste très dangereuse.

          J’ai été surprise par cette histoire difficile à lire émotionnellement parlant qui débute sur la mort d’un enfant, qui remue d’autres morts et d’autres accidents (le frère de Maggie a été un grand brûlé), qui évolue par, grâce et à cause de la culpabilité –des culpabilités- des personnages. La réussite de ce roman tient au fait que la Tamassee occupe toute la place : tantôt grande et belle dame séduisante, elle peut aussi dévorer les humains à la manière d’un monstre. Cette omnipotence de la nature qu’on peut vérifier chaque jour a adouci les malheurs et les conflits humains même si j’ai souvent ressenti une tension oppressante dont je me serais bien passée. Ron Rash reste en dehors de cela, ne prend pas parti, observe et relate ; cette distance et cette sobriété font toute la force du roman. Evidemment que j’ai envie de lire tous les autres livres de cet Américain !

« …le corps de la fillette appartient désormais à la Tamassee, qu’à l’instant même où elle s’est avancée dans les hauts-fonds elle a accepté la rivière selon ses conditions. C’est ça, la nature sauvage – la nature selon ses conditions, pas les nôtres, et il n’y a pas d’entre-deux. »

« Autrefois j’étais assez présomptueux pour croire que je pourrais sauver le monde, mais ça y est, j’ai compris. Le mieux qu’on puisse faire c’est trouver une bonne cause, une seule, si infime soit-elle, et y consacrer toute son énergie. »

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 10:48

          Nous sommes en juin 1940, les soldats français tombent comme des mouches ou voient leurs compagnons d’infortune mourir les uns après les autres. Les Français fuient leurs maisons, « La France entière se débine, elle fait ses ballots, elle fout le camp. » Videgrain a perdu son régiment et se trouve un copain pour la route : entre villages dévastés où les animaux règnent en maîtres, bombardements, « visite » d’une maison abandonnée par ses occupants, c’est un road-trip sinistre où la mort est omniprésente. Finalement, les deux hommes rejoignent une armée en déroute dont les hommes sabotent le matériel pour n’en rien laisser aux Allemands et le colonel se tire une balle dans la tête.

           L’impression générale que procure cette BD, c’est l’absurde, on se croit dans la quatrième dimension, les cadavres s’alignent le long des routes, les trous d’obus s’espacent régulièrement, les vaches envahissent les villages et les quelques vivants tentent d’exister malgré tout. Le noir et blanc, les grandes cases rendent ce désolant spectacle encore plus fort. Les répliques fusent, c’est du Rabaté pur jus qui explose à la figure, de l’excellent Rabaté. Vivement la suite ! (le tome 2 est sorti en février)

« j’ai pris une praline dans la jambe …»

« j’en ai marre d’être sale comme un peigne. »

En observant les Allemands : « Ils vont se faire un méchoui à notre barbe alors qu’on n’a plus que des racines à bouffer. »

 

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 21:50

 

           J’arrive à trouver des livres audio courts, et parviens tant bien que mal à me concentrer sur l’histoire alors que le trajet ne dure que quinze minutes tout au plus.

          Vatanen est un journaliste qui vit à Helsinki. Un soir de juin, sur la route, avec un ami, la voiture heurte un lièvre qu’elle blesse légèrement. Alors que l’ami prend la poudre d’escampette, Vatanen s’occupe de l’animal, lui fabrique une attelle de fortune et, s’échinant à lui trouver de la nourriture, s’enfonce dans le bois. Il décide rapidement d’abandonner sa femme qu’il n’aime pas et sa vie citadine au profit d’une existence au cœur de la nature. De village en village, de rencontre heureuse en rencontre malheureuse, nous sillonnons la Finlande avec l’homme et l’animal.

          J’ai beaucoup aimé cette fable écolo où subitement et merveilleusement, le centre d’intérêt d’un homme réside en un petit animal blessé. Ours, rennes, pasteur violent, corbeau chapardeur, incendie gigantesque, neige au mois d’août… tout est fait pour nous dépayser. Burlesque et satirique, ce texte, on s’en aperçoit vite, dissimule un second sens, plus ou moins incompréhensible pour qui n’est pas un Finlandais des années 80 (le livre date de 1975). Ça ne doit pas vous décourager, c’est fantaisiste à souhait, un brin picaresque et nomade comme j’aime.

Parfaitement lu par Jérémy Lopez.

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 10:56

               Hélène est prof de SVT en collège. Avec son passé d’enfant battue, elle a développé un sixième sens face au malheur et elle sent bien que le Théo de la 5è dont elle est professeur principal a un souci. Elle l’épie, elle tente de lui parler, elle parvient à le faire examiner par l’infirmière : non, il n’a ni marques de violence, ni cicatrices. Le problème est ailleurs : Théo boit régulièrement avec son copain Mathis -du whisky, des alcools forts- caché avec lui sous un escalier du collège. Cécile est la maman de Mathis, mère au foyer transparente et inintéressante qui a découvert que son mari menait une vie clandestine sur son ordinateur. Mathis, Théo, Cécile et Hélène : les quatre parcours vont se croiser, s’ignorer, se court-circuiter.

            Polyphonique, ce roman est aussi un cri, une course qu’on sait irrémédiablement fatale. Les mots sont simples, les passés difficiles, les problèmes irrésolubles à moins d’ouvrir la porte à l’autre, à celui qui est prêt à écouter. Je me suis forcément retrouvée dans le personnage de la prof parce qu’à moi aussi, il m’est arrivé de me demander si ce gamin qui baissait les yeux si souvent, qui oubliait tout tout le temps, qui ne souriait jamais, était malheureux pour des raisons trop précises ou si cette fille mal dans sa peau et maladivement timide ne courait pas un vrai danger, n’avait pas vécu un grand traumatisme. Malgré la beauté du titre et l’explication initiale de la romancière (voir citation plus bas), il ne m’a pas paru convaincant par rapport aux propos énoncés. J’ai beaucoup aimé cette lecture qui m’a rappelé celle de Leïla Slimani, Chanson douce : le quotidien est mêlé au tragique, la réflexion sur la solitude et l’égoïsme se mêle à celle de la solidarité et de l’altruisme. Il ne faudrait pas comparer ce très court roman aux deux (formidables !) précédents, je l’ai moins aimé mais je l’ai apprécié dans sa fonction de miroir de notre société. Et puis quelle fluidité dans la narration, quelle précision dans les portraits !

 

« Les loyautés. Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires »

Théo : « Un jour, il aimerait perdre conscience, totalement. D’enfoncer dans le tissu épais de l’ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir, pour quelques heures ou pour toujours, il sait que cela arrive. »

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 17:11

           J’ai hésité à faire un billet sur cette énième grosse blague de Fabcaro. On adore ou on déteste, j’avoue être plutôt fan mais je n’ai pas grand-chose à rajouter si ce n’est vous conseiller de découvrir au plus vite cet univers complètement décalé, débile, 254ème degré !

          Sandrine, en bonne épouse, attend patiemment le retour de son mari Henri, « Mon chéri, avec toi la vie est une suite de surprises renouvelée chaque jour… », le ton est donné, mièvre, sirupeux, mielleux, digne du meilleur Harlequin. Elle commande le repas chez Speed Macédoine et là… et là…, en découvrant le livreur, « Sandrine sentit tous ses sens s’enflammer tel un incendie se propageant dans la forêt de son corps ». On ne lutte pas contre le coup de foudre, les amants se donnent rendez-vous dans un zoo où tous les animaux copulent et leur donnent des idées… En vrac : un psy vulgaire, un moine tibétain à qui on casse les couilles, des conseils pour embrasser (« Ferme les yeux ! T’es pas dedans là ! »), une partie de beach micro-ondes, des interventions intempestives du narrateur et des personnages, des acrobaties, des clichés qui se cassent la figure au bout d’une planche … c’est du n’importe quoi qui se conclut par une phrase d’une originalité absolument foudroyante : « rien n’est plus beau que l’amour » !

 

« Sandrine… Je nous vois déjà dans les allées d’Ikea en train de noter des références de tabes basses…

Michel, on se fait du mal. »

« L’amour est une petite chose fragile et insaisissable… Un jour elle est là, comme un poney qui galope dans l’enclos des jours heureux, et puis un jour, pof, elle a disparu, elle s’est échappée et elle s’est fait écraser par une voiture de location sur la piste d’aéroport de la vie… Alors le poney n’existe plus, on croit qu’il est encore là car il survit dans nos cœurs, mais en réalité il est mort, son âme s’est envolée vers l’arc-en-ciel de l’indifférence…. »

Du même acabit : Zaï zaï zaï zaï

 

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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 11:01

 

            Après mon engouement pour Les Falsificateurs, quoi de plus logique que de lire le tome 2 de la trilogie ?

           Sliv, agent spécial du Consortium de Falsification du Réel (CFR), cette institution secrète qui contourne le réel, qui invente des événements historiques, des personnages, des faits, continue de voyager à travers le monde. Après avoir assisté, au Soudan, au mariage plus que polémique de ses meilleurs amis, il va résoudre la question du Timor-Oriental : il s’agit de négocier l’admission à l’ONU de ce petit pays asiatique. Sliv retrouve la belle et sévère Lena, collègue, rivale et bientôt amie qui fera encore parler d’elle dans la suite de l’histoire. Le CFR a sa part de responsabilité dans les attentats du 11 septembre mais souhaite éviter l’attaque imminente de l’Irak. Sliv ne sait plus sur quel pied danser d’autant plus que son ami Youssef menace de révéler au grand public l’existence du CFR.

            J’ai souvent soupiré en lisant ce gros volume, certains aspects politico-historiques me sont complètement passés au-dessus de la tête. Pourtant, ce tome est intéressant dans la mesure où il évoque (enfin !) les origines du CFR, son dessein initial et son objectif ultime, ses finalités, interrogations qui perturbaient légitiment notre cher Sliv. Il gravit les échelons notre bonhomme timide, il prend de l’assurance et va même jouer un grand rôle dans l’organisation. Revivre le 11 septembre depuis le Soudan où la plupart des islamistes acclament la catastrophe, la « punition » infligée aux Etats-Unis, fait froid dans le dos et permet cependant d’expliquer la suite des événements. Au final : un roman qui souffre de longueurs (qui plairont peut-être aux férus de géopolitique) mais qui reste intéressant et captivant. Je ne lirai pas le 3è opus (oui, j'arrive à m'arrêter au tome 2 d'une trilogie, oui, oui, oui...!) Je recommande, toujours et encore les passionnants Falsificateurs, le tome 1.

« — J’ai trois dossiers qu’on peut regrouper sous le thème « Réforme du capitalisme », continuai-je.

— Là, tu m’intéresses davantage, déclara Gunnar en s’avançant dans son fauteuil pour se resservir une tasse de thé.

— Verplanck crée de fausses pièces à charge dans le procès en abus de position dominante que l’Union européenne intente à Microsoft ; Karvelis aide le syndicat des créateurs d’œuvres artistiques à obtenir une extension de vingt ans de la durée des copyrights ; Verplanck, encore lui, émeut l’Amérique avec trois cas — fabriqués — d’enfants morts faute de soins médicaux, qui accélèrent le passage du State Children’s Health Insurance Program. »

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 18:20

              Koltès pour moi, ce sont des souvenirs d’atelier théâtre qui remontent à mes vingt ans, ce sont des extraits, des morceaux que j’ai enfin pu réunir en lisant cette pièce.

               Roberto Zucco a tué son père. Emprisonné, il réussit facilement à s’évader au nez des gardiens. Il rencontre une « gamine » qu’il viole mais qui éprouvera pour lui une passion subite et morbide. Zucco se rend chez sa mère et la tue à son tour. Le lecteur-spectateur va encore croiser des policiers, un inspecteur, des putes, le frère et la sœur de la Gamine, une dame et son fils que Zucco tuera froidement d’une balle dans la nuque. Les meurtres s’enchaînent sans explications, la course-poursuite est aussi vaine qu’inefficace, les forces de l’ordre semblant être des pantins incompétents.

                Si la pièce a fait scandale à sa sortie, c’est surtout parce que Koltès s’est inspiré d’un tueur en série, Roberto Succo, qui a réellement tué – au moins sept personnes dont sa mère. Ce qui surprend d’emblée dans cette pièce, c’est le mélange des genres : tour à tour poétique et drôle, mélancolique et burlesque, cette intrigue tragique frôle l’absurde et dérange, une mère n’exprime aucun sentiment quand Zucco tue son fils devant ses yeux, elle évoque vaguement et rapidement le sujet plus tard. Le personnage de la Gamine qui a été déflorée par Zucco est touchant parce qu’elle seule parvient à faire parler le tueur.

              Miroir de la société, de sa violence, de ses indifférences, cette réécriture d’un fait divers brille par sa puissance, ce personnage central atteint rapidement l’aura d’un héros mythique. Il semble s’envoler vers le soleil à la fin de la pièce, loin des hommes qui restent, impuissants. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture et j’aurais sans doute apprécié de voir la pièce jouée avec Pio Marmaï dans le rôle principal.

 

L’inspecteur, peu avant de mourir : « Je suis triste, patronne. Je me sens le cœur bien lourd et je ne sais pas pourquoi. Je suis souvent triste, mais, cette fois, il y a quelque chose qui cloche. D'habitude, lorsque je me sens ainsi, avec le goût de pleurer ou de mourir, je cherche la raison de cet état. Je fais le tour de tout ce qui est arrivé dans la journée, dans la nuit et la veille. Et je finis toujours par trouver un événement sans importance qui sur le coup, ne m'a pas fait d'effet, mais qui, comme une petite saloperie de microbe, s'est logé dans mon cœur et me le tord dans tous les sens. Alors, quand j'ai repéré quel est l'événement sans importance qui me fait tant souffrir, j'en rigole, le microbe est écrasé comme un pou par un ongle et tout va bien »

Zucco : « J'ai toujours pensé que la meilleure manière de vivre tranquille était d'être aussi transparent qu'une vitre, comme un caméléon sur la pierre, passer à travers les murs, n'avoir ni couleur ni odeur ; que le regard des gens vous traverse et voie les gens derrière vous, comme si vous n'étiez pas là. C'est une rude tâche d'être transparent ; c'est un métier ; c'est un ancien, très ancien rêve d'être invisible. »

« L’expérience du malheur ne sert à rien. »

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 15:45

          Quatre mamies envisagent de braquer une banque. Elles ne sont pas prises au sérieux par les deux employés jeunes et masculins mais l’un d’eux a tout de même enclenché l’alarme qui prévient la police et empêche toute entrée ou sortie de la banque. Ne sachant pas trop quoi faire, les mamies ficellent les employés et se réjouissent d’être bientôt arrêtées. Et pour cause : l’une va être expulsée de son appartement, une autre risque la maison de retraite et les quatre amies de longue date préfèrent, de loin, rester ensemble dans une cellule de prison.

          On ne peut qu’être attiré par cette couverture et ce titre insolemment décalé et pourtant… le tout a souffert de la comparaison d’avec Les Vieux Fourneaux ! A peine esquissés, les portraits de ces vieilles drôles de dames bien sympathiques manquent de profondeur. Le récit est un peu confus et maladroit, et je crois bien que l’ensemble est lu en moins de dix minutes. Je me demande comment cette première BD de deux auteurs espagnols a pu se retrouver en France. Une déception.

« Ecoute jeunot. On est vieilles, mais on n’est pas encore mortes. »

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 20:48

 

          

            Je ne baisse pas les bras quant à l’écoute des livres audio ! Mes trajets voiture sont devenus courts mais je mets des semaines à écouter un livre, peu importe !

           Douze nouvelles nous emportent dans le tourbillon de la vie conjugale où il est question de coup de foudre, du quotidien, de lassitude, de désamour, d’adultère, de rupture, de regrets, de trahison, d’abandon, de solitude, de folie. Un homme court toute sa vie après des femmes qui le rejettent comme l’a fait sa première petite fiancée ; un autre s’est moqué de sa petite amie dans sa jeunesse en la trompant à droite à gauche et le regrette encore des décennies plus tard. Un pseudo écrivain s’enferme dans la conviction qu’il peut encore écrire l’œuvre de sa vie, l’abus de drogues va rendre les choses compliquées… pour sa femme. Celui qui vient de s’entendre dire que sa maîtresse attendait un enfant de lui, fuit, lâche sa femme, son boulot, prend un billet pour l’Australie avant de se demander s’il n’est pas en train de faire une sacrée connerie. Dans ma nouvelle préférée, la palme revient à une femme : un Américain, lassé par sa vie de famille routinière, se débrouille pour se rendre à Paris une semaine par mois pour raisons professionnelles. Il prend une maîtresse française, jolie, plus jeune que lui, cultivée. Rapidement, cette dernière lui réclame plus d’attention, une présence plus grande. L’Américain est de plus en plus amoureux, il serait peut-être même prêt à quitter femme et enfants… Pour un énième rendez-vous, la belle propose un dîner au Crillon. Notre homme n’est pas millionnaire mais pour elle, il ferait tout, et elle commande les plats les plus grandioses, le champagne le plus cher, avant de le plaquer comme une vieille chaussette. Désespéré, n’osant croire à l’escroquerie, il appelle sa femme qui le rabroue de la même manière !

             Une fois passée la première surprise de découvrir qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles (je croyais avoir affaire à un roman), et après avoir frotté très fort pour effacer ce titre détestable, il faut bien admettre que ces textes sont absolument délicieux ! L’humour de l’auteur colore ces histoires finalement vieilles comme le monde. C’est avec raffinement qu’il dévoile les pires défauts de l’être humain dans un monde luxueux et souvent parisien. C’est pessimiste mais drôle quand même et on finit tous par se retrouver dans l’un ou l’autre personnage.

« Vouloir ce que l’on n’a pas, avoir ce que l’on ne veut pas, penser qu’il existe une autre vie là-bas, et redouter de perdre celle qui est ici. Ne jamais être sûr de ce que l’on poursuit. »

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