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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 15:01

La Mise à nu -

            Louis est un professeur d’anglais en fin de carrière.  Divorcé, il ne voit plus guère ses deux filles maintenant adultes et sa vie casanière n’est pas très palpitante. Lorsqu’un ancien élève devenu peintre, Alexandre Laudet, lui propose de poser pour lui, Louis accepte sans trop comprendre pourquoi. Doucement, le lien d’abord tenu entre les deux hommes va s’amplifier, se révéler, prendre une importance déroutante. Alexandre envisage de faire un triptyque, sachant que Louis pose d’abord tout habillé, puis qu’il ôte la chemine, vous pouvez deviner la finalité explicitée dans le titre-même. Louis profite de ces plages silencieuses et contemplatives pour se remémorer des instants de sa vie passée, son premier amour, un voyage impromptu en Ecosse, des bourrasques maritimes, des tours de rocade pour rien. Mais ces rendez-vous insolites entre un homme vieillissant et un jeune peintre à la mode homosexuel font faire enfler les rumeurs dans cette petite bourgade provinciale. Combien de temps ce pari audacieux tiendra-t-il ?

            J’ai beaucoup aimé cette lecture et, surtout, avant tout, ce face-à-face entre deux hommes qui ne sont ni amis, ni amants, ni parents. Ces instants complètement à part où Louis pose devant son ancien élève, cette intimité inaccoutumée et presque insolente est complètement fascinante. J’ai pensé à Mr Gwyn de Baricco que j’ai tant adoré où là aussi une relation insolite est artificiellement créée pour aboutir à un résultat magique. Cette proximité entre deux inconnus m’a aussi rappelé les débuts de mon atelier-théâtre-que-j’aime-tant : quelques touchers et manipulations entre inconnus, quelques regards appuyés ont rapidement su dépasser les premières gênes pour installer une forte complicité. Mais je digresse : La mise à nu comporte, en son cœur, ce que j’aime trouver dans un roman : une ambiguïté dans les relations humaines, des personnages plus complexes qu’il n’y paraît au premier regard et qui évoluent au contact de l’autre. Certains passages sont de petites étincelles qui vous emplissent les yeux de bonheur.

« On connaît si peu ses propres enfants, au fond. On connaît si peu les autres, en général. On ne fait que projeter sur eux les fantasmes qu’ils nous inspirent. »

Je n’avais jamais envisagé les choses de cette manière : « Regards appréciateurs. Applaudissements muets. La salle des profs est une scène de poche où chacun de nous tente, par moments, de devenir maître de comédie. »

« Je reprends ma liberté. »

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 14:59

Résultat de recherche d'images pour "Julien Neel chaque chose"

            Le nom de ce dessinateur vous dit quelque chose ? Mais oui, c’est celui de Lou !

            Un narrateur -adulte-  quitte sa famille pour retrouver son père malade, couché dans un lit d’hôpital, sur le point de mourir. Le même narrateur enfant accompagne son colosse de père qui s’apprête à accepter un boulot (il est prestidigitateur) agrémenté de vacances : finalement, il endossera un énorme costume d’ours pour une campagne de publicité. Dans ce récit qu’on devine un brin autobiographique, un homme se souvient de ces vacances hors du commun où père et fils ne roulaient pas sur l’or mais connaissaient des moments simples et heureux. Le petit garçon a grandi plongé dans les aventures de super-héros, il a bu son premier café, il a eu son premier gros cadeau, il a vécu  sa première frayeur. Et on le retrouve quelques décennies plus tard, aussi penaud et démuni que lorsqu’il était enfant avec cette même volonté de croire aux miracles ou à la magie… Quand les premières fois deviennent des dernières fois, l’émotion est forcément au rendez-vous mais l’auteur nous réserve aussi quelques surprises pour la fin de l’album.

            Deux récits en parallèle, le bleu et le verdâtre pour le présent, le brun et des couleurs plus chaudes pour le passé et, de chaque côté, la même douceur, la même tendresse. Julien Neel préfère suggérer et effleurer du doigt des thèmes universels par le biais de son histoire personnelle. Rien de transcendant ni de bien novateur mais une authenticité et une simplicité qui touchent.  

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 15:33

Le Temps est assassin par Bussi

              Clotilde, la quarantaine bien entamée, passe, avec son mari Franck et sa fille Valentine, quelques jours de vacances en Corse, dans un camping de Calvi. Ce séjour n’est pas anodin mais a pour but de revenir sur les lieux d'une tragédie de son adolescence. En effet, lorsque Clotilde avait quinze ans, elle a été victime d’un accident : son père conduisant a manqué un virage et a emporté la voiture dans le ravin : lui, la mère de Clotilde et son frère Nicolas -à peine plus âgé qu’elle- moururent sur le coup mais Clotilde, miraculeusement, en réchappa. Elle va revoir ses grands-parents et quelques protagonistes de cette sombre histoire qui, elle l’apprend très vite, n’était pas un accident mais un sabotage. Le mystère s’épaissit quand Clotilde reçoit des lettres de sa mère, elle reconnaît son écriture mais vingt-sept ans plus tard, peut-elle être vivante alors que sa fille a vu son corps déchiqueté ? Le lecteur est promené entre cet été 1989 grâce au journal intime de Clo lu par un homme qui a tout l’air d’être le meurtrier et l’été 2016 lorsque la rescapée tente de comprendre son passé.

               Je savais très bien à quoi m’attendre en lisant un roman de Michel Bussi. Une lecture aussi légère que fluide, aussi facile que prenante. Le nombre de répétitions peut un peu prendre le lecteur pour un c… mais j’avoue que ce livre, sur une chaise longue en train d’apprécier les premiers rayons de soleil du printemps, m’a vraiment plu. Enfin pas tout à fait parce que je n’ai pas aimé les révélations finales, trop farfelues, trop peu crédibles. Bon, il y a bien quelques invraisemblances et quelques incohérences tout le long du roman. Et un happy end qui fait semblant de ne pas être un happy end. Pourtant cette plongée en Corse (et ses habitants en prennent pour leur grade : les femmes vêtues de noir restent à la maison à préparer le repas pour leur mari et les hommes tous un peu voyous règlent leur compte avec leur propre justice) est bien réussie, on se promène dans le maquis,  on plonge dans les eaux turquoise, on nage avec les dauphins (ouais, ouais…) et on a même le droit de goûter aux canistrelli.

Merci Christelle pour ce livre !

Si je ne devais retenir qu’un titre de l’auteur, c’est Nymphéas noirs que je ne peux que vous conseiller !

« Clotilde posa son petit bouquet de serpolet mauve au bord de la rambarde de fer. Elle avait demandé à Franck de s’arrêter quelques lacets plus haut, pour le cueillir dans les genêts qui poussaient entre les rochers de la Petra Coda.

Assez pour trois.

Franck en fit de même, sans quitter plus d’une seconde du regard la route. La Passat était garée sur le côté, avec les warnings qui clignotaient.

Valentine se pencha la dernière, en y mettant une évidente mauvaise volonté, comme si incliner son mètre soixante-dix constituait un effort démesuré.

Ils se tenaient là tous les trois, face au trou de vingt mètres. La mer bouillonnante entre les écueils tentait inlassablement de violacer les rochers rouges, accrochant des micro-algues brunes aux fissures des pierres, telles des taches de vieillesse sur une peau ridée. »

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 13:14

Résultat de recherche d'images pour "l'amie prodigieuse 4"

L’amie prodigieuse tome 4… et dernier tome !!

 

Elena file le parfait amour avec Nino, son ami d’enfance mais elle s’attire les foudres de son mari Pietro, de sa belle-famille mais également de Lila qui suggère que son amie ne sait pas tout sur le jeune homme. Pour Elena, il est surtout difficile de concilier ses déplacements professionnels, ses rencontres clandestines avec Nino et ses obligations de mère de deux fillettes, Dede et Elsa. La situation s’arrange néanmoins puisque Nino accepte enfin de quitter sa femme et de vivre avec Elena et ses deux filles dans un quartier huppé de Naples. Elena tombe enceinte exactement en même temps que Lila et ces deux événements vont les rapprocher à tel point qu’elles vont finir par habier le même immeuble. Je ne révèlerai pas tout mais, dans ce quartier qu’Elena a tant voulu fuir autrement, elle va y résider bien longtemps et même après la tragédie suggérée par le titre. Cette amitié est au cœur des quatre tomes et tous les êtres, tous les drames et les bonheurs semblent tourner autour de ces deux jeunes femmes avec, en arrière-plan, littérature et mafia napolitaine.

 

Les romans de cette série accaparent le lecteur, Elena Ferrante pourrait nous parler de recettes de cuisine italienne ou de la couleur du sable de la plage que ça fonctionnerait de la même manière. Elle nous fait entrer dans ces rues napolitaines –ville si chère aux héroïnes et pourtant si dangereuse !- nous fait vivre à côté de Dede et d’Elsa, nous entraîne dans ce tourbillon des années 50 à 2000. Cet opus n’est pas mon préféré (le 3ème reste pour moi le meilleur!) déjà parce qu’il évoque, surtout dans la seconde partie, un lent decrescendo lié à l’âge des personnages (ils vieillissent, et ça ne me plaît pas) mais peut-être aussi qu’Elena m’a un peu plus agacée par sa naïveté, elle se fait régulièrement tromper, on l’humilie et on lui ment et elle n’y voit que du feu ou alors se refuse à ouvrir les yeux. Oublions ces bémols et revenons aux qualités de cette saga qui brasse un panel d’émotions assez vaste sans être caricaturale, sans être manichéenne. C’est vraiment cette justesse et cette authenticité que j’ai appréciées. Elena Ferrante brise les tabous ; elle dresse avec finesse le portrait de personnages ; elle évoque avec subtilité et intelligence une amitié complexe mais aussi les relations mère-fille, les difficultés d’éduquer un enfant, l’écriture et la notoriété, les avancées technologiques (l’ordinateur que Lila va voir évoluer de près), le tremblement de 1981 ou encore la quête identitaire.

 

Et cette Lila ! Femme forte, pour qui tout est plus intense et qui, pourtant brime ses talents.  Femme faible car enfermée dans son monde mais qui endosse le rôle de modèle pour tout le quartier. Entre Elena et elle, l’amour effleure sans cesse la haine, la répulsion joue avec cette attirance et ce besoin quasi vital d’être l’une avec l’autre, d’avoir le regard de l’amie sur sa vie. Tour à tour véritable tremplin et avilissement, cette amitié si particulière deviendra culte, très certainement ! Allez, l’histoire est terminée, le livre est clos.

 

 

Les deux femmes enceintes vont ensemble à leur rendez-vous gynécologique : « Nous adorions être assises côte à côte, la blonde et la brune, l’une sereine et l’autre nerveuse, l’une gentille et l’autre perfide, opposées et complémentaires, et nous deux ensemble très différentes des autres femmes enceintes, que nous scrutions avec ironie. »

 

« Elle avait beau nous dominer tous depuis l’enfance, elle avait beau nous avoir imposé et nous imposer encore ses manières d’être – faute de quoi nous encourions son ressentiment et sa colère -, elle se percevait elle-même comme une matière dégoulinante, et chacun de ses efforts avait simplement pour but, en fin de compte, de se contenir. »

 

« Il y a des moments où ce qui nous entoure et semble devoir servir de décor à notre vie pour l'éternité – un empire, un parti politique, une foi, un monument, mais aussi simplement des gens qui font partie de notre quotidien – s'effondre d'une façon tout à fait inattendue, alors même que mille autres soucis nous pressent. »

 

« Tout rapport intense entre des êtres humains est truffé de pièges et, si on veut qu’il dure, il faut apprendre à les esquiver. »

 

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 16:38

Résultat de recherche d'images pour "déconfiture seconde partie rabaté"

            Après avoir adoré la première partie, il me tardait de lire la suite.

            On retrouve nos soldats français là où on les avait laissés à la fin du 1er tome : prisonniers des Allemands, ils avancent dans la cambrousse, mal nourris, maltraités, dormant à même les prés. Certains échafaudent des plans d’évasion, d’autres ne supportent pas cette vie, l’un va jusqu’à se pendre. Leur malheur est entrecoupé de moments de trêve : la baignade dans un ruisseau, un taureau qui attaque un cavalier allemand (« un Teuton mis à terre par de la viande français ! ») mais la foule des Français grossit et les Allemands n’hésitent pas à utiliser leurs armes pour faire taire les rebelles. Quatre soldats parviendront à s’échapper et c’est le parcours de Videgrain que le lecteur suivra jusqu’à la dernière planche.

             Le second volet de ce diptyque tient ses promesses : j’ai encore beaucoup aimé cet univers tragique où Rabaté, pour permettre aux soldats de tenir le coup, pratique une sorte d’ « humour de survie » : des remarques acerbes, une ironie à couper au couteau, des phrases dans l’argot du début du XXème siècle. La figure de l’Allemand est finalement peu présente mais cette mini-société de Français reproduit à l’identique ce qu’il se passe à plus grande échelle : sans manichéisme, on trouve les sympas, les traîtres, les racistes (le Sénégalais en prend pour son grade !), les généreux, les pingres, les homos, les trouillards, les malins. Les dessins, en noir et blanc, souvent muets, retransmettent encore une fois parfaitement la dimension absurde, tragi-comique, picaresque de cette situation d’une armée déchue. Une belle réussite !

Ce défilé de soldats français est comparé à une chenille « La chenille est de plus en plus grande. Elle grossit encore. Il y a peu de chances qu’elle devienne papillon. »

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 11:04

Résultat de recherche d'images pour "semeurs d'espoirs rabhi livre audio"

             Découvert en livre audio, ce texte relate la discussion entre Olivier Naire et Pierre Rabhi. Au cours de ces entretiens, divers sujets sont évoqués : l’écologie évidemment, la religion, les médias, la famille, le mariage, les voyages, la vieillesse, la mort, la culture et bien d’autres encore.

               Je suis gênée pour donner mon avis pour plusieurs raisons : j’aurais vraiment souhaité entendre la voix de Pierre Rabhi et de son interlocuteur et les lecteurs qui ont pris leur place ne m’ont pas convaincue. La voix douceâtre et un peu monotone de Pauline Huruguen a rendu les questions parfois niaises. Quant au contenu,… disons que je partage 80% des idées de Pierre Rabhi mais sa manière de caricaturer la société actuelle m’a profondément agacée. Il brasse du vide quand il dit que notre terre nourricière devrait passer avant le profit et l’argent. Il est sacrément gonflé quand il prétend qu’en littérature, il n’y a plus rien à découvrir. Il m’a agacée quand il affirme que de nombreuses personnes (cette tendance à généraliser aussi, aïe !) vont s’extasier devant un tableau de maître mais restés indifférentes à la beauté d’un paysage naturel (mais qui donc ??) ou encore que la nature fait peur aux citadins. Il est contre la procréation médicalement assistée, il n‘a rien contre le mariage homosexuel mais s’oppose à l’adoption d’enfants dans ce cadre. Il préconise une éducation à l’écologie dès le plus jeune âge mais n’est-ce pas ce qui est fait déjà ? Le titre du livre s’annonce optimiste mais les propos de l’agriculteur-penseur sont plutôt pessimistes.

              Et puis, comme toujours face à ces discours pro-écolo (auxquels j’adhère, je le répète), on se sent toujours coupables et on se retrouve là, les bras ballants, sans savoir que faire pour améliorer les choses et rendre notre planète moins polluée. Alors bien sûr qu’on a toujours besoin de ces voix qui réveillent les consciences endormies mais je préfèrerais du concret, du solide, du palpable. … rahhh, c’est difficile de dire que je n’ai pas aimé ce livre, zut alors ! Gardons en tête ces notions de modération et de sobriété si chers à Pierre Rabhi et que j’approuve totalement.

 

Qui est contre ? « Je suis pour l’abolition de l’asservissement de la personne humaine lorsque l’on crée des richesses qu’une minorité accapare et concentre à son profit »

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 14:57

 

Résultat de recherche d'images pour "quand sort la recluse de fred vargas"

         Depuis ma lecture des Temps glaciaires, je me suis fait la promesse de guetter toutes les sorties de cet auteur que je boudais auparavant. Je ne le regrette pas !

         Trois hommes sont morts suite à une morsure d’araignée, une araignée particulière nommée « la recluse » qui, pourtant, se montre discrète et peureuse. Notons également que pour tuer un homme, le venin d’une morsure ne suffit pas. Pour le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, cela ne fait aucun doute : il s’agit de trois meurtres. Pour son collègue Danglard, cette histoire ne regarde que les épidémiologistes et les médecins. Il y a donc conflit au sein de la Brigade criminelle de Paris! Adamsberg, plus borné que jamais, écoute ses petites bulles intérieures qu’il appelle « proto-pensées » et qui le mènent sur la piste d’un orphelinat. En effet, toutes les victimes de la recluse ont été à l’orphelinat de la Miséricorde, au même moment. Et on découvre un peu plus tard que c’était vraiment des sales gosses qui enfermaient des araignées dans le pantalon des autres pensionnaires, défigurant les uns, mutilant d’autres. Les victimes de ces bourreaux (surnommés les « blaps » par le commissaire) seraient-ils les assassins ? Rien n’est prouvé mais les morts se multiplient, toujours de la même bande de sadiques de la Miséricorde. Le mot « recluse » est peut-être à prendre à son sens premier : une femme retirée du monde ? La clé de l’énigme est sans aucun doute un entremêlement des deux définitions. Adamsberg remet son passé sur la table, se souvient d’une bonne femme vivant seule, en ermite, dans un pigeonnier. De fausses pistes en échecs, Adamsberg doit aussi empêcher Danglard de démissionner. Quelques garbures en guise repas, du madiran pour étancher sa soif et des voyages dans le Béarn, et hop ! l’affaire est résolue !

 

            Eh bien j’ai adoré ! Je me suis complètement laissée prendre par cette enquête où on n’a pas tellement envie que le meurtrier soit condamné vu l’itinéraire de salauds des victimes. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages flics que sont Retancourt, la femme taureau, Froissy la spécialiste en informatique qui va voir son quotidien amélioré grâce à Adamsberg, le chat de la photocopieuse ou encore  Veyrenc, super copain d’Adamsberg. De petites leçons sur les araignées sont données en prime, ce qui ne gâche en rien la lecture. Certes, on pourrait reprocher quelques hasards trop heureux, quelques éléments peu crédibles, le cerveau d’Adamsberg exagérément doué mais il faut bien avouer que cette lecture est addictive, extrêmement plaisante et l’intrigue sacrément réussie !

 

« Bien, dit Adamsberg, nous voici au complet pour dire ce que nous savons tous : le fiasco est intégral. Nous nous sommes trompés. Je veux dire : je me suis trompé. La piste était lumineuse, mais elle était fausse. »

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 14:43

Résultat de recherche d'images pour "Calypso de Cosey"

            D’après une idée originale de François Mattille

            J’avoue avoir été faible et uniquement avoir choisi cette BD à cause du bandeau « Grand Prix du Festival d’Angoulême 2017 ».

             Gus et son acolyte Pepe sont de modestes ouvriers bossant sur un tunnel près du lac Léman. Un soir, dans l’auberge du coin, le film Calypso est rediffusé. C’est à ce moment-là que Gus révèle son histoire d’amour avec Georgia Gould, l’actrice principale, liaison qui a duré deux ans lorsqu’ils étaient ado et qui a été brusquement interrompue lorsque Georgia – Georgette de son vrai prénom- a été repérée par un réalisateur américain. C’est dans le journal que Gus découvre que Georgia a été placée dans un établissement médical pour soigner ses addictions, dans la région lémanique. Les anciens amoureux se retrouvent et Georgette, diminuée, avoue que le Dr Beat, directeur de la clinique et amoureux de la star, gère sa fortune et lui interdit de quitter les lieux. L’actrice décrépite propose alors à Gus un étrange marché : simuler un kidnapping pour récupérer sa fortune et enfin être libérée de cet escroc de Beat. Ce subterfuge, s’il réussit, permettra surtout de lever un voile sur le véritable état de santé de Georgette et de découvrir un pan ignoré de son passé.

            J’ai aimé sans plus. Ça se lit bien, c’est agréable mais un peu longuet et un poil trop romanesque. Je n’avais jamais rien lu de Cosey mais son dessin tranche avec le scénario, je trouve. Avec ces traits noirs et épais, on s’attend à quelque chose de plus vif et de plus mordant que cette bluette qui se termine par un happy end trop prévisible. Restent les planches pleine page qui sont magnifiques et nous plongent dans un univers montagnard et isolé.

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 14:44

Résultat de recherche d'images pour "Une longue impatience de Gaëlle Josse"

                Première découverte de l’auteur pour moi et je suis très agréablement surprise.

                Tout juste après la Seconde Guerre Mondiale, dans un village breton, Louis, 16 ans, disparaît du foyer familial où il vivait avec sa mère Anne, son beau-père Etienne et ses demi-frères. Anne s’attendait à cette fuite car entre son nouvel époux et son fils, c’’était le conflit ouvert depuis des années.  Après avoir appris que l’adolescent est parti sur un bateau à l’autre bout du monde et qu’il ne reviendrait que 8 mois plus tard, Anne attend. Elle guette l’océan, elle se promène sur les quais, elle retrouve sa cabane où elle vivait avant son mariage, seule avec Louis et pauvrement jusqu’à ce qu’Etienne vienne la sortir de là et la placer dans une vie confortable et aisée. Elle tue le temps en lui écrivant des lettres qui ne lui parviendront jamais, elle se tue aussi à petit feu. Elle imagine un retour triomphal, invente un festin de roi pour le fils qu’elle aime tant. Et les années passent…

                  Cette réécriture d’En attendant Godot déborde d’amour maternel. Cette femme qui reste sagement et docilement épouse et mère de ses deux derniers enfants devient la Mère par excellence de cet aîné qu’elle guette, à qui elle consacre toutes ses pensées, qu’elle retrouve clandestinement dans sa bicoque et dans ses souvenirs ; c’est une femme « habitée d’absents, cousue d’attentes, de cauchemars et de désirs impossibles. » Douloureux, beau et finalement évident, ce sacrifice rayonne d’une tristesse muette, d’un interminable silence offert à ce fils disparu. Un roman délicat et féminin, renforcé par le lieu proche de l’océan (et cette maison cossue où Anne ne s’est jamais sentie chez elle) et par l’époque qui, paradoxalement, est source d’énergie et de renaissance. L’écriture sensible et précise m’a beaucoup plu également, il ne me reste plus qu’à découvrir les autres titres de cet auteur !

« Je vis avec une absence enfouie en moi, une absence qui me vide et me remplit à la fois. Parfois, je me dis que le chemin qui me happe chaque jour est comme une ligne de vie, un fil sinueux sur lequel je marche et tente d’avancer, de toutes les forces qui me restent. »

« Je m’invente des ancres pour rester amarrée à la vie, pour ne pas être emportée par le vent mauvais, je m’invente des poids pour tenir au sol et ne pas m’envoler, pour ne pas fondre, me dissoudre, me perdre. »

Et cette citation que tant d’autres ont relevée avant moi que toute mère peut prendre à son compte : « Car toujours les mères courent, courent et s'inquiètent, de tout, d'un front chaud, d'un toussotement, d'une pâleur, d'une chute, d'un sommeil agité, d'une fatigue, d'un pleur, d'une plainte, d'un chagrin. Elles s'inquiètent dans leur cœur pendant qu'elles accomplissent tout ce que le quotidien réclame, exige, et ne cède jamais. Elles se hâtent et se démultiplient, présentes à tout, à tous, tandis qu'une voix intérieure qu'elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l'enfant un jour sorti de leur flanc. »

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 08:48

Résultat de recherche d'images pour "Panne de Friedrich Dürrenmatt"

             J’adore La Visite de la vieille dame, pièce du même auteur, et j’ignorais totalement qu’il avait écrit autre chose que du théâtre. C’est par hasard que je suis tombée sur ce très court roman.

              La voiture d’Alfredo Traps, un bel homme de quarante-cinq ans, agent général dans l’industrie textile, tombe en panne  un soir d’été alors que l’homme s’apprêtait à rentrer chez lui retrouver femme et enfants. L’auberge du village voisin affiche complet mais on indique à Traps une villa qui accueille parfois des étrangers. Un charmant vieillard propose effectivement le couvert et le gîte à Traps en le prévenant que le dîner sera copieux car partagé avec des amis. Ils seront trois retraités, un juge, un avocat et un procureur à  avouer leur petit penchant : recréer un procès, et l’accusé sera Traps. L’agent général qui pensait s’ennuyer, s’amuse beaucoup mais dit qu’il n’a aucun aveu à faire. De fil en aiguille, il admet qu’il n’est pas très fidèle à sa femme, que son patron lui mettait des bâtons dans les roues mais qu’il est désormais décédé… Procureur et juge parviennent à accuser Traps du meurtre de son ancien patron, son « avocat » le défend comme il peut et tout ça se passe dans une franche camaraderie joyeuse et volubile.

                Quel récit délicieux ! Ce huis clos où les plats les plus riches et les plus succulents défilent toute la soirée fait grimper le degré d’alcool mais aussi la tension narrative. Cette vaste blague est à peine entachée par de petites inquiétudes de Traps, on sent poindre une once de culpabilité avant que lui-même revendique le meurtre de son patron avec force et conviction. Comment prêcher le faux pour savoir le vrai… Et la chute finale n’est pas celle qu’on attendait. Les notions de culpabilité, d’innocence, de justice sont étalées sur la table richement dressée. Quelle belle découverte que ce petit roman ! Il a été adapté au théâtre et la pièce doit être charmante à regarder.

 

Traps rencontre les trois vieux : « Ils avaient l’air de corbeaux sinistres dans ce salon d’été avec ses fauteuils de rotin et ses rideaux légers : d’énormes vieux corbeaux très poussiéreux et déplumés, même si leurs redingotes sortaient incontestablement de chez le bon faiseur, comme Traps, qui s’y connaissait en tissus, avait eu la surprise et le loisir de constater, maintenant que se faisaient les présentations. »

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