Lubok Sayong, une petite ville au nord de Kuala Lumpur, en Malaisie, n’est pas ordinaire puisque, située dans une cuvette, elle est inondée très régulièrement. Ses habitants sont eux aussi « inconcevables » comme dirait l’une des protagonistes. Beevi justement, tiens : une bonne femme au caractère bien trempé qui dirige La Grande Maison, un gîte pour le moins original. Il y a aussi Mary Anne, une orpheline qu’on a extirpée de son foyer de filles, qui a été confiée à un couple qui se tue en voiture alors qu’elle est la seule rescapée. Et puis Auyong, un homme retraité qui reprend du flambeau en dirigeant une conserverie de litchis et qui parvient, petit à petit, à acquérir une certaine sagesse. Ces êtres vont cohabiter, se disputer, s’aimer, s’épier, se protéger.
C’est incroyable comme on se sent vite à l’aise dans cette petite ville atypique de Malaisie !... avec ce constat on ne peut plus banal : on s’identifie si facilement à des gens vivant à l’autre bout de la Terre. Le succès que connaît ce roman est mérité car si l’auteur parle d’un infini petit, c’est un microcosme qui renvoie à l’universel, celui des rapports humains, de la filiation, de l’attachement à un lieu. J’ai beaucoup aimé ces histoires plus ou moins réalistes (mais ce sont les plus fantastiques que j’ai le moins aimées), cette communauté qui grandit et évolue à sa manière, son approche de la modernité et du monde occidental, l’humour et l’autodérision dont fait preuve l’autrice. Avec une tendresse, elle encense, sans en avoir l’air, ses personnages qu’elle rend tantôt extravagants, tantôt absurdes mais surtout très, très attachants. Une parfaite ambassadrice de son pays qu’elle présente comme multiculturel, ouvert, coloré et très vivant. Qu’elle continue à écrire cette chère Shih-Li Kow !
Lorsqu’inondation il y a, l’énergie des bénévoles venus de l’extérieur tend à agacer les habitants : « nous étions nombreux à préférer l’aide paresseuse de la police et des pompiers. Avec eux, nous partagions un flegme convivial et une patience indulgente pour l’inefficacité. Notre malheur commun était à l’origine de vraies amitiés. »
« Comme les humains se souviennent d'autres humains, les choses ont une mémoire qui leur est propre, les démarcations entretiennent les souvenirs, puis les lignes s'estompent au fil du temps et tout se confond. »
« nous ne sommes que la somme de nos folies, racontées ou tues. »

