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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 12:15

Le chemisier de Bastien Vives - BDfugue.com

       Séverine est étudiante en Lettres modernes. Elle partage sa vie avec Thomas… avec qui elle ne partage cependant plus grand-chose, dans une existence routinière et banale. Un soir de baby-sitting, une petite fille lui vomit dessus et le père prête à la jeune femme un chemisier appartenant à son épouse. Ce chemisier semble détenir un pouvoir magique : en soie et très élégant, il attire le regard, sublime le corps de Séverine qui prend une assurance folle. Elle se met à coucher avec un peu n’importe qui, à éprouver des désirs pervers et machistes. Son unique obsession : garder ce chemisier ou trouver son identique.

       Ce roman graphique dérangeant est à lire, je l’espère vraiment, au second degré, parce que sinon le résumé - la nana trouve un chemisier qui lui va super bien et arrive à toutes ses fins grâce à lui - me semble un peu réducteur et surtout hyper sexiste. Sans doute que l’auteur a voulu dénoncer la dimension superficielle de notre société qui accorde trop d’importance aux apparences, sans doute que cette femme qui espère se faire baiser par la pire racaille est à observer avec ironie… Je ne sais pas, j’ai lu que l’auteur voyait cette production comme une comédie. Ça ne m’a pas fait rire du tout et, si j’aime beaucoup le graphisme, l’intrigue me laisse dubitative quant à son intérêt ! Je ne suis pas sûre que Bastien Vivès et moi soyons vraiment compatibles…

Polina et Hollywood Jan que j’ai aimés sans être totalement convaincue.

Le goût du chlore qui m’a déçue.

Casterman - Le Chemisier

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 11:44

D'acier - Silvia Avallone • Éditions Liana Levi

       J’avais tellement aimé Marina Bellezza de la même autrice que j’ai pas oublié son nom, me jurant de lire un autre de ses livres. C’est chose faite.

       Anna la brune et Francesca la blonde sont amies depuis toujours. A 13 ans, leurs corps de rêve attirent les regards dans le quartier pauvre de Piombino, en Toscane, une petite ville plantée en face de l’île d’Elbe. Les adolescentes savent qu’elles plaisent et en jouent, se trémoussant sur la plage ou dans la salle de bain d’Anna, fenêtre grande ouverte. Cette amitié forte et sensuelle sera mise à mal par l’irruption d’une vie amoureuse pour Anna. La situation familiale des deux jeunes filles accentue le gouffre qui est en train de se creuser entre elles : le père d’Anna, vivant de petits ou gros trafics, disparaît régulièrement ; le père de Francesca, lui, est d’une jalousie maladive envers sa fille et tient à la garder enfermée, protégée des regards des garçons. Eloignées l’une de l’autre, elles vont vivre, aimer (ou pas), se casser la figure, mûrir… avec le secret espoir de retrouver l’amie chérie. Tout ça dans une ville nerveuse et bruyante qui vit au rythme de l’aciérie dévoreuse qui emploie et use presque tous les hommes de Piombino. Tout ça autour de l’année 2001, de l’attentat de New-York, de l’émergence des portables, de l’engouement pour les boîtes de nuit qui font aussi bordels…

       C’est un roman solaire, charnel, italien qui nous embarque, sous un cagnard pas possible, dans une amitié qui ne peut que faire penser à L’Amie prodigieuse de Ferrante. Les filles ont une place à se faire dans une société machiste et industrielle, il s’agit de se servir de cette beauté à bon escient et de tenir bon en pensant à un ailleurs meilleur – une escapade à l’île d’Elbe serait déjà une exaltation. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, dépaysant et chaud dans tous les sens du terme. Je reprends la remarque d’un critique littéraire : « Une paire de Lolita qui aurait fugué de chez Nabokov pour faire un tour chez Zola. » car je la trouve très juste. Entre innocence et sex-appeal, les filles sont au centre du roman mais les conditions des ouvriers dans cette usine qui les emploie et les broie aussi, occupe également une place considérable. C’est le premier roman de Silvia Avallone, publié en 2010, je trouve que Marina Bellezza (sorti trois ans plus tard) est un brin plus subtil et plus élaboré encore, mais c’est à tous les coups une autrice à suivre !

L’adaptation cinématographique existe (voir couverture du livre).

« C’était un jeu et pas un jeu. Au-dessus du lavabo, dans le miroir taché de dentifrice, la blonde et la brune se reflètent dans leur version la plus délurée. Immobiles et trépidantes. Lèvres avancées en bouderie, cheveux défaits. La stéréo en équilibre précaire sur le lave-linge, volume au maximum. Un vieux CD d’Alessio, des années 90.[…] Leur corps pulse comme la musique, avec la musique. Elles attendent que la chanson commence pour se déshabiller. La fenêtre est ouverte. »

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 09:48

Maîtres du jeu - Karine Giebel - Babelio

Abandonnant un pavé trop hermétique (Jérôme saura duquel je parle…), je me suis rabattue sur un petit livre de ma bibliothèque, il contient deux nouvelles policières d’une autrice dont je n’avais vraiment aimé que Les Morsures de l’ombre.

Dans la première nouvelle, une actrice célèbre, Morgane, vient toucher un héritage qui la surprend : un admirateur --désormais décédé- qu’elle ne connaît pas, lui a légué une maison. La famille du mort s’indigne mais respecte son choix. Morgane va voir cette maison perdue dans l‘Ardèche avec son mari violent et arrogant. Ça tourne mal là-bas, très mal… les deux ont été manipulés par un tueur mort, le comble… Mais les apparences sont trompeuses et peut-être que Morgane connaissait déjà ce tueur.

Dans la 2ème nouvelle, un fou dangereux s’est échappé de son asile. Rusé, il a réussi à prendre place dans un voyage scolaire, aux côtés d’une charmante enseignante qui est vite séduite par ses yeux bleus. Le danger menace à chaque instant les enfants et leurs accompagnateurs.

J’ai trouvé ces deux nouvelles vraiment efficaces. Même brefs, ces textes savent faire monter la tension en un rien de temps, brossant une description tout à fait réaliste d’une situation angoissante. La deuxième nouvelle est de facture un peu plus classique : le tueur en série qui se déplace incognito au milieu d’innocentes brebis mais la première nouvelle m’a vraiment bluffée, elle comporte plusieurs chutes, ce qui est assez impressionnant pour une nouvelle. L’écriture de Giebel reste l’écriture de Giebel, elle n’est ni très littéraire ni spectaculaire mais ce n’est pas ce que je recherchais. Cette lecture, faite au soleil, a été un excellent moment !

Ma quatrième de couverture me dit qu'on trouve les deux récits dans leur version numérique… je n'ai pas longtemps cherché mais : avis aux amateurs!

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 14:08

La Vie en chantier - Pete Fromm - éditions Gallmeister

       Marnie et Taz forment un jeune couple heureux et fauché. Ils tentent de rénover une petite maison pour laquelle ils se sont ruinés. Marnie, enceinte, est ravie de ce bouleversement à venir et le couple tente tant bien que mal de préparer la venue de cette petite fille qu’ils appelleront Midge. Mais Marnie meurt en donnant naissance à sa fille. Taz est secondé par une belle-mère qu’il ne connaît pas avant d’essayer de se débrouiller seul, de reprendre son métier de menuisier et d’engager une baby-sitter, Elmo. La jeune femme a du mal à se faire une place dans une petite maison constamment en chantier où la présence de Marnie est encore tellement forte. Entre quelques brèves apparitions du copain Rudy et une belle-mère qui sait se faire discrète, père et fille vivent seuls le plus souvent.

       Le livre se compose des jours qui suivent la naissance de Midge. C’est pertinent parce que c’est le temps qui passe qui va permettre à Taz de se reconstruire, très doucement. C’était bon de partager cette vie assez solitaire entre un père maladroit et aimant et sa petite puce de fille. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est ni larmoyant ni dramatique. Le livre porte bien son titre, c’est une vie en chantier, en reconstruction, une vie à bâtir, des bases à asseoir. La lecture a été très agréable, marquante même je pense, mais j’émets tout de même quelques bémols quant aux dialogues parfois un peu plats et à une certaine redondance liée à la forme du journal. Disons que le roman n’a pas eu pour moi l’impact d’Indian Creek mais qu’il dégage de bonnes ondes d’espérance et de tendresse non négligeables en ces temps troublés (livre lu au début de la 3ème semaine de confinement).

« Jour quarante-quatre. La porte-moustiquaire s’ouvre d’un seul coup et Rudy se glisse à l’intérieur, aussi discrètement que possible. Il chuchote le prénom de Taz avant de traverser le séjour d’un pas lourd, le couloir, comme si la maison lui appartenait. Il jette un œil dans leur ancienne chambre, puis il se dirige vers la nursery, faisant de son mieux pour marcher sur la pointe des pieds. Taz le regarde depuis le rocking-chair, Midge sur les genoux, bras ballants. Tout doucement, il secoue la tête, et voilà que Rudy se rembobine, à reculons dans le couloir. Il s’immobilise dans le séjour. »

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 14:04

La terre des fils- La Terre des fils

         Deux frères ont attrapé et tué un chien, ils apportent fièrement le cadavre à leur père qui, après les avoir vertement réprimandés en les traitant d’imbéciles, va tenter d’échanger la peau du chien contre de la nourriture à Anguillo, un solitaire rustre. Il y a aussi la sorcière que le père tient éloignée de ses fils avec pour recommandation de ne surtout jamais exprimer de sentiments. A la mort du père, les deux fils partent à la conquête d’un monde fait de cannibalisme, d’étrangeté, de décapitation. On va croiser des jumeaux à tête énorme, une femme esclave gardée captive nue dans une cage ou encore le dieu Trokool. Les personnages se déplacent en barque, ne savent pas lire, baragouinent une langue fautive et sont heureux à l’idée de manger des carottes.

         Si les dessins hachurés, gribouillés, torturés ne m‘ont pas dérangée (je les ai même beaucoup aimés) parce qu’ils correspondent vraiment bien à l’univers décrit, cet univers m’a glacée jusqu’au sang. Anxiogène, écœurant, barbare, ce monde correspondrait à un futur où règnent cruauté et sauvagerie. Il faut vraiment être en manque de glauque pour apprécier… heureusement que la fin ouvre une petite brèche d’espoir, une étincelle minuscule. Avis aux amateurs de science-fiction qui aiment des visions cauchemardesques …

         Oui, je suis déçue parce que j’avais adoré S. (intrigue comme dessins n’ont rien à voir !)

La Terre des fils Grand Prix de la critique ACBD 2018

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 10:11

14 - Jean Echenoz - Livres - Furet du Nord

        A l’aube de la Première Guerre mondiale, le tocsin appelle les hommes valides à partir pour la guerre. L’ambiance est festive et légère : on se reverra dans quinze jours ! Charles est particulièrement optimiste, sacrément arrogant, il est persuadé qu’il reverra très vite sa bien-aimée, Blanche. Anthime, son frère, est moins sûr de lui mais il s’adapte à la situation et même, bien plus tard – puisque la guerre ne durera pas quinze jours…- il laissera venir les événements sans trop se poser de questions. Charles, que sa belle-famille essaye de pistonner pour le préserver au mieux, se retrouve photographe dans un avion … qui se crashe. Que va devenir Blanche enceinte de Charles ? Que va devenir Anthime, démobilisé parce qu’un obus lui a arraché un bras ?

        Ce récit simple et très court (124 pages), décrit avec sobriété ce qu’a été la Grande Guerre, sa cruauté, son ironie, des dommages collatéraux. Je pense même qu’il peut convenir à des élèves de 3ème. Comme toujours chez Echenoz et malgré ici la gravité des faits, le ton est léger et allègre, l’écriture imagée. Une certaine impartialité dans le ton, la distance que le romancier met entre le lecteur et ses personnages a même tendance à minimiser les drames pour insister sur la vie, sur ce besoin irrépressible de continuer à vivre, de faire avec, de sauver les vivants. A méditer. C’est le premier livre que j’ai réussi à lire depuis début du confinement avec plaisir et presque sérénité. Merci Monsieur Echenoz !

Quelques autres (très bons) titres : Envoyée spéciale, Des éclairs, Courir

Blanche : « Quittant la chambre, elle est passée devant le bureau qui n’aura joué aucun rôle ce matin : il en a l’habitude, ne servant jamais à rien sauf à contenir les lettres qu’Anthime et Charles envoient régulièrement à Blanche, chacun de son côté, et dont les iles serrées par des rubans aux couleurs opposées reposent dans des tiroirs distincts. »

« Ce moustique, à treize heures, apparaît dans l’air normalement bleu d’une fin d’été, sur le département de la Marne. Propulsons-nous vers cet insecte : à mesure qu’on l’approche, il grossit peu à peu jusqu’à se transformer en petit avion, biplan biplace de modèle Farman F 37 mené par deux hommes, un pilote et un observateur assis l’un derrière l’autre dans des fauteuils bruts, à peine protégés par deux pare-brise rudimentaires. »

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 10:52

Anima babel 1261 (ne) - Poche - Mouawad Wajdi - Achat Livre | fnac

       Wahhch Debch rentre chez lui et découvre sa femme assassinée : non seulement elle a été éventrée avec une grande violence mais le meurtrier l’a violée par ces mêmes plaies. Wahhch cherche l’assassin et part dans une quête quasi perdue puisque le meurtrier qui est immédiatement identifié est un Indien protégé, à l’abri dans sa réserve. Par un second meurtre, il prouve sa toute-puissance. Wahhch s’entête et, entouré d’une cohorte d’animaux dont on perçoit les pensées, il se livre à un road movie sanglant qui va également lui permettre de s’interroger sur sa propre identité. En effet, cette vision d’horreur lui a rappelé son enfance et un souvenir de tuerie.

       Livre lu pendant la 2ème semaine de confinement et j’ai dû reprendre chaque phrase pour bien la comprendre… ou pas loin de ça. Alors oui, c’est une brillante idée de faire des animaux les narrateurs. Aucun n’est en reste : chien, cheval, chat mais aussi coccinelle, boa constrictor, corbeau, papillon, abeille, etc. On entre dans une osmose du vivant où tout s’imbrique dans une violence inouïe.  En effet, chacun traque ou bouffe l’autre : le ton est donné. Celui de la violence et de la sauvagerie dans une sorte de lyrisme flamboyant qui m’a fait penser au cinéma de Tarantino (encore que Tarantino, c’est mignonnet par rapport à certaines scènes du livre). Faut s’accrocher. La fin est majestueuse, l’ensemble est d’une virtuosité qu’il faut avoir touchée du doigt au moins une fois. Obscur, poétique, barbare.

       J'avais découvert l'auteur  à travers une pièce de théâtre, … c'est encore l'histoire d'une quête : Littoral - Le Sang des promesses.

« Les humains sont seuls. Malgré la pluie, malgré les animaux, malgré les fleuves et les arbres et le ciel et malgré le feu. Les humains restent au seuil. Ils ont reçu la pure verticalité en présent, et pourtant ils vont, leur existence durant, courbés sous un invisible poids. Quelque chose les affaisse. Il pleut : voilà qu’ils courent. Ils espèrent les dieux et cependant ne voient pas les yeux des bêtes tournés vers eux. Ils n’entendent pas notre silence qui les écoute. »

« Nous les chiens, percevons les émanations colorées que les corps des vivants produisent lorsqu’ils sont en proie à une violente émotion. Souvent, les humains s’auréolent du vert de la peur ou du jaune du chagrin et quelquefois encore de teintes plus rares : le safran du bonheur ou le turquoise des extases. Celui-là, fatigué, épuisé, englouti par l’opacité opaline du chemin, exhale depuis le centre de son dos, le noir de jais, couleur de la dérive et des naufrages, apanage des natures incapables de se départir de leur mémoire et de leur passé. »

« Il a parlé des lignes poreuses qui séparent les humains des bêtes et des lignes qui sillonnent les visages des vivants. Il a parlé des lignes qui nous font et nous défont, rides, traits, limites, frontières, démarcations. Il a parlé des lignes qui nous sauvent, conductrices, électriques, musicales, et il a parlé de celles qui nous manquent, ces lignes blanches disparues au tracé de nos routes, ces lignes invisibles à nos âmes égarées au fond de leurs labyrinthes. »

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 17:57

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-     Adapté du roman de John Steinbeck    -

        Kino, un pauvre pêcheur bolivien, trouve une magnifique et énorme perle de culture qui, dans un premier temps, servira à soigner son fils, mordu par un scorpion, Coyotito. Mais le bébé guérit sans l’intervention du médecin et Kino et son épouse Juana se voient déjà riches. Malheureusement cette perle attise les convoitises, les jaloux se pressent, le médecin revient pour essayer de subtiliser cette perle maudite. Une menace mortelle plane sur la petite famille qui finit par fuir. Mais Coyotito se fera tuer par une balle de fusil et Kino rendra la perle à la mer.

        J’avais adoré la lecture de La Perle de Sohn Steinbeck et j’ai beaucoup aimé cette adaptation aussi même si je n’ai pas tout à fait retrouvé la force du style de Steinbeck. Jean-Luc Cornette a tenté de reproduire la simplicité et la sobriété de l’écrivain : les dialogues sont très peu nombreux, les traits sont âpres, rugueux à l’image de la coquille d’huître. Comme le roman, la BD oscille entre conte et tragédie, tout en pointant du doigt l’humain, sa cupidité, son désir de grandeur, sa violence. Ce qui m’a manqué, ce sont peut-être certains mots si beaux qui auraient pu être repris, comme une des dernières phrases du roman :  « Et la musique de la perle s’estompa, ne fut plus qu’un murmure et se tut à jamais ».

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 11:32

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          Gide est un de mes écrivains fétiches et je suis ravie de relire certains romans que j’avais oubliés (dernière lecture de celui-ci : il y a 10 ans !)

          La Porte étroite, c’est une lutte entre deux forces apparemment contraires : l’amour et la vertu. Jérôme, le narrateur, s’éprend de sa cousine, Alissa. Alors que cet amour réciproque semblait mener à une union officialisée, ils apprennent que Juliette, la jeune sœur d’Alissa est, elle aussi, éprise de Jérôme. Dans ces conditions, le mariage ne se fera pas. Pourtant, Juliette arrive à oublier son premier amour, se marie avec Edouard et quitte la demeure familiale. Alissa renonce néanmoins aux joies simples de l’amour pour se tourner vers un idéal inaccessible. Elle s’en remet à Dieu : « Grâce à toi, mon ami, mon rêve était monté si haut que tout contentement humain l’eût fait déchoir. J’ai souvent réfléchi à ce qu’eût été notre vie l’un avec l’autre ; dès qu’il n’eût plus été parfait, je n’aurais plus pu supporter … notre amour. »

       Nous suivons, à travers ce roman initiatique, l’évolution des sentiments et la progression du renoncement d’Alissa. Se voyant peu et s’écrivant beaucoup, les deux êtres semblent indissociables, unis pour toujours : « O mon frère ! je ne suis vraiment moi, plus que moi, qu’avec toi… » mais Alissa vise plus haut, toujours plus haut, et leur relation virtuelle et platonique cède peu à peu la place à une ambition plus élevée. Alissa prononce ainsi des phrases cruelles à l’égard de son bien-aimé : « De loin, je t’aimais davantage » ; « nous ne sommes pas n’a pour le bonheur » ou encore : « Tu tombes amoureux d’un fantôme ». Cette recherche d’absolu et d’abnégation conduira pourtant les deux amoureux au malheur. Alissa mourra seule et incomprise et Jérôme n’aura plus que le journal intime de sa promise pour se consoler. Elle écrit : « Lorsque j’étais enfant, c’est à cause de lui que je souhaitais d’être belle. Il me semble à présent que je n’ai jamais « tendu à la perfection » que pour lui. Et que cette perfection ne puisse être atteinte que sans lui, c’est, ô mon Dieu ! celui d’entre vos enseignements qui déconcerte le plus mon âme ». Cette remarque est importante. Pour Alissa, l’amour éprouvé pour Jérôme n’est qu’un tremplin pour atteindre une perfection éloignée des réalités terrestres. Plus loin dans son journal, elle écrira « Mon Dieu, vous savez bien que j’ai besoin de lui pour Vous aimer », cette ambigüité, cette complexité suivra les deux êtres jusqu’au bout et sera la source de souffrances immenses. Mais pour Alissa, ce sacrifice est nécessaire, le chemin étant inévitablement douloureux, long et « étroit ». « la route que vous nous enseignez, Seigneur, est une route étroite – étroite à n’y pouvoir marcher deux de front ».

       Juliette, la sœur d’Alissa, pourrait symboliser la raison qui se rallie aux joies terrestres, pratiques et maternelles. Elle préfère l’ordinaire à l’extra-ordinaire, le réel à l’idéal et… la vie à la mort. C’est en tous cas ainsi que j’ai perçu le récit. Je crois aussi qu’on peut voir en Gide un défenseur des bonheurs simples et accessibles. La porte étroite est le versant opposé de L’Immoraliste qui célèbre la liberté des sens, et aussi la première œuvre à succès de Gide.

       J’ai trouvé quelques points communs aussi entre ce récit et L’école des femmes, ne serait-ce que pour la forme, les deux se veulent plus ou moins autobiographiques, l’un comme l’autre nous présentent un journal intime ; et on sait que Gide était à la fois diariste et épistolier.

       Pour finir avec un peu plus d’humour (parce que l’œuvre est triste, je ne peux vous le cacher), je vous renverrai à l’atmosphère créée par Gide, délicieusement surannée, un brin désuète, qui, inévitablement, fait sourire…  ou dites-moi si vous avez les mêmes loisirs et occupations que nous personnages : « nous occupâmes la fin du jour à relire Le Triomphe du temps de Swinburne, chacun de nous en lisant tout à tour une strophe ». Et puis, on se soigne au lait. Cure de lait quand ça va mal. Les temps changent !...

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 11:15

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      Après avoir beaucoup beaucoup aimé Les choses humaines de la même autrice, j’ai enfin extrait ce pavé qui se la coulait douce dans ma PAL depuis sa sortie.

      L’intrigue tourne autour de trois personnages :

Romain, lieutenant, a combattu en Afghanistan mais une embuscade ayant tourné au drame, il a perdu un de ses hommes, un autre se retrouve infirme ; et Romain, plutôt que de rejoindre avec joie femme et fils, se renferme dans sa douleur. Une rencontre improbable avec une journaliste écrivaine, Marion, lui permet de connaître une passion sans précédent.

François Vély, un riche entrepreneur, est le mari de Marion. Un malentendu, une bourde stupide le propulse au bas de l’échelle : il a été pris en photo sur une œuvre d’art qui n’est autre qu’une chaise représentée par une femme noire obscène. On l’accuse de racisme avant de creuser dans son passé de juif refoulé. Rien ne va plus entre lui et Marion.

Osman est un Ivoirien qui s’est lancé dans la politique et qui a réussi, ô précieuse victoire, à sortir de sa banlieue pour s’assoir à côté du Président de la République. C’est un texte qui défend publiquement François Vély qui va lui permettre d’accéder aux plus hautes sphères du pouvoir… mais à quel prix ?

      Ces trois-là vont finir par se retrouver en Irak, avec pour adversaire, la mort.

      D’une force indéniable, ce roman puise dans la fiction pour montrer une réalité cruelle… à moins que ce soit l’inverse ! Karine Tuil ne prend pas de pincettes, les hommes politiques sont tous hypocrites, cupides, des requins prêts à tout, les militaires reviennent complètement déments de leurs missions des plus insensées et un brin, un rien, une poussière suffit à renverser un homme puissamment célèbre. La « tragédie des origines » constitue un autre thème central dans un univers où la tolérance n’est qu’une façade. Le monde est corrompu et ne peut que conduire vers la fin de l’insouciance… J’ai terminé ce roman au 2ème jour de confinement et la justesse du propos n’en est parue que plus réaliste encore. Ou comment le virus sonne le glas d’une période légère et insouciante… Les choses humaines porte le même regard pessimiste sur notre société en déclin, j’ai préféré son style plus pêchu à celui de L’insouciance mais les deux restent à lire pour leur ton engagé, leur accent véhément et combatif.

Je vous livre exceptionnellement la fin du roman :

« Ce n’était pas une décharge de chevrotine, ils ne sont pas morts mais fêlés, disloqués – explosion intime, fracture interne, invisible, la radiologie ignore la géographie de la douleur morale ; ils continueraient à se lever, se coucher, ils se surprendraient à rire, ils feraient l’amour et ils aimeraient peut-être, mais ils ne seraient plus jamais ces jouisseurs adonisés, ces frondeurs, ils ne seraient plus ces ambitieux – ils oublieraient le temps où ils rêvaient d’un poste, d’un titre, d’une gloire honorifique, le temps de la compétition sociale où briller comptait plus que vivre – ils ont traversé l’épreuve, immobiles et fragiles, statufiés par la peur, puis alertés, réactifs, fuyant l’horreur, visage halluciné face à l’irrémissible, cœur percuté, corps terrassé, surpris par la violence de l’attaque – la défection du bonheur n’est précédé d’aucune annonce. Une part d’eux-mêmes est définitivement perdue. Une forme de légèreté. Ce qui restait de l’enfance. L’insouciance. »

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